‹ Leçons sur l'hommeChapitre 16 sur 22 · CRANES. ANGLE NASAL · texte numérisé non relu

CRANES. ANGLE NASAL

Moyenne de trente crânes allemands. 66.2

Idiot de quarante-quatre ans 07 .0

Trois nègres 67 .6

Idiot de trente et un ans (Gottingue). 80

Chimpanzé

Trois autres nègres. 74.9

Orang jeune 98

Maimon (Inuus nemestrinus) 102

Orang vieux 104

Sajou brun (Cebus apella i 10.1

AN OLE SPHENOÏDAL.

L'extension plus considérable de la base du crâne, ce qui existe aussi chez le gorille, car, d'après Owen, la selle turcique est encore moins profonde que chez le chimpanzé, est, sans aucun doute, en relation avec la contenance de la cavité crânienne, siège du cerveau. Le trou occipital, que

SI Ml- ME LEÇON.

traverse la moelle , ainsi que les différents trous qui livrent passage aux nerfs, sont plus grands relativement à la cavité crânienne que chez l'homme , conséquence naturelle du volume plus considérable de la moelle et des nerfs relativement aux hémisphères cérébraux.

La capacité de la cavité crânienne, ainsi que ses mesures principales, sont indiquées par Owen comme suit :

Longueur du crâne.

Longueur de la cavité cérébrale. . .'/

en pouces, et lignes.

Hauteur de lacavitél

cérébrale /

Contenu de la cavité cérébrale!

en pouces cubes 98

Malgré l'égalité qui existe entre le gorille et le nègre australien au point de vue de la grandeur corporelle, la capacité crânienne de ce dernier est une fois et demie plus grande; proportion d'autant plus favorable pour lui que, les membres du gorille étant relativement plus courts, son tronc sera d'autant plus grand et plus fort. Ces limites peuvent encore être rapprochées, car le plus petit crâne humain, mesuré par Morton, et ce n'était pas celui d'un idiot, avait une capacité de 03 pouces cubes, tandis que, dans le plus grand crâne de gorille mesuré dans ces derniers temps, elle n'était que de 34 pouces cubes et demi. Jetons en même temps un coup d'œil sur les rapports réciproques du crâne et de la face. Si on prend partout la longueur totale du crâne = 100, et qu'on cherche les rapports de longueur de la cavité crânienne, soit du cerveau même,

on obtient les chiffres suivants : Européen = 89,1 ; nègre australien, = 78,7; orang, = 47,7; gorille, = 45,9; d'où résultent les nombres suivants pour la proportion de la face : Européen — 10,9; nègre australien = 21,3 ; orang = 52,3 ; gorille = 54,1. De quelque façon qu'on tourne la question et de quelque côté qu'on l'envisage, on retrouve toujours ce saut considérable dans la conformation du crâne de l'homme et du singe, et que signalent les relations entre les crânes et les faces. Comme on le voit, chez aucun singe anthropomorphe, la longueur du cerveau ne dépasse de beaucoup la moitié de la longueur totale du crâne, tandis que, chez l'homme, même le plus inférieur, la longueur de la partie faciale n'en forme qu'une fraction insignifiante, qui n'atteint même pas le quart chez le nègre australien. On pourra peut-être rencontrer de vraies têtes de nègres qui atteindraient ou même dépasseraient un peu ce quart, car le vrai nègre a un crâne proportionnellement plus long et plus étroit que le nègre australien. La lacune ne pourra donc être comblée que par ces êtres infortunés connus sous le nom de microcéphales, qui sont nés idiots, et dont la conformation défectueuse du crâne et du cerveau ne provient pas, comme chez les crétins, d'une maladie consécutive k la naissance, mais bien d'un arrêt primitif dans le développement du cerveau. Chez ces êtres qui naissent, de temps en temps, de parents parfaitement normaux, et dont les soi-disant Aztèques, qu'on a promenés il y a quelques années en Europe, étaient des exemples, on trouve tous les degrés intermédiaires qu'on peut supposer à l'égard des relations entre les parties cérébrale et faciale du crâne. En mentionnant ces idiots, je me heurte contre une autorité puissante, peut-être comme le pot de terre contre le pot de fer de la fable. « On (( a, dit M. Bischoff aux Munichois, voulu faire entrer en « comparaison des -malades, des hommes dégénérés,

SIXIÈME LECOiN.

« comme les microcéphales, les idiots et les crétins. C'est « une erreur évidente ; car ces malheureux ne sont point

Fig. 49. — Crâne d'un idiot, d'après Oweii; en profil.

« des hommes, mais des monstruosités, et ce qu'il y a de « plus triste dans leur apparition, c'est qu'ils ont une o forme humaine sans être des hommes. »

Fif^. 50. — Crâne d'un idiot, d'après Owen ; vu en dessous

Nous pouvons vraiment demander : Où cesse donc 'homme, et où commence la monstruosité? L'homme qui,

par suite d'un arrêt de développement, a l'iris fendue n'est-il plus un homme, mais un monstre ? Le Hambourgeois qui, il y a quelques années, s'est promené partout pour faire voir une fente qu'il avait au sternum, suite d'un arrêt de développement, et à travers laquelle on pouvait voir et sentir son cœur, était-il un homme ou un monstre ? Le malheureux qui, né sans mains et sans bras, peint avec ses pieds, vous parle dans votre langue, d'ailleurs gai, intelligent, spirituel, n'est-il pas un homme parce qu'à la place de bras, il n'a que des moignons et pas de mains ? (Nous avons vu de pareils cas, et on connaît Ducornet, qui était aussi peintre sans mains.) Et si ces êtres-là sont de fait tous des hommes, ce dont aucun homme intelligent ne peut douter, ne le seront-ils pas aussi ceux dont la monstruosité aura affecté le cerveau, aussi un organe du corps, et rien qu'un organe, aux mêmes titres que l'œil, le sternum ou les extrémités?

11 est vrai, messieurs, que nous ne devons pas comparer les états anormaux avec les normaux sans restrictions, mais nous pouvons souvent les utiliser à titre d'éclaircissement, et c'est ainsi seulement que je les mentionne ici, comme devant nous servir de clef de la manière dont le crâne humain s'est élevé du type simien au sien propre.

M. Bischoff va, il est vrai, encore plus loin. « On s'est <( fondé, dit-il, sur l'homme tel qu'il se présente chez les « Esquimaux, les Botocudos et les Australiens, qui, en effet, » ne dépassent presque en aucun point les animaux et, sous « quelques points, sont même en arrière ; ou bien on a cité « des exemples d'hommes sauvages qui, délaissés dans « leur jeunesse, égarés dans des forêts et des solitudes, « avaient vécu parmi les animaux et ne montraient au- « cune trace d'une conscience d'eux-mêmes. » Qu'est-ce donc qu'un homme d'après M. Bischoff, en fin de compte? Le professeur ne range peut-être dans le type humain que

ceux qui ont suivi les cours de l'Université de Munich et adopté ses thèses sur l'origine de l'urée. — Mais revenons à notre ^sujet.

Si nous examinons la face dans ses détails, nous remarquons surtout une grande différence entre l'homme et les singes dans la forme des os du nez et dans leurs connexions. Les singes ont les os nasaux larges, écrasés, pour la plupart soudés au milieu , les ouvertures des narines transversales en forme de co et, vues en dessous, parallèles à la ligne des orbites. Chez le gorille, le milieu de la suture nasale s'élève comme une petite crête, et, chez le nègre, le nez est si écrasé, qu'entre les deux conformations il n'y a presque pas de saut. Il existe surtout une analogie trèsremarquable entre le gorille et le nègre australien sous le rapport des narines. Les sinus frontaux, qui se rencontrent danstoutesles races humaines et occasionnent, pour la plupart, les saillies susorbitaires, situées entre les sourcils, et dans lesquelles la phrénologie a, si je ne me trompe, placé la perspicacité, ces sinus frontaux, excessivement développés chez quelques animaux et donnant (comme chez l'éléphant) à l'ensemble de leur région frontale une forme particulièrement bombée, manquent entièrement chez le nègre australien et le gorille, tandis qu'ils existent chez les deux autres espèces de singes anthropomorphes.

Dans tous les mammifères chez lesquels il existe des incisives, ces dents sont implantées dans un os spécial, V intermaxillaire , qui est le plus souvent visible pendant toute la vie et reste séparé par des sutures de l'os maxillaire supérieur, qui porte les dents canines et molaires. Chez l'homme, les noyaux d'ossification spéciaux, desquels se développe cet os intermaxillaire, existent toujours, et l'os lui-même est fort distinct dans l'embryon. Mais il ne tarde pas à se souder avec les os voisins, et déjà, chez le nouveau-né, les sutures sont effacées, et la fusion avec le

maxillaire est complète. Au commencement de ce siècle, lorsque l'histoire du développement n'était encore que peu connue, on avait voulu regarder le manque d'un os intermaxillaire distinct comme un caractère humain spécifique, erreur que Goethe et Loder, l'anatomiste de Iéna, se sont donné la peine de combattre. On peut encore invoquer la précocité

Fig. 51. — Base du crâne du C. apella, montrant les sutures de l'inter-maxillaire.

de la soudure des os, mais celle-ci a ses degrés. On trouve souvent dans les crânes de jeunes nègres, ainsi que dans ceux d'idiots (voir fig. 50, p. 189), encore des traces des sutures intermaxillaires, et celles-ci, chez les singes, disparaissent à des âges variables. Ainsi, chez le gorille, elles restent visibles jusqu'à un âge assez avancé ;

ce n'est que dans les très-vieux crânes qu'on les trouve effacées, tandis que chez le chimpanzé elles commencent à disparaître après la deuxième dentition. J'ai devant moi deux crânes du genre Cebus de même âge, qui viennent de renouveler leurs dents : dans l'un, qui appartient à l'espèce C. apella, l'os intermaxillaire est nettement distinct; tandis que dans l'autre, le C. albifrons, il est si complètement soudé , qu'on n'aperçoit aucune trace des sutures.

La conformation de la série dentaire et des dénis

IV. 52. — Uaso du crâne du Cebit* albifrons, sutures maxillaires effacées.

elles-mêmes est en rapport intime avec la saillie en forme de museau de la face, soit avec la prognathie, qui

atteint chez les singes un degré beaucoup plus considérable que chez les espèces humaines les plus inférieures. La voûte du palais est longue et étroite, la série dentaire clans son ensemble est parabolique au lieu d'être elliptique; les dents mômes se distinguent par leur grandeur, leur dureté, leur blancheur et leur arrangement. La con-

rF.

Fig. 53. — Base d'un crâne cafre présentant Les lacunes dentaires simiennes.

formation de leur couronne, les tubercules des molaires, la coupe des incisives, sont si semblables, qu'il faut des recherches minutieuses pour découvrir la moindre différence; de sorte que, lorsqu'il s'agit de quelques dents trouvées isolément, on peut bien être dans le doute quant à savoir si elles proviennent d'hommes ou de singes; mais le doute

n'est plus possible dès qu'on peut voir la série dentaire complète. Ce sont les canines qui, chez les singes, troublent l'harmonie de la conformation dentaire. Leurs couronnes pointues, souvent tranchantes et pourvues de cannelures longitudinales, de manière à ressembler chez quelques singes, les mandrills par exemple, à des lames de poignard recourbées, dépassent le niveau des autres dents, et rendraient impossible l'occlusion complète de la bouche, s'il ne se trouvait à la mâchoire opposée des vides correspondants, pouvant recevoir la partie saillante de la canine. Tous les crânes de singes offrent à la mâchoire supérieure une lacune entre les canines et les incisives, et à la mâchoire inférieure une lacune entre les canines et la première molaire, et même chez les singes qui , comme le chimpanzé, ont les canines les moins développées, on voit distinctement ces vides qui, chez d'autres, le gorille ou les mandrills, sont très-grands. En même temps, on voit sur le museau une forte saillie se dirigeant vers le nez, et qui correspond à la racine considérable de la canine.

De même que cli£z les singes il règne une grande diversité dans l'ensemble de ces conformations, on peut trouver des passages évidents chez l'homme. La canine dépasse souvent un peu le niveau des autres dents, et lors de l'occlusion de la bouche se loge dans un vide ménagé entre les pointes des dents opposées, la saillie correspondant aux racines des canines est quelquefois aussi apparente que chez les singes à petites canines. On rencontre même, rarement, il est vrai, quelques crânes offrant de véritables vides dentaires, quoique d'ailleurs normaux par le reste de leur conformation, comme le crâne cafre figuré par Wagner dans son Atlas d'anatomie comparée, tiré de la collection d'Erlangen, et que nous reproduisons ici (fig. 53). On pourrai! faire une série des crânes présentant des particularités analogues qui se montrent parfois dans diverses parties du

196 LEÇONS SLR L'HOMME.

corps, et qui semblent pour ainsi dire être des indications, des réminiscences de la souche primitive, dont provient l'être qui en est alfecté. De même que Darwin a fait remarquer que les anneaux transversaux qui se montrent parfois sur les membres de certains chevaux rappellent une origine commune avec le zèbre, le quagga et autres espèces sauvages rayées, de même on pourrait tirer parti delà réapparition des lacunes dentaires chez certaines races inférieures de l'humanité, et y voir l'indice d'une provenance commune. Mais nous ne devons pas perdre de vue que la continuité de la série dentaire n'est pas exclusivement un caractère humain, car nous connaissons un pachyderme fossile des gypses de Montmartre, Y Aaoplotherium, dont la série dentaire est complètement continue, sans lacunes, bien qu'étant composée des trois espèces de dents, incisives, canines et molaires. Il est vrai qu'aucune confusion n'est ici possible, car cet animal de l'époque tertiaire ressemble plus au tapir qu'au singe; mais ce cas prouve seulement que la continuité de la série dentaire ne peut constituer un caractère humain absolu..

La mâchoire inférieure est, chez les singes anthropomorphes, lourde et massive, sa branche horizontale est plus longue, plus large et plus forte que chez l'homme; par contre, la saillie qui constitue le menton manque partout. La ligne oblique, formée par les incisives, se prolonge en dessous et en arrière, de manière à rencontrer sous un angle obtus la ligne de la mâchoire inférieure. Le menton doit donc bien être considéré comme un caractère humain, quoiqu'il tende à s'effacer de plus en plus chez les races humaines prognathes, et cà se rapprocher de la conformation simienne. La double courbure de la colonne vertébrale, qui est si marquée chez l'homme, s'efface entièrement chez le singe, les apophyses épineuses des vertèbres cervicales sont longues, fortes et simples à leur extrémité, tandis que

iq:

chez l'homme elles sont bifides et comme fendues par un sillon longitudinal.

Fig. 54. — Bassin masculin, vu de côté

Kg. 55. — Bassin du chimpanzé mâle, vu de côté. Les notations sont les mêmes pour les fig, 54 et 55. - a. Os iliaque. - h Troisième vertèbre lombaire. - c. Quatrième lombaire. - cl. Tête articulaire de la cuisse. - e. Pubien. - f. Fémur. - g. Tubérosàtés ischiatiques. - h. Coccyx.

Enfin, le bassin offre d'importantes différences. Si rétréci et allongé que puisse être le bassin humain, il n'arrive jamais sous ce rapport au point de celui des singes, dont les os iliaques se dressent presque droits le long du sacrum ; tandis que chez l'homme ils s'étalent et s'aplatissent. Si le bassin supérieur, comme je vous l'ai fait remarquer au commencement de cette leçon, paraît surtout conformé pour porter le poids des viscères abdominaux dans la stature droite , par contre le bassin inférieur ou petit bassin est particulièrement en rapport avec la parturition et subordonné à la forme de la tête de l'enfant qui doit se frayer par son ouverture son passage et celui de son corps. La tête d'un jeune singe, relativement longue et étroite, se tourne facilement dans un bassin allongé et mince, tandis que la tête humaine, plus ronde, exige un diamètre plus grand dans tous les sens.

Nous avons maintenant à examiner les membres qui offrent de notables différences, soit dans leurs proportions relatives, soit dans leurs rapports mutuels. Tandis que la jambe humaine, étant l'unique organe de sustentation, est plus longue et aussi plus massive par ses os, la jambe du singe tend à ressembler davantage au membre antérieur. Le fémur est chez l'homme l'os le plus long et le plus pesant de tout le squelette; chez le chimpanzé, l'humérus l'égale en longueur, le dépasse un peu chez le gorille, et de beaucoup chez l'orang. Lorsque le chimpanzé est forcé de prendre la position complètement droite que, comme les autres singes, il ne prend pas habituellement, il peut atteindre son genou avec l'extrémité de son doigt médian, et l'orang peut toucher sans se baisser sa cheville du pied. Si on examine les proportions des diverses parties des membres, la différence devient encore plus frappante. Si on prend la longueur de l'humérus = 100, la longueur du radius sera chez l'homme blanc = 75,5, et chez le chim-

panzé par contre = 90,8; la longueur de la main chez le blanc = 52,9, chez le chimpanzé = 73, li, et chez les deux autres singes, mais surtout chez l'orang, ces proportions sont encore plus frappantes. L'humérus est donc proportionnellement plus court chez les singes que chez l'homme, l'avant-bras et la main sont par contre plus longs. Et maintenant, si on compare la main du chimpanzé avec ses doigts longs et étroits (fîg. 56), son pouce mince et

Main du chimpanzé, vue par sa face interne.

peu apparent, sa partie creuse, longue, aplatie et étroite, dans laquelle l'éminence thénar est à peine saillante, à la main humaine, large, au pouce développé avec sa base proéminente, les pelotes tactiles proéminentes à la face interne de la dernière articulation des doigts, on se rendra compte immédiatement, sans autres recherches sur la charpente osseuse, de l'immense différence qui existe entre les con-

formations des mains des deux genres. Si on compare, au lieu de la main du chimpanzé, celle du gorille, celle-ci fait preuve par sa largeur et la force du pouce d'une telle analogie avec la main humaine que, comme Huxley le fait remarquer avec raison, il y a plus de dissemblance entre la main de l'orang, qui a pourtant un os de plus dans son métacarpe, et celle du gorille, qu'entre celle-ci et celle de l'homme.

D'après les mesures d'Aeby, qui ne sont pas encore connues dans leurs détails, les différentes races ne se distinguent pas par les diverses proportions de leurs membres ou de leurs parties isolées. La différence de longueur entre l' avant-bras de l'Européen et celui du nègre n'atteint pas un pour cent, différence bien insignifiante et qui se réduira encore peut-être, d'après des mesures plus multipliées.

Aeby fait remarquer en outre que par les proportions de son membre antérieur le gorille ressemble tout à fait à l'homme, tandis que les autres singes montrent sous ce î-apport des différences notables.

il n'est pas nécessaire de montrer davantage combien le gorille, par ses membres et surtout son bras, forme une véritable transition des singes à l'homme. Si on venait à trouver à l'état fossile un bras de gorille isolé, on l'attribuerait sans hésiter à l'homme, aussi bien que dans les mêmes circonstances on prendrait le crâne d'un microcéphale pour celui d'une nouvelle espèce de singes.

La différence est encore plus marquée dans la jambe, non-seulement sous le rapport de la longueur de ses différentes parties, mais aussi sous celui de leur conformation intérieure. Si on prend la longueur du fémur = 100, on trouve chez l'Européen les rapports suivants : tibia = 82,5, pied = 52,9; tandis que le chimpanzé donne pour le tibia le chiffre de 80, et pour le pied celui de 72,8. Ici c'est donc

la dernière articulation du pied qui atteint la plus grande longueur. Mais quel organe terminal en comparaison du pied humain! Une véritable main! Les doigts sont, à la vérité, un peu plus courts et plus larges, le pouce plus grand et plus épais que dans la main antérieure ; mais c'est cependant une vraie main à face inférieure plate, avec des doigts bien séparés , mobiles . et indépendants, avec un pouce puissant, opposable, et une paume étroite, allongée

Fia-. O.S. — Squelette du pied humain, vu de dessus.

et profondément sillonnée. Si on compare cette main au pied de l'homme, on aperçoit combien Burmeister avait raison, lorsque, dans son excellent ouvrage : Geologische Bilder, il regarde le pied comme un caractère propre à L'homme. La force et la longueur du gros orteil qui, chez l'homme, dépasse tous les autres doigts du pied, la petitesse et l'imperfection de ceux-ci, qui ne peuvent se mouvoir qu'ensemble et non séparément, les pelotes antérieures formées surtout par les tètes des os métatarsiens.

l'assemblage à voûte que forment les os du tarse et du métatarse, qui répartit le poids du corps sur toute l'étendue de la voûte, favorise ainsi le détachement de la semelle du sol pendant la marche, et augmente l'élasticité du pied entier; les talons étroits, mais élevés, peu saillants en arrière, toutes ces particularités du pied humain lui assignent un rang particulier et important dans le nombre des points par lesquels la conformation humaine se distin-

Fig. 59. — Squelette du pied du gorille, d'après Huxley.

gue de celle des singes. Mais n'oublions pas cependant qu'ici encore il existe des transitions. Le pied du gorille est beaucoup plus analogue h celui de l'homme que le pied des autres singes, et le pied du nègre est beaucoup plus simien que celui du blanc. Mais les os du tarse sont chez le gorille entièrement semblables à ceux du nègre; ce singe a les mêmes talons larges, aplatis et bas; le gros orteil est plus long et plus épais que chez les autres singes, mais les doigts sont dans leur ensemble plus longs, plus

mobiles, et le pouce leur est opposable. « Le membre postérieur du gorille » dit Huxley, « se termine par un vrai « pied pourvu de gros doigts mobiles. C'est un pied pré- <( hensile, si on veut, mais pas une main, un pied qui ne « se distingue de celui de l'homme par aucun caractère « fondamental, mais seulement par d'autres proportions, « — par son degré de mobilité, — et la disposition des « parties secondaires. »

Nous ne devons pas oublier que les notions de main et de pied ont été différemment comprises, et ne peuvent pas se délimiter rigoureusement. Si la plupart des anatomistes placent la notion de main dans l'opposabilité du pouce, Isidore Geoffroy Saint-Hilaire fait remarquer avec raison que beaucoup de singes, comme les colobes et les atèles, appartenant au Vieux et au Nouveau Monde, ne possèdent point ou seulement un rudiment de pouce à la main antérieure; et que, surtout chez les singes, l'opposabilité du pouce est toujours plus complète aux mains postérieures qu'aux antérieures, ce qui est l'inverse chez l'homme. Tandis que Huxley veut restreindre la notion de main dans des limites telles, qu'il nommera pied préhensile l'extrémité postérieure du gorille, avec son pouce opposable, Geoffroy, au contraire, nommera main, même une extrémité sans .pouce qui offrira des doigts longs, profondément divisés, flexibles, mobiles et propres à la préhension. D'après cette définition, la plupart des oiseaux, et surtout les perroquets, auraient aussi une main.

Passons maintenant aux organes intérieurs, et particulièrement au cerveau. Ainsi que je vous l'ai fait remarquer dans une précédente leçon , l'organe central du système nerveux est devenu, dans ces dernières années, l'objet d'une discussion animée entre deux partis, à propos de la question de savoir si le cerveau des singes est, soit par son plan fondamental, soit par la conformation des diverses

parties qui le composent, différent du cerveau humain ou non. Cette discussion a excité dans le monde scientifique les émotions les plus diverses, et bien que maintenant elle eût dû être terminée par le poids écrasant des faits , nous voyons cependant avec un certain intérêt, ce qui arrive souvent dans l'histoire de la science, le porte-drapeau d'un des partis combattre encore avec obstination à un poste désespéré. Je vous rappellerai l'anecdote de Thénard qui, dans une leçon sur le chlore, avait parmi ses auditeurs le fameux chimiste Berzélius, le seul parmi tous qui défendît encore l'opinion que le chlore était un corps composé. D'une part, disait Thénard, nous voyons tout le monde; d'autre part, un seul homme, que l'armée pour cette fois refuse de suivre, mais qui les contre-balance tous, quels qu'ils puissent être. De même nous pouvons le dire ici: tous contre un, — mais cet un est Richard Owen.

L'homme n'a ni absolument ni relativement le cerveau le plus grand et le plus lourd parmi les mammifères. Les grands mammifères aquatiques ou cétacés surtout, comme les baleines, les cachalots, les grandes espèces de dauphins, ainsi que l'éléphant parmi les mammifères terrestres, ont des cerveaux qui pèsent jusqu'à deux et trois livres; les petits singes américains, les sajous, sais, saïmiris, ont proportionnellement à leur corps un plus grand cerveau que l'homme, car le poids du cerveau humain étant relativement à son corps dans le rapport moyen de 1 : 36; ce rapport chez les petits singes dont nous parlons est de 1 : 13 : '2l\ : 25. Quand même on pourrait attribuer à l'excessive maigreur des singes morts dans les ménageries une certaine part dans res résultats, il ne ressort pas moins de cet ordre de pesées que l'homme n'est pas le plus avantagé par sa masse cérébrale. Par contre, le cerveau est chez l'homme beaucoup plus grand par rapport à la moelle épinière et aux nerfs auxquels il donne naissance, ainsi

SIXIÈME LEÇON. 20-ï

qu'au cervelet. Seulement, sous ce point de vue, les races humaines inférieures manifestent une tendance prononcée vers la conformation animale, car le nègre se distingue autant du blanc par l'épaisseur proportionnelle de sa moelle épinière et de ses troncs nerveux, que de leur coté les singes se distinguent du nègre.

Je tiens ici, messieurs, à vous mettre au courant de l'état actuel du débat et des diverses opinions qui régnent sur la conformation cérébrale des singes et de l'homme, et cela en vous citant pour la plupart les propres paroles des auteurs mêmes. Il est curieux de voir combien dans ces questions on joue à cache-cache, grâce à quelques recoins derrière lesquels chacun cherche à s'abriter; puis, lorsqu'il faut en abandonner un pour se réfugier dans un autre, on y trouve toujours un joueur qui vous crie : Vous ne pouvez vous cacher ici, cherchez ailleurs. Lorsque l'un dit : (le n'est pas dans le cerveau développé de l'adulte, mais dans son développement embryonnaire que git le caractère humain, l'autre répond : Attention! dans quelques points déterminés qui sont particuliers à l'homme ! — Erreur, objecte un troisième, le singe les possède aussi, c'est le type général de conformation qui constitue la différence! — Un quatrième intervient, et dit : C'est la même chose chez les deux, identiquement la même chose, mais le cerveau n'y fait rien, c'est seulement i'esprit ! — Esprit, âme? oppose le cinquième d'un air sceptique, il n'y a là aucune différence de qualité, seulement de quantité, mais elle gît dans la structure, la division !

Owen a divisé les mammifères en quelques sous-classes d'après leur structure cérébrale et s'exprime comme suit :

« Le cerveau montre chez l'homme un degré plus élevé « de développement, qui est beaucoup plus distinct que « celui qui sépare les sous-classes supérieures des infé- « rieures. Les hémisphères cérébraux recouvrent non-seu-

lement les lobes olfactifs et le cervelet, mais encore ils débordent les premiers en avant et les seconds en arrière. Le développement postérieur est même si prononcé, que les anatomistes ont attribué à cette partie le caractère d'un troisième lobe, qui serait propre au genre humain, ainsi que la corne postérieure du ventricule latéral et l'ergot de Morand, qui caractérisent le lobe postérieur de chaque hémisphère. Des propriétés intellectuelles spéciales se rattachent à cette forme supérieure de conformation cérébrale, dont les conséquences expliquent admirablement la valeur des caractères cérébraux qui me conduisent à considérer le genre homme, non-seulement comme le représentant d'un ordre particulier, mais même d'une sous-classe de mammifères, pour laquelle je propose le nom cl ' archencéphales, »

À cela Huxley répond : « Je prouverai : 1° que le troisième lobe n'est ni spécial à, ni caractéristique de l'homme, car il existe chez tous les singes supérieurs; *2" que la corne postérieure du ventricule latéral n'est ni spéciale à, ni caractéristique de l'homme, car elle < existe chez tous les singes supérieurs ; enfin 3° que l'ergot de Morand n'est ni spécial à, ni caractéristique de l'homme, car il se rencontre chez la plupart des singes supérieurs. »

Les Anglais se livrent avec ardeur à l'étude des cerveaux de singes, Marsh al dissèque un chimpanzé, Rolleston un orang, Huxley un atèle, on fait des préparations, des dessins, des photographies, et les trois propositions de Huxley demeurent inébranlables! Owen résiste, invoque à l'appui de son opinion négative d'anciennes figures de Tiedemann, de Schrôder van der Kolk et Vrôlik, pendant que ses adversaires invoquent ces mêmes travaux et y trouvent la preuve positive de leur manière de voir. Les flegmatiques Hollandais interviennent alors, et écrivent :

SIULMli LEÇON.

« M. Owen, entraîné par le désir de combattre la théo- » rie de Darwin (dont MM. Sch roder van der Kolk et Vrô- « lik ne sont du reste point partisans), s'est, si nous ne « nous trompons, complètement fourvoyé. Pour démontrer « que le cerveau du nègre s'élève d'une manière brusque « et sans transition au-dessus de celui des singes anthro- « pomorphes, M. Owen affirme que le lobe postérieur des

Pig. OU. — Cerveau du chimpanzé, vu de dessus, d'après Marchai. Du coté droit on a o tricule avec sa corne postérieure.

hémisphères, la corne postérieure du ventricule latéral, « l'ergot de Morand, qui tous existent chez le nègre, man- « quent absolument chez les singes. » Les observateurs hollandais racontent ensuite que dans leurs travaux antérieurs ils ont signalé et figuré toutes ces parties, et qu'il est bizarre que M. Owen, dans le même instant où il fait l'éloge de l'exactitude de leurs dessins, puisse nier

208 LEÇONS SDR L'HOMME.

l'existence de ces mêmes parties qui, de son propre aveu, sont si bien décrites et figurées: ils mentionnent les traveaux d'Huxley, Marsh al, Rolleston, et poursuivent : « La « concordance qui règne entre nous et ces trois auteurs « nous honore et nous flatte ; nous nous réjouissons de la « facilité avec laquelle on peut aujourd'hui se procurer des a matériaux, grâce à l'établissement de nombreux jardins « zoologiques et à l'excellent esprit qui en anime les direc- « teurs. Lue erreur qui se fût éternisée autrefois est au- « jourd'hui promptement reconnue et mise de côté. Mais « nous ne pouvons dissimuler que nous sommes confus et « profondément affligés, lorsque nous comparons les affir- « mations de M. Owen avec l'appui unanime que nos tra- « vaux ont rencontré chez les trois observateurs distingués « que nous avons mentionnés. »

Voilà donc les signes caractéristiques du cerveau humain, d'après Owen, à vau-l'eau, et Wagner de Gôttingue a bien raison quand il écrit : « Je n'ai jamais pu com- « prendre comment on a pu tant insister sur certaines parci ties très -insignifiantes du cerveau, qui varient même « suivant les individus, telles que les cornes postérieures « plus ou moins longues du ventricule latéral, la présence « du petit hippocampe, etc., et y trouver des caractères « essentiels ou non distinguant et caractérisant le cerveau « humain opposé à celui des singes anthropoïdes. »

On s'est attaché ensuite aux circonvolutions, qui sont chez l'homme plus arrondies, plus nombreuses, plus compliquées et moins symétriques. Tout cela est très-vrai:' mais il n'y a là, comme pour les proportions des racines nerveuses, de la moelle épinière et du cervelet, au cerveau, que des différences relatives ou quantitatives, mais point qualitatives.

Quant à la disposition générale des circonvolutions, Gratiolet est aussi précis que sur le plan d'ensemble de la

conformation cérébrale. « Si on examine comparativement « la série de cerveaux humains et simiens, dit-il, on peut « aisément observer les analogies remarquables que préo sentent les formes cérébrales de tous ces êtres. Le cer- » veau plissé de l'homme et le cerveau lisse du ouistiti se « ressemblent par un quadruple caractère : un lobe olfac- « tifrudimentaire, un lobe postérieur, couvrant tout le ceru velet, une scissure de Sylvius tout à l'ait distincte, et une « corne postérieure du ventricule. On ne trouve ces carac- « tères réunis que chez l'homme et les singes; chez tous h les autres animaux, le cervelet est en partie découvert, il y a presque toujours, même dans l'éléphant, un » énorme lobe olfactif, et à l'exception des makis, aucun « autre animal n'a la scissure de Sylvius. Il y a donc une « forme cérébrale spéciale à l'homme et aux singes, et chez <( tous ces êtres il y a un arrangement général, une dis— « position dont le type est commun à tous ces êtres.

« Cette similitude dans l'arrangement des circonvolu- « tions chez l'homme et les singes est digne au plus « haut point de l'attention des philosophes. Il y a de « même un type particulier de plissement cérébral chez « les ours, chats, chiens, makis, bref dans toutes les « familles naturelles. Chacune de ces familles a son ca- « ractère, sa norme, et dans chacun de ces groupes les « espèces peuvent facilement être réunies d'après la seule « considération des plis cérébraux. »

Wagner est complètement d'accord avec Gratiolet. « Le « plan fondamental de la conformation des lobes, la divi- « sion en cerveau et cervelet, dit Wagner, la forme, les « délimitations réciproques des lobes cérébraux en lobes « centraux, frontaux, pariétaux, temporaux et occipitaux « sont disposés d'après un seul plan chez les quadrumanes <( et l'homme ; de même les sillons principaux, ou scissures, « qui séparent nettement les lobes essentiels, les scissures

« de Svlvius, de llolando, la scissure occipitale, le recou- <( vrement du cervelet par le lobe cérébral postérieur, « toujours fortement développé, tout ceci donne, du plus ci au moins, au cerveau du singe le plus inférieur une « analogie frappante avec le cerveau humain. »

\ oilà donc le plan général qui est et reste le même, et je ne puis pas mieux le prouver qu'en donnant ensemble ici quelques figures de cerveaux humains et simiens.

Mais il y a des gens qui ne renoncent pas. Il faut pourtant trouver des caractères distinctifs, car autrement une position exceptionnelle pour l'homme et sa séparation du reste du règne animal serait-elle possible ? Si l'homme a et doit avoir dans ses propriétés intellectuelles, dans les facultés de son cerveau, non-seulement quelque chose de

Cerveau du Ouanderou (Maeacus silenus | vu en dessus, d'après Gratiolet.

plus, ce que personne ne nie, mais quelque chose de tout nouveau, qui n'existe pas dans le reste du règne animal, si d'ailleurs il doit être croyant et religieux, donc immortel et susceptible de salut dans la vie éternelle, il faut trouver

pour cela quelque chose dans le cerveau, ne fût-ce qu'un organe de la foi !

Wagner l'a trouvé avec M. Gratiolet. « Les singes supé- « rieurs se rapprochent de plus en plus de l'homme, par « la richesse de leurs circonvolutions, la profondeur des

Fig. 62. — Le même vu de côté ; l'opercule a été renversé pour montrer les plis de passage qui sont cachés au-dessous.

Les désignations sont les mêmes dans les deux figures que pour la figure 60. En outra : k. Opercule. — x. Plis de passage recouverts par l'opercule.

u sillons, même par la présence des petites circonvolutions « dans le lobe central de l'île, par une plus grande asym- « métrie, etc. Mais ils restent fort en arrière de l'homme « quant à la prépondérance soit des hémisphères, soit du « cervelet, et laissent voir des différences importantes dans « l'arrangement, la grandeur et la séparation des lobes « postérieurs, qui sont toujours plus fortement développés « chez les singes, et forment une sorte d'opercule qui « recouvre une partie des circonvolutions nommées par « Gratiolet, plis de passage. » Et dans une remarque :

a fcES CIRCONFOlUTIONS DES LOBES POSTERIEURS DES SINGES <( NE PEUVENT SE RAPPORTER EXACTEMENT A CELLES DE

« l'homme. Si j'ai essayé malgré cela cette réduction dans <» mes planches des études préliminaires, et si je n'ai pas

u attribué aux plis de passage de Gratiolet une importance (i particulière, c'est que je sentais le besoin d'établir pour « le cerveau humain une terminologie aussi simple que « possible, dont on puisse se servir aussi dans les disseca tions. »

J'ai reproduit les paroles ci-dessus en gros caractères, parce que la phrase renferme une contradiction énorme. D'abord les lobes postérieurs offraient une frappante analogie , puis ici une frappante différence ! Et comment ! ce caractère humain unique du cerveau , que Wagner a réussi à trouver, cet opercule qui recouvre les plis de passage , il en fait assez peu de cas pour l'abandonner complètement, uniquement afin qu'on puisse utiliser la terminologie poulies dissections.

Mais revenons à la base, à Gratiolet, à qui seul les faits sont empruntés.

« On connaît la forme du cerveau de l'homme, » dit cet auteur. « La hauteur singulière , la largeur du lobe « frontal, dont l'extrémité antérieure, au lieu de s'atténuer » en pointe aiguë , est terminée par une surface dont « l'étendue correspond à celle du frontal ; la grandeur de « l'angle que forment entre eux les plans des fosses orbi- « taires, l'abaissement de la scissure de Sylvius, la ri- « chesse et la complication générale des plis secondaires , K distinguent au premier abord ce cerveau de celui de « tous les primates.

« Mais ces différences , si grandes , si caractéristiques « qu'elles puissent être quand on compare les proportions « des parties , laissent cependant subsister de telles anaa logies entre le cerveau de l'homme et celui de tous les <( singes, que la même description générale leur convient « également. » Plus loin : « Enfin, et c'est là un caractère <i essentiel, dans l'homme tous les plis de passage sont « superficiels. Ce fait, au point de vue delà comparaison

t des plis cérébraux de l'homme et de ceux des singes , ( est au plus haut point significatif. En effet : 1° dans le ( chimpanzé, le lobe occipital est grand et son opercule ( bien dessiné ; le pli de passage supérieur manque, et le ( deuxième est caché; 2° dans l'orang-outang, le lobe occii pital est médiocre , et son opercule incomplet ; le pli de i passage supérieur est grand et superficiel, et le deuxième

< est caché. Dans l'homme, le lobe occipital est extrème-

< ment réduit, son opercule nul. Les deux plis supérieurs de passage sont grands, flexueux, et tous les deux superficiels.

« Cet ordre de succession si régulier, ce développe- « ment graduel, ne parlent-ils pas assez haut? »

Il s'agit, comme on le voit, non plus des deux plis de passage inférieurs, qui sont, chez tous les singes comme chez l'homme, superficiels et découverts, mais seulement des deux supérieurs, et encore pas des deux, mais du second seul, car le supérieur est découvert, superficiel et libre chez l'orang comme chez l'homme. Il s'agit aussi de l'opercule, mais pas d'un opercule complet, car il est incomplet chez l'orang, mais il existe pourtant. Je me soumets et j'inscris dans mon livre de notes : L'homme se distingue du singe par le défaut d'un opercule incomplet et par l'état superficiel et découvert du second pli de passage.

Avant tout, il nous semble que nous pourrions ici de nouveau appliquer les paroles de Wagner, qu'il serait inopportun de citer comme caractères spécifiques humains des détails aussi insignifiants que le second pli de passage, qui, d'après l'avis de Dareste, aussi un observateur des circonvolutions, peut varier selon les individus, et quelquefois même dans les deux moitiés cérébrales d'un même individu. Mais je me rassure, je continue mon étude de Gratiolet, et je lis au sujet de X Ateles Beelzebuth : « Nous

« reconnaîtrons aisément le lobe postérieur; ce lobe est <( d'une grandeur médiocre... En avant, ses limites sont « mal déterminées. En* effet, la scissure perpendiculaire « externe est oblitérée par le développement des plis de « passage, qui sont très-grands et tous superficiels.

«Cette circonstance est remarquable, en ce que « jusqu'à présent nous ne l'avons signalée que dans (( l'espèce humaine. »

Voilà maintenant, à proprement parler, notre caractère humain à tous les diables! Point d'opercule! Point de plis de passage recouverts ! Maudit Béelzébuth ! La nature nous montre ici au doigt combien le diable se rapproche de l'homme, et le capucin du diable. Chez le capucin, « le pli « de passage supérieur manque ; le second est superfiu ciel, l'opercule presque nul. »

Les tableaux sont souvent utiles pour permettre de juger d'un coup d'œil certains rapports. C'est pourquoi je tiens à vous présenter sous cette forme l'excellent caractère de l'opercule et des plis de passage.

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