BUISSON TERMINAL DE LA GRENOUILLE. — ACIDE OSMIQUE
A ce propos, je dois vous signaler une disposition intéressante que je soumets à votre observation sous un de ces microscopes. Vous y verrez passer transversalement audessus de plusieurs faisceaux musculaires parallèles un rameau nerveux composé de deux ou trois tubes. L*un de ces tubes se divise, au niveau d'un étranglement annulaire, en deux branches qui, s'écartantàangle droit de la direction du rameau, vont, Tune à droite, Tautre à gauche, se rendre au même faisceau musculaire, où elles se distribuent en deux buissons terminaux. Quelquefois Tune des branches du buisson qui semble destiné à un faisceau musculaire va se terminer dans un faisceau voisin. C'est une disposition de ce genre que Kôlliker a dû observer dans la terminaison motrice qu'il représente figure 119 de son traité d'histoIogie^ La libre qui se détache du buisson terminal est, il est vrai, dessinée comme une fibre pâle ; mais il est probable que les acides dilués dont Kôlliker s'était servi pour cette étude avaient amené dans la gaîne médullaire des modifications suffisantes pour lui faire considérer le tube nerveux à myéline qu'il avait sous les yeux comme une fibre nerveuse sans moelle.
Les préparations faites au moyen de l'acide osmique montrent très-nettement toutes les branches nerveuses munies de gaines médullaires; maisaudelà du dernier segment à myéline on ne dislingue plus rien, même quand l'examen est pratiqué dans l'eau. Ce fait à lui seul conduirait à admettre que les portions de la terminaison nerveuse dépourvues de myéline, et révélées par l'action du nitrate d'argent et du chlorure d'or, sont au-dessous du sarcolemme. En e0et, si elles étaient au-dessus de cette membrane, il devrait être possible de les reconnaître grâce à leur différence de réfringence, au moins lorsque la préparation est conservée dans l'eau.
* Kôlliker. Éléments d'histologie humaine, deuxième édition française, p. 222.
5i2 TERNI-SAISON DES NERFS bASS LES MISCI.ES STRIÉS. ^
Les vues de profil ne sont pas moins instructives que les vues de face. La branche mère s' étant divisée et subdivisée avant d'atteindre le faisceau musculaire, les brandies secondaires embrassent ce faisceau comme les doigts (le la main appliques sur un cylindre, et sont attachées au sarco- Icmme seulement par leurs extrémité*. Cette sorte de main, formée par le buisson terminal de Kûline considéré dam su partie myélinique, est fixée au sareolemme par un asseï grand nombre d'altachis; en d'autres termes, le nerf atteint le faisceau musculaire par plusieurs points, dont le nombre peut aller jusqu'à huit ou dis. Il est facile de suivre sur le sareolemme les branches nerveuses plus ou moins longues qui s'étendent à sa surface, mais à la condilion de conserver les praparations dans l'eau. Si on les monte dans la glycérine, ce liquide, qui pénètre toutes les parties, fait dispîrailre gr.1ce à son haut indice de réfraction les légères diCférences de réfringence qui auraient pu permettre de les distinguer nettement.
L'acide osmiquc ne manifeste pas las noyaux du buisson terminal ; aussi, pour être renseigné sur leur nombre et ?iir leur siège, est-il nécessaire de les colorer par le carmin. Comme cette coloration ne réussit que sur des faisceaux qnî n'ont pas subi sous l'influence de l'acide osmique une modification trop profonde, il faur choisir pour la tenter des portions du muscle qui se trouvent h la périphérie de la lonc dans laquelle le réactif s'est répandu. Bien que l'on obtienne quelquefois ainsi de bonnes colorations, la méthode n'est pas certaine; aussi ai-je chcri-lié à la régulariser. Voici comment j'y suis arrivé : Je fais dans le muscle une injection interstitielle d'un mélange d'une partie d'une solution d'acide osmique à I pour 100 avec quatre parties d'alcool ;'i ^11", La petite quantité d'acide osmique ainsi mise en contact avec les faisceaux musculaires ne sufiirait peut-être
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pas à les fiiter; l'alcool complète son action. Peut-être se passc-t-îl là quelque réaction qui nous est inconnue ; mais, suivant moi, l'iieureux riSsullat olitenu par ce mélange lient à ce que l'acide osmique agit suffisamment sur les tubes nerveux à myéline, sans cependant se porter sur les £aisceaux musculaires en quantité assez grande pour empêcher leur coloration ultérieure. 11 est très-facile ensuite de pratiquer la dissociation; elle doit se faire dans l'alcool. Les faisceaux à peu près isolés sont plongés pendant une demi-heure dans une solution de picrocarminate à 1 pour 100, puis lavés à l'eau pour enlever l'excès de la matière colorante et traités ensuite sur la lame de verre par un mélange à parties égales d'eau et d'acide acétique cristallisable. Comme les éléments musculaires et nerveux sont fixes par l'acîde osmique et l'nlcool, cette forte dose d'acide acétique n'exerce plus sur eux l'action nuisible qu'elle aurait sur des tissus frais, et le faisceau musculaire ne parait pas fortement altéré. Les divers noyaux colorés en rouge que l'on y observe sont plus ou moins modifiés par l'acide, qui tend à tes ramener à la forme sphérîque. Aussi ceux d'entre eux qui ne sont pas entravés par une résistance quelconque se montrent-ils avec cette forme, landis que ceux qui sont maintenus entre des plans d'une résistance supérieure à la leur conservent h peu près leur forme normale.
Sur la préparation que je soumets à votre examen (voy. PI. Vil, fig. 5), vous reconnaîtrez, à leur leinle grise, les ramifications à myéline du buisson de Kûhne; les tiges terminales ne se voient pas ou se distinguent h peine. Les noyaux de la gaîne de Ilenle, colorés en rouge, sont appliqués à la face interne de celte gaîne, qui est nettement dessinée; les noyaux des segments inlerannulaïres sont rouges et sphériques. Quant aux noyaux musculaires, dis- ^poaés en séries longitudinales dans le faisceau, ils sont
5(0 TERÎIlNilSW BBS NEUFS t remarquerez d'autres sur lesquels se distinguent de tout petits fragments de fibres nerveuses à moelle, comme si le» libres qu'ils possi'daient à l'état normal avaient é lé rompues au voisinage de leur point d'attache. Il est évident que, si cette rupture, au lieu de se faire à une petite dislance de l'extrémité myélinique, s'élait faite sur celtt! cxlrèmilé ini}mc, on aurait obtenu une Gbre musculnîre dénuée en îipparence de fibre nerveuse. Enfin, il y a des faisceaux sur lesquels vous reconnaîtrez de la façon la plus nette toutiû buisson terminal de Kûluie, et, comme l'acide osmiquea coloré la myéline, vous pourrez distinguer les étranglements annulaires et les si'gmenls interannulaires, les noyaux de ces segments, la membrane de Scbwann, et enfin ta membrane de Ilcnle et les éléments cellulaires qui la doublent.
Si, au lieu d'enlever les faisceaux musculaires par arrachement, vous vous servez pour les recueillir des ciseaux des aiguilles et de la pince, en suivant les indications que je vous ai données pour éviter la rupture des lul)i>s nerveui (p. 505), vous pourrez constater que tous ces faisceaux sans exception présentent des terminaisons nei-veuses. .
Examinons maintenant plus en détail le buisson terminal. Gomme ses branches n'cmbiassent pas le faisceau musculaire dans loute sa périphérie, mais qu'elles en occupent seulement le tiers ou le quart, il se présente de face ou de profil. Par l'examen comparatif de la terminaison nerveuse dans ces deux positions, que vous pourrez faire varier à volonté, il vous sera facile de vous assurer que toutes les parties à myéline sont déplaçables par rapport au faisceau primitif; vous leur verrez présenter des intlexions diverses, monlranl qu'elles ne sont pas prises et maintenues entre le sarcoleminc et la substance striée. Il suit de celte observation que toutes les branches du buisson terminal qui contiennent de la myé- ,line sont certainement en dehors du sarcolemme.