‹ Leçons sur l'histologie du système nerveuxChapitre 44 sur 179 · partie · texte numérisé non relu

partie

Il suit de là que, dans Finjection centrale d'un nerf, on n*injecte ni le névrilème, ni la substance nerveuse, ni des vaisseaux, mais une gatne propre à chaque filet nerveiUR. •

Quelle est la structure de cette gaîne propre? Je suis disposé à croire que cette gatne, qui est d'ailleurs fort résistante, est de la nature des membranes séreuses, une membrane séreuse canaliculée, analogue à la membrane interne des vaisseaux ; et je me fonde sur son défaut d'adhérence avec les fibres nerveuses, sur sa surface interne, lisse et humide, sur la nécessité de la lubréfaction des filaments nerveux cm fibres nerveuses ^ »

En Allemagne, jusque dans ces derniers temps, on s'en tenait aux observations de Henlc, dont je vous ai déjà parlé (voy, p. i 58) . Une gaîne avait élé vue autour des petits nerfs. Sur les gros troncs nerveux, le névrilème avait élé dissocié, et Henle y avait distingué des fibres de tissu conjonctif, ce qu'il appelle des fibres de noyaux, et enfin des cellules épithéliales.

Henle considéra même cette coexistence des cellulesépithéliales et du tissu conjonctif comme un fait important pour établir la transition entre le tissu conjonctif et les épithéliums. Vous savez qu'aujourd'liui la parenté de ces deux tissus est parfaitement établie sur des faits bien probants, et vous pouvez apprécier l'exactitude de Tobservation de

* Cruvcilhicr. Anatomie descnptive, 5*édit., t. IV, p. 4Gl-46i.

Henle. Si l'on considère maintenant l'époque à laquelle elle a été faite, elle est certainement très-digne de remarque.

En 1854, M. Charles Robin, dans un mémoire de la Société de biologie, intitulé : Du Périnèvre, espèce nouvelie d'élément anatomiqiie, a signalé à son tour la gaine des faisceaux nerveux. Une lecture altenlive et répétée de ce mémoire m'a conduit à penser que M. Uobin n'a jamais examiné soigneusement ta gaine lamelleuse d^un gros fais- , <:eau nerveux. Â coup sûr, il n'en a jamais fait de coupes transversales, même après dessiccation, ce qui eût élé facile cependant, puisque cette méthode était alors d'un usage courant en histologie.

Il connaissait d'une part l'enveloppe des gros faisceaux nerveux, décrite sommairement par fiichat et minutieusement par Gruveilhier, d'autre part la gaine anhistc que Henle avait découverte sur les petits faisceaux nerveu.i. Sous l'inlluencc de ces idées de généralisation a priori qui forment le caractère de cette école qui s'est appelée l'école française, mais qui n'avait pas le droit de se donner cette qualité, il supposa que la gaine des gros faisceaux devait être absolument semblable à la gaine de llenle. Il décrit par conséquent la gaîne des faisceaux nerveux, ce qu'il appelle le périnèvre, comme une membrane amorphe contenant des noyaux dans son épaisseur. La description qu'il en donne s'appliquerait assez exactement à la gaine de Ilcnle, avec cette différence que dans cette dernière, comme j'ai eu l'occasion de vous le dire, les noyaux ne sont pas logés dans son épaisseur, comme le croit M. Robin, ni à sa superficie, comme le pensait Henle, mais à sa face profonde, dans les cellules endotbéliales qui la doublent.

Fier de cette découverte, M. Robin se pose en grand juge et attaque le second anatoiniste de France ; car on peut bien dire qu'après Bichat. Gruveilhier, un <

186 TISSU CONiOIiCTIP DES NERFS. — GAINE TiineiJMWC

la nouvelle anatomie pathologique, est le plus grand tomisle français. H. Robin s'exprime ainsi :

« Pour n'avoir pu remplir ces conditions (c'est-àrdire un examen anatomique microscopique tel que le faisait H. Bo^ bin),M. Gruveilbier s'est trouvé amené à déterminer oomnM^ séreuse, à comparer anatomiquement et physiologiquemenfc aux synoviales, qui sont des parties complexes, un élément. iJinatomique ayant la forme de tube, dont la substance est simplement homogène, amorphe et parsemée de noyaux, comme l'est, par exemple, celle des plus fins capillaires^. »

Voilà une phrase qui ne laisse aucune équivoque. J'aurai l'occasion d'établir que M. Gruveilbier, en regardant simplement les nerfs à l'oeil nu avec ce soin, cette attention, cet excellent esprit qui le distinguaient, a beaucoup mieiix vu, beaucoup mieux compris, beaucoup mieux interprété les faits que H. Robin, l'œil armé d'un microscope. Je relève ce fait pour vous montrer que le microscope n'est que l'un des moyens dont nous pouvons nous servir pour arciver à connaître les tissus, et pour vous engager à ne pas né«« gliger les mélhodcs varices de robservation à l'œil nu qui peuvent soit guider, soit contrôler les recherches que nous faisons à l'aide de notre instrument de travail habituel. Vous verrez bientôt que Tidéede M. Gruveilbier est la vraie, et qu'elle est en rapport avec les conceptions histologiques et physiologiques que nous avons aujourd'hui.

On en était encore, en Allemagne, aux observations de Henle, que Kôlliker avait vérifiées et dont il s'était déclaré partisan, en France, aux données de M. Robin sur le périnèvre, quand je publiai en 1872 un pelit mémoire sur ce sujet. J'avais examiné des coupes longitudinales et trans-

* Ch. Robin. Mémoire sur le périnèvre^ espèce nouvelle (TiUment anaUh mique qui entre dans la composition du tissu des nerfs. Comptes rendus de l:i Société de Biologie, 1854, 2* série, t. I, p. 99.

versales des nerfs; j'avais repris, dans de nouvelles condilions, les injections de Bogros pour savoir où se répand la roatière à injection ; enfin j'avais dissocié différentes parties cjue j'avais reconnues sur les coupes longitudinales et trans- ■versales.

La même année, MU^Âxel Key et Retzius, qui savaient sans aucun doute que je m'occupais de cette question, puisque j'avais remis mon travail à M. Axel Key lui-même, et que je lui avais montré toutes mes préparations lors d'un voyage qu'il fit à Paris en octobre 1872, publièrent en langue suédoise un mémoire sur le même sujet. Ce mémoire est, il est vrai, daté de leur main du 20 août (le mien a paru en mars et en juillet), mais je ne l'ai reçu, comme tout le monde probablement, que dans le courant du mois de décembre. Les histologistes suédois arrivent à des résultats semblables à ceux que j'ai indiqués; de plus, ils ont étendu leurs recherches à d'autres points; ils ont étudié tout spécialement les rapports des enveloppes des nerfs avec celles de la moelle épinière, et les rapports des enveloppes du cerveau a\cc celles de la moelle et des nerfs crâniens. Je reviendrai sur leurs recherches à ce sujet, lorsque nous nous occuperons du cerveau et de la moelle. Mais il est nécessaire, avant d'aller plus loin dans mon exposé, que j'ajoute encore quelques mois à propos de leur travail.

Je ne sais pourquoi, dnns les publications allemandes et même, je dois le dire, dans dos publications françaises, on attribueà MM. Axel Key et Retzius ladccouverte de la gaine lamelleusc des nerfs. Il est vrai qu'ils ont persisté à ne pas reconnaître la priorité de mes recherches, bien que l'occasion ne leur en ait pas manqué. Ainsi, dans le travail qu'ils ont publié en 1873 dans les archives d'analomàe microscopique de M. Sciiullïe, et où ils anraieiil uerUiiuemcnt dû rappeler ma publication, rU cmiliiHK'tti :> Ar-

188 TISSU CONJONCTIF DES NERFS. — GAINE LAMELLEUSL.

crire la gaine lamelleuse, comme s'ils avaient découvert tous les faits, et sans tenir aucun compte de ceux qui les avaient précédés immédiatement. Du reste, ils ont essayé de se garantir de toute revendication de cette nature dans la phrase suivante de leur mémoire, qui, je crois, me concerne et qu'en tout cas je crois devoir m'appliquer :

ce Dans le cas où, pendant la rédaction de notre travail, il aurait été publié une découverte sur telle ou telle partie de notre sujet si étendu, nous ne soulèverons aucune de ces questions de priorité, si peu utiles et si peu profitables à la science' ».

En voilà assez sur une question qui, je suis de l'avis de MM. Key et Retzius, n'a pas un grand intérêt scientifique ; mais cependant je devais vous indiquer ces circonstances historiques, et cela pour deux motifs. D'une part, il est dur de se voir enlever le fruit de ses recherches, surtout quand elles ont nécessité un long travail et une grande patience, comme c'est le cas pour le sujet si complexe dont il s'agit ici. En second lieu, comme je n'ai pas pu rendre compte des recherches des auteurs suédois, mon travail ayant paru avant le leur, si je laissais s'accréditer l'opinion que mes recherches sont postérieures, on pourrait croire que je suis leur plagiaire et que je les ai copiés sans les citer. Je devais donc, pour mon honneur, et bien que ce poini n'ait pas d'importance scientifique, élucider ici cette question personnelle.

Cela étant dit, je vais reprendre l'étude des faits que j'ai

* « Es kann indesscn ^alircnd solcher aiihaltcnden und umfasscnden Arbtil<ni niclit verrnicden worden, dass ein oder anderes Détail des weiUaûfîgen (î('£jenstandcs walireiid der Zeil von ondcrn VcTfass»'rn iKTùhrl wird.eine od<?r arulore Eiildrckun»,' ^^eschielit und veroffenllichl wird; wir werden in solche Fallcn in weni^' nïilzliche und diT Wissenschafl nicht liihinlicbe PriorilàL* Blreili^keilen nicht eingihen. » (Axel Key et G. Kctzius, Studien in der An toniio des Nervensyst-mes. Arch. f. micr, Aiiat., 1875, p. 509.)

observés en y ajoutant le résultat de mes recherches récentes. J'indiquerai, chemin faisant, les points par lesquels les observations des auteurs suédois diffèrent des miennes.

La gaîne lamelleuse des faisceaux nerveux, à une observation même Irès-superficielle, sur des coupes transversales des nerfs colorés au carmin par un des procédés que je vous ai indiqués, paraît constituée par des couches concentriques emboîtées. Il est évident pour moi que, si le micrographe français que j'ai cité avait fait des coupes transversales des nerfs après n'importe quelle méthode de durcissement, même après dessiccation, il aurait reconnu, en les examinant, la constitution lamelleuse de celte gaîne, et il n'aurait jamais pu écrire qu'elle est homogène, anhiste et légèrement granuleuse.

A propos de celte gaîne, nous aurons à nous poser plusieurs questions :

Quel est le nombre des lamelles qui composent Tenveloppe des faisceaux nerveux? Quelle est la structure de ces lamelles? Quels rapports ont-elles les unes avec les autres?

Nous pourrons résoudre le premier problème, celui du nombre des lamelles constitutives, en faisant l'examen de préparations qui nous permettront aussi d'acquérir quelques notions sur leur structure.

Parmi les méthodes à employer, je vais en choisir quelques-unes des meilleures pour vous les indiquer ici. Celle qui donne les résultats les plus frappants est la suivante :

Un nerf sciatique de chien ou de lapin étant isolé à l'état /rais et régulièrement tendu, on y injecte avec une seringue hypodermique munie d'une canule en or un mélange d'une partie d'une solution de nitrate d'argent al pour

100 avec deux parties de gélatine. La gélatine doit être ramollie d'abord dans Teau distillée,, puis fondue au bain-marie. La solution d'argent y est versée ; le mélange est liquide à 55^, et on l'injecte à cette température. L'injection doit être pratiquée, non pas dans l'épaisseur d'un faisceau, mais dans le tissu conjonctif qui unit et sépare les différents faisceaux. En poussant le piston de la seringue, vous verrez la masse gélatineuse se répandre, envelopper les faisceaux nerveux, courir le long du nerf et .enfin s'arrêter après lui avoir formé une sorte de manchon plus ou moins cylindrique. Dans notre prochaine leçon, quand je vous parlerai du tissu conjonctif périfasciculaire, je vous expliquerai pourquoi Tinjection pratiquée avec la seringue hypodermique ne détermine pas ici une boule, comme dans le tissu conjonctif sous-cutané, mais un manchon allongé.

Quand la masse est solidifiée, le segment de nerf est enlevé et plongé pendant vingt-quatre heures dans ralcool. Il est alors suffisamment durci pour que Ton puisse y pratiquer des coupes transversales que Ton place d'abord dans l'eau pour les faire gonfler et que l'on monte ensuite en préparations persistantes dans la glycérine.

Sur ces coupes, la gaine lamelleuse paraît constituée par une série de lames séparées les unes des autres par des lignes granuleuses noires souvent irrégulières. Je vous dirai de suite que ces lignes noires sont formées par le dépôt d'argent dans les cellules endothéliales. Nousavonsvu (p. 171), en examinant les nerfs thoraciques du rat imprégnés à l'argent, que non-seulement le ciment intercellulaire réduit avec rapidité le sel d'argent, mais encore que les lames cellulaires elles-mêmes s'en emparent avec une avidité toute spéciale et le fixent sous forme de taches ou de grains noirâtres dont on voit leur surface parsemée. L'ensemble de ces grains produit les lignes noires dont nous parlons en ce moment^

grâce auxquelles nous pourrons compter le nombre des lomelles.

En faisant cette observation, nous verrons d'abord que les gaines ne sont pas toutes constituées par un même nombre de lamelles; ce nombre est d'autant plus grand cjue le nerf est plus volumineux, sans qu'il y ait cependant à cet égard une proportion constante. Le nombre des laïnelles n'est pas toujours le même sur toute la circonférence d'un même faisceau ; ce fait est en rapport avec certains détails sur lesquels j'aurai l'occasion de revenir.

Voici un chiffre qui vous donnera une idée approximative de la quantité de lamelles qui peuvent exister autour d'un faisceau nerveux. Sur le gros faisceau du nerf sciatique du chien, nous en comptons généralement dix, douze et jusqu'à quatorze. Par conséquent, si nous donnions à ces lamelles, dont chacune est l'équivalent de la gaîne de Henlc, le nom de pcrinèvre (car ces deux noms sont synonymes), nous aurions id dix, douze, quatorze périnèvres.

Chez le lapin, les gaines sont beaucoup moins nombreuses, plus minces et plus extensibles; les injections y pénètrent beaucoup plus facilement en les écartant les unes des autres. Lorsque la masse a été solidifiée par l'alcool, les lamelles restent écartées, comme par exemple dans ce dessin (fig. 12) qui représente la coupe transversale du gros faisceau du nerf sciatique du lapin. Vous voyez qu'ici les lamelles sont trop minces pour qu'il soit aisé, par ce procédé, d'en distinguer la structure.

Une autre méthode qui vous donnera également de bons '^ultats pour l'appréciation du nombre des lamelles consiste à pratiquer des coupes transversales après durcissement ^ns l'acide osmique. Je vous conseille de choisir pour l'appliquer le nerf pneumogastrique du chien ; vous éviterez ftinsi d'avoir recours à la gomme pour compléter le dur-

192 TISSU COKJO.NCTir DES .NERFS, - GAWE LAJIELLEUSE. cissement. En effet, comme nous l'avons reconnu (p. 140), grâce au grand nombre de fibres de Itcmak que contientce nerf, il sufDL d'une immersion de quelques heures dai l'alcool après l'aclion de l'acide osmique pour lui donm une consistance convenable.

Les coupes sont lavt'es à l'eau et colorées à la purpurine,j Ce rcaclif a l'avantage de ne teindre que Irès-faiblemenl I tissu conjonclil ; aussi les lamelles ne sonl-ellesprts co'crées,,j

tandis que les noyaux se distinguent très-nettomenl {fig. { pi. 11). Grâce à ces noyaux qui occupent les stries con prises entre les lames, il est facile d'en faire la numéraliorf— On peut aussi compter les lames de la gaine des fais^ ceaux nerveux sur des coupes faites après le durcissement des nerfs, obtenu par la dessiccation ou par l'actioû

Page 1