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Le célèbre Dahlmann, jadis professeur à Bonn

l'oreille mince, mais grande et large, des Tartares et des Kalmouks, qui a de l'analogie avec l'énorme oreille du chimpanzé.

En ce qui concerne la structure des organes internes, nous n'avons que peu de chose à dire, car on a encore moins étudié leurs détails que les formes extérieures. Cependant, quelques observations faites sur le nègre , que nous examinerons dans une leçon prochaine, montrent qu'il existe aussi là des différences d'une valeur au moins égale à celles qu'on peut constater entre deux espèces d'un même genre dans les mammifères.

Je n'abandonnerai pas ce sujet sans vous faire remarquer combien on rencontre d'écueils lorsqu'il s'agit .de représenter les particularités extérieures de l'homme vivant. Par suite de l'habillement, l'entourage, certains us et coutumes, nous nous en faisons une idée souvent très-différente de la réalité. On a, avec raison, fait remarquer que nous ne nous représentons un Turc qu'avec la tête rasée, un Chinois avec une queue et des vêtements à plis, et qu'on distinguerait à peine ces diverses races, si on les voyait parmi d'autres individus, vêtus comme eux. Ceci peut être parfaitement vrai et ne fait que montrer la nécessité que l'étude comparée des races humaines soit faite d'après des comparaisons immédiates et par l'opposition directe des objets, et non d'après des souvenirs et des notes, à de grands intervalles de temps.

Je vous répète encore, et je dois insister sur ce fait, que nos recherches doivent être d'autant plus étendues et nombreuses, pénétrer d'autant plus dans les détails, que les races qui feront l'objet de nos recherches paraîtront plus mélangées. Il faut cent fois plus d'efforts, de multiplicité de mesures, de dessins et de photographies pour pêcher le type primitif au milieu de cet immense fouillis de peuples qui habitent l'Europe, où depuis des siècles les mélanges

les plus variés n'ont pas cessé d'avoir lieu, qu'il n'en faut pour discerner les particularités de la souche de celles des individus dans les races que l'horreur du mélange a conservées pures. Tandis que, chez l'Européen, c'est le caractère individuel qui nous frappe en premier, c'est, au contraire, chez les Baschkirs, par exemple, le type général de la race : et pendant que, chez ceux-ci, il est difficile à un œil peu exercé de distinguer l'individu, chez les premiers même l'œil exercé sera clans le doute sur la race à laquelle il devra rapporter une personnalité quelquefois fortement caractérisée. Je me rappelle encore l'attrait que j'éprouvais dans mon enfance pour les récits que nous faisait ma grand' mère, au sujet de la guerre de l'indépendance, comme on la nommait, quand elle nous peignait les visages de ces messagers de la liberté qui, accourant de l'est sous la bannière russe, devenue le centre de la politique princière allemande, emportaient dans leurs steppes les produits du pillage des villes. Comme ils se précipitaient dans la cuisine de la petite et courageuse femme, l'un semblable à l'autre, ouvrant une large bouche garnie de dents étincelantes, en clignant leurs yeux obliquement fendus! Autant de loups affamés, sans la moindre distinction de personnalité, tous sortis d'un seul et même moule; Kalmouks, Baschkirs et autres races naturelles, pures et sans mélange, de la plus ancienne noblesse, et sorties en fdiation directe du berceau asiatique de l'humanité.

Examen de la conformation humaine comparée à celle des singes. — Différences.

— Absence de moyens de défense. — Stature droite. — Équilibre du crâne. — Affranchissement des extrémités antérieures. — Conformation du bassin. — Proportions des diverses parties du corps. — Rapports du crâne à la face. — Développement des mâchoires. — Rapports des angles du crâne. — Capacité des crânes d'homme, d'idiot et de singes. — Nez, intermaxillaire et dents. — Signification des lacunes dans la série dentaire, ou barres. — Conformation du bassin.

— Rapports des membres. — Pieds et mains. — Différences dans la structure cérébrale. — Discussion entre Owen et Huxley. — Recherches de Gratiolet et Wagner. — Rapports des plis du passage au lobe postérieur. — Contradiction de Gratiolet. — Développement du cerveau. — Conformation du cerveau des microcéphales.

Messieurs .

Dans les leçons précédentes, où j'ai attiré votre attention sur la méthode à employer dans les recherches d'histoire naturelle, et sur les divers points qui doivent être pris en principale considération dans l'étude de l'homme et de ses races, je n'ai parlé, à peu d'exceptions près, que du genre humain seul, ne jetant que çà et là quelques regards sur les animaux qui s'en rapprochent le plus. Si opportun qu'il puisse paraître de se borner à l'étude immédiate de l'homme, il est impossible, d'autre part, dé négliger les relations qui le rattachent au reste du monde animal. D'ailleurs, ici, notre but avoué est de prouver que ces relations existent, qu'elles sont assez fortes pour enchaîner d'une manière indissoluble l'homme au règne ani-

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mal, dont il n'est que la dernière expression et la forme la plus hautement développée, et non point un produit particulier d'une puissance créatrice spéciale. Lorsque nous recherchons les rapports de l'homme avec les animaux qui se rapprochent le plus de lui, les singes, lorsque nous approfondissons les analogies qui indiquent une parenté étroite avec le type le plus élevé des mammifères, lorsque nous constatons des différences qui nous obligent, d'après les principes admis dans la science, à séparer le type humain du type simien, non-seulement comme genre, mais comme famille, ordre, ou tout au moins comme sousordre, nous le faisons avec la conviction qu'il en résultera un pas essentiel vers l'approfondissement de notre nature, et que nous acquerrons ainsi une base pour nous conduire vers de nouveaux progrès.

Nous nous arrêterons dans cette recherche sur les différences que, à tort ou à raison, on a voulu établir, supposant connus ou compréhensibles d'eux-mêmes les traits de ressemblance qui sont prépondérants. Les caractères anatomiques pèseront dans la balance avant tous les autres; quant aux accessoires, soit philosophiques, soit religieux, dont quelques naturalistes ont cherché à décorer leur fragile édifice, nous ne pourrons que çà et là leur accorder quelques regards passagers. Il nous est passablement indifférent que Schopenhauer place la distinction entre l'homme et le singe dans la volonté, ou que M. Bischoff. de Munich (aussi un philosophe), la place dans la conscience de soi-même.

Examinons d'abord la conformation humaine en général. Chaque animal, nous dit-on, a ses propres armes pour sa protection ; l'homme nu seul n'en a pas : il est sans défense et sans armes. « L'individu intelligent, » dit-on, en triomphe, « ne peut méconnaître combien, sous ce rapport, « le Créateur a placé dans l'organisation humaine. ;ï coté du

« germe de ses facultés, la nécessité de les développer. » Voilà un bien grand mot, pourrait-on objecter. Il est vrai que l'homme ne porte pas des cornes, il n'a pas non plus de canines qui lui permettent de déchirer sa proie, ses ongles ne se développent pas en griffes acérées, quoiqu'ils ne soient pas à mépriser comme armes d'attaque, et peuvent faire de profondes blessures. Mais, doit-on demander, le contraire est-il vrai, et tous les animaux sont-ils bien armés? Quelles armes le chimpanzé peut-il opposer au lion? Ses canines sont à peine plus longues que celles de l'homme, et, en tout cas, impropres à servir comme armes défensives ; ses ongles sont aussi plats ; son front également dépourvu de cornes; il ne se défend pas contre ses assaillants autrement que l'homme; car il égratigne, mord, frappe, donne des coups de pied, jette des pierres ou des branches, et finalement cherche à fuir ou à grimper, s'il ne peut se sauver autrement. Des centaines 'd'espèces de singes font exactement de même que le chimpanzé. Cette absence de moyens de défense du chimpanzé ne l'a cependant point amené à devenir le roi de la création. Est-ce que la biche et la brebis, sans cornes, sont plus développées, leurs facultés plus grandes, plus étendues, parce que ces animaux manquent totalement d'armes de défense? Ou dira-t-on que la brebis sans cornes a une arme, puisqu'elle frappe avec son front? Et quand cela serait, le nègre n'en fait-il pas autant avec son crâne dur comme l'ivoire? Dans les luttes entre nègres, ceux-ci se courent dessus la tête baissée et s'entre-choquent mutuellement comme deux béliers combattants. Nous ne pouvons donc admettre la situation exceptionnelle de l'homme basée sur l'absence d'armes défensives , et encore moins les conséquences célèbres acceptées déjà par quelques observateurs de l'antiquité. Plus vieille est l'opinion, plus vieille est l'erreur.

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La .stature droite justifie mieux une situation exceptionnelle, et la marche verticale debout est un attribut essentiel de l'homme, qui distingue les bimanes de tous les autres mammifères. Les caractères principaux de la conformation humaine sont en rapport avec la stature droite, et si les uns sont rendus possibles par elle, les autres lui paraissent liés par une relation de cause à effet. Cette position n'est cependant pas absolument spéciale à l'homme, lorsqu'on envisage l'ensemble du règne animal ; car parmi les oiseaux (qui ne pensera ici au coq déplumé de Platon et de Diogène!) il y en a plusieurs, entre autres le pingouin et le plongeon, qui se tiennent droits et marchent comme l'homme. Un rassemblement de plongeons, perchés sur une falaise dans les régions du Nord, offre quelque chose d'humain, et avec leur poitrine blanche et leurs ailes noires taillées à peu près comme les pans d'un habit, on dirait une réunion de pasteurs évangéliques. Mais ici les relations de conformation, dont dépend la station verticale, sont tout autres, et l'homme se distingue des singes, ses parents les plus proches, d'une manière absolue par cette attitude relevée que le singe ne prend qu'en passant ou lorsqu'il y est forcé par la dressure, mais jamais comme une position qui lui soit naturelle.

Le crâne, proportionnellement très-grand, avec le cerveau qu'il renferme, se balance en équilibre sur les points d'appui que lui fournit la colonne épinière. La disposition que présentent les facettes articulaires des deux vertèbres cervicales supérieures, l'atlas et l'axis, semble avoir donné le modèle de la disposition mécanique par laquelle on assure à la boussole une position horizontale et aux lampes suspendues au plafond une position verticale constantes, malgré toutes les oscillations du navire. Deux facettes articulaires au bord supérieur d'un anneau , l'atlas , des facettes articulaires placées en croix sur le bord inférieur

du même anneau, une épine placée comme axe moyen, mais excentrique, autour de laquelle tourne l'anneau : tel est le mécanisme sur lequel repose la tète en équilibre, avec liberté de mouvement en tous sens. Ses attaches musculaires et tendineuses, à peine tendues, laissent assez de jeu pour que le plus petit effort suffise pour ramener l'équilibre rompu. Dans le monde animal, là où se trouve une tète pesante à l'extrémité de la colonne épinière, les apophyses épineuses des vertèbres cervicales s'élargissent, se dirigent en arrière et forment ainsi de puissants appuis, auxquels est fixé un large ligament élastique qui s'attache à l'occiput. Le crâne humain, par sa courbure régulière, repose en équilibre sur les deux facettes articulaires qui se trouvent à la base du crâne, à coté du trou occipital; si les mâchoires se projettent en avant, comme chez le nègre, l'occiput s'allonge en même temps, pour rétablir l'équilibre. Dans les mammifères, il n'en est point. ainsi. Dans la position normale de la plupart d'entre eux, l'axe de la colonne épinière est parallèle au plan horizontal du bassin, chez l'homme il lui est perpendiculaire. L'axe de la tète forme aussi, chez les mammifères, un angle droit ou obtus avec l'axe de la colonne épinière ; elle pend donc presque verticalement, et ses longues mâchoires forment un bras de levier qui tire encore plus la tête en avant. Là donc le ligament cervical se développe comme contre-poids, et même chez les singes anthropomorphes, l'orang, le chimpanzé, et surtout le terrible gorille, nous voyons les apophyses épineuses de la nuque s'élever et se garnir de fortes masses musculaires. La position du trou occipital, à côté duquel les facettes articulaires se trouvent toujours, est étroitement liée à tous ces faits, comme nous pourrons nous en convaincre, lorsque nous étudierons les crânes d'une manière comparative. La stature droite explique non moins bien les rapports entre la cage thoracique et le

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bassin. Le diamètre transversal du thorax est plus grand chez l'homme que le diamètre antéro-postérieur ; c'est le contraire chez les mammifères. Le thorax humain est aplati en avant et en arrière, bombé latéralement; celui des mammifères est aplati latéralement et aminci en forme de cône vers le sternum et la colonne vertébrale. Les bras et les mains de l'homme, librement pendants sur les côtés, ne sont point gênés dans leurs mouvements et sont propres aux usages multipliés auxquels ils peuvent être appelés, étant affranchis de l'obligation de servir au soutien du corps. Chez tous les mammifères, où la main n'est pas modifiée pour servir d'organe de vol ou de natation, le membre antérieur du corps sert toujours comme point d'appui dans la locomotion, soit exclusivement, comme chez les animaux à sabots, soit accessoirement à côté d'autres usages. C'est le cas même chez les singes anthropomorphes. Chez eux, la main antérieure est un organe qui leur sert pour grimper comme la postérieure; si le singe est forcé de se mouvoir sur un plan horizontal, il ne tarde pas à s'appuyer sur ses mains fermées et prend ainsi, suivant la longueur de ses bras, une position inclinée plus ou moins demi-verticale. Partout dans le monde animal, comme Milne Edwards l'a démontré d'une manière convaincante, la division du travail est un caractère essentiel de perfection. L'animal qui possède quatre membres semblablement conformés, ayant la même destination, comme le cheval ouïe mouton, est, sous ce rapport, inférieur aux animaux chez lesquels le membre antérieur sert aussi d'organe de préhension, comme cela a lieu chez l'écureuil et le castor; le singe, chez lequel les quatre membres portent des mains, est d'un degré au-dessous de l'homme, dont les pieds servent exclusivement à la locomotion, et les mains non moins exclusivement à la préhension. Plus la destination d'un organe se spécialise, plus il devient

parfait dans l'accomplissement de sa fonction ; plus il a de services différents à rendre à l'économie animale, plus il laisse à désirer. Si donc la main est, sous tous les rapports, un organe plus complet que le pied, lequel ne sert qu'à la locomotion, l'augmentation du nombre des mains doit être regardée comme un signe d'une organisation imparfaite, chacune de ces mains étant à la fois organe de locomotion et de préhension; par contre, la séparation stricte et la répartition des deux fonctions à deux organes différents constituent un pas vers un perfectionnement d'un ordre plus élevé.

Fig. 41. — Bassin normal d'un européen, vu de devant.

a. Sacrum. — b. Os iliaque. — c. Cavités articulaires du fémur. — d. Symphyse pubienne. — c. Tubérosité ischiatique.

La largeur du bassin, qui forme le squelette osseux des hanches, est en rapport avec la stature droite encore bien plus que la largeur de la poitrine. Les viscères et les intestins, suspendus dans les cavités pectorale et abdominale, pèsent sur les parties inférieures. La pression des viscères pectoraux est en partie neutralisée par le dia-

phragme, paroi musculaire transversale qui sépare la cavité de la poitrine de celle de l'abdomen, mais la charge totale des intestins, avec le foie, la rate et les autres viscères abdominaux, pèse sur le bassin. Celui-ci s'étale en forme de plat, les os iliaques s'élargissent et s'évasent vers le haut, en se recourbant en dessous et en dehors, d'où le nom de bassin qui est peut-être un des mieux choisis de toute l'anatomie. Chez les animaux, par contre, le bassin n'a que fort peu du poids des intestins à porter, car chez eux

Fig. 42. — Bassin d'un chimpanzé mâle, réduit aux mêmes dimensions que celui de la fig. 41. Les désignations sont les mêmes.

la partie de soutien est surtout la symphyse pubienne et son voisinage, points qui sont le moins chargés chez l'homme. Le poids, chez les animaux , repose sur la ligne médiane de la poitrine et de l'abdomen; le bassin sert à peine au support des intestins, mais forme surtout le point d'appui supérieur des membres postérieurs. C'est pourquoi il offre peu de surface; il est long et étroit, ses parties latérales ressemblent aux omoplates, qui ont du reste une destination analogue , celle de servir de points d'appui aux

membres antérieurs. Plus la masse que le bassin aura à porter sera grande, plus il deviendra large et évasé. Ainsi nous le voyons chez la femme, où il est en rapport intime avec l'accouchement et doit livrer par son ouverture inférieure passage à l'enfant, s'élargir et devenir plus aplati que chez l'homme, parce que, chez la femme, périodiquement du moins, la grossesse vient ajouter un fardeau considérable au poids des autres viscères.

A la largeur du bassin, il faut ajouter, comme contribuant à l'amplitude des hanches et des fesses, les muscles puissants qui se rendent du bassin aux cuisses. Aucun animal n'offre une pareille ampleur et rondeur dans la région fessière, aucun singe n'est pourvu d'une cuisse développée dans sa partie supérieure, puis s' amincissant graduellement en cône vers le genou; et on peut dire avec parfaite raison que l'homme seul a une cuisse, le singe n'a qu'un gigot. De même les masses musculaires de la jambe sont rassemblées chez l'homme pour former le mollet, tandis que, chez les singes, ces mêmes muscles sont plus régulièrement répartis relativement à leur volume. On retrouve encore ici la transition graduelle représentée par le nègre, chez lequel l'absence du mollet est un des traits caractéristiques.

Les proportions des diverses parties du corps, et surtout des membres, paraissent n'avoir pas une moindre importance. Le bras de l'homme, comparé à celui des singes, est proportionnellement plus court, mais la jambe est plus longue et plus forte. Si on place l'homme dans la position des quadrupèdes, il devra étendre complètement les bras et plier fortement les jambes pour que sa colonne vertébrale devienne horizontale et parallèle au sol. Chez les singes, par contre, ou les deux membres sont égaux, ou la jambe est plus courte que le bras, qui atteint, chez quelques espèces, une longueur étonnante. Ainsi

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l'orang se signale comme proche parent du gibbon (Hy lobâtes), qui habite les mêmes pays que lui, par la longueur de ses bras, qui est telle que, clans la posture verticale, il peut atteindre sa cheville avec l'extrémité de ses doigts, tandis que le chimpanzé ne peut atteindre que le milieu de la jambe, le gorille le genou, et l'homme le milieu de la cuisse. Par contre, les surfaces articulaires du bras humain, surtout du poignet, sont disposées de façon à permettre la plus grande mobilité, et surtout la rotation la plus étendue des bras. Le long bras du singe, qui ne présente pas, il est vrai, les élégantes masses musculaires du bras et de l'avant-bras, n'en possède pas moins une force beaucoup plus grande que celui de l'homme; car, si c'est pour ce dernier un tour de force de gymnaste que de rester pendu pendant un certain temps ou de se remonter par la force d'un seul bras, c'est pour le singe une position très-ordinaire et nullement fatigante.

Chez les mammifères, dans leur position normale sur quatre pattes, chaque membre porte également sa part du poids du corps. Il n'y a que les animaux sauteurs, les gerboises, les pédètes, les kangourous, qui ressemblent jusqu'à un certain point à l'homme par la longueur et la puissance de la jambe, et le dépassent même de beaucoup sous ce rapport; car leurs membres antérieurs, presque atrophiés, ne sont pas à comparer aux postérieurs, dont les dimensions sont colossales. Le développement considérable de la queue des animaux sauteurs, la conformation des pieds, construits d'après la théorie du balancier, les os simples et allongés du métatarse et des doigts montrent un type d'organisation fondamentalement différent, qui ne peut être mis à côté de celui de l'homme, ni lui être comparé. Il reste donc à celui-ci , comme caractères distinctifs du singe, l'ampleur, la longueur et la puissance des jambes, et surtout de la cuisse, qui, chez la plupart des animaux,

est considérablement amoindrie vis-à-vis de la jambe. Si nous passons maintenant à l'examen précis des différentes parties, nous remarquons avant tout la conformation de la tète et des deux portions qui la constituent, le crâne et la face. Nous avons déjà vu, dans une précédente leçon, que ces parties, superposées chez l'homme, sont, chez le singe, juxtaposées l'une derrière l'autre ; que la face (anatomique) comprise entre les arcades sourcilières, le menton et l'orifice auditif, ne forme chez l'homme qu'une faible annexe du crâne, lequel la recouvre et la déborde de tous côtés, se développant au-dessus des arcades sour-

Fig. 43. — Profil du crâne helvétique.

cilières pour former le front; sur les côtés, les tempes; au-dessus du trou occipital, la nuque ; et créant ainsi pour le cerveau un espace relativement énorme; tandis que, chez les singes, la cavité cérébrale se recule davantage, le front s'aplatit ou s'efface derrière les bourrelets des arcades susorbitaires , et le trou occipital se retire en arrière au point de se trouver, chez les singes inférieurs, à la limite de la face inférieure du crâne, et, chez les autres animaux, tout à fait à sa face postérieure même. L'angle facial de

Camper varie, dans l'homme, de 70 à 85°, et on ne connaît aucun exemple de crâne normal humain où il soit tombé au-dessous de Qk° ; chez le crâne nègre figuré, l'angle facial est de 67°, et d'après Isidore Geoffroy Saint- Hilaire, les crânes de Makoias ou Namaquois, tribu de l'Afrique du Sud, et rapportés à Paris par Delalande, marquent encore 64°, tandis que, chez le chimpanzé adulte, l'angle facial tombe à 35°, chez l'orang, à 30°, quoique, chez les individus jeunes de ces espèces, lorsque les mâchoires n'ont pas encore pris tout leur développement, il

Fig. 44. — Profil du crâne d'un vieux chimpanzé.

puisse atteindre 60°. Par contre, on trouve chez un petit singe américain, le saïmiri [Callithrix sciurca), bien plus éloigné de l'homme par son organisation, quoique, du reste, par sa manière d'agir, il offre quelques analogies avec l'humanité (il pleure, par exemple, très-facilement), un angle de 65 à 66°, ce qui comble tout à fait l'intervalle. Les différences qui résultent du développement variable des mâchoires sont aussi très -tranchées. Les muscles temporaux, élévateurs des mâchoires, doivent être plus forts chez les singes, par la seule raison déjà qu'ils ont à

Fig. 45. — Crâne d'un vieux chimpanzé, vu en dessus.

mouvoir un bras de levier plus long, abstraction faite du plus grand développement des mâchoires mêmes. Les fosses temporales sont , aussi , profondément creusées

Ruj. 16. — Base du crAne helvétique.

dans le crâne des singes, comme si l'on avait fortement comprimé celui-ci en arrière des arcades susorbitaires; pour la même raison, les arcades zygomatiques sont assez écartées, et la ligne temporale qui sert de point d'attache aux faisceaux externes du muscle temporal se prolonge en arrière jusqu'au delà de l'orifice auditif. Chez quelques singes anthropomorphes, le gorille et

Fig. 47. — Base d'un crâne cafre.

l'orang, il se développe même à l'âge adulte, sur la ligne médiane du crâne et au fur et à mesure de l'accroissement des mâchoires, une crête verticale, qui fournit aux faisceaux du muscle temporal une surface d'attache étendue ; il en résulte que, chez ces singes adultes, le crâne entier est enveloppé de masses musculaires qui le font paraître plus grand qu'il n'est réellement, tandis que, chez

l'homme, le crâne se trouve placé immédiatement sous la peau.

Les situations des arcades zygomatiques et du trou occipital sont en rapport intime avec le développement des mâchoires, comme on le voit en examinant le crâne par sa base. Dans les crânes humains, les arcades zygomatiques se trouvent toujours comprises entièrement dans la moitié antérieure du diamètre longitudinal; les orifices auditifs extérieurs au-devant desquels elles se terminent, se trou-

Fig. 18. — Base du crâne d'un vieux chimpanzé.

vent, même chez les nègres à mâchoires développées, presque au milieu dudit diamètre, et même un peu plus en avant dans les races supérieures; chez les singes anthropomorphes, l'orifice auditif recule plus en arrière, la distance à l'extrémité de la mâchoire est plus grande que celle à la partie la plus saillante de l'occiput, et les arcades zygomatiques pénètrent déjà dans la moitié postérieure du diamètre longitudinal et s'étendent souvent jusqu'au tiers postérieur de celui-ci. Le trou occipital recule et se trouve

toujours, chez les singes, placé vers le tiers postérieur: chez l'homme, il est placé presque exactement au milieu, quelquefois un peu en avant, différence sur laquelle Daubenton avait déjà depuis longtemps attiré l'attention, et que toutes les observations ultérieures n'ont fait que confirmer.

Nous devons ici particulièrement faire remarquer les rapports des différents angles qu'on peut mesurer sur les crânes sciés par le milieu, et qui, comme nous l'avons vu dans une précédente leçon, sont de la plus haute importance pour l'appréciation du crâne et de ses relations avec la face et les mâchoires. L'angle sphénoïdal, ainsi que l'a démontré Welcker, est dans tous les cas plus petit, ce qui implique que la base du crâne est plus coudée que chez les singes, quoique la différence ne soit pas si considérable qu'on ne puisse trouver quelques transitions. L'angle nasal croît aussi avec l'angle sphénoïdal, comme cela résulte du tableau suivant dressé d'après Welcker :

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