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LART GREC ARCHAÏQUE

Si les fouilles récentes ont révélé en Grèce l'existence d'une civilisation contemporaine de celle des pharaons de Thèbes, nous sommes encore très mal renseignés sur la période de quatre à cinq siècles, qui sépare la fin de la civilisation mycénienne de la formation des cités en Grèce, vers le vil' siècle avant notre ère.

Toutefois, lorsqu'on se reporte à la seule source d'information qu'on possède actuellement, c'est-à-dire à la forme et au décor des poteries, on distingue très nettement dans les ouvrages de terre cuite deux tendances différentes, l'une procédant d'un décor rectilignc, l'autre d'un décor curviligne. Le décor rectiligne semble caractériser les poteries grossières de la Grèce continentale, celles qu'on désigne sous le nom de poteries athéniennes du Dipylon, parce que les céramistes occupaient le faubourg d'Athènes voisin de la « Porte Double », près de laquelle ont été découvertes ces poteries; on les trouve aussi en Béotie et dans quelques-unes des îles grecques.

Le décor curviligne semble caractériser au contraire les poteries exécutées sous l'influence asiatique, soit sur la c6te d'Asie, soit dans les îles voisines de cette côte, particulièrement à Rhodes et à Chypre.

Il semble qu'il y ait là comme un témoignage de l'existence de deux arts, l'art grec continental, l'art dorien, plus voisin de l'Egypte que de la Chaldée; l'art grec asiatique, l'art ionien, plus attaché que l'art dorien aux formes orientales. La fusion entre ces deux arts ne s'est opérée qu'au \' siècle, après les guerres médiques. lorsque, pour un temps. Athènes victorieuse représenta sous toutes ses formes le génie de la Grèce.

LART DANS LAN 11(^)1] 1 1 h

Mais avant cette époque, qui marque lapo^ee de l'art j^rec, les deux arts helléniques semblent s'être développes parallelenient. Autant qu'il est possible d'admettre une chronologie pour les poteries grecques antérieures au vil' siècle, les vases à décor rectiligne et ceux a décor curviligne sont à peu près contemporains.

L'art ionien a-t-il précédé l'art dorien?

Cela est possible: la civilisation s'était développée en Asie Mineure, et de très importantes cités, telles que Samos, Phocée. Clazomène, Milct ou Ephese s'y étaient élevées avant que les villes de la Grèce continentale eussent l'importance qu'elles acquirent par la suite.

D ailleurs, dmi^ le voisinage de l'Ionie, les royaumes éphémères de Phrygie et de Lydie avaient dii contribuer a l'essor de la civilisation

naissante, et cette civilisation se rattachait sans doute à celle qui s'était développée dans la Mésopotamie.

Avant même la chute de l'empire assyrien, de nouveaux groupements s'étaient formés dans la Médie et aboutissaient à la constitution d'un nouvel empire, celui des Perses, qui longtemps entretint des relations d'amitié avec les cités grecques d'Asie Mineure.

Dans les sanctuaires qui. comme ceux d'Olympie ou de Delphes.

reunissaient, pour certaines solennités, les peuples de même race, les monuments des diverses cités caractérisent très nettement des influences différentes dans l'art grec. A Delphes, le bas-relief du Trésor de Sicyone a tous les caractères d'un bas-relief égyptien. L'artiste procède par répétition, il l'aide 1.1 une sorte de projection oblique faisant comprendre un cortège d'animaux en marche et d'hommes les conduisant.

Près de là s'élève le nioiuiment comnicmoratif des Naxiens : c'est une colonne ionienne à volutes de style archaïque, comportant comme les colonnes persanes de nombreuses cannelures ; elle est couronnée par un cinblcme assyrien, le sphinx, qui a changé de sexe en passant d'Assyrie en Grèce. La double influence i.le l'Egvpte et de l'Assvric s'accuse encore sur les statues découvertes .i CIn prc : elles sont inspirées tantôt de modèles égyptiens, tantôt de modèlesassvriens, suivant que I ile entretient des rapports avec l'Egypte, par l'intermédiaire des Phéniciens, ou quelle est soumise aux rois assyriens de la dynastie de Saigon.

Les monuments primitifs de l'Attique donnent, sur les origines de l'art grec, des renseignements aussi précis. Le thème oriental, la lutte du

Fie. 99.

Chapiteau cypriote trou près de Famagoiistc.

I râpez

LART GREC

Lion et du Taureau, apparaît sur les débris d'un fronton calcaire polychrome recueilli au musée de l'Acropole, et les colorations conventionnelles de la pierre sont assimilables à celles des émaux chaldéens. L'influence asiatique, attestée par les poèmes homériques, s'étendait en effet à l'Ionie et au littoral de la mer Egée à l'époque de la toute-puissance des rois d'Assyrie, tandis qu'au temps des princes de Mycènes. c'est l'Egypte mise en contact par des expéditions maritimes ou par le commerce avec la Crète et la péninsule hellénique qui, plus encore que la Chaldée. communiquait sa civilisation aux habitants des îles égéennes.

Les rapports entre l'Egypte et la Grèce devinrent plus étroits lorsque, sous les dynasties saïtes , les Grecs s'établirent dans la Basse-Egypte, et leur établissement semble avoir coïncide avec les premières manifestations importantes de l'art doricn, soit dans la Grèce continentale, soit dans les colonies grecques de la Sicile et de l'Italie méridionale.

Lorsque l'on considère la configuration de la péninsule hellénique, le développement considérable de ses côtes, qui furent d'abord seules habitées, l'étroitesse de son territoire sillonne partout de hautes montagnes, on comprend que les Grecs aient formé une population maritime, qui disputa bien vite aux Phéniciens l'empire de la mer. et qui dut chercher, lorsqu'elle s'accrut, non seulement des points d'appui pour ses vaisseaux, mais encore de nouveaux territoires pour ses colons. Dès le vi' siècle, les colonies semblent aussi prospères que les cités d'oii elles sont issues, et l'art dorien a laissé en Italie et en Sicile, à Paestum, à Metaponte. à Syracuse, à Selinonte, à Agrigcntc. à Scgcstc, des édifices religieux aussi importants que les temples de rHclladc.

L'art ionien s'était développe en Asie Mineure et dans les iles plus rapidement encore que l'art dorien. La volute (fig. qq), caractéristique du

Plji rhodivn. Inttrprttjiion linfjirc de houl

cl Meurs dt loiui

128 LAKJ DANS L ANIIQUlTh

chapiteau rectangulaire ionien, formait le thème décoratif des bijoux assyriens et des stèles cypriotes, bien avant son application a l'architecture.

Les belles poteries rhodiennes fournissent encore sur l'influence orientale dans la Grèce asiatique de bien intéressants documents. Le décor de plats rhodiens conservés au Mu^lée du Louvre nous montre l'ornement floral égyptien, le bouton et la Oeur de lotus, transformés en un ornement linéaire, dessinant p;ir l'alternance de feuilles aiguës et de bouton»-. l'ornement grec

Ornement d'un linteau de p<

inl du Trcior d< Cnidc. i Dclphc»

bien connu SOUS le nom d'ovc (fig. loo), tel qu'il est encore figure en peinture sin- une moulure rampante du fronton occidental au Parthénon.

Le même ornement est sculpté sous le larmier de la corniche du Trésor des Cnidicns, que les fouilles françaises de Delphes ont récemment fait connaître (fig. loi). Il décore l'un des sarcophages, celui dit « du Satrape ». découverts il y a quelques années dans une nécropole princicre de Sidon. Or, cette interprétation linéaire du lotus est celle qu'avaient imaginée les artistes assyriens, et qui figure sur les seuils des portes des palais de Ninive, assimilables à des tapis d'albâtre.

La représentation en relief sur des vases trouvés soit en Béotic, soit dans l'île de Milo, de lions affrontés et d'une divinité asiatique, indique encore l'adaptation au décor des poteries de ces thèmes orientaux qui, pour la période de prospérité des iles grecques, entre le i\' et le vu' siècle, forment le fond du dccor ionien.

Lorsque, sur les vases, l'emploi d' « engobcs », c'est-à-dire d'argiles

LART GREC

colorées, substitue au décor de relief une peinture de tons simples limités au noir, au rouge, au blanc, à l'orangé et au violet, ce sont encore les thèmes orientaux, bandes d'animaux passants, bouquetins, lions, taureaux, alternant avec des tresses et des palniettes, qui ornent la panse des vases.

Cependant la poésie grecque fournissait à l'art des thèmes originaux qui apparaissent avec les légendes divines ou héroïques sur les vases rhodiens et corinthiens dès le vin' siècle, et la sculpture de bas-relief s'empare aussi de ces légendes, ainsi qu'on le constate au musée de l'Acropole sur un fronton représentant Héraclès et l'Hydre de Lerne.

Cette période de l'art grec archaïque qui correspond à la prospérité des cités ioniennes et des iles, puis à la richesse de Corinthe, est la période de la céramique.

Non seulement les vases avec leur décor de figures noires sur fond orangé, redessinées par un trait incisé, sont fabriqués en si grand nombre qu'ils forment l'objet d'un commerce actif entre la Grèce et toutes les cités du littoral méditerranéen, mais la terre cuite, à une époque où le marbre est peu usité, où la pierre poreuse et le bois sont les principaux matériaux de construction, forme des revêtements dont les ornements sont semblables à ceux des poteries. Le Trésor de Gela, à Olympic. en a fourni de précieux vestiges.

Les fragments conserves au musée de l'Acropole et provenant des fouilles

FiQ. loi. — Craurc corinthien. Fente el les OorgoneM.

DciTor lincairc analogue il celui dci chtneaux de terre cuite trouve»

1 l'Acropole d'Athènes. (Louvre.)

i3o LARI DANS LANUQUITE

de 1886 sont encore les témoins des influences égyptienne et assyrienne dans l'art grec primitif. Unchéneau de terre cuite a la forme de la gorge égyptienne et est décoré comme elle de bandes verticales aux colorations alternées. Sur un autre fragment de corniche sont peints en noir les palmettes et les lotus, liés par des tresses, suivant la belle disposition qu'avaient imaginée les céramistes pour le décor des grands cratères, de ces vases à pied où se faisait le mélange de l'eau et du vin. H sufht de comparer a l'ornementation du chéneau d'Athènes celle du cratère corinthien du Louvre représentant Persée et les Gorgones fig. 102), ou celle des sarcophages de Clazomènc, recueillis au même musée, pour en avoir la preuve.

Et ces fragments de revêtements en terre cuite ont été recueillis partout où s'est étendue la civilisation grecque, à Syracuse et a Melaponte, aussi bien qu'à Olympie, à Delphes et à Athènes.

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