COMPARAISON AVEC L'ALTÉRATION CADAVÉRIQUE
Dous rabandonnons dans un coin du laboratoire, et, vingtquatre heures après; nous enlevons un segment du nerf sciatique, qui après un séjour de vingt-quatre heures dans l'acide osmique, est convenablement dissocié. Nous obtenons ainsi des préparations presque aussi belles que si elles avaient été faites avec un nerf enlevé à l'animal vivant. La gaine médullaire intacte, transparente, laisse voir le cylindreaxe dans son milieu; le contour des tubes est régulier, le noyau n'est pas modifié. Une seule différence est à signaler. Dans les tubes nerveux enlevés à l'animal vivant et préparés de la même façon, la myéline remplit d'habitude exactement le renflement que forme la gaîne de Schv?ann aux extrémités des segments interannulaires; dans les tubes nerveux de l'animal morl, au contraire, elle est toujours écartée un peu des extrémités des segments. Sous l'influence de la mort, il s'est fait une diffusion du plasma qui a pénéiré dans les tubes nerveux ai* niveau des étranglements annulaires et a refoulé la myéline de chaque côté. Cette interprétation ne vous surprendra pas, si vous vous rappelez les expériences que j'ai faites devant vous en immergeant les nerfs, soit dans l'eau simple, soit dans l'eau additionnée de sel marin (Voir p. 262 et suivantes), et dans lesquelles vous avez vu se produire un phénomène semblable, lié bien évidemment à la diffusion du liquide à l'intérieur des tubes nerveux.
Les nerfs enlevés vingt-quatre heures après la mort présentent des cylindres-axes parfaitement nets. Du resle, cet élément résiste même à la putréfaction, ainsi que l'a reconnu Remak. Cet auteur avait été frappé de ce fait, et il l'a signalé dans un mémoire* que nous aurons l'occasion de citer plusieurs fois encore. S'appuyant même sur cette
* Remak, Veher die Wiedererzeugumj von Nervenfasern. Arch. de Virchow, 1862, t. XXni, p.44l.
RA!(Vl£n, SIST. SERV., T. I. 19
290 IJÉGÉNÊRATION DES \EBFS SECTIONNÉS,
observation, cl comparant ce qui se passe dans le segment péripht-rique d'un ncrl' sixlionné à ce qui se produit dans la dt'[:omposJtion cadavérique, il soulienl que les cylindresaxes persistent indi^Goiment dans un nerf séparé de son centre. Uiiecomparaison decc genre, vous pourrez le reconnaître par la suite, n'est pas permise. Cependant il est juste d'ajouter qu'étant données les niétliodes imparfaites qu'il avait .\ sa disposilion, Remak ne pouvait pas faire une bonne observation directe et en était réduit à cliercher eu dehors du phénomène lui-même les explications dont il avait besoin.
Si nous poursuivons notre espérience et si, dans les jours qui suivent, nous examiiionsde nouveaux segments du nerf du même animal, on employant cKaclcmcnt la môme méthode, nous pouvons constater que c'est seulement vers le huitième, le disième ou le doiizièmo jour qu'il y survient des altérations notables. A cette époque, la myéline est encore continue dans les tubes nerveux; mais elle est devenue opaque, granuleuse, friable, de sorte que par suite de la dissociation elle se casse et se sépare, soit au niveau des incisures, soit entre elles. Cette friabilité parlieulière dépend probablement de modifications chimiques caractérisées au microscope par l'état granuleux. En effet, cet état paraît lié à une décomposition de la myéline, par suite de laquelle une partie des matières grasses qui entrent dans sa constitution se sépare pour former des granulations distinctes. La mbdiûcation granuleuse dont nous parlons ici se produit du reste avec une grande facilité et sous l'influence de divers réactifs. Voici une expérience qui la rend manifeste :
Le sac pulmonaire d'une grenouille, étant fendu suivant sa longueur, est étendu sur une lame de verre au moyen de la demi-dessiccation, la face séreuse en-dessus. Puis il est coloré au moyen d'une solution alcoolique de bleu de qui- Doléine, lavé, recouvert d'une lamelle du verre et conservé
COMPARAISON k\EC L'ALTÉRATION CADAVÉRIQUE. 291
dans la glycérine. Les tubes nerveux à myéline s'y montrent alors colorés uniformément en gris de lin plus ou moins foncé. Si la préparation est examinée vingt-quatre ou quarante-huit heures après, on remarque qu'au sein de la myéline il s*est formé de fines granulations arrondies, presque toutes d'égal diamètre, à peu près régulièrement distribuées et colorées en bleu intense. Ce sont des granulations graisseuses, comme le démontre la coloration qu'elles ont prise sous l'influence du bleu de quinoléine.
Nous sommes conduits dès lors à penser que l'état granuleux de la gaine médullaire des nerfs cadavériques est lié également à un départ de la graisse sous forme de granulations fines qui la rendent opaque. Cette opacité empêche de distinguer le ruban clair correspondant au cylindre-axe au milieu de chaque tube nerveux. Celui-ci est cependant conservé, car on peut le reconnaître, soit dans les points où il est mis en liberté par la dissociation, soit de chaque côté des étranglements annulaires, dans l'espace clair où la myéline a été refoulée.
Comme nous nous proposons ici de comparer les altérations cadavériques avec les modifications qui surviennent dans le segment périphérique d'un nerf sectionné, il n'est pas nécessaire de pousser l'expérience au delà de dix à douze jours. A cette époque, en effet, comme vous le verrez bientôt, les altérations sont tellement considérables dans ce dernier que toute comparaison devient impossible.
Occupons-nous maintenant d'une autre question que nous devons examiner également avant d'aborder l'étude de la dégénération proprement dite : Que se passe-t-il dans les extrémités du segment central et du segment périphérique du nerf sectionné chez l'animal vivant, dans les premières heures qui suivent la section ?
Dénudons, chez une grenouille, le nerf sciatique, cou-
292 DÉGÉiNÉRATION DES NERFS SECTIONNÉS.
pons-le avec un scalpel bien tranchant, puis rapprochons les lèvres de la plaie. Altendons une heure, puis enlevons, en y touchant le moins possible, le segment inférieur dans une certaine longueur, un demi-centimètre, par exemple. Plongeons cette portion du nerf dans une solution d'acide osmique à 1 pour 100 ou à 1 pour 200, en ayant soin de noter quelle est Textrémité qui correspond à la première section. Quand les cléments seront convenablement fixés par le réactif, ce qui se produit en une heure environ, pratiquons la dissociation, examinons les deux extrémités des tubes nerveux que nous avons isolés cl notons les différences qu'elles présentent. Au niveau de l'extrémité qui a été sectionnée immédiatement avant l'immersion dans l'acide osmique, les tubes nerveux sont eflilés dans une petite étendue, parce qu'ils ont ^té comprimés parTinstrument avant d'tHre coupés. C'est là une modification analogue à celle que nous avons déterminée en comprimant un nerf au moyen d'une serre line dans rexpérience que nous vous avons montrée (voir p. 01). Au delà, les tubes nerveux sont normaux.
Portons niainlenanl rexanien sui* les (uIjcs au niveau de leur exlréniilé correspondant à la scclion laite une heure avant l'ablation tki nerC. Nous eonslalei'ons cjue, au lieu d'èlre amincie, eelle extrémilé, eoniine celle ([ue nousavon^ étu(li('e d'abord, est plus on moins i-enlK'*e. La myéline y es( deveiUKi (rouble et opa(|ne, et ])i'ésenle une modificalion analogue à ceil(* i\\ù se produit dans b^s tubes nerxeux cadav(''rit[ues. Ce ^onllenienl de la nixéline dépend hvsvraiseniblîibleiniMit de ce tprelle a ab>orbé une partie du plasma épanché entre les lèvres de la j)laie.
Le pouvoir liyuroinélriijne de la myéline fjU(* nous observons dans celte expérience n'a [)as lien de vous surprendre. En ellel, ayant été témoins vous-mêmes de l'action