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L'ART HINDOU

L'influence des arts de l'Egypte et de la Chaldée n'avait pas été limitée à la Perse et à l'Asie Mineure. Elle s'était étendue à l'Asie centrale, qui parait avoir eu des rapports très anciens avec la Chaldée. Les tours a étage chaldéennes ont peut-être inspiré les temples à silhouette pyramidale de l'Inde, bien que ceux-ci soient relativement récents. On peut même trouver quelque analogie entre ces formes lapidaires et celles des édifices d'Extrême-Orient qui, construits en charpente, s'élèvent par étages en retrait les uns des autres.

Les monuments de l'Inde qui ont été conservés ne sont pas de beaucoup antérieurs à l'ère cbrétienne. On croit pouvoir faire remonter au ii' siècle les temples souterrains qui. comme ceux de Karli ou d'Ajunta. seraient les interprétations faites dans la roche de constructions antérieures en charpente. L'abondance du bois expliquerait en effet l'usage très ancien dans l'Asie centrale de combinaisons de charpente, les unes dérivant de l'encorbellement de pièces superposées, les autres de l'addition aux supports verticaux de pièces inclinées, liens ou écharpes. soulageant les pièces horizontales. Cette dernière disposition pouvait d'ailleurs être réalisée par le support à enfourchement dont le chapiteau persépolitain est la traduction en pierre.

De même qu'en Lycie, pays de forêts, certains tombeaux reproduisent avec une scrupuleuse exactitude les pans de bois de maisons couvertes par des terrasses, par des combles à deux pentes, ou encore, comme on le voit sur un tombeau lycien du Musée Britannique, par une toiture en forme de carène, de même dans l'Inde les constructions lapidaires les plus anciennes semblent reproduire des édifices de bois formés de poteaux soutenant par encorbellement des pièces en bascule qui, par leurs combinaisons, élargis-

ç,o 1. MM DANS 1. ANTIQUIIK

saient le couronnement des points d'appui en vue dune meilleure transmission des charges.

Certaines pyramides hindoues paraissent dériver d'une autre disposition, celle de plateaux de bois empilés en retrait et se soutenant les uns les autres par encorbellement intérieur. L'origine de toutes ces formes semble bien être la construction de bois. A l'appui de cette hypothèse, on cite la relation du grec Megasthenes, envoyé en ambassade par Seleucus Nicator auprès du souverain de l'Inde et mentionnant un palais construit en bois et en briques.

I ., ". Piliors à l'entrée du remple souterrain JAjunlj 'InJe

Les monuments conservés sont sans doute de date récente, mais ils semblent continuer une tradition, et il est possible que les fouilles pratiquées actuellement par la mission française en Perse fournissent sur les relations entre 1.» Chaldce, la Perse et l'Inde, des renseignements nouveaux.

Si l'on tenait compte de l'époque probable des monuments primitifs de l'Inde et de la découverte, dans la vallée de l'indus, de statues, oeuvres d'artistes grecs, on pourrait croire qu'après l'expédition d'Alexandre, la formation, dans l'Asie occidentale, de royaumes où florissait la civilisation grecque, et notamment du royaume de Bactriane. aurait étendu à l'Inde l'influence de l'art iiellcnique.

Mais les édifices hindous ne laissent rien subsister de cette hypothèse, et le docteur Le Bon, dans sa belle étude sur les monuments de l'Inde, en fournit l'explication par d'inconciliables différences de race et de mentalité entre les Grecs et les Hindous.

Au contraire, il semble qu'il y ait eu aftinite. aussi bien pour les croyances que pour les idées, entre les peuples de la Mésopotamie, ceux du plateau

(i) Les ligures 77. 78. 7Q sont extraites Jes -IfoMumcii/j Je ihiJ,- du D G. Le Bon.

LES ARTS ASIATIQUES

de l'Iran et ceux des vallées du Gange et de rindu>. C'est a la Perse, élève de l'Egypte, et plus encore de la Chaldee, que l'Inde emprunte les créations

Fi... -». Stupa ou ropc houddhiviuc j Sjtuhi ilndc.

fantastiques de la statuaire, les chapiteaux compliqués à tètes d'animaux, et d'une manière générale le goût pour le merveilleux qui explique le décor exubérant des monuments hindous. Le grand bas-relief de Chosroès 1 1 provenant de Tagh-c-Bostàn. sur lequel est représentée une chasse à l'hippopotame que

Q, LARI DANS l.ANIlQUITt

poursuivent des chasseurs montes sur des barques ou portes par des éléphants, caractérise bien l'influence de l'art persan dans l'Asie centrale.

Des l'époiiue sassanide. l'art de la Perse est caractérisé par l'interprétation la plus large et la plus décorative de la flore dans la sculpture en bas relief. Le sculpteur semble s'inspirer du décor des tissus, imaginant comme soutien de l'i^rncnicnfiifion Hiinik- t'es contours linéaires de forme très étudiée, et

FiG. 79. Bas-r«licl> du temple de Ujnka .1 Nagda (Indtj.

dessinant par ajourage les fleurs et les feuilles à la manière d'une broderie.

C'est le principe d'ornementation qu'ont appliqué les Byzantins, et après eux les Arabes. C'est aussi celui que la Perse transmit à l'Inde, et dont l'influence nous a été révélée mieux encore par les bas-reliefs des monuments Khmers.

La mission de M. de Morgan a enrichi le Louvre des moulages de chapiteaux sculptés d'ispahan et de bas-reliets provenant du monument rupestre de Tagii-e-Bostàn : ces sculptures expliquent les décorations délicates des plus anciens monuments arabes, soit du Caire, soit de Cordouc ; elles expliquent aussi le riche décor floral des pilastres, des linteaux et des frises des monuments anciens ».ie l'IiKie. du Cambodge et du Siam, ou apparaît un singulier r.ielange d'eleinenls de construction rcctilignc. piliers à bases et chapiteaux. linteaux et chambranles de portes, et de formes courbes très libres se prêtant a une ornement.ition exubérante.

LES ARTS ASIATIQUES «,3

Il semble bien, si l'on compare à ces sculptures celles d'un palais delà Palestine transjordanienne, celui de Machittà (fig. 76), signalé pour la première fois par M. Tristram, qu'il y ait lieu de rattacher ce monument à l'art sassanide et de lui assigner comme date la fin du vr siècle de notre ère. On v trouve encore une décoration en broderie comprise dans des frc">ntons aigus, où des animaux et des rinceaux alternent avec des rosaces au-dessus d'un soubassement au robuste profil décoré de même par la sculpture. Or, si l'on excepte certains monuments primitifs de l'Inde, tels que les temples souterrains de Karli et les stupas ou topes bouddhiques, c'est à partir du vT siècle que semble s'être développé dans l'Inde et dans l'Indo-Chine un art ayant d'évidentes affinités avec l'art persan.

L'idée du dieu suprême est commune à la Perse et a l'Inde, et il semble qu'à l'origine, dans les deux pays, le tcntple ait été rcduit a l'autel du Feu. L'ancien culte de Brahm, du dieu suprême, figure plus tard sous les emblèmes de la création, de la conservation et de la destruction par la n Trimourti » ou Trinité réunissant Brahma, Vishnou et Siva, n'a laissé aucun temple, et c'est seulement de l'introduction du bouddhisme dans l'Inde que paraissent dater les premiers monuments de l'art. La religion nouvelle opposait à l'idée d'une vie divine succédant à la vie terrestre l'idée de l'éternité du monde, ayant pour conséquence le renouvellement par reincartiation des êtres récompensés ou punis suivant leurs mérites. Par une singulière contradiction, le fondateur de cette religion, « ÇakyaMuni », surnommé Bouddha. « le Savant », dont la doctrine semblait être la négation du dieu créateur, était adoré à son tour comme un dieu, et ce n'est pas un des aspects les moins intéressants des croyances complexes des Hindous, que la co-existence dans les plus célèbres sanctuaires, tels que celui d'EIlora, du culte bouddhique, du culte dit jainique. voisin du bouddhisme, et du culte néo-brahmanique qui, au \iii siècle de notre ère, se substituait au bouddhisme, relégué dans la Chine et le Japon.

Les plus anciens monuments de pierre sont contemporains du règne d'Asoka, c'est-à-dire du milieu du m siècle avant Jésus-Christ. C'est sous ce prince que le bouddhisme devint la religion officielle. Asoka était le pctitfils du prince dont l'empire s'étendait sur toute la région septentrionale de rindc, et dont le roi de Syrie Seleucus Nicator avait recherché l'alliance. Depuis cette époque jusqu'à l'invasion musulmane, c'est-à-dire pendant douze siècles, on n'a sur l'histoire de l'Inde, en dehors des monuments, d'autres renseignements que des récits de pèlerins chinois et quelques chroniques iiindoues conservant les noms de quelques princes, ovi mentionnant la formation d'un royaume scythe dans l'Afghanistan et le Pendjab, ce qui expliquerait un retour de l'influence grecque dans cette région vers le premier siècle de notre ère. Les monuments contemporains d'Asoka sont des colonnes commémc>ratives ornées d'inscriptions et de motifs d'ornementation assyrienne. Deux de ces colonnes subsistent encore, l'une à Allahabad, l'autre à Delhi.

04 LARI OANS LANIIQUlTi;

Les temples bouddhiques contemporains sont des hypogées entourés souvent de monastères qui étaient, comme eux, creusés dans le roc. Le plus ancien de ces édifices parait être le temple de Bhaja. voisin de celui de Karli, qui, lui. est, croit-on, postérieur, mais qui fournit un type complet de ces édifices divisés en trois nefs connue les basiliques chrétiennes. A Karli, les colonnes dont les chapiteaux sont surmontés d'un

pic monolillK- d Ella

(Inde

éléphant agenouillé soutenant des figures, portent une voûte en berceau creusée dans le rocher et cintrée par des cercles en bois de teck qu on croit contemporaines de h voûte. On y accède par une façade monumentale percée de trois portes, au-dessus desquelles s'ouvre un arc en fer-à-cheval. Sur les parois latérales sont sculptes des éléphant? et des bas-reliefs superposes.

Les hypoj^ées d'Ajunta, situés à qo kilomètres d'Auvcngabad. sont creusés au tlanc de rochers escarpés défendus par les eaux d un torrent, et rien ne devait troubler la solitude des moines qui s'y étaient retires. Les monuments d'Ajunta sont échelonnés depuis le ii' siècle avant Jésus-Christ jusqu'au vil siècle de notre ère, et ils se distinguent les uns des autres par la richesse du décor et surtout p.ir les représentations figurées de Bouddha, qu'on

LES A RIS ASlATlQUEiS

ne rencontre ^uére avant le vi' siècle, c'est-à-dire avant l'époc^ue où Bouddha fut adoré comme un dieu.

Les colonnes qui simulent un portique à l'entrée des temples souterrains éveillent le souvenir des portiques des hypogées de Beni-Hassan (fig. 77). Elles sont, les unes a huit pans, les autres cylindriques, ornées de cannelures en spirale et coupées par des bandes d'ornements très hns. Les chapiteaux

hio. 81. — l'tmplc «oulcrrjin d tltphinla (lnd<).

sc>nt aussi de formes très variées, tantôt cubiques, tantcSt décomposés en une échine tcirique divisée par des cannelures, et un tailloir quadrangulairc dont les angles sont soutenus par de petites figures. Sur ces chapiteaux repose, par l'intermédiaire de semelles en pierre taillées dans la masse, une sorte d'entablement architrave qu'enrichissent encore mille détails de sculpture, et le contraste le plus saisissant naît du voisinage du rocher brut et de ces sculptures détaillées comme des broderies.

Comme à Karli. l'entrée principale du temple est accusée par un arc en fer à cheval de très grande dimension. dc">nt l'intrados est sectionné par des côtes saillantes semblant rappeler encore les fc">rmes d'un cintrage en bois. Sur la face, l'arc est encadre d'un large champ termine en pointe au sommet par des contre-combes.

96 LAHT DANS L ANTIQUI I h

En général, le sanctuaire qui forme le fond des salles souterraines est occupé par un monument « dagoba ", sorte de niche massive, dans laquelle est une. statue colossale de Bouddha.

L'une des particularités des temples d'Ajunta est la décoration des parois par des fresques que M. Le Bon attribue au iv' siècle de notre ère. et qui sont, pour la peinture hindoue, des documents très précieux. Les types des figures et les costumes permettent un rapprochement entre ces fresques et les peintures byzantines.

Les monuments bc^uddhiques primitifs ne sont pas seulement des hypogées comprenant des temples (chaityas) et des monastères. Mais un seul temple bouddhique édifié à ciel ouvert a été conservé, grâce à des restaurations successivesqui l'ont malheureusement dénaturé : c'est celui de Bouddha- Gaya, construit, dit-on, là où Bouddha s'était élevé à la sagesse suprême. M. Le Bon attribue à l'emploi de matériaux peu résistants, brique ou bois, la ruine des autres temples.

D'autres édifices subsistent encore. Ce sont les « stupas ou topes », monuments commémoratifs en forme de tumuli, qu'entourait une clôture à jour percée de portes et enrichie par la sculpture. Il en existe un presque intact à Sanchi, dans le royaume de Bhopal. Sa clôture lapidaire, dont tous les détails semblent empruntés à la construction de bois, daterait du premier siècle de notre ère, mais le tumulus serait contemporain du règne d'Asoka (fig. 78). Le stupa était toujours construit en briques; celui de Sanchi est de forme hémisphérique. Ce qui est remarquable à Sanchi, c'est la disposition des portes reproduisant en pierre l'arrangement des portiques chinois en bois à poteaux surmontés de triples traverses. On peut en conclure à l'ancienneté des relations de la Chine et de l'Inde, qui ne furent pas seulement unies par les mêmes croyances, et dont les arts semblent. a l'origine, avoir de grandes analogies.

Les grand temples construits à ciel ouvert appartiennent à la période néobrahmanique, et caractérisent la construction pyramidale par assises de pierre retraitées qui semble traduire en pierre un empilage de plateaux de bois posés sur cales. Mais si le principe de la construction est simple, la richesse du décor qui se développe sur chaque assise donne à ces masses de pierre la plus somptueuse apparence. Les grands temples qui caractérisent le mieux l'art ».iu \' et du VI' siècles sont ceux de Bluiwaneswar. Ils ont extérieurement le profil ovoïdal qui convient à toutes les constructions en encorbellement. Leur surface est décomposée par une série de piliers que sectionnent des moulures à profils aigus couvertes d'ornements, et comprenant entre elles des panneaux surchargés de sculptures et de bas-reliefs, au point qu'il n'existe pour l'exil aucun repos.

Ces temples sont au nord-est de l'Inde, dans la province d'Orissa. D autres subsistent à l'ouest dans le Rajpoutana ou Radicsthan. dont les

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LES ARTS ASIATIQUES qc)

habitants, les Rajpouts « Fils de Rois ». appartiennent a une des plus anciennes races de l'Inde. Ce territoire est compris entre l'indus, le Pendjab et les Etats Mahrattes.

C'est à Khajurao, ville abandonnée et peuplée aujourd'hui d'animaux sauvages, que s'élèvent sur une terrasse des temples construits pour la plupart vers le x' siècle, et sur des plans à peu près identiques. On accède au

I K. (<4. LinliMU de poric et colonno soutenant ce ItnKau au temple de MiHaume Siam) (i).

temple par une entrée monumentale, donnant accès à une galerie qui contourne deux salles dont lune est le sanctuaire. Ces galeries, fermées a la partie inférieure, sont formées de supports isolés dont les intervalles donnent passage à la lumière. Le plan a la forme d'une double croix correspondant aux deux salles principales qu'entourent les galeries de bas-côtes. Sur les salles et les galeries s'élèvent des toitures curvilignes de pierre formant à l'intérieur des voûtes construites, suivant le système oriental, par assises horizontales. Ce qui frappe, c'est la profusion des sculptures, et. particulièrement, de celles qui couronnent les chapiteaux de colonnes ou de piliers. L'Inde devait être couverte de monuments, si l'on en juge par l'importance des ruines qui subsistent encore après les destructions datant de la conquête musulmane et aussi après les tremblements de terre.

Au mont Abou. dans le Rajpoutana, les temples consacrés au culte de Jaïna sont construits en marbre blanc, et les photographies prises par

(i) LcsRgiires 82 j S») sont reproduites d'âpre» les documents gracieusement communiques par M L.Delaporte.

co LAKI DANS L ANTIQUITE

M. Le Bon, nous révèlent la prodigieuse accumulation de sculpturesqui.pour ne citer que deux édifices, les temples de Vimalsha et de Vreypal-Tevpal. édifiés du xi' au xiii' siècle, se développent sur la voûte intérieure du sanctuaire et sur les piliers et plafonds des galeries qui y aboutissent.

Les piliers qui portent le dôme au temple de Vimalsha sont de forme octogonale à la base, et la sculpture qui les enrichit se poursuit sur toute la surface du dôme. Le plan est de forme rectangulaire, et sur les faces du rectangle font saillie de petites chapelles contenant des effigies du saint.

Les formes de l'architecture religieuse sont constamment modifiées, mais la tradition maintient, même pour ces temples de marbre, le souvenir des combinaisons de charpente, et ce souvenir s'accuse nettement dans la disposition des colonnes du sanctuaire du temple de Vreypal-Teypal. Celles-ci. élevées par tambours, portant chacun une décoration différente, sont couronnées par des chapiteaux à quatre consoles sur lesquelles s'appuient des liens festonnés soulageant au milieu de leur portée les architraves des plafonds. Suivant le principe de la construction en bois, la colonne se prolonge au-dessus des liens et se couronne encore par des corbeaux formant soutiens pour les pièces horizontales.

L'exubérance des sculptures donne à ces salles un aspect de richesse qu'on ne retrouve dans aucune autre architecture.

Une autre ville déserte, N<?gda, voisine d'Odeypour, n'est pas moins riche en monuments, dont la sculptur-; est comparable à celle des édifices du mont Abou. Malgré la variété du décor, certains éléments essentiels se retrouvent dans ces édifices qu'on croit pouvoir faire remonter au x' siècle. C'est au milieu des jungles, dansdes eaux stagnantes, que se dressent encore les colonnes des portiques. Le temple de Banka (fig. 79) est l'un des plus remarquables. On y trouve, ce qui est rare dans les monuments hindous, un parti de composition franchement accusé. Une frise sculptée, interrompue par des niches abritant les figures principales, soutient une paroi divisée par des cadres moulurés horizontaux et verticaux dont les intervalles sont évidcs par une série d'ouvertures trcs petites rappelant les divisions des moucharabiehs. Mais toute la décoration est comprise dans un encadrement de pilastres sculptés qui, malgré la richesse du décor, laisse app.iraitre les grandes lignes de la construction.

Les caractères de l'architecture changent avec les régions. Dans le centre de l'Inde sont encore des temples souterrains. Mais ils ne sont pas consacrés au culte bouddhique comme ceux de K;nli ou d'Ajunta. Les uns. comme celui de l'ilc d'Elephanta. appartiennent au culte brahmanique; d'autres, comme ceux d'Ellora, étaient consacrés aux deux cultes : ainsi s'explique, suivant M. Le Bon, l'absorption graduelle du Bouddhisme dans le Brahmanisme.

C'est pendant une période de trois cents ans. du \ 1' au i\' siècle, qu'ont été construits les temples d'Ellora. Bouddha y est entoure de divinités

Fiii. S^. — Sanctuaire du Icmpic tl'Angkor-Vahl (Siam). Tour centrale tt galeries joi|;njiil lt> tour» d angle.

LES ARTS ASIATIQUES io3

parmi lesquelles figurent Indra, dieu du ciel. Kali, déesse de la mort, Sarasvati, déesse de la science, épouse de Brahma.

Quelques temples sont à ciel ouvert, mais les plus nombreux sont souterrains. L'arc en fer-à-cheval qui accusait l'entrée des temples bouddhiques a été abandonné. L'entrée s'accuse par des portiques à plusieurs étages dont les parties pleines sont décorées d'éléphants semblant soutenir les nuirs d'appui.

Fiu. 85. Salle à U jonction d< deux giUric». au tcmpU d An^^kor- Vahi (Si.

Ainsi s'ouvre dans la colline le temple d'Indra, consacré au culte jaïnique, très voisin du culte bouddhique. Ce temple daterait du vi' siècle. Les figures sculptées en bas-relief sur les parois sont très remarquables et semblent accuser l'époque la plus brillante de l'art hindou.

Le Kaïlasa (fig. 80) n est pas un temple souterrain ; c'est un monolithe taillé dans la masse de la montagne et se reliant par des ramifications avec les hypogées qui y sont creusées.

Il est ainsi édifié dans une sorte de cour dont le rocher lui-même forme la clôture. L'édifice entier, sorte de grande salle entourée de chapelles, semble avoir pour supports des lions, des éléphants et des animaux fantastiques. Il est dédié à Siva, le Dieu de la vie et de la mort, qui symbolise l'évolution des êtres.

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Quant aux détails de l'ornementation, il semble que l'imagination en délire des artistes hindous se soit donné libre carrière, peuplant les parois des temples dedivinités farouches ou souriantes, de monstres, d'animaux féroces, de bayaderes, etc. On comprend l'impression extraordinaire que doivent conserveries voyageurs après une visite aux temples d'Ellora.

Celui d'Eléphanta (fig. 8 1), consacré au culte brahmanique, remonterait au vin' siècle. Les colonnes qui supportent par l'intermédiaire de semelles les poutres simulées de pierre, y sont décorées par de hnes cannelures qui se prolongent sur le gros tore formant le chapiteau de la colonne. Au fond du temple est la trinité brahmanique, sous forme d'un buste à trois têtes. Des statues gigantesques adossées aux piliers sont interprétées comme étant celles de Siva et de son épouse Parvati. Elles appartiennent, comme les statues d'Ellora, à la plus belle époque de la sculpture dans l'Jnde.

L'histoire de la région méridionale de l'Inde est encore moins connue que l'histoire de la région septentrionale jusqu'à l'invasion musulmane, c'est-àdire jusqu'au xiii siècle. Cette partie de l'Inde était divisée en plusieurs royaumes, dont la prospérité est attestée par les monuments, et notamment par les grandes pagodes qui. à partir du x' siècle, sont les édifices caractéristiques de la région. Ils ont été précédés de inonuincnts souterrains antérieurs au vi' siècle, et de bas-reliefs rupestres dont les plus célèbres, représentant le combat de Durga et du monstre a tète de buffle, sont à Mahavellipore. la ville des sept pagodes, oeuvredes génies suivant les légendes hindoues. Là en effet s'élèvent des temples monolithes qui ont été les prototypes des grandes pagodes. Les colonnes de leurs portiques ont encore des formes dérivées de celles des constructions en bois.

Un temple souterrain brahmanique, datant de la fin du vi' sicclc. existe à Badami, dans le Dharw/ar. Il est précédé de galeries dont les piliers assez espacés laissent pénétrer le jour à l'intérieur du temple. On y voit Vishnou assis, dans l'attitude de Bouddha, sur un serpent dont les multiples têtes entourent comme i.\'un nimbe la tête du dieu.

Une lacune de près de quatre siècles sépare les temples souterrains des grandes pagodes, dont les dispositions générales se rattachent à un même type. La pagode est entourée d'une ou plusieurs enceintes rectangulaires qui ont sur chaque face une porte pyramidale (( gopuram ». ayant l'importance du pylône des temples égyptiens. Lorsque le temple s'est agrandi, on a construit de nouvelles enceintes entourant les premières, et dans lesquelles ont été comprises les habitations pour desservants et d'autres dépendances du culte. Dans l'enceinte de la pagode est le lac sacré pour les ablutions.

Des vestibules à colonnes u mantapams » et des salles hypostyles « choultries » précèdent les sanctuaires. Ceux-ci. généralement de dimension restreinte et accessibles seulement aux personnages des plus hautes castes, sont, comme les u gopiirams », surmontés d'une haute pyramide. L'élément

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constitutif de chaque étage est un petit pavillon à colonnes surnic^nté J'un dôme, dont la répétition contribue à l'effet caractéristique des façades. Ces pagodes, véritables tours à étages, ont conservé, presque sans changement autre que des changements de style, leur ordonnance générale du x' au xvii' siècle. L'une des plus anciennes et des plus complètes est celle de

l'u,, 80. l.intiMii iliT 1.1 poiii- |<i iiii ip.ilc tt ctiapilcau d'un pilier de la jjjlcric y «cccdani

»ii temple >.l'An)<kor-Vaht iSiam).

Chillambaram. dédiée à Siva. Les statues en grès fin sculptées sur les parois des piles et des colonnes ont une réelle valeur artistique. La pagode de Tanjore. à peu près contemporaine, n'est pas moins richement ornée. Maigre les répétitions d'éléments décoratifs et de saillies iniiformes, les façades de la pagode de Tanjore. avec leurs pilastres, leurs fenêtres et leurs niches, ont assez grand air; c'est un aspect nouveau de l'architecture hindoue, pour la période qu'on pourrait appeler moderne, puisque les dispositions les plus anciennes ont ctc conservées pendant plusieurs siècles.

Une des plus vastes pagodes de l'Inde méridionale est celle de Madura.

,00 L ART DANS L ANTIQUITH

l'ancienne capitale des rois Pandyas. Si l'on sonj^e qu'elle dut être construite au xvii' siècle, connue celle de Sriringim. on est frappe de la persistance des mêmes dispositions dans les pagodes hindoues, et de l'influence qu'exerçaient encore sur la sculpture de cette époque les fornies décoratives et les créations de l'art persan. La même observation s'applique aux piliers surmontés de monstres qui soutiennent les plafonds du temple de Trichinopoly. voisin de celui de Sriringam, célèbre par ses sculptures extravagantes et spécialement par les chevaux cabrés sculptés sur ses piliers.

L'art de l'Indo-Chine. malgré d'évidentes analogies avec l'art de l'Inde, s'en distingue par la subordination toujours logique du décor même le plus riche a la structure. Il en résulte, pour des édifices considérables tels que le temple d Aiigkor-Vaht. un aspect tout différent de celui des temples hindous.

La disposition générale du plan est caractéristique. L'édifice est construit au milieu d'un parc, protégé par des fossés remplis d'eau que limitent des imn > de grand appareil couronnés, en avant de l'entrée, de balustrades; ces fossés sont prolongés par un lac sacré que traverse un pont monumental d'où partent des escaliers descendant jusqu'à l'eau. Une large chaussée dallée annonce de loin l'entrée du temple d'Angkor-Vaht ; des édicules placés de part et d'autre de cette chaussée, et qu'on croit être des bibliothèques, arrêtent d'abord les regards qui se dirigent ensuite vers une galerie transversale, longue de 2 5o mètres, formant l'entrée monumentale du parc au milieu duquel s'élève le monument. Dans cette galerie étaient ménagées cinq grandes portes, trois correspondante l'allée centrale, et deux aux allées latérales, utilisées pour les chars et les éléphants.

Après avoir franchi ces portes, on suit une avenue plantée d'arbres conduisant à l'enccintc du s.iiKluane, enceinte rectangulaire formée de galeries cjui sont ajomécs vers ! extérieur et fermées intérieurement par des murs décorés de bas-reliefs; dans cc^ nuii> sont évidées des fenêtres garnies de claustra à proHl de colonnettes tournées (fig. 82). Suivant une tradition dont l'origine est sans doute en Chaldée, et dont on reconnait l'influence dans l'art persan de 1 époque sassanide, c'est sur un soubassement aux robustes moulures que s'élèvent les galeries correspondant à des cours intérieures dont les niveaux se relèvent pour s'accorder avec de nouvelles galeries en\eloppées (.lans la [irciuicic enceinte et qui s'étagent encore pour aboutir à resplanav.le sur laquelle se dressent les tours d'angle et la tour centrale qui correspond au sanctuaire principal (fig. 8"?).

En fait, ce sanctuaire, de forme carrée à la base a Angkor-Vaht. ou de forme circulaire à Baion, grand temple de la ville sainte de Brahma, Angkorl'hoMi. est le novau autour i.luqucl se grou[-«ent toutes les dépendances du temple, et, en premier lieu, les quatre tours d angle : elles sont reliées entre elles par des galeries disposées sur plan rectangulaire, et celles-ci sont

LES ARTS ASIATIQUES

rattachées à la cour centrale par d'autres galeries en forme de croix aboutissant au milieu de chaque face.

Pour que ce magnifique ensemble ne risque pas d être masque par les enceintes successives, la partie supérieure du temple s'élève tout entière sur une esplanade dominant par d'immenses degrés les cours inférieures.

l'u.. S7. — Giilevk' Joiihlc. voOltfc en cii*.oil>*ll

au temple d'Angkor-V'jht

Celles-ci sont encore limitées par des galeries rectangulaires aux angles desquelles sont des tours qui. situées à un niveau inférieur, participent à la silhouette générale. De ces nouvelles galeries partent dans la direction de l'entrée trois portiques rejoignant la troisième enceinte, celle qui a vue vers l'extérieur par des galeries ajourées.

Ces dispc>sitions vraiment magnifiques du temple d'Angkor-Vaht ont été révélées par la publication que fit. en 1880. M. le lieutenant de vaisseau Delaporte. qui avait été le compagnon de Francis Garnier lors de la première exploration du Mékong ( iSot^- i8ci8). dirigée par le commandant Doudart de

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Lagrée, et qui, en 1873, dirij^ea la mibsion j^râce a laquelle nous pouvons maintenant apprécier les oeuvres grandioses de l'art khmer.

Autant l'art hindou, celui du moins que nous connaissons par des oeuvres de diite récente, parait manquer des qualités d'oppositions et de goût qui contribuent à la perfection artistique, autant ces qualités sont eminentes dans la décoration des monuments anciens de l'Indo-Chine. Ainsi, suivant une application très juste du décor à la construction, le décor d'un linteau de porte est limité à la pierre qui comprend ce linteau ; et les supports, colonnes ou piliers, accusent par leurs profils la fonction de chacun des éléments de leur structure (Hg. 84).

S'agit-il de disposer à couvert des escaliers dans des galeries se coupant à angle droit, ces galeries s'élargissent par rcdans successifs avant leur point de rencontre, et la disposition très originale et très logique qui en résulte facilite l'établissement de toitures en pierre à ressauts, imitant par leurs cannelures les divisions des couvertures en tuiles courbes, mais étudiées de telle sorte que chaque ressaut corresponde a la pente du comble, afin d'en faciliter les amortissements sur les murs transversaux (fîg. 85).

11 y a même dans les moulures de base et de chapiteau des piliers, ou dans les profils de corniche et de soubassement, des détails qui semblent dérivés des arts anciens de l'Egypte, de la Perse, à côté de formes caractéristiques des arts d'Extrême-Orient, et qui sont une indication pour la double influence persane et chinoise à laquelle semblent dues les œuvres de la civilisation khmer (fig. 86).

Dans des monuments de moindres dimensions, les rapports entre l'art de l'Indo-Chine et celui de la Chaldee apparaissent plus nettement encore.

Aucun édifice ne peut mieux aider à la reconstitution des tours chaldcennes que l'édifice pyramidal de Pimanacas, actuellement découronné et réduitàses soubassements étages en retrait les uns des autres, mais dont M. Dclaporte a donné dans son livre une intéressante restitution.

Le caractère particulier de la construction, c'est l'encorbellement. Toutes les galeries sont couvertes par des voûtes en pierre construites par superposition d'assises à litshorizontaux et n'exerçant en conséquence aucune poussée

(fig- 87)-

Chacune de ces assises s'accuse a 1 extciieur par le trace des tuiles, tandis

qu'à l'intérieur les douelles sont taillées suivant deux branches d arcs se

raccordant au sommet sur le lit horizontal de l'assise de couronnement. Le

mode d'établissement des coupoles couronnant les tours n'est pas moins

intéressant. 11 correspond à l'emploi de piliers ou contreforts préparant par

leur superposition et les ressauts de leurs corniches le passage du plan

polygonal au plan circulaire.

Quant à là ciccoration. elle témoigne du goût le plus délicat. S'agit-il

d orner par la sculpture les piliers intérieurs dune galerie, c'est le bas du

LES ARTS ASIATIQUES log

pilier qui seul est décore par des bas-reliefs représentant des saints ou des prêtres dans l'attitude de la prière. S'?git-il des galeries extérieures, les piliers isolés portant les toitures n'ont d'autre décor que les moulures ornées, et c'est sur les murs de fond, abrités parle comble, que le sculpteur trace les charmants

Fui. 88. — Hacc de Unihma, sur l'une do lours du temple dt Bjion. a Anj^kor-Thom (Siam).

groupes de bayadères comprises dans un dccor ornemental qui semble dérivé de celui des tissus (Hg. 82).

Sans doute l'imagination orientale, et plus encore l'inspiration religieuse, fournissent au sculpteur des thèmes singuliers, grt^upes de danseuses superposés dans les bas-reliefs des frontons, amortissements de ces frontons simulant des serpents à plusieurs tètes, colosses accroupis longeant les balustrades et tenant dans leurs bras nerveux les appuis qui simulent des corps de

iio LAirr DANS LANTIQUITI:

serpents, lions accroupis ou debout sur les piédestaux des balustrades ou des escaliers, faces de Brahma sur les tours au temple de Baïon (hg. 88).

Mais malgré les écarts d'imagination, le décor s'applique la où il e>t utile, sans rompre, comme cela a lieu trop souvent dans 1 Inde, les grandes lignes de l'architecture, et si l'éléphant (Hg. 89) prend sur le bas-relief la place qu'occupe, en Assyrie ou en Perse, le cheval ou le lion, l'idée des animaux se suivant pour former frise est la même et l'effet décoratif presqu'aussi puissant.

Les monuments de l' Indo-Chine sont presque tous consacrés au culte bituddhique. ils sont mentionnés, des le xiii' siècle, par un officier chinois

qui eut a remplir une mission diplomatique dans le pays, qui s'appelait alors Tchin-La. et qui dépendait de la province de Fou-Nan. C'est vers le VIT siècle que la Cochinchine s était séparée de la Chine, adoptant comme l'Inde la religion et l'écriture des Brahmanes. L'officier chinois mentionne les ponts en pierre qui donnent accès aux portes de la capitale, les tètes de Bouddha à plusieurs faces, celle du milieu portant une coiffure d'or, les éléphants sculptés sur la pierre près des entrées, les serpents et les lions. Il mentionne aussi le lac sacré voisin de la ville. Ces descriptions ont été conHrmees par la découverte de l'ancienne capitale des Khmers. du temple de Baïon à Angkor- Ihôm. et de la pagode royale d'Angkor-'Vaht.

C'est dans la région comprise entre la Cochinchine et le Siam que sont groupes les monuments, les uns construits en briques cuites, les autres en pierre de Bien-Hoa. de couleur jaunâtre, et en grès rosé. La brique n'était employée que pour des monuments secondaires, sauf dans les parties du Cambodge où la pierre fait défaut. Les blocs de pierre et de grès ayant servi à la construction des murs sont d'assez grandes dimensions et en général bien appareillés.

LES ARTS ASIATIQUES m

Les temples étaient compris dans des enceintes rectangulaires, et généralement leur grand axe était dirigé de l'est à l'ouest. Quelques-uns de ces monuments s'étagent en terrasses superposées, accessibles par des escaliers. D'autres, au contraire, se développent dans plusieurs enceintes que relient des galeries médianes partant de la tour centrale pour aboutir aux portes. Celles-ci sont de véritables arcs de triomphe surmontés de tours pyramidales.

On considère comme des tombes royales les pyramides isolées (preasats).

Des monimients de moindre importance, nombreux dans la région d'Angkor, n'ont qu'une enceinte au milieu de laquelle est un piédestal portant une statue de Bouddha.

D'après les édifices similaires de l'Inde, il semble que l'art khmcr ait dû atteindre son apogée entre le v' et le viii' siècle de notre ère.

Les origines de cette civilisation, qui fut très brillante, sont encore très mal connues. Elle parait, si l'on en juge par l'emplacement des ruines, s'être étendue principalement au Siam et au Cambodge, et si on compare ses monuments à ceux de l'Inde et de la Chine, il semble bien qu'on y trouve deux influences : celle qui. venant de la Perse, s'est étendue à tout l'Orient, et celle qui. due à la Chine, a tempéré l'imagination parfois déréglée des décorateurs hindous en les assujettissant à des règles de construction raisonnéc déduites des principes de la construction en bois.

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