ÉTRANGLEMENTS ANNULAIRES
des préparations de ce genre bien réussies, c'est qu'au niveau de l'étranglement il n'y a pas de myéline. En effet, à la place de la barre transversale et longitudinale des croix que nous avons remarquées sur les nerfs traités par le nitrate d'argent, nous observons ici un espace tout à fait clair, d'autant plus grand que l'extension a été plus complète, si du moins elle n'a pas dépassé un certain degré.
Chez le lapin, chez la grenouille et chez la plupart des vertébrés, le tube nerveux se termine au niveau de Tétranglement annulaire par un léger renflement. On observe en outre à sa surface en ce point une série de côtes saillantes ou de mamelons arrondis qui en augmentent la capacité et qui semblent autant de poches formées par la gaine de Schwann pour contenir une quantité plus considérable de myéline. Cette disposition, qui existe chez tous les mammifères, est surtout nettement marquée chez la grenouille.
Les deux renflements convexes de myéline qui se font face limitent un ménisque biconcave qui parait clair au premier abord. Examiné plus attentivement, on y distingue le cylindre-axe, traversé perpendiculairement au milieu du ménisque par une strie. Cette strie parait brillante quand on éloigne l'objectif, obscure quand on le rapproche. Enfin sur les bords du tube on reconnaît le profil concave du pli que forme la gaine de Schwann à ce niveau.
Pour faire comprendre la signification de cette strie transversale claire, je dois revenir en deux mots sur un principe d'optique microscopique que vous connaissez tous : tout corps convexe, plus réfringent que le milieu où il se trouve, devient brillant quand on éloigne l'objectif au delà du point de la vision distincte. Tout corps concave, au contraire, et plus réfringent que son milieu, devient obscur lorsque Ton éloigne l'objectif. La ligne transversale, brillante quand on éloigne l'objectif, correspond donc au renflement
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biconique, corps réfringent et convexe, sur lequel j'ai déjà attiré votre attention à propos des préparations faites avec le nitrate d'argent.
Tous ces détails peuvent être reconnus plus facilement encore si l'espace clair qui existe au niveau de Tétranglement est agrandi, comme cela se produit dans certaines conditions dont nous parlerons bientôt.
J'arrive maintenant aux étranglements incomplets, c'està-dire aux étranglements dans lesquels la myéline ne serait pas interrompue et passerait d'un segment à l'autre. Axel Key et Retzius ', Rouget*, Kuhnt' ont décrit des étranglements de ce genre. J'en ai observé quelquefois, mais je les ai toujoui*s attribués à des préparations imparfaites, car je ne les ai jamais rencontrés sur des préparations de nerfs tendus, fixés par l'acide osmique et dissociés avec soin. Aujourd'hui, même après les descriptions des observateurs que je viens de citer, j'ai conservé mon opinion, mais j'ai dû la légitimer, et j'ai institué à cet effet une expérience.
Sur une petite tige de bois, évidée comme dans l'expérience dont je vous ai parlé plus haut, j'ai placé un nerf sciatique de grenouille. Après l'avoir lié à une de ses extrémités, je l'ai tendu en le saisissant à Taulre extrémité avec une pince; mais au lieu de l'attacher en ce point avec un fil, je l'ai maintenu au moyen d'une petite serre-fine faite avec une épingle à insectes. Le nerf ainsi disposé a été plongé dans une solution d'acide osmiciue pendant quinze à vingt heures (fig. 7). Après ce temps, la lige de bois étant retirée de l'acide osmique, la serre-fine est enlevée délica-
* Axel Key et Retzius, Studien in der Anatomie des Nervetisyslemes^ Arcli. f. micr. Anal., 1873, p. 351.
* Rouget» Développement des nerfs chez les larves de batraciens. Archive» de physiologie, 1875, p. ^82.
^ Kuhnt, Die peripherische markhaltige Nervenfaser, Arch. f. micr. Anal., t. m, 1876, p. ^40.
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(cmiml, la ligature est coupôe, cl la dissociation du nerf csl pratiquée d'après les indications que je vous ai données, c'est-à-dire en ne touchant jamais avec les aiguilles que l'une des extrémités du nerf.
Cette expérience m'a montré comment se produisent les élranglements incomplets et m'a amené en outre à faire une autre observation intéressante. Remarquons d'abord que, la compression ayant été produite par une aréte sur un
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plan, le nerf, qui est de forme cylindrique, a élc aplati; on devrait donc s'attendre à ce que chacun des tubes qui le composent Tût aplati également. 11 n'en est rien. En effet, à l'examen microscopique nous constatons que la partie amincie des tubes nerveux est parfaitement cylindrique. Cela lient ù ce que la substance de ces tubes et le milieu dans lequel ils sont plongés sont liquides ou très-voisins de l'ctat liquide. Or vous savez que dans les liquides les pressions s'équilibrent dans tous les sens ; cliaque tube ncneux a donc éprouvé une pression égale dans tous les points de sa circonférence, et c'est pour
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cela que, tout en s'amincissant, il est demeuré cylindrique.
Après cette première observation, je passe à la description détaillée des tubes nerveux contenus dans la préparation. Je vous ferai remarquer d'abord que nous obtenons ici, par une seule expérience, le nerf dans trois états tout à fait différents : une de ses portions est tendue, une autre est comprimée par la serre-fine, enfin les portions situées au delà des points d'attache sont tout à fait libres.
Suivons maintenant dans toute sa longueur un tube nerveux complètement isolé; dans sa portion non tendue, il présente les zigzags que nous connaissons ; nous y voyons un étranglement annulaire serré, analogue à ceux qui se montrent sur les nerfs fixés dans leur forme alors qu'ils sont revenus sur eux-mêmes. Puis vient la portion amincie par la compression de la serre-fine; la myéline est légèrement granuleuse, mais ne présente pas les fibres et les boules que nous connaissons. Au delà, le tube nerveux, reprenant son diamètre normal et étant désormais tendu, présente un nouvel étranglement. Mais, au lieu de montrer Je ménisque biconcave clair que nous avons décrit, cet étranglement ne s'accuse que par un léger rétrécissement du tube, tandis que la myéline se continue sans interruption dans son intérieur. Nous avons devant les veux un étranglement incomplet (fig. 5, PI. l). Si nous comparons les deux renflements qui limitent cet étranglement, nous remarquons qu'ils ne sont pas égaux ; celui qui est du coté comprimé est constamment plus volumineux que Taulre.
Cette observation nous montre que la myéline trt»s-duclilea été déplacée par la compression ; elle a coulé dans le tube nerveux, et, franchissant Tétranglement, elle est Tenue se répandre dans les segments voisins. L'étranglement a dû opposer une certaine résistance, puisqu'avant de le franchir la myéline a distendu le renflement terminal du seg-