ARI LGYPTIEN
surnaturelles; l'œil mystique, préservant celui qui le portait contre le mauvais ceil, le scarabée, symbole de durée.
M. Maspero signale des scarabées d'obsidienne ou de cristal remontant à la IV' dynastie. La cornaline, le jaspe rouge, le lapis-lazuli n'étaient pas moins employés, et l'on peut admirer dans les cc^llections de nos musées le décor varié et l'exécution parfaite de ces objets que l'Egyptien voulait durables et qui pour ce motif ont été exécutés en matières très dures. Pour le même motif on exécutait en albâtre les vases à parfums et les canopes et en calcaire fin. en granit ou en basalte, les tablettes d'offrandes.
Cependant le goût de la polychromie développa à la fois l'industrie de la terre émaillée et celle du verre. Les pierres fines étaient coûteuses, et le verre coloré par les oxydes métalliques fournissait des imitations si habiles que l'on est souvent tenté de confondre ces pâtes vitreuses avec les pierres naturelles.
Les bas-reliefs des tombeaux montrent des ouvriers occupés à souffler au bout d'une canne creuse une ampoule de verre. Les procédés de fabrication étaient donc, dès l'antiquité, très voisins des procédés modernes. Il est probable que la découverte des émaux vernissant la terre et colorés par des oxydes dut précéder celle du verre incolore.
Le verre était soufflé pour former ces fioles élégantes qu'on a recueillies souvent dans les tombeaux, et qui sont couvertes d'ornements chevronnés multicolores (fig. 36) ; on les obtenait en posant sur la fiole pendant le soufflage une série d'anneaux en verre coloré, relevés sans doute par ini crochet à intervalles réguliers pour former des lignes brisées, et refondus ensuite pour constituer une enveloppe continue à la fiole qui avait servi de noyau. L'habileté des artisans égyptiens était donc au mc>;ns égale à celle de nos plus habiles verriers modernes.
L émail avait pour support, tantôt l'argile cuite, tantôt une terre sableuse ou une pâte siliceuse mélangée de terre cuite pilèe. Les potiers connaissaient donc la nécessité du dégraissage d'une pâte plastique pour éviter les déformations. Les colorations de l'email qui étaient généralement le vert au\ époques anciennes, plus rarement le jaune et le violet, furent surtout le bleu turquoise dû au cuivre et le bleu foncé dû au cobalt pendant la période thébainc (fig. Sj).
Ce ton bleu colore les statuettes funéraires. L'émail s'applique encore à des vases dont les formes sont très diverses, à des plats creux ornés de poissons et de lotus (fig. 38).
Fiole* en vtrrt polychrome icmenis chevronné».
^o LARI DANS L ANIIQUITh
Il semble même qu'au temps d'Anunophis IV, de ce prince hérétique qui tenta d'introduire en Egypte le culte des astres, les plaques de terre cmaillée aient servi comme en Chaldée au décor de l'architecture sous forme d: pièces détachées, rosaces, ailes d'oiseaux, fleurs qui s'ajustaient et
Fui. 17. — Groupe d'objtl» divers, masques, manches de sistres, rosaces, amulettes, colliers, etc . en (erre emaillêc. Epoquc> diverses. (Louvre.)
scmboitaient pour former sur la surface murale des motifs isoles ou des bandes. On en a recueilli de nombreux fragments a Tell-el-Amarna.
Les plaquettes de terre cmaillee étaient incrustées aussi dans le bois ou dans la pierre, et clevaient lonner une décoration d une extraordinaire richesse dont quelques pièces des collections donnent une idée.
Les verres colorés destines à imiter les pierres fines étaient coules et taillés ensuite pour être employés au décor des bijoux.
L ART KGYPTIEN 4"
Le travail des métaux précieux était en effet pratiqué en Egypte des la plus haute antiquité ; et à l'époque thébaine. c'est par centaines que l'on compte les pièces d'orfèvrerie, recueillies dans les tombes royales, masques d'or, pectoraux d'or ornés de joyaux, colliers, bracelets, bagues, etc.
L'or était comme aujourd'hui travaillé ou repoussé. On le fondait, on le
Fio. 38. - Croup< d'objcls divers, plil» crtux. v»»es. siaïuclics. Ici* de ihical, etc., en Krrc «miillte Ëpoquc> diverse». La plupart des pièces son d'cpoque thehaine (Louvre i
battait, on 1 étirait en fils, on le gravait. Le Louvre conserve une superbe bague d'Harmhabi, dont le chaton mobile, servant de cachet, est orne d'un lion d'une superbe allure (fig. "îq). Un fil d'or entourant l'anneau massif donne à la bague un caractère de grande élégance.
Les fleurs d'Egypte, le lotus et le papyrus, sont toujours les ornements préférés des orfèvres. Une coupe plate en or, décorée d'hiéroglyphes sur le bord vertical que termine un ourlet, est ornée au fond d'une rosace que contournent des poissons nageant dans un orle de fleurs de lotus. Le thème décoratif ctait vraiment bien choisi pour cette coupe, don de Thoutmès 111 à son oiticicr Thoutii (fig. 40).
l \UT PANS I,ANTIQU1TE
Fiu. "iq. — I. Bague sceau en or massif d'Harmhabi à dccor de lion passant. XIX° dynastie.
Faucon aux ailes cployccs en or et pierres fines ou pâtes de verre cloisonnées Epoque ihehainc (Louvre
Les bracelets d'or conservés au Louvre, et formant une parure princiére, ne sont pas moins précieux.
Ils sont formés de deux plaques art culccs, percées a jour, et sur lesquelles étaient rivées des cloisons d'or, enchâssant dans leurs bords rabattus des pierres hnes ou des pâtes vitreuses. Une aij^uillette d'or étiiit I.i tcrmclurc de ces bracelets dont les tlicnics décoratifs sont des aninuiux assis au milieu des lotus.
Un des plus beaux bijoux de 1 époque thebaiiie e>t un aii;le ou un epervier aux ailes recourbées, dont chaque plume est détaillée par des cornalines ou des pâtes de verre, vertes et bleues, aux colorations chatoyantes (fig. 3c)),
Un autre bijou, représentant
r II I '>" 4^^ Coupe plate en or decotce au repousse de poisson»
un faucon aux ailes étendues et ei de neurs ae lot«. Upo^ue iheba.ne (Louvre
LART MGYPTItN 4^
conservé aussi au Louvre, n'est pas moins digne d'admiration (hg. 41). Les pectoraux d'or posés sur la poitrine des morts ont souvent l'aspect d'un Naos (fig. 42) surmonté d'une corniche en forme de gorge que décorent des cornalines et des pâtes d'émail prises dans des cloisons. Au centre du Naos sont figurés, tantôt la barque funèbre ou le défunt est représenté debout entre deux divinités, recevant l'eau lustrale sur la tète, tantôt le scarabée symbolique, tantôt l'épcrvier au-dessusdu vautour et de l'uraeus. Parfois le fond du Naos est une plaque d'or pleine sur laquelle sont fixés dans des cloisons
FiQ. 41 . - Faucon ii xitt de btlicr. Pectoral <n or à hautes cloison» sertissant des pierres fines ou des pltes de verre. Dedic par Kha-em-uas. un des fils de Ramsés II (Louvre).
des figures et ornements d'émail : parfois la plaque est percée à jour suivant les contours qui dessinent les thèmes decoratits.
Les tombeaux nous ont révélé l'importance du rôle de la femme en Egypte et la gloire d'une régente, telle qu'Hatasou. est proclamée par les bas-reliefs de Dcïr-cl Bahari.
11 n'est donc pas surprenant que l'on ait trouve dans les tombeaux de la reine Ahhotpou. femme de Kamos. roi de la XVI 1' dynastie, à côte de bijoux féminins et d'un miroir de bronze doré, un sceptre en bois garni d'or, des haches et des poignards dont la lame était en bronze damasquiné d'or. Le travail fait à la damasquine est une scène de chasse, mettant aux prises un lion et un taureau.
Ce travail de damasquinage a été appliqué aux statuettes de bronze, dont quelques-unes, notamment celle de la reine Karomama (fig. 43), conservée au Louvre, sont aussi remarquables par la beauté de la forme que par la richesse
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de la polychromie. Les colliers sont en métaux précieux, argent et or inscrustés dans le bronze. L'émail anime encore les yeux. L'cEuvre appartient à la période saïte.
Ce qui est frappant dans toutes les productions de l'industrie égyptienne.
l-if. 4J. Pcuv
t'iMMini- ayanl l.i loi me u m de Ramsés II. (Louvre.)
c'est l'application constante de l'art à toutes les ccuvrcs, qu'il s'agisse d'un manche de miroir en bronze ou de tout autre objet usuel.
Par exemple, c e^t une petite figurine aux bras étendus, ou une tige de lotus qui soutient le disque de métal formant le miroir, et la composition est aussi intéressante par l'idée que par l'expression et la forme.
On peut dire que les Egyptiens ont ete des maîtres dans toutes les techniques, mais surtout qu'il ont su tirer d cléments très simples les décorations les mieux appropriées a chaque matière ; cela tient sans doute à l'observation très juste i-iu lis ont toujours su faire de la nature dans laquelle ils vivaient. Ils excellaient dans la fonte du bron/e et dans le martelage du cuivre. Quelques vases conservés au Louvre, l'un entre autres délicatement orne de feuilles gravées et d'ornements repoussés, sont aussi remuquables par la perfection de l'exécution que par 1 appropriation du décor a la technique (fig. 44).
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L'emploi du bronze, c'est-à-dire de l'alliage du cuivre et de l'étain, ne semble pas avoir été antérieur en Egypte à l'époque thébaine. On tirait du Sinaï le cuivre presque pur. et il était facile de le travailler au marteau; mais l'étain venait de plus loin, sans doute de l'Inde, et les Chaldéens durent en faire usage avant les Egyptiens.
Quant au fer, il n'est pas douteux qu'il ait été connu et qu'il ait servi à la fabrication des outils nécessaires à la taille et à la sculpture des matières dures, telles que le granit et le basalte, qu'il eût été presque impossible de tailler avec des outils de bronze. La finesse exagérée des bas-reliefs et des décorations épigraphiques durant la période saïte et sous les Ptolémées suppose un perfectionnement de l'outillage que révèlent les caractères particuliers de la sculpure pour cette dernière époque.
L'ART ÉGYPTIEN DE LA PERIODE SAlTE A LA CONQUÊTE ROMAINE
La fin de l'empire thébain avait marqué pour l'art égyptien une période de décadence. Sous la XIX' dynastie l'empire s'était étendu jusqu'en Syrie, et les Phéniciens, dont les vaisseaux sillonnaient la Méditerranée, étaient devenus les propagateurs les plus actifs de la civilisation égyptienne; mais l'étendue même de l'Empire l'exposait aux attaques des populations guerrières de l'Asie Mineure et de la Lybie, que secondaient les ancêtres des Grecs. « ces peuples des brouillards » disséminés sur les côtes et dans les lies de l'archipel, et dont les flc)ttes disputaient déjà la mer aux Phéniciens.
Pendant trente années, Ramsès 11 défendit victorieusement l'empire qu'il avait accru, et l'un de ses successeurs. Ramsès 111, arrètaencore l'immigration des peuples de l'Asie qui. depuis un siècle et demi, menaçait l'Egypte et qui dès lors reflua vers l'Europe.
Mais après la mort de Ramsès 111. il semble que 1 Egypte, épuisée par l'effort qu'elle avait dû faire, s'appauvrit graduellement.
Sans doute des tribus syriennes avaient été transplantées dans le Delta et avaient fourni la multitude d'ouvriers nécessaires pour les édifices colossaux qui témoignent de la puissance des pharaons thébains; mais les populations conquises étaient constamment en révolte, et Thèbes était trop loin pour que l'autorité royale fût partout respectée.
Aussi les derniers Ramessides semblent-ils avoir exerce un pouvoir plus nominal que réel, tandis que. appuyée sur la tradition, grandissait l'autorité des prêtres d'Ammon.