ACTION DU BICHROMATE D'AMMONIAQUE. — VACUOLES
matières colorantes et parliculièrement les couleurs d'aniline colorent tous les tissus et tous les éléments de Torganisme; mais elles Tes colorent plus ou moins rapidement et d'une façon plus ou moins intense. Il y a donc un moment où la différence de coloration est à son maximum, et c'est ce moment qu'il faut choisir pour faire une bonne observation.
D'après ce que je vous ai dit de l'action du nitrate d'argent sur les fibres nerveuses à myéline, vous comprenez facilement combien il était important d'éludier à l'aide de ce réactif les fibres de Remak. En effet, d'une part, il pouvait nous montrer des cloisons transversales analogues aux étranglements annulaires, de l'autre il pouvait déceler sur les fibres des stries transversales alternatives, semblables à celles que Frommann a découvertes sur le cylindre-axe.
Dans ce but j'ai fait des recherches sur un grand nombre de nerfs, et tout récemment encore je les ai reprises, mais sans aucun succès. Les fibres de Remak qui ont subi l'action du nitrate d'argent sont colorées d'une manière vague en brun noirâtre, et jamais je n'ai pu y voir ni l'indice d'une soudure de deux éléments cellulaires, ni des stries transversales. Je ne considère cependant pas la question comme définitivement jugée. Peut-être y aurait-il une manière particulière d'employer le nitrate d'argent qui donnerait de meilleurs résultats, ou peut-être aussi réussiraiton, en employant d'autres sels d'argent, par exemple des sels organiques. Je dois dire toutefois que j'ai aussi essayé le laclate d'argent, et qu'il ne (m'a donné que des résultats négatifs.
Je passe à un autre réactif qui nous conduira à une observation intéressante : le bichromate d'ammoniaque en solution à 2 pour 100. Lorsque les nerfs ont séjouni^
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plifsieurs mois dans cette solution, ils acquièrent, comme nous Tavons vu, une consistance notable, suffisante même pour les coupes. Cependant, cette consistance n'est pas si grande que les tubes nerveux soient soudés les uns aux autres et qu'il soit impossible de les séparer. Au contraire, quand la gaine du faisceau nerveux est fendue, il est facile d'en dégager le contenu dans l'eau et de le dissocier. On peut ensuite colorer les fibres nerveuses soit avec le carmin, soit avec les autres matières colorantes. Celles que vous pourrez observer ici et dont je vais vous parler maintenant ont été colorées par le picrocarminate et conservées dans la glycérine.
Sur ces préparations, les fibres de Remak se niontrent avec un caractère tout spécial et qui permet de les distinguer absolument des fibres conriectives. Il s'y manifeste quelque chose d'analogue à ce que l'on désigne, pour les dernières terminaisons nerveuses, sous le nom de varicosités. Portons notre attention sur une grosse fibre de Remak munie de noyaux; nous pourrons reconnaître qu'elle e?t composée de plusieurs fibres de petite dimension, tantôt soudées les unes aux autres, tantôt séparées sur une certaine longueur, et se confondant ensuite de nouveau. Leurs différents noyaux, grâce à la couleur rouge qu'ils ont prise par Taclion du picrocarminate, sont parfaitement distincls. Dans chacune des fibres élémentaires, il se montre un très-grand nombre de vacuoles arrondies ou ovalaires, incolores, et caractérisées, comme toutes les vacuok^s, par une réfringence moindre que celle du milieu dans lequel elles se sont produites. Aussi deviennent-elles obscures quand on éloigne robjeclif. Elles se sont formées dans Tintérieur même des libres, qui ont été élargies à leur niveau, tandis qu'ailleurs elles sont restées minces et sont devenues ainsi moniliformes.
Les fibres connectives au contraire ont conservé l'aspect
COUPES D'APRÈS DURCISSEMENT PAR L'AGOE CHROMIQUE. 147
qu'elles ont à l'état normal, celui de filamenls soyeux légèrement ondulés. Vous voyez qu'il nous suffirait du bichromate d'ammoniaque pour établir une distinction complète entre les fibres de Remak et les fibres du tissu conjonctif. J** ajouterai qu'après l'action de ce réactif, il est également facile de reconnaître le réseau que ces fibres forment en s' anastomosant.
Je vous ai dit que le bichromate d'ammoniaque durcit suffisamment les nerfs pour permettre d'en faire des coupes ; mais ce résultat est mieux obtenu par l'action de l'acide chromique, après laquelle la consistance de la pièce est meilleure. Voici la méthode qu'il faut suivre : le nerf sciatiqueou le nerf pneumogastrique d'un chien ou d'un lapin est placé à l'état d'extension dans une solution d'acide chromique à 2 pour 1000 pendant huijL jours. Puis, après l'avoir fait séjourner pendant quelques heures dans l'eau pour enlever l'excès d'acide chromique, on le plonge dans l'alcool fort. Le durcissement du nerf se complète, et l'on peut ensuite y pratiquer des sections transversales extrêmement minces. Les préparations seront colorées par le carmin neutre, le carmin ammoniacal ou par le picrocarminate (voy. p. 80).
Nous avons fait suivant cette méthode des coupes transversales du nerf sciatique et du nerf pneumogastrique du chien, que nous soumettons à votre observation. Vous pourrez reconnaître d'abord que le pneumogastrique forme un seul faisceau nerveux, tandis que le sciatique en contient plusieurs. Sur ces deux nerfs, au dedans de la gaine du faisceau et entre les tubes nerveux à myéline dont nous avons parlé dans une de nos précédentes leçons (p. 81), se trouvent de petits îlots rouges, granuleux, irréguliers, qui correspondent à la coupe transversale des fibres de Remak. Mais, tandis que dans le sciatique ces îlots sont rares et de
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pefii d'étendue, dans le pneumogastrique, au contraire, ils ont une beaucoup plus grande importance, et occupent la plus grande partie de la surface de la coupe. En outre, vous remarquerez dans ce dernier nerf, immédiatement au-dessous de la gaine, un îlot allongé, parfaitement distinct du reste. Cet îlot représente la section du nerf sympathique qui, ainsi que vous le savez, est, chez le chien, uni intimement au pneumogastrique.
Sur les coupes très-fines et bien réussies du pneumogastrique et du seiatique du chien, en observant avec un fort grossissement, vous pourrez reconnaître, dans les îlols rouges qui correspondent aux fibres sans moelle, une série de cercles très-petils, serrés les uns contre les autres. Ces cercles représentent la section transversale des fibrilles constitutives des fibres de Remak.
Ainsi se trouve confirmée l'observation que nous avons faite de la structure fibrillaire de ces éléments, en les examinant suivant leur longueur après les avoir dissociés dans une solution d'atide osmique.