‹ Leçons sur l'histologie du système nerveuxChapitre 134 sur 179 · SECTION DES NERFS ÉLECTRIQUES · texte numérisé non relu

SECTION DES NERFS ÉLECTRIQUES

indiqué les déductions qu'il est permis d'en tirer au point de vue de sa fonction spéciale. Avant de passer à un aulre objet d'étude, je vais vous entretenir d'une question de pathologie expérimentale qui a trait à cet organe et aux nerfs qui s'y rendent. Il s'agit des effets de la section transversale de ces nerfs.

J'ai fait à ce sujet cinq expériences. Ce nombre vous paraîtra peut-être restreint; mais, si vous songez aux conditions dans lesquelles il est nécessaire de se placer et quelle difflculfé il y a à les réaliser, vous reconnaîtrez que c'est un chiffre qui est encore assez important. Il faut être au bord de la mer, avoir à sa disposition un bassin dans lequel les torpilles puissent vivre dans de bonnes conditions ; il faut attendre pendant des semaines les effets de la section. Ces circonstances rendent naturellement assez rares les expériences suivies de réussile.

Ce qui m'avait porté surtout à choisir ces poissons pour y pratiquer la section des nerfs, c'est la minceur et la transparence de la lame électrique. Je pensais que, lorsque la régénération succéderait à la dégénération, il me serait possible d'y apercevoir le nouveau cylindre-axe s'accroissant du centre à la périphérie pour remplacer Tancien qui aurait été délruit. Ou bien, dans les cas où les choses se seraient passées autrement, je comptais du moins rencontrer dans l'organe électrique en voie de régénération quelques faits inattendus qui auraient ouvert une voie nouvelle à l'interprétation des phénomènes de la régénération desj nerfs chez les mammifères. Je n'ai pas atteint le but que je^me proposais; mais j'ai observé à cette occasion certains faits intéressants que je vais vous communiquer.

Je ne connais aucune observation ayant trait h la section des nerfs de l'organe électrique de la torpille, à l'exception d'une seule expérience de Matteucci, qui, comme vous

allés en ju{^!' vous-mômes, n'a pas une Irtis-granJe valeur. Mattevicci anirmi! que la U)r|iillc peut vivre longtemps après nue ses nerfs i-lecli-iqucs ont i>lc coupés, et ù ce propos il racoiile rexpérience siiivanU;:

« J'ai iioupé liois nerfs de l'organe droit à uufi lorpiUc fi'inellc irès-pelitc et très-vivare. Aprè^ l'opéralion, la [tenu fut réunie el cousue, et lu poisson, li'' par la (pieue, fut mis dans le canal de (îcsenatico : c'étaitle 'i7 juillrt, h trois hisnres île l'après-niidi. L'animal mourut dans la soin'-e (lu 2S, après environ trente heures di; vie.

« Le changement apporté dans la subslance de l'organe était grand dans la partie oi*! se ramïfu'nt les trois nerfs coupés; ulle y élail tellement amincie et atrophiée qu'il élail impossible de la reconnaître; la substance des troncs nerveux était devenue pulpacée; le reste de l'or^rane était intact'. »

Vous verrez par la suite que ce n'est pas ainsi que les choses se passent; et quand celle leçon n'aurait pour rcsull:iL que de rcclilier l'erreur de Malteucci, ce serait déjà une raison sulflsante pour exposer les expériences dont je vais vous entretenir; mais ces expériences ont une importance plus grande.

Comme mon but était d'observer la régénération des nerfs, j'ai cherché à prolonger autant que possible la vie de l'animal après l'opération. C'est ainsi qu'ayant pratiqué, le 15 juillet 1875, chez une première torpille de vingt-cinq centimètres de longueur, la section d'un des nerfs de l'organe électrique, j'ai attendu pour la sacrifier jusqu'au 2 septembre, c'est-à-dire quaranle-liuit jours. Une seconde torpille, de la même taille, fut sacrifice trente-quatre jours après la même opéi'alion. Les trois autres torpilles,

' Halteucci. Truite dei phénoménal électro-pliytioloyique* det r»is, 1844, p. 107.

SECTION DES ÉNERFS LECTRIQUES. 209

qui mcsuraicnl cinquante centimètres de longueur, ont vécu Tune vingt-six jours, l'autre dix-neuf, et la dernière dix jours. L'une d'elles a été recueillie au moment où elle mourait, car ses muscles étaient encore excitables ; les deux autres sont mortes pendant la nuit, de sorte que, lorsque je les ai prises, leurs tissus avaient déjà subi des altérations cadavériques. Aussi les ai-je laissées absolument de côté pour l'observation histologique.

Je prendrai pour type la torpille sacrifiée quarante-huit jours après l'opération.

Le segment périphérique du nerf sectionné avait subi des altérations à peu près semblables à celles que l'on observe chez le lapin ou chez le pigeon cinq jours après la section. Si l'on admet qu'il y ait parallélisme entre la durée de la dégénération et celle de la régénération chez ces deux espèces d'animaux, il m'aurait fallu attendre un temps considérable pour être témoin de la régénération. Vous vous rappelez, en effet, que, chez le lapin, c'est vers le soixantième jour que les phénomènes de régénération se montrent d'une manière nette dans le segment périphérique d'un nerf sectionné, par conséquent après un temps douze fois plus considérable que la dégénération considérée au cinquième jour. Or, comme une dégénération au même degré ne se produit chez la torpille qu'après quarante-huit jours, pour observer chez elle la régénération au même degré que chez le lapin au soixantième jour, il faudrait multiplier 48 par 12, ce qui donne 576. C'est donc au moins cinq cent soixanteseize jours qu'il faudrait pour obtenir dans les extrémités terminales des nerfs électriques les premiers phénomènes de la régénération.

Nous devons examiner séparément le segment périphérique du nerf sectionné et les portions de l'organe qui lui correspondent. Les modifications survenues dans le nerf

RANTIER, 8TST. NERV., T. II. ' 14

IIRG.VNK ÊLrXTRlQIIK DK LA Tl.lllIMI.I.K.

lalo;

celles du

segment yt^ rique du sciatîqiie du lapin cinq jours après la action: Dans cliaquc segment inturannulaire îles tuhcs nervcus, le protoplasma s'ësL accru, les noyaux se sont inulLmlîés, la myéline est segmentée. Vous observerez ces altérations dans une des préparations qui sont placées devant vous.

Du dixième au quaranle-liuilièmn jour après l.-t section (l'un nerf électrique, les portions de l'organe éloctrrqne nui correspondent au nerf sectionné pi-és-inteiit des modifications très-apparentes à l'œil nu. Elles a' ont aiiciine analogie avec celles que MuHouccî a décrites. En effet, au lieu d'ôln; atropliiées et pulpacées comme le dit cet auteur, les ptirties qui ont été soustraites à l'action des centres nerveux sont iia contraire plus fermes et plus résistantes. Les prismes v sont bien marqués; ilsont diminué légèrement de dianièlfc; ils présentent une coloration Irancheraenl rosée qui tranclie nettement sur la Leitile grise des parties restées saines.

J'ai enlevé de poLils fragments au niveau des porlîoiw jdlérécs de l'organe, je les ai mis dans une solution d'acide osmique à 1 pour 100 et j'en ai isolé des lames au moyen des procédés que je vous ai indiqués.

Parmi les préparations que je conserve, les unes ont été failes après l'action prolongée de l'aqide osmique, afin de mettre bien en évidence l'arborisation terminale; dans les autres,- au contraire, j'ai laissé agir ce réactif seulemeot quelques heures, afin de pouvoir colorer ensuite par le pi- ciocarminate les différentes parties constitutives des libres nerveuses de premier et de second ordre qui sont comprises entre les lames.

Eludions d'abord les fibres nerveuses de premier ordre. La gaine secondaire y est à jieine distincte. Etitre elle et le tube nerveux qu'elle enveloppe il n'existe plus cet es[\a<x clair bien accusé et régulier que nous avons toujours re-

Page 1