‹ Leçons sur l'histoire de l'artChapitre 29 sur 38 · L'ART ROMAIN SOUS LA RÉPUBLIQUE · texte numérisé non relu

L'ART ROMAIN SOUS LA RÉPUBLIQUE

L'architecture romaine, pour la période antérieure a l'Empire, est très mal connue. Rome fut presque entièrement reconstruite, après les guerresciviles. sous Jules César et sous Auguste, et par suite de superpositions et de transformations continuelles, les édifices groupés jadis sur le Forum romain n'ont pu être identifiés que partiellement après des fouilles récentes. Les Grecs s'étaient établis en Italie dès le vi' siècle, et on compte parmi les monuments les plus anciens de l'art grec deux édifices de Parstum. l'un qu'on appelle la Bdf.s///i^»t'. l'autre qui était un temple consacre a Neptune, et qui est peut-être le monument religieux le mieux conservé, celui oii le sanctuaire possède encore sa double Hle de colonnes à deux étages soutenant les charpentes du comble.

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La partie méridionale de lltalie recevait le nom de Grande Grèce, et les colonies grecques y étaient aussi nombreuses qu'en Sicile. Les ruines qui

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subsistent u Mctapontc et sur plusieurs points de la péninsule, témoignent de la prospérité de ces colonies.

L'art grec a donc eu certainement une part dans les premiers essais de l'art romain. Mais comment la déterminer?

Un seul édifice de Passtum. le temple de Dcmcter » Cércs », offre des particularités de construction qui le distinguent absolument des monuments grecs voisinset pc'iurraient le faire considérer comme une ccuvrc de l'art italien primitif (fig. i 'Î4).

Contrairement aux dispositions des temples grecs, les colonnes ont.

L'ART ROMAIN

même aux angles, des espacements égaux. Les triglyphes de la frise ne constituent pas, comme cela avait lieu en Grèce, les parties résistantes de la construction; ce ne sont que des placages, et suivant l'interprétation romaine de l'ordre dorique le dernier triglyphe ne porte pas l'angle de la

l-io. ilb. Vue intérieure »iii umplc >u- J„pit.< i li.i

corniche; il est aplomb de l'axe de la dernière colonne et laisse inoccupé l'angle de la frise.

Il semble qu'il y ait là comme une copie d'art hellénique dont l'auteur, étranger à la logique de l'art grec, n'aurait fait que reproduire des formes sans en comprendre la raison.

Or. c'est là précisément le défaut de l'art romain. Les délicatesses de l'art grec. qui. plus que tous les autres arts dans l'antiquité, eut le culte de la beauté, et qui poussa si loin la concordance logique de la structure et du décor, ne pouvaient être comprises par un peuple dont l'architecture fut surtout utilitaire et qui considéra les ordonnances grecques comme des motifs décoratifs.

Cependant, vers le 1" siècle avant notre ère. l'art romain, peut-être sous

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l'influence d'artistes grecs, avait produit des œuvres délicates, comparables pour la perfection de l'exécution aux monuments de la Grèce; on peut citer

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entre autres le temple circulaire de Tivoli dont le site est si bien choisi, que là comme au cap Sounion. ou à Segcstc, le monument semble être une partie du merveilleux paysage qui l'entoure (fig. i35).

M. Choisy, dans son Tiiafcirc Je /'.'^fv^/At't7//;v compare très justement les détails du tombeau de Scipio Barbatus. antérieur à la conquête de la Grèce,

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à ceux de la Basilique de Preneste, élevée par Svlla un siècle après la prise de Corinthe, pour déniontrer qu'il existait en Italie avant l'empiie un art affilié à l'art grec et dont les monuments méritent l'attention.

Toutefois les qualités propres a l'art des Romains sont surtout des qualités d'organisation. Par la division méthodique du travail, par l'étude des simplifications de construction, ils ont pu réaliser des oeuvres colossales à l'aide d'ouvriers peu expérimentés, en adoptant pour toutes les parties essentielles de la construction la maçonnerie de blocage, indépendante d'un revêtement décoratif qu'on préparait séparément, et qui n'avait aucun rapport avec la construction. C'est la une différence essentielle entre l'art grec et l'art romain.

Les Romains se sont assimilé les arts des peuples vaincus et leur ont emprunté, non des principes d'harmonie, mais des méthodes d'éxecution rapide, applicables aux édifices d'utilité publique dont la réalisation entrait dans les vues du peuple conquérant et flattait son orgueil.

Ces méthodes de construction n'ont pas d'ailleurs été généralisées dans l'Empire. Les Romains, administrateurs avisés, avaient laissé aux différentes provinces une. certaine autonomie, respectant les croyances et les usages des vaincus. Aussi l'art romain, dès les dernières années de la republique, quoique semblant assujetti à quelques principes généraux, a-t-il, sous les différents climats, des expressions assez variées.

En réalité, l'art romain est un art de reflet qui subit tour à tour les influences de l'Etrurie et de la Grèce, et dont les caractères originaux ne se manifestent que sous l'empire, après que les expéditions lointaines ont enseigné aux Romains l'usage des petits matériaux et leur application possible à la construction d'édifices cc^nsidérables, thermes, amphithéâtres, pc")nts, aqueducs, qui caractérisent le génie de Rome.

L'ART ROMAIN SOUS LEMPl RE — ARCHITECTURE LES METHODES DE CONSTRUCTION

Bien qu'en apparence l'architecture romaine ait adopte le système de construction usité en Grèce, associant des supports verticaux à des platesbandes horizontales, l'élément principal de l'architecture grecque, la colonne. n'a été dans l'art romain qu'un élément accessoire, un décor.

Il y a donc deux parts à faire dans les monuments romains : celle du constructeur économe qui s'occupe seulement de la résistance des matériaux, et celle du décorateur qui masque, par une décoration d'applique inspirée des formes grecques, une construction de blocage.

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Ce dédoublement de l'architecte romain n est pas très sensible, au moins au début de I empire, dans l'architecture religieuse. Les grands temples construits a Rome, celui de Mars Ultor au Forum d'Auguste, celui des Dioscures (Castor et Pollux) édifié sur le Forum romain en souvenir de la bataille du lac Régille, et reconstruit par Tibère l'an VI de notre ère, ne s'écartent guère des meilleures traditions de l'art grec. Il y a concordance

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apparente entre la structure et le décor, ei le marbre qui remplace la pierre poreuse, le travertin, est mis en tvuvre avec une rare perfection.

11 semble que les architectes romains, frappes par les somptueux monuments d'Asie Mineure, en aient reproduit les grandes c'irdc'innances, notamment ces portiques qui entouraient les temples, limitant l'espace consacre.

Le décor est aussi emprunté à l'Asie. Vers l'époque oii s'élèvent à Ba'albek de magnifiques monuments d'ordonnance corinthienne (fig. i 3b), ce sont les chapiteaux à feuilles d'acanthe qui couronnent les colonnes du temple consacre sur le Forum par Antonin le Pieux, et c'est le griffon asiatique, entrevu sur les frises et les chapiteaux liu Dit-lvmeion île Milet. qui est I ornement principal de la frise du temple rc">main.

Tous les types créés en Grèce sont reproduits en Italie, depuis le temple rectangulaire dont les murs sc>nt limités par des antes jusqu'au temple circulaire, inspiré de la «tholos» d'Epidaure ou de celle d Olvmpie. Le temple de Tivoli (fig. i'^'>!, qui e^-t le type le plus parfait de ces temples circulaires.

L'ART ROMAIN

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appartient, comme celui de Palestrina <i Preneste », a la plus belle époque de l'art romain, à celle qui précède immédiatement l'empire. Le temple circulaire qui subsiste à Rome, près de Santa-Maria in Cosmedin, ne lui est comparable ni pour la beauté des détails, ni pour l'harmonie des proportions. Le chapiteau de la colonne de Tivoli interprète largement la feuille d'acanthe ; la colonne

Fio. I 11). — Gil<ri<4 cxtcriciircs de 1 .imphnlu-jirt d'Arles ( Franif. Bouihtsdii-Rhont).

repose sur un soubassement continu par I intermédiaire d'une base circulaire dépourvue de cette plinthe carrée que les Romains ont ajoutée à la base ionique et qu'ils ont appliquée à toutes les bases, même à celle dont ils ont doté la colonne dorique. Si l'on compare l'ordre du temple de Tivoli aux ordres corinthiens des plus beaux temples élevés pendant l'époque impériale, celui de Jupiter Stator ou celui de Mars Ultor (hg. 1^7), on trouve à ceux-ci des maigreurs qui semblent indiquer dans l'art religieux un commencement de décadence. Elle s'accuse assez vite par une surcharge d'ornements dans la corniche, mais surtout par un défaut d'harmonie entre les fc^rmcs et les fonctions des cléments constitutifs de l'entablement.

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