NOMENCLATURE
dans ranalomie de la raie, on devrait dire périsplène pour désigner la capsule fibreuse, endosplène pour le lissu conjonclif qui est dans rintérieur de l'organe, épisplène pour les fibres qui relient la capsule au péritoine et aux organes voisins. De même pour le foie, nous aurions le périhépate, Tendhépate, Tépihépate. 11 n'y aurait aucune raison de ne pas continuer ainsi pour les autres organes du corps.
Je laisserai donc, une fois pour toutes, cette terminologie de côté, de même que, dans la description des muscles, j'ai évité d'employer le mot périmysium. Il n'est pas nécessaire de se servir de tous ces mots pour désigner le lissu connechf, qui affecte dans les nerfs une disposition tout à fait analogue à celle que nous lui connaissons dans beaucoup d'autres organes.
Nous i rouvons en eftet qu'il y a dans les nerfs des parties qui sont enveloppées d'une capsule ; en second lieu, il entre du lissu conjonctif à Tinténeur de ces parties capsulées; enfin, ces différentes parties capsulées sont elles-mêmes réunies entre elles par du tissu conjonctif. Par ces parties capsulées, J^titends, vous le comprenez bien, les faisceaux nerveux. Si nous considérons par exemple un nerf composé d'un ^U.1 faisceau, comme le pneumogastrique du chien, nous ^^connaissons qu'il est enveloppé d'une gaîne spéciale, sorte ^^ capsule très- allongée; cette gaîne, du reste, n'est pas isolée, elle est unie aux organes voisins par du tissu conjonctif lâche, et, de plus, elle envoie des cloisons à l'intérteur du nerf.
Choisissons maintenant un nerf plus complexe, le sciati- ^ue, par exemple. Ce nerf est composé de plusieurs faisceaux, qui possèdent chacun une gaîne spéciale, de la face profonde de laquelle partent des cloisons qui pénètrent dans son intérieur. Nous reconnaissons également que les différentes gaînes sont reliées entre elles par du tÎ8^
Ce fait n'avait pas échappé, du reste, aux auteurs anciens, mais la première notion exacte que nous ayons sur la structure de la gaîne des nerfs nous a été fournie par Henle. Dans son anatomie générale, cet auteur consacre au névrilème une page de description. Autour des faisceaux volumineux, il admet un tissu cellulaire formé de Gbres ou de membranes qu'il est assez embarrassé de décrire nettement :
ce Le tissu cellulaire du névrilème a tous les caractères du tissu fibreux. Mais les cloisons tendues entre les faisceaux se composent de fibres ou de membranes ayant plus d'analogie avec les formes que le tissu cellulaire parcourt pendant son développement, ou représentant des transitions entre lui et les épilhéliums. On rencontre encore assez fréquemment de véritables fibrilles de tissu cellulaire : mais elles ne sont pas aussi manifestement parallèles les unes aux autres et rangées en faisceaux. Elles sont plus isolées et entrelacées ensemble. Entre elles passent des fibres qui se distinguent par des renflements oblongs, obscurs, des résidus des cytoblastes aux dépens desquels ces fibres se sont produites. »
Mais quand il arrive aux petits nerfs que Ton peut examiner sans dilacération, il donne sur les gaines qui les entourent des détails parfaitement exacts ; il les représente comme : « des tubes membraneux, dépourvus de structure, hyalins ou faiblement granulés, à la surface desquels se voient des noyaux de cellules étirés en long. J'ai vu de ces tubes, ajoute-t-il, qui ne renfermaient que deux fibres primitives')).
Aujourd'hui nous pouvons aller plus loin que Henle, parce que nous possédons de meilleurs instruments et que nos méthodes ont été perfectionnées. Nous pouvons vous
* llenle. Analouiie générale. Encyclop. anal.., Iroducl. française, 1845, l. VU, p. 164.
GAINE DE HENLE. i59
montrer SOUS un de ces microscopes des nerfs composés d'un seul tube nerveux qui possèdent une membrane enveloppante; j'appellerai cette membrane, gaîne de Henle, du nom de Tauteur qui l'a découverte.
Si nous examinons par exemple un nerf musculaire, soit chez la grenouille, soit chez un mammifère, soit plutôt clioz le lézard qui convient le mieux pour ces observations, ï^ons pourrons reconnaître, en le suivant vers sa terminaison, qu'il finit par se diviser en tubes nerveux isolés. Autour de ces tubes, caractérisés par la myéline, les étranglements annulaires et les noyaux des segments interannulaires, nous distinguerons un second contour formé par vme membrane, au-dessous de laquelle se remarquent des noyaux logés dans une masse de protoplasma qui y adhère Cfig.3,Pl. UI).
Vous voyez donc qu'un tube nerveux isolé peut posséder une membrane de Henle. Cette observation, qu'il vous sera facile de répéter, nous servira de point de départ dans la description que nous ferons de -la gaîne des nerfs.
Voici maintenant les procédés par lesquels on met cette membrane en évidence. Tout d'abord on peut l'apercevoir sur le nerf vivant. En examinant le poumon de la grenouille à Taide de l'appareil de Holmgren (voy.p. 97), vous trouverez sans beaucoup de peine de petits nerfs contenante un seul tube nerveux à myéline et qui sont entourés d'une membrane possédant des noyaux. Mais, pour la distinguer facilement dans ces conditions, il faut déjà la connaître, et il ^l difficile de la démontrer par ce moyen à ceux qui ne sont pas exercés encore à l'observation microscopique. Elle peut paiement être reconnue sur des parties enlevées à l'animal ^vant et examinées dans l'eau. Il est vrai que la myéline devient granuleuse, mais cela ne nuit en rien à ^observa- ^on de la membrane qui nous occupe.
ICO TISSU CONJONCTIF DES NERFS.
T^es détails de la gaine de Henle peuvent être appréciés beaucoup mieux à la suite de l'application aux nerfs de certains réactifs, parmi lesquels je placerai en première ligne Tacide osmique et le nitrate d'argent. Je vous parlerai d'abord de l'acide osmique.
Les nerfs que je vous recommande pour cette étude sont, comme je vous l'ai dit tout à l'heure, les nerfs musculaires, et il faut choisir de préférence ceux de la grenouille, du lézard, du rat, de la souris et même du lapin. On fait pénétrer dans le muscle la canule tranchante d'une seringue hypodermique, et Ton y pratique une injection interstitielle d'acide osmique à 1 pour 100 ou à 1 pour 200. Dès que la partie injectée a bruni, on la dégage à l'aide des ciseaux ou du scalpel, on la fait dégorger quelque peu dans l'eau, puis on la colore avec du picrocarminate, et, après l'avoir lavée de nouveau pour enlever l'excès de la matière colorante, on la dissocie méthodiquement à l'aide des aiguilles et de la pince.
C'est ainsi qu'a été pratiquée la dissociation pour obtenir le nerf musculaire que vous observerez dans l'une des préparations disposées devant vous. Ce nerf est revenu sur luimême; vous y reconnaîtrez facilement les étranglements et les noyaux des segments inlerannulaires; puis, vous remarquerez, sur chacun de ses bords, un second contour, indiquant Texislence autour de lui d'une membrane secondaire d'enveloppe. Cette membrane est souple, comme le montrent les plis variés qu'elle forme, et on y reconnaît la présence de noyaux (fig. 3, PI. 111).
L'étude de ces gaines se fait aussi avec avantage sur les nerfs ihoraciques du rat. Dans ce but, il faut choisir, non pas ceux que Ton voit à l'œil nu et dont nous vous avons parlé à propos des étranglements annulaires, mais les petites branches qui s'en détachent ou qui cheminent à côté d'eux
GAINE DE HENLE. 161
et qui ne contiennent qu'un nombre très-restreint de tubes nerveux. Après avoir fait agir l'acide osmique en solution à 1 pour 200 ou à 1 pour 300 pendant une minute sur les filets nerveux tendus par l'écartement de la peau de la paroi thoracique (comme nous l'avons dit plus haut, p. 43), on les détache en les coupant aux deux extrémités avec des ciseaux, et on les porte dans l'eau distillée. Les filaments nerveux Irès-lins qui partent des faisceaux plus gros flottent dans Teau où ils se reconnaissent facilement, grâce à leur coloration. Ils sont séparés de leurs attaches et amenés sur la lame de verre ; après les y avoir colorés par le picrocarminate, on les examine dans la glycérine acétifiée ou additionnée d'acide formique (1 pour 100).
Sur ces préparations, autour d'un faisceau, constitué seulement par trois ou quatre tubes nerveux, on reconnaît facilement à son double contour la membrane qui les enveloppe. Cette membrane est tapissée à sa face profonde par des noyaux. Çà et là, elle en présente aussi à sa face superficielle ; ceux-ci appartiennent à des cellules conjonctives plates de revêtement. Enfin, outre ces deux espèces de noyaux, on en remarque encore d'autres, situés au-dessous de la gaîne et appliqués directement sur les tubes nerveux du faisceau.
On doit donc distinguer, relativement à la gaîne deHenle, trois espèces de noyaux, correspondant à trois sortes d'éléments conneclifs plats et possédant dès lors le caractère essentiel des cellules endothéliales : 1° tapissant la face interne de la gaîne de Henle et lui étant adhérentes, des cellules qui, nous le verrons bientôt, sont semblables à celles des endothcliums ; 2" des cellules plates appartenant au tissu conjonctif qui entoure le nerf, et reposant simplement sur la gaîne de Henle; 3° des cellules connectives appartenant au faisceau nerveux lui-même, absolument dis-
BAKTHB, 8T8T. KEfiT.i T. I. 11
les TISSU GONJONGHF KS NERFS.
tinctes de la gaîne de Henle et reooayrant directement les tubes nerveux (fig. 2, PI. III).
Leé nerfs qui traversent les sacs lymphatiques de la grenouille sont paiement assez minces pour que Tobservalion de la gaine de Henle y soit possible; mais ils ne sont pas aussi commodes pour Tétude histologique que ceux dont nous venons de parla*. En effet, les filaments dont ils font partie, et qui relient la peau de la grenouille aux parties sous-jaccntes, contiennent en outre des vaisseaux et sont enveloppés d'une couche de tissu conjonctif. Ces éléments gênent Tobservation, rendue plus difficile encore par la couche endolhéliale dont le filament est revêtu. Les cordages vasculo-nerveux de la grenouille sont donc à rejeter an moins pour les premières recherches; mais, lorsque Ton connaît déjà les faits, on peut sans difficulté les y retrouver.