FÉVRIER
Dégénértttloii des nerfs seetlomnés.
Recherches expérimentales pour déterminer la nature des cellules qui, dans les extrémités sectionnées d'un nerf, se montreîit chargées de granulations de myéline. — Injection d'une émulsion de myéline dans la cavité pcritonéale du cochon dinde; injection de vermillon suivie d'une injection de myéline; la même injection pratiquée après une inflammation pro?oquée par le nitrate d'argent. — Résultats : Les cellules lymphatiques absorbent la myéline et le vermillon. — Les cellules endothéliales normales n'absorbent ni la myéline ni le vermillon ; lorsqu'elles sont enflammées, elles se comportent comme les cellules lymphatiques.
Accumulation de globules blancs dans les vaisseaux de l'extrémité des nerfs sectionnés quelques heures après la section.
Modifications du segment périphérique vingt-quatre et cinquante heures après la section.
En étudiant les modifications qui se montrent dans les nerfs peu d'heures après leur section, nous avons attiré votre attention sur des cellules que l'on y observe et qui contiennent des granulations de myéline.
Nous avons constaté que ce phénomène se produit avec une grande rapidité chez les animaux à sang chaud. C'est ainsi que, chez le lapin, sur un segment de nerf enlevé une heure après la section, nous avons pu observer, après
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raTOLT tixê et coloré par Taeiiie osmique, des cellules généralemeat arroadies contenant dans leur intérieur un certain nombre de :r«Hitte!ettesde myéline colorées en noir par le réactif. La rapidité du processus dans Texpérience dont je TOUS ai rendu témoins peut sVxpliquer comme il suit : Tinstrument tranchante au moment où on Fa fait agir sur le nerf, a fait sortir des tubes nenreuxdiTisés une certaine quantité de myéline, qui. se tn^u^ant ainsi dans le voisinage immédiat des cellules dans le^squelies n*}us Tavons rencontrée, a pu être absorbée par elles dans ce court espace de temps.
\>us nous sommes demandé si les cellules qui absorbent ainsi les ^uttes de myéline S4>nt des cellules lymphatiques ou des cellules connectives. Je vous ai indiqué les prem^res expériences «jue j*ai tentées pour résoudre ce problème.
Pepiùs lors, ainsi que je ^ous Tivars annoni^é, j'en ai exécuté un certain nombre d*iutres* «lopt j'ai tait varier les conditions: je ne vous ^;nt retiendrai que de celles qui ont été suivies de succès. Je vous terni remarquer, en effet, que, :.jz< :^'< y:r>r-.-< • >; ^ ■ •:^.\ '•[ f<* •i-i'Vî.^siire «ie s'orien- :*i;« i. '/* • -. ;• ' • • " :::>. sur les meil-
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EXTRÉMITÉS SECTIONNÉES. -^ CELLULES CONTENANT DE Là MYÉLINE. 299
gagement de la myéline. Lorsqu'on veut obtenir cette substance en notable quantité, il faut agir sur la moelle épinière, où, les tubes nerveux ne possédant pas de membrane de Schwann, la myéline se dégage très-aisément. Ayant donc enlevé la moelle épinière à un cochon d'Inde que nous venions de sacrifier, nous l'avons triturée dans un mortier avec une faible quantité d'eau salée à 1 pour 200. Nous avons obtenu ainsi un liquide lactescent que nous avons filtré à travers un linge firf, pour en séparer les vaisseaux, les fibres connectives et les autres débris. L'émulsion de myéline a été introduite dans une seringue hypodermique munie d'une canule mousse à trocart, telle qu'elles étaient dans les anciennes seringues de Pravaz. Le cochon d'Inde étant alors maintenu immobile par un aide, nous avons pincé la paroi abdominale entre le pouce et l'index, de manière à refouler les viscères et à tenir entre les deux doigts un pli qui comprenait la peau, les muscles et le feuillet pariétal du péritoine. Avec la canule munie de son trocart, nous avons percé ce pli d'outre en outre, de manière à faire apparaître de l'autre côté la pointe de l'instrument; puis, après avoir enlevé la lance du trocart, nous avons ramené la canule dans la cavité périlonéale. De cette façon, nous avons été certains que l'extrémité de l'instrument était réellement dans la cavité, et d'autre part, nous étions assurés qu'aucun des organes qui y sont contenus n'avait pu être lésé.
Nous avons alors adapté la seringue remplie du liquide des lactescent et nous avons pratiqué l'injection.
Nous avons fait pénétrer ainsi dans la cavité périlonéale quatre centimètres cubes d'eau salée, tenant en suspension une grande quantité de gouttes de myéline. Celte opération n'a été suivie d'aucun accident, et l'animal a continué à jouir d'une excellente santé.
Vingt-quatre heures après l'opération, nous avons sacrifié
500 DÉGÉNtRATION DES NERFS SECTIONNÉS.
ranima] par décapitation, pour n'être pas gêné par ]a présence du sang dans les parties que nous nous proposions d'examiner. Puis, ayant ouvert largement la cavité périlonéale, nous y avons recueilli de la lymphe. Celte lymphe, au lieu d'être légèrement opaline, presque limpide, comme elle Testa l'élat normal, présentait au contraire un aspect franchement lactescent. Il était donc probable qu'elle contenait de la myéline en forte proportion . Mais, pour nous convaincre de la présence réelle de celte substance, et de plus |)Our savoir si elle y était en liberté ou si elle était emmagasinée dans des cellule*^, il était nécessaire de l'examiner au microscope.
Ayant donc déposé une goutte de celle lymphe lactescente sur une lame de verre el l'ayant recouverte d'une lamelle, il nous a été facile de reconnaître la pn'^ence de ipmbreuses granulations de myéline bien caractérisées, el de constater que presque loules étaient renfermées dans des cellules lymphatiques.
Étudiions maintt^nnU ce^ ct^llr.l.^s nvtM* soin. 11 convient {\o K-s ol»>or\rr <r:il»"r'l i\:\\\^ \r\.v |'r«»|»i.' plasma et sans aiicnn ]i*|ni<k' a«l«lilioinîel. l.o-. jrannlali<»!^.s clr myôline qui occupent leur intériiur S'>n( «le «iivcTMS «iimensions. Klh^s sont reeonnai<saM«'S à l«'ur iloul»le tonl<»ur et aux formes variées (jui le< eaiarlerisent.
O'iant anx no\aii\ <!es e«^:lules, <l'»nt la rélVinirenee est moindre qne eelle ilrs l:<»i:!'i'^ ilf ^)^('lin•• el se ra|)proclie de ctdle du j»ro(«»jda<nia etdlul,=i!'.\ on i\r >auiait lesdislinirncr.
En seeond lien, nons ixons m. 1 >njé snr la lame de verre |"'<.r!.-rd'i('l nne -onlte «le hmplie a\rv' dr raleool au tiers «t n^n- a^<^ns inj.nv ensnitc 1«' ir.t'l.m^i' ]»ar le picrocarniiiiite. Vous j»ourre/ examiner nne ]avparation faite par
ce procédé. L'alcool ayant tué les cellules, les noyaux y seraient apparents quand bien même on ne les aurait pas colorés; mais, comme ici nous avons employé le carmin, ils s'accusent par une coloration rouge. En considérant pendant un certain temps cette préparation, vous verrez se produire sous vos yeux des modifications de la myéline qui sont fort instruclives. Pour vous préparer à les voir et à les comprendre, je vous rappellerai que la myéline, dans un milieu aqueux, loin de se coaguler, se gonfle au contraire, et que c'est à ce gonflement que sont dus les formes et les prolongements variés qu'elle présente. Des modifications analogues peuvent se produire dans les gouttelettes de myéline alors qu'elles sont conleimes dans l'intérieur des cellules lymphatiques. Dès que ces cellules sont mortes et que, par conséquent, le liquide ambiant y pénètre, la myéline qu'elles renferment se gonfle en absorbant ce liquide, s'étend et finit par s'échapper au dehors de la cellule sous la forme de protubérances plus ou moins allongées. Ces protubérances sont limitées par un double contour, que l'on voit nettement se continuer avec celui de la goutte resiée dans l'intérieur de l'élément cellulaire.
Ce fait à lui seul prouverait, s'il était nécessaire, que les cellules lymphatiques ne possèdent pas de membrane, et il confirme d'autre part l'existence de la membrane de Schwann. Vous vous souvenez sans doute qu'ayant dissocié des tubes nerveux dans l'eau, nous avons vu la myéline s'échapper à leurs extrémités sectionnées, tandis qu'elle était maintenue dans leurs autres parties. 11 existe donc évidemment une membrane qui fait obstacle à l'issue de la myéline, car autrement celle-ci s'échapperait sans aucun doute à travers le proloplasnia cellulaire, comme dans l'expérience dont vous venez d'être témoins. ^ Vous serez frappés certainement de la dimpnsion des cel-
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Iules lymphatiques qui conliennent de la myéline. Le diamètre d'un certain nombre d'entre elles a fait plus que doubler. Cet agrandissement considérable des cellules lymphatiques par la pénétration d'un corps étranger dans leur intérieur s'observe dans d'autres circonstances, mais ici il est plus marqué que dans n'importe quelle autre condition.
Pour rendre bien évidentes les granulations de myéline contenues dans les cellules lymphatiques et en même temps en faire des préparations persistantes, il est avantageux de les soumettre à l'action de l'acide osmique, qui les colore et les fixe. A cet effet, une goutte de lymphe étant placée sur la lame de verre, nous déposons à côté d'elle une goutte d'une solution d'acide osmique à 1 pour 100. Nous mélangeons ces deux gouttes avec la pointe d'une aiguille, nous plaçons la préparation sous une cloche de verre et nous attendons que l'action de l'acide osmique se soit opérée. Il suffit pour cela de quelques minutes; nous recouvrons alors d'une lamelle et nous examinons. Toutes les granulations de myéline ont pris sous l'influence de Tacide osmique une coloration gris-bleuatre caractéristique et sont parfaitement distinctes des granulations graisseuses, qui sont colorées en brun par le même réactif. 11 va sans dire qu'elles ne subissent plus aucune modification ni aucun gonflement, puisque l'acide osmique les a fixées dans leur forme.
J'ai disposé sous un de ces microscopes une préparation faite suivant cette méthode. Vous y reconnaîtrez tous les détails que je viens de vous indiquer.
Je dois vous parler maintenant d'un organe contenu dans la cavité péritonéale, et sur lequel nous pourrons observer la manière dont se comportent les cellules endothé-
EXTRÉMITÉS SECTIONNÉES. - CELLULES CONTENANT DE U MYÉLINE. 305
liales vis-à-vis de la myéline injectée. Cet organe, le grand épiploon, a, chez le cochon d'Inde, la forme d'une dentelle à réseau très-fin; je n'insisterai pas sur sa disposition, que vous trouverez décrite dans les traités d'histologie les plus récents. Le grand épiploon du cochon d'Inde, à cause de la grande minceur des travées qui en constituent le réseau, est très-avantageux pour les recherches que nous allons entreprendre. C'est la raison pour laquelle nous avons donné la préférence à cet animal sur le lapin, par exemple, dont le grand épiploon forme une membrane presque continue, percée seulement de quelques ouvertures.
Les travées du grand épiploon sont recouvertes de cellules endothéliales qui leur forment un revêtement complet, comme on peut s'en assurer en les examinant après que les limites cellulaires ont été dessinées par l'imprégnation d'argent. Chacune de ces cellules possède un noyau ovalaire aplati muni d'un nucléole bien évident.
Lorsque les cellules lymphatiques, qui flottent librement dans la cavité péritonéale, arrivent au contact des travées du grand épiploon, elles s'y fixent par des prolongements amiboïdes, et y demeurent adhérentes pendant un temps plus ou moins long. C'est ainsi que sur le grand épiploon, étudié dans les conditions que je vais vous indiquer, on rencontre des cellules lymphatiques qui y sont fixées, soit isolément, soit par petits groupes.
Nous allons profiter de cette disposition pour observer en même temps les cellules lymphatiques et les cellules endothéliales, et reconnaître si les unes et les autres absorbent également de la myéline.
En vue de ces recherches, nous avons dû faire des préparations spéciales. Après avoir ouvert la cavité abdominale avec précaution, nous saississons le grand épiploon délicatement par un des points de son bord libre, nous le soule^^
3M UÉ(;L>£RATI0:^ des KEltFS S£CTIUS.\f:S. ^^^^^H
TODs, nous le coupons au niveau de sa base aven des ciseaui bien ti-uiicliaiils cl nous lu plongeons iinmédiatemeut daiis tleuK ou trois cenli mètres cultes d'iinc solution d'acide osmique à 1 pour 100. Quelques minutes d'immersion dans ce ivaclif suflisent pour que la uicmbraue soit Gst»; elle €£l alors lavée dans l'fjiiu puis étendue sur une lame de verre, colorée avec du piciocaruiiiiate et recouverte d'une lanietle.
Sur ua gnind épiploon enlevé ii un cocboit d'Inde chez lequel un a fail, vingt-qualre heures auparavant, dans la cavité périlouéale une injection d'eau salée tenant en suspension de la myéline, et préparc suivant cette méthode, il c»t facile de reconnuilre que presque toutes les cellules lympbaliques qui sont, soit eu liberté dans les mailles de l'organe, soit fixées à ses travées piir de5 prolongements amibuîdes, contiennent des gouttes de myéline. ¥ a-l-il dos gouttes semblables dans les cellules 'endolhclîales? Vous comprenez combien il est important de répoudre il celte question, puisque nous nous proposons pnicisément de rechercher quelles sont les c^')lule!< qui, à re\trémilé des nerfs sectionnés, absorbent (os granulations de myéline.
Vous reconnaîtrez sur les préparations disposées sous ces microscopes que les cellules cndothélialcs ne contiennent pas de gouttelettes de myéline ; vous observerez seulement dans leur intérieur un assez grand nombre des granulations très-petites, réfringentes, qui paraissent être simplement de nature graisseuse.
En présence de ce fait, nous devons nous demander si ces granulations ne sont pas des gouttelettes de myéline très-petites qui auraient pénétré dans les cellules endotbéliales, de la même façon que les gouttes plus volumineuses pénètrent dans les cellules lymphatiques? On pourrait discuter longuemonl sur ce point, sans arriver à une solution salis-
faisante; aussi chercherons-nous à résoudre le problème en suivant la méthode expérimentale.
Pour cela, nous devrons nous procurer d'abord un corps pulvérulent dont les granulations soient de dimension trèsinégale et facilement reconnaissables à l'examen microscopique. Le vermillon de Chine en tablettes, tel qu'on le prépare pour les aquarellistes, convient tout spécialement pour ces recherches. Mélangeons-en à de l'eau salée à 1 pour 200, et introduisons ce mélange dans la cavité péritonéale d'un cochon d'Inde, en suivant le procédé que nous avons employé pour l'injection de la myéline. Vingt-quatre heures après, sacrifions l'animal, préparons le grand épiploon de la façon indiquée, et pratiquons l'examen. Nous trouvons du vermillon dans presque toutes les cellules lymphatiques, tandis que pas une granulation de cette substance, même des plus fines, n'a pénétré dans les cellules endothéliales.
Nous avons varié celle dernière expérience de manière à en rendre les résultats plus saisissants encore. Chez un cochon d'Inde, nous avons injecté dans la cavité péritonéale quatre centimètres cubes d'eau salée tenant en suspension des granulations de vermillon. Le lendemain, nous avons introduit dans la cavité péritonéale du même cochon d'Inde quatre centimètres cubes d'eau salée à laquelle nous avions mélangé la myéline provenant de la moelle épinière d'un autre cochon d'Inde. Nous avons encore laissé passer vingtquatre heures, puis nous avons sacrifié l'animal. Sur son grand épiploon, préparc au moyen de l'acide osmique comme nous l'avons dit, nous avons constaté, ainsi que vous le reconnaîtrez bientôt en examinant la préparalion que nous en avons faite, que les cellules lymphatiques adhérentes à la membrane ont absorbé du vermillon et de la myéline. Ces cellules en contiennent presque toules. Les cellules endo-
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tliélialeâ^ au contraire, ne montrent dans leur intérieur ni myéline, ni vermillon ; on n'y remarque que des granulations graisseuses.
Dans cette expérience, les cellules lymphatiques et les cellules endolhélialcs se sont donc comportées très-différemment les unes des autres. Mais il est possible que, dans d'autres conditions, il n'en soit pas ainsi, et que les cellules endothéliales, à la suite de certaines modifications, manifestent des propriétés analogues à celles des cellules lymphatiques.
Vous savez que, lorsqu'elles sont soumises à l'inflammation, les cellules endothéliales, segorgeant de suc, deviennent globuleuses : elles se rapprochent ainsi des cellules lymphatiques, car elles sont alors constituées, comme ces dernières, par une masse protoplasmique granuleuse. Nous devions dès lors nous demander si, dans cet état, elles n'absorbent pas la myéline aussi bien que le font les cellules lymphatiques. Pour répondre à cette question, c'est-à-dire pour observer diroclemcnt la manière dont les cellules enflammées se comporlent, il fallait modifier notre expérience. Il élait nécessaire de provoquer d'aboîxl une péritonite légère chez Tanimal sur lequel nous nous proposions d'opérer, et d'introduire ensuite dans sa cavité périlonéale la myéline ou le vermillon. Ces substances, mises à la portée des cellules enflammées, devaient nous servir à apprécier si elles possèdent des mouvements amiboïdos.
Voici comment nous avons réalisé ces conditions. Nous avons pris deux cochons d'Inde, et nous avons injecté, à la même heure, dans la cavilé pi ritouéale de chacun d'eux, un domi-centimètre cube irune solution de nitrate d'argenl à 1 pour 500. Quatre heures aprcis, nous en avons décapité un, et nous avons recueilli avec soin son grand épiplooii.
EXTRÉMITÉS SECTIONNÉES.— CELLULES CONTENANT DE Lk MYÉLÏNE. 307
dont nous avons fixé les cléments par une immersion de quelques minutes dans l'acide osmique. En l'examinant, nous avons reconnu que les cellules endothéliales qui en forment le revêtement étaient légèrement gonflées et que leurs noyaux, au lieu d'être ovalaires et aplatis comme à Tétat normal, étaient devenus arrondis et globuleux. (Cette observation est tout à fait en rapport avec celle que nous avions déjà faite en 1869*).
Nous avons alors enlevé la moelle épinière de ce premier cochon d'Inde, et nous nous en sommes servis pour faire une émulsion de myéline, que nous avons injectée dans la cavité péritonéale du second cochon d'Inde. Ce dernier animal a été sacrifié dix-huit heures après. Nous avons commencé par recueillir dans sa cavilé péritonéale quelques gouttes de lymphe, que nous avons examinées au microscope. Les cellules lymphatiques contenaient des granulations et des gouttelettes de myéline. Puis, nous avons détaché le grand épiploon, et, * après l'avoir traité par l'acide osmique, nous avons pu constater qu'il avait pénétré des granulations de myéline dans quelques-unes des cellules endothéliales.
Je dois dire de suite que, dans l'expérience dont je viens de vous exposer le résultat, la péritonite que nous avions provoquée était très-légère. C'est à dessein que nous n'avons pas cherché à déterminer une inflammation plus considé- . rable avant d'injecter la myéline et le vermillon, parce que nous avions perdu auparavant deux cochons d'Inde auxquels nous avions injecté une trop grande quantité d'une solution trop forte de nitrate d'argent (1 centimètre cube d'une solution à 1 pour 200). Du reste, dans les inflammations intenses déterminées par le nitrate d'argent, la plu-
* Manuel d'histologie pathologique^ en collaboralion avec M. Cornil.p. 75.
part des cellules enJolliâliales se déU)chi>nl du grand épîplooti, et celui-ci, dans ses portions les plus minces, celles sur lesquelles doit porter l'observation, est dès lors couslilué uniquement par son rtîscau de fibres conncctives. Malgré son peu d'inlensité, l'inflammation que nous avons déterminée a été suffisante pour le succès de l'espérience, ^'o^s avons pu nous assurer, en elTel, que, quand les cellules endolliéliales sont devenues plus épaisses par suite du gonllemenl de leur protoplasma, ell&s absorbent d«s granulations utdes guuUeleltes de mjcline. Elles conlieunent en outre les méme« granulations graisseuses dont nous avons si^'nalé la présence dans les cellules cndolbélialcs non enflammées.
Les diverses observations que nous venons de faire vont nous élrc très-utiles pour la solution du problème qui nous occupe.
C'est, en elîel, grflce aux conclusions que nous allons eii tirer que nous ]io»iTons comprendre les phénomènes ijuj se produisent dans le bout périphérique et même dans le bout central des nerfs sectionnés pendant les premières heures qui suivent la section.
Reprenons donc en détail l'analyse des résultats que nous avons obtenus, alin d'en mieux apprécier la signification.
Je dois vous dire d'abord qu'à l'état normal les cellules endolhéliales du grand épiploon du cochon d'Inde ne contiennent pas de granulations graisseuses; celles que nous y observons s'y sont donc formées sous l'inlluence des modiOcalions amenées par nos injections.
Dans l'expérience où nous avons injecté un mélange de myéline et de vermillon dans la civile péritonéale non enflammée, vous avez vu que le vermillon absorbé par
les cellules lymphatiques pouvait être reconnu dans leur intérieur, tandis que les cellules endothéliales n'en contenaient pas. Ce premier fait nous permet d'affirmer que les granulations graisseuses observées dans les cellules endothéliales ne sont pas des gouttelettes de myéline que ces cellules auraient englobées par suite de leur activité amiboïdë.
En effet, si elles possédaient des mouvements amiboïdcs suffisants pour absorber des gouttelettes de myéline, elles auraient dû, par la même raison, absorber au moins les grains de vermillon les plus fins, car ils se trouvaient tout aussi bien à leur portée, et leur dimension n'est pas supérieure à celle des granulations graisseuses.
La graisse que nous observons dans les cellules endothéliales a donc dû s'y introduire par un autre procédé. Il est probable que dans la cavité péritonéale la myéline a subi des modifications analogues à celles dont je vous ai parlé à propos des nerfs traités par le bleu de quinoléine (voy. p. 290). Elle a dû se transformer partiellement en un savon soluble et passer à cet état dans la cellule endothéliale ; puis, une fois arrivé dans le protoplasma cellulaire, ce savon a dû se décomposer pour mettre en liberté sa graisse constitutive sous forme de granulations nettement visibles.
La myéline a donc pénétré, je le répète, dans l'intérieur des cellules lymphatiques par un mécanisme absolument différent de celui qui fait pénétrer la graisse à l'intérieur des cellules endothéliales : les cellules lymphatiques englobent la myéline grâce à leurs mouvements amiboïdes; les cellules endothéliales absorbent la graisse à l'état soluble, et c'est seulement lorsqu'elle est arrivée dans leur intérieur qu'elle reprend ses caractères optiques.
Dans notre seconde expérience, nous avons vu que les cellules endothéliales transformées sous Tinfluence de l'inflammation absorbent directement, comme les cellules lym-
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phatiqucs, des masses compactes, telles que les gouUeleltes de myéline ou les grains de vermillon.
Revenons maintenant aux nerfs sectionnés et appliquons les données que nous venons d'acquérir à l'interprétation des phénomènes que nous y avons remarqués.
Les cellules globuleuses chargées de gouttelettes de myéline que nous observons à l'extrémité des deux segments une heure après la section sont, à mon avis, des cellules lymphatiques. Ces cellules peuvent avoir deux origines : ou bien elles se trouvaient dans le faisceau nerveux avant sa section et y nageaient dans son plasma interstitiel, ou bien elles se sont échappées des vaisseaux sectionnés et ont pénétré entre les tubes nerveux grâce à leurs mouvements amiboïdes. Dans cette première période, aucune des cellules globuleuses dont nous nous occupons ne peut être une cellule connective plate transformée. D'après les données que nous possédons, en effet, la modification de ces cellules sous l'influence de Tinilammation n'est pas aussi rapide.
Plus lard, au contraire, quand Tinflammation s'est développce, les cellules du lissu conjonclif peuvent avoir subi une nioclific;)lion anaiofiuc iï celle que nous avons observée dans les cellules endolliéli.iles du grand é[)i[)loon, et, après avoir pris les caraclùres des cellules lymphatiques, al)sorber, de nienie que ces dernières, des gouttes de myéline. Sur un nerf examiné viniil-qualre ou trenle-six heures après la section, les cellules qui contiennent des <»outlelelles de inyélintî sont les unes des cellules lyniphalicpies, les autres des cellules connectives. J(î n'ai pas fait di» recherches pour l(\s distinizuer les unes des autres, el du reste, selon moi, ces recheiclies sont inutiles, car les cellules connedives devenues L:lol)uleuses sont senïl)lables au\ cellules lymphatiques. Aussi je pense, contrairement