EUROPÉEN. NÈGRE
Pied
Si on calcule de la même manière les mesures prises par Pruner-Bey sur le squelette, on obtient les chiffres correspondant suivants, qui cependant n'ont pas la prétention d'être d'une exactitude complète, parce que, comme le dit l'auteur même, la longueur totale dépend entièrement de la manière dont le squelette a été monté.
rt
Humérus. .
Le membre
Radius. . . .
correspon-
Main
dant du nègre
Fémur. . . .
est partout
pris = 1U0.
Pied
1. Cette série est calculée d'après les chiffres absolus des mesures.
2. Cette série est calculée d'après les chiffres relatifs des deux premières colonnes.
3. Cette série montre les rapports des parties moyenne et terminale des membres à celle de la -base, laquelle est prise = 100.
être quelque peu plus long que celui de l'Européen; cependant il y a différentes souches de nègres, chez lesquelles le rapport de la longueur du bras à celle de l'ensemble du corps est le même. Mais le rapport entre les différentes parties du bras est considérablement changé. Le bras du nègre est proportionnellement plus court, F avant-bras proportionnellement plus long, que les mêmes parties chez le germain. Ces rapports sont visibles au premier coup d'œil jeté sur le tableau ci-joint, et ce sont précisément, comme on l'a depuis longtemps remarqué avec raison, ceux qui indiquent le plus une tendance vers le type animal. L'os du bras dépasse incontestablement en longueur celui de F ayant-bras clans toutes les races humaines, et même chez tous les singes anthropoïdes; seulement, pendant que cet excès est le plus fort dans la race blanche, il diminue déjà chez le nègre, atteint le minimum chez les singes anthropomorphes, et le rapport se renverse enfin chez les singes américains, de sorte que depuis le genre cercopithèque, dans tout le règne animal, le bras est plus court que l' avant-bras. A propos des membres antérieurs, il faut remarquer leur maigreur, la distribution régulière et égale des faisceaux musculaires sur tout le membre, de sorte que la rondeur du bras, le renflement latéral interne que produit le ventre du biceps, le releveur de F avantbras, ainsi que l'apparence fusiforme que donnent aussi à ce dernier d'autres faisceaux musculaires, n'existent pas chez le nègre, dont le bras et l' avant-bras sont pour cette raison, dans toute leur longueur, d'une épaisseur monotone et disgracieuse.
A l'extrémité de cet avant-bras long et maigre, que, selon la remarque juste de Burmeister, le nègre à l'état de repos, par un certain sentiment naturel d'esthétique, porte toujours croisé, et non pendant, s'attache une main qui porte décidément les caractères du type simien. Quoique
la taille du nègre et de la négresse soit en moyenne de quelques pouces inférieure à celle du blanc, la main dans les deux sexes est toujours absolument plus longue, d'au moins un pouce et plus, qu'elle ne l'est dans la race blanche. Avec cela la main est étroite, les doigts sont longs et minces, les coussinets tactiles de la dernière articulation des doigts à peine perceptibles, les ongles rétrécis, couleur chair, arrondis à l'extrémité, fortement convexes, et se rapprochant un peu de la forme d'une griffe. Le creux de la main paraît sans chair, aplati; l'éminence de la base du pouce est notamment à peine saillante, et en même temps elle est moins colorée que la face extérieure de la main, et parfois presque couleur chair. Le pouce est long et étroit, faible, et atteint chez les noirs le milieu de l'index, même au delà. Tous ces caractères se rapprochent beaucoup de ceux de la main simienne, qui se distingue par l'étroitesse de sa partie médiane, par de longs doigts à ongles recourbés, et par de faibles différences entre le pouce et les autres doigts. La disproportion entre les diverses parties du membre antérieur est encore plus marquée chez la négresse, chez laquelle l' avant-bras est absolument plus long que chez le nègre, tandis qu'elle a par contre le bras relativement plus court. Sans aller plus loin sur ce sujet, et pour m'en tenir au sexe mâle seul, je rappellerai cette proposition si vraie, qu'il peut exister, et qu'il existe entre les deux sexes d'une même espèce des différences plus grandes qu'entre les individus de même sexe de deux espèces différentes. jNous pouvons être certains que partout où nous apercevons un rapprochement vers le type animal, ce sera toujours dans le sexe féminin que cette tendance sera la plus prononcée, que par conséquent, nous eussions découvert chez la négresse bien plus d'analogies avec les singes que chez le nègre , si nous eussions choisi le sexe féminin pour notre point de départ.
Des rapports analogues se présentent aussi dans la conformation des membres inférieurs. La jambe du nègre est proportionnellement plus longue que celle de l'Européen; cette augmentation de longueur ne porte pas sur la cuisse, mais essentiellement sur la jambe, qui parait être ainsi que le pied, plus longue et plus grande. De là vient aussi que dans la position des bras pendants, les extrémités des doigts paraissent tomber plus bas et se rapprocher réellement davantage du genou que chez le blanc, car le raccourcissement de la cuisse rapproche en effet le genou du tronc. Les os de la cuisse et de la jambe sont quelque peu recourbés en dehors, de sorte que les genoux s'éloignent l'un de l'autre et que les pieds sont plus en dehors que chez les blancs. Ceci provient en grande partie de l'étroitesse du bassin, par suite de laquelle les cavités articulaires des têtes des fémurs se trouvent plus rapprochées de l'axe du corps. Parfois cette apparence est augmentée par une disposition particulière des masses musculaires. La cuisse ressemble, comme je l'ai déjà indiqué, à un gigot; elle porte, comme le remarque Burmeister, une ligne saillante mousse, courant sur son côté antérieur, et devient tranchante sur sa face postérieure, tandis qu'elle est incontestablement comprimée sur les côtés. La jambe parait par là maigre, sans mollet, comprimée latéralement, le gras de la jambe faiblement indiqué ; le membre entier paraît de bois, sans chair, grossièrement équarri, n'offrant point de renflement sous la peau, laquelle paraît roide et tendue sur une surface à peu près uniformément cylindrique.
Le pied du nègre, dit Burmeister, fait une impression désagréable. Tout en lui est laid, à cause de son aplatissement absolu, son talon large, déprimé* et saillant en arrière, son bord extérieur aplati, le coussinet de graisse, qui occupe la cavité du bord interne, et ses doigts écartés. Examinons ces détails d'un peu plus près. Vins avons vu
que le caractère essentiel du pied humain consistait surtout dans sa conformation voûtée, clans la prépondérance de sa partie moyenne ou métatarse, dans le recul de l'astragale, et dans la direction égale et le raccourcissement des doigts, parmi lesquels le pouce seul est long et large, mais non opposable comme clans la main. Si on examine les traces que laissent sur le sol les pieds mouillés, on remarque qu elles consistent en une tache ronde postérieure, correspondant au talon, et en une tache transversale et pyriforme en avant, dont la partie renflée se trouve du côté intérieur, et dont l'extrémité amincie est au côté extérieur du pied; cette tache est formée par les bourrelets du tarse. Quelquefois, on voit une petite ligne indiquant le bord extérieur du pied, qui part de la tache antérieure et se dirige vers celle du talon, qu'elle n'atteint que rarement; la tache antérieure correspond aux articulations des doigts sur le métatarse ; les orteils ne se marquent ordinairement pas clans la station, mais seulement dans la marche. La partie métatarsienne du pied s'élève au-dessus du sol, et ne vient jamais le toucher; les gens qui ont les pieds plats, c'està-dire dont le milieu de la semelle touche le sol , sont mauvais marcheurs, et refusés au recrutement comme impropres au service.
D'après une chanson américaine, citée par Burmeister, le nègre creuse un trou dans le sol avec le milieu de son pied. Celui-ci est en effet un pied plat complet, déjà trèsappréciable sur le squelette, mais encore plus frappant sur le vivant, car les coussinets de graisse non-seulement remplissent le creux de la semelle, mais fréquemment débordent en dessous, et forment un matelas qui dépasse même le plan que forment le talon et les pelotes métatarsiennes. Les orteils sont plus longs, plus étroits, plus séparés et plus mobiles, que chez les Européens ; le gros orteil est presque toujours plus court que le second, mais étroit et séparé
SEPTIÈME LhiyUA. 237
des autres par un vide, rapprochement frappant vers la conformation de la main. Mais nous avons déjà vu que l'existence d'un pied au lieu de main constituait un des caractères essentiels de l'homme, et c'est surtout le pied du gorille, ou sa main postérieure, comme on voudra l'entendre, qui offre dans les détails de son organisation, les analogies les plus prononcées avec le pied du nègre.
En ce qui concerne les organes internes, je vous communiquerai les observations de Pruner-Bey, qui, en qualité de médecin du vice-roi d'Egypte, a pu pendant plusieurs aimées faire de nombreuses recherches sur ce sujet. Voici ce que dit cet auteur :
« Déjà Sœmmering avait remarqué que les nerfs péri- « phériqnes sont plus gros relativement au volume du cer- « veau chez le nègre que chez le blanc. Ce fait est conte staté dans tous ses détails par la belle pièce sortie des « mains habiles de M. Jacquart, et exposée dans les galeries u du Muséum d'histoire naturelle.
« Le cerveau étroit et allongé présente à sa surface « toujours une teinte brunâtre à cause d'une injection con- « sidérable de sang veineux. » (D'autres observateurs attribuent cette coloration noirâtre, et à notre avis, avec plus de probabilité, à un dépôt plus abondant de pigment dans la substance grise, ainsi que dans l'arachnoïde.) « Les veines superficielles y sont très-larges, la n substance grise présente à l'intérieur une couleur tirant a sur le brun clair, la blanche est jaunâtre. La couche -u corticale de substance grise des hémisphères cérébraux « est moins épaisse que chez l'Européen. Regardé en face, « le cerveau présente une pointe arrondie; vu d'en haut, « les détails apparaissent plus grossiers et moins variés que « chez l'Européen. Les plis, surtout les antérieurs et les <( latéraux, sont peu profonds et aplatis, à l'exception du « troisième pli primitif, dont la courbure produit la saillie
288 LEÇONS SI Et L'HOMME.
« du front. En suivant les ondulations d'avant en arrière, n on remarque moins de ces déviations latérales dans les » plis qui font du cerveau aryen un véritable labyrinthe. « Sur le lobe moyen, les plis paraissent considérablement « relevés, mais grossiers. Le lobe postérieur m'a toujours « paru aplati en haut comme l'antérieur à sa base. Dans la « vue de profil, c'est surtout la direction de la scissure de « Sylvius qui a préoccupé les anatomistes. Pour ce qui « regarde la première, je n'y ai jamais pu observer une difu férence appréciable entre le cerveau du nègre et celui de <( l'Égyptien, que je plaçais souvent à côté pour étudier au « moins les rapports des parties à la surface externe. « La partie supérieure au - dessus du corps calleux est « relativement peu élevée, le cervelet a une forme moins <• anguleuse que chez l'Européen ; le vermis et la glande « pinéale sont très - grands. Enfin la consistance de la « masse cérébrale est incontestablement plus forte chez le « nègre que chez le blanc.
« L'inspection du cerveau du nègre montre que les plis « du centre se dessinent nettement, comme dans le fœtus « aryen de sept mois, et que les détails secondaires y sont « moins soignés. Par sa pointe arrondie, par son lobe pos- « térieur moins développé, il ressemble au cerveau de nos '< enfants; par la saillie du lobe pariétal, au cerveau de « nos femmes. La forme du cervelet, le volume du vermis et u de la glande pinéale placent de même le nègre à côté de « l'enfant aryen. »
Huschke mentionne encore quelques autres différences dans la conformation du cerveau. D'après lui les scissures de Sylvius, ainsi que celle de Piolando, sont plus verticales chez le nègre que chez l'Européen ; — les lobes antérieurs courts, les circonvolutions surtout plus grossières, le pli antérieur large mais sans île; le postérieur par contre est pourvu de grossiers plis secondaires; Huschke finit par
conclure que le cerveau du nègre, ainsi que son cervelet et sa moelle épinière, offrent le type de la femme et de l'enfant européens et, d'ailleurs, se rapprochent de ceux des singes. L'analogie du cerveau nègre avec celui de la femme européenne, serait encore plus grande, s'il n'y avait entre les deux cette différence, que le premier se distingue par sa longueur, le second par sa largeur.
Je n'ai pas eu à ma disposition de cerveau de nègre, et je dois dire que les anciennes figures ne peuvent m'inspirer aucune confiance, parce que, ainsi que nous l'avons précédemment expliqué, dans les dessins des auteurs anciens, les circonvolutions, qui sont ici le point important, n'ont pas été reproduites avec la fidélité nécessaire pour une appréciation exacte. Lorsque je considère le cerveau de la Vénus hottentote, dont Gratiolet nous a donné une excellente figure, qui s'éloigne par son peu de longueur et sa largeur du cerveau nègre, tout en ayant en commun avec lui beaucoup de particularités typiques , et que je le compare avec le cerveau germanique d'une part, et le cerveau d'un singe anthropomorphe d'autre part (voy. les fig. 67-69), je trouve une ressemblance frappante entre le singe et les hommes de race inférieure, notamment dans la conformation du lobe temporal. La simplicité du sillon parallèle, la disposition des circonvolutions, s'accorde si étonnamment avec celle de l'orang, qu'on rapporterait certainement le cerveau d'un boschiman plutôt au singe qu'à l'homme, sans la différence considérable que cause dans la conformation du lobe postérieur la présence de l'opercule. Les lobes frontaux, pariétaux et temporaux offrent, par contre, des caractères décidément simiens, par la simplicité et la grossièreté de leurs circonvolutions, qui laissent facilement reconnaître les traits primitifs, sans que leur arrangement soit troublé par des plissements latéraux.
Bref, on peut dire que le cerveau de la Vénus hottentote , peu développé dans son ensemble , se rapproche
Fig. 67. — Vue de profil du cerveau de la Vénus hutlentute.
plus du cerveau du singe que de celui du blanc, par sa forme et la disposition de ses circonvolutions ; mais que ,
Fig. 68. — Vue de profil du cerveau de Gauss.
par la plus grande masse du cerveau, et le caractère distinctif des lobes postérieurs, dont nous avons établi la
2il
valeur dans la leçon précédente, il appartient au type humain.
s Po r.M
Fig. 69. — Vue de profil du cerveau- de l'orang-outang.
Voici ce que remarque Pruner-Bey relativement aux autres organes internes : « Le globe de l'œil est au moins « aussi grand, sinon plus que chez l'Européen; la cornée <( cependant est relativement petite et aplatie, la pigmen- « tation interne très-forte, l'iris d'un brun foncé mêlé de « jaune , la rétine très-résistante. De même que sur la « peau, le système glandulaire se trouve fort développé « sur l'enveloppe interne; le canal intestinal présente tou- « jours un aspect très-accidenté, surtout dans l'estomac <( et le colon. La muqueuse intestinale est très-épaisse, « viscide et grasse en apparence. Toutes les glandes abdo- <( minales sont d'un volume démesuré, principalement le foie « et les capsules surrénales ; un état d'hypérémie veineuse « paraît être habituel à ces organes. La position de la vessie « est plus élevée que chez l'Européen. Les vésicules sémi- « nales, fort grandes, regorgeaient toujours d'un liquide « trouble, d'une couleur légèrement grisâtre, même dans les « cas où l'autopsie se pratiquait peu de temps après la
242 LEÇÔiNS SUR L'HOMME.
mort. La verge est toujours d'une grandeur démesurée. Le sang du nègre est toujours épais, noir, viscide et poisseux ; il sort rarement en jet par la saignée, adhère fortement au vase, et présente toujours une sérosité d'un jaune plus ou moins foncé. Les poumons, relativement beaucoup moins volumineux que les viscères du bas-ventre , sont communément très-mélanosés , et refoulés par l'estomac, la rate et le foie; on dirait que c'est surtout ce dernier organe qui se met à leur place. On trouve du pigment sous la forme de taches noires, plus ou moins étendues, non-seulement sur la langue, sur le voile du palais et sur la conjonctive aux angles externes des yeux, mais aussi sur la muqueuse du canal intestinal. La graisse est toujours d'un jaune de cire ; une coloration analogue s'observe clans toutes les membranes cellulaires et fibreuses jusqu'au périoste. Les membranes muqueuses apparentes de la bouche, des narines, etc., présentent une couleur cerise, à l'exception des lèvres qui sont bleuâtres. Le développement des muscles, à l'exception des masséters, des muscles externes de l'oreille, du larynx, et quelquefois des temporaux, n'est pas en rapport avec la pesanteur des os; leur couleur n'est jamais le rouge éclatant de l'Européen, c'est plutôt une teinte jaunâtre, ou quelquefois tirant sur le brun. La face du nègre est plate, mais étroite, assez pointue i en dessous, tandis que les os malaires et la partie posté- ( rieure des joues, qui sont rembourrées par les massé- < ters, font une forte saillie. La fente palpébrale est étroite c et horizontale, les yeux assez éloignés l'un de l'autre. L'ouverture des narines présente, au lieu d'un triangle ( élevé, une ellipse transversale; la pointe du nez est émoussée, arrondie, épaissie, et enfin l'oreille est petite, détachée de la tête, épaisse, arrondie avec un lobule ( peu séparé. La partie supérieure de la face avec son
« front oblique et étroit, ses bords orbitaires fortement « saillants, ressemble encore plus à la face du singe que « la partie inférieure avec sa mâchoire avancée et ses dents « dont la blancheur parait d'autant plus vive, qu'elle con- « traste avec le ton noir du visage , et la teinte brune ou « violette des lèvres. »
Je sais que la description du type nègre, telle que je viens de vous la donner, est prise précisément d'après les nègres qui offrent le type le plus pur, et qu'on rencontre beaucoup de souches chez lesquelles quelques-uns de ces caractères peuvent être ou plus effacés ou plus accentués. Voici comment Pruner-Bey résume ces variations : « On est « forcé d'avouer, dit-il, que le bord inférieur de l'orbite « s'amincit et se retire souvent; que le nez se relève et « s'allonge; que les lèvres, de renversées qu'elles sont dans « beaucoup de tribus, sont simplement épaissies dans « d'autres; que le prognathisme diminue, mais trèsce rarement au point de s'effacer presque entièrement; que « la fente palpébrale s'élargit; que la chevelure, de « courte, crépue et touffue qu'elle est dans la plupart des « peuplades nègres, s'allonge, et prend même, quoique « rarement, un aspect simplement frisé; que le thorax « s'élargit dans le sens latéral chez d'autres ; que le bassin « même, ce qui est fort rare, prend des contours un peu « plus arrondis, qu'ailleurs les extrémités présentent des « proportions plus harmoniques ; que les hanches, les cuisses « et même les jambes sont plus musclées et le pied plus « voûté, mais, pour ce qui regarde le couronnement de « l'œuvre, c'est-à-dire le crâne et surtout sa partie céré- « brale , les variations de la race nigritique sont res- « tuantes dans des limites qui méritent toute notre atten- « tion . Le crâne cérébral, dans la race aryenne, présente trois « types bien distincts : le type allongé (y compris même un « léger prognathisme dans quelques cas exceptionnels), qui
244 LEÇOJN'S SLR L'HOMME.
« touche pour sa partie cérébrale, à la limite de celui du a nègre ; le type court et arrondi qui se rapproche du type « touranien; et enfin le type du beau, la forme ovale har- « monique, qu'on dirait être le résultat de l'union des « deux précédents. Rien de pareil clans le nègre. Son « crâne cérébral est toujours allongé, il reste elliptique ou « cunéiforme. Son crâne facial peut s'approcher de la « forme pyramidale par la distance des pommettes ; il peut, « sous ce dernier rapport, toucher à la limite du type « Betschouana-cafre dont il est le plus proche parent ; rien de u plus ! Cependant la collection de Gall renferme un crâne « d'Autrichien dont les proportions correspondent assez au « type du crâne nègre1, et M. Meigs fait mention d'un « crâne nigritique contenu dans la galerie de Morton qui, à « part un léger prognathisme, pourrait être pris pour un « crâne d'Européen, de l'aveu du célèbre crâniologiste. « Mais en supposant même que ces crânes exceptionnels « dérivent d'une source pure, il resterait toujours assez de « signes caractéristiques, sur le vivant comme sur le sque- « lette, pour distinguer de pareils individus du nègre, du <( blanc et de toute autre race humaine.
a La même appréciation est valable pour ce qui regarde « les traits réguliers et caucasiques, que les voyageurs « prêtent à beaucoup de peuples nègres. Je n'ai jamais ren- « contré un seul individu nègre, parmi bien des milliers que a j'ai examinés attentivement, qui ait pu m' autoriser à k confirmer cette assertion. »
Des variétés semblables se font observer à l'égard de la coloration de la peau. La couleur noir velours est excessivement rare ; ordinairement ce sont différentes nuances
1. Dans la collection anatomique de Berne se trouve le crâne d'un assassin exécuté, qui, au premier coup d'œil, sans examen plus minutieux et sans mesures, ressemble plus au type nègre qu'aucun autre crâne de blanc que j'aie vu jusqu'à présent. C. V.
de brun, qui produisent entre elles de fort beaux tons, ou de gris qui ont alors toujours un affreux aspect cadavérique. Mais si le pigment, qui est disposé dans la peau, et souvent même dans les organes internes du nègre, paraît être de même nature que la matière colorante des taches de rousseur et des points bruns de la peau des Européens, cela ne veut pourtant pas dire que jamais un Européen hâlé par le soleil , jauni par une maladie de foie , ou noirci par le mal des vagabonds ou par la faim, parvienne à ressembler aux variétés claires de la race nègre. La distribution égale de la couleur sur le corps entier, son état de saturation, pour ainsi dire, sur les points aussi bien couverts que découverts du corps, rendront toujours facile la distinction sous ce rapport, même à l'exclusion des autres caractères.
En ce qui concerne la finesse des sens, le nègre parait en général être fort au-dessous du blanc, et ne confirme en aucune façon l'opinion qui attribue aux nations sauvages, et aux hommes dans l'état de nature, des sens beaucoup plus fins et plus subtils. Les yeux sont même ordinairement passablement obtus, et leur cornée aplatie parait devoir favoriser plutôt la presbytie que la myopie. L'odorat, le goût et l'ouïe ne se distinguent ni par leur délicatesse, ni par leur subtilité. Les noirs montrent cependant beaucoup de talent pour l'art de la cuisine et pour la musique ordinaire; en Amérique, c'est en effet parmi les hommes de couleur qu'on prend presque tous les musiciens et les cuisiniers. Le toucher n'offre rien de particulièrement délicat, et, les coussinets tactiles des extrémités des doigts sont bien moins développés que chez le blanc ; mais d'après Pruner-Bey, « le phénomène le plus frappant « par rapport à la sensibilité générale, c'est l'apathie au « moins apparente du nègre en face de la douleur; nous « n'en avons jamais observé la moindre manifestation
(( spontanée. Dans les maladies les plus graves des organes « internes, le nègre, arrivé à un certain point, reste blotti « sur sa couche, dans les hôpitaux du moins, sans « répondre par le moindre signe à la sollicitude du méde- « cin. Cependant, à l'état d'esclavage civil, quand une <i longue connaissance antérieure l'a rapproché un peu « plus de nous, il devient plus communicatif, sans accuser « pour cela un degré de sensibilité quelconque par la « manifestation de la douleur. Les contrariétés et les mau- « vais traitements font verser des larmes à la négresse, à « son enfant, au nègre lui-même, jamais la douleur phy- « sique ne provoque rien de pareil. Le nègre fait assez « souvent résistance aux opérations chirurgicales; mais « une fois décidé, il fixe son regard immobile sur l'instru- « ment et la main du chirurgien, sans donner le moindre « signe d'inquiétude ou d'impatience ; ses lèvres cependant « changeront de couleur, et la sueur ruissellera de son (( corps pendant l'opération. Comme on le voit, les nègres « sont nés stoïciens, mais plus par disposition originelle « que par éducation ou habitude. »
Je ne puis mieux faire, en ce qui concerne le développement de l'enfant nègre, que de vous transcrire encore les propres paroles du docteur égyptien que nous venons de citer : « L'enfant nègre, dit -il, naît sans progna- « thisme, avec un ensemble de traits qui est déjà plus ou a moins caractéristique pour les parties molles, mais qui (( se dessine à peine sur le crâne. Sous ce rapport le nègre, « le Hottentot, l'Australien, le Nouveau-Calédonien, n' acte cusent pas encore, au moins sur le système osseux, « les différences qui se feront jour plus tard1. Le nègre
1. Cette assertion de Pruner-Bcy me parait un peu hasardée et non basée sur des recherches suffisantes. Je n'ai pas pu encore observer d'enfant nègre nouveau-né: seulement dans les Décades cranionon deBlumenbach,on trouve une flgurequi laisse apercevoir du premier coup d'reil la longueur considé-
( nouveau-né ne présente pas la couleur de ses parents :
< il est d'un rouge mêlé de bistre, et moins vif que
< celui du nouveau-né d'Europe. Cette couleur primitive est cependant plus ou moins foncée, selon les régions du corps. Du rougeâtre elle passe bientôt au gris d'ardoise, et elle correspond enfin à la couleur des parents, plus ou moins promptement, selon le milieu dans lequel le négrillon grandit. Dans le Soudan, la métamorphose, c'està-dire le développement du pigment, est ordinairement
< achevée au terme d'une année, en Egypte au bout de trois ans seulement; la chevelure du négrillon nouveauné est ordinairement d'une couleur châtain plutôt que
( noire; elle est droite et légèrement courbée au bout. Il
< m'a été impossible de constater avec exactitude l'étendue
< des fontanelles. Mais, à en juger d'après les crânes, la ( différence avec l'enfant aryen à cet égard n'est pas ap- ( préciable. » (Burmeister dit ce qui suit au sujet de la différence du nourrisson : « Les cheveux ne sont ni crépus,
ni noirs, mais ils sont brun-châtains et fins comme de la soie. Mais peu à peu en s'allongeant , ils foncent, deviennent plus durs et plus crépus, et sont tout à fait laineux à l'époque où l'enfant apprend à marcher. Ceci me fait involontairement penser au duvet des poussins , car cette chevelure du nourrisson se comporte, vis-à-vis de la toison laineuse de la mère, à peu près comme le duvet des poussins vis-à-vis des plumes de la poule. »)
« La première dentition », continue Pruner-Bey, «commence à peu près à la même époque que chez nous; cependant j'ai observé en Egypte des cas de dentition
rableetl'étroitesse du crâne, ainsi qu'une proéminence, un prognathisme prononcé des mâchoires. Si on réfléchit du reste à l'étroitesse du bassin de la négresse, on comprend facilement que le crâne du nouveau-né doit nécessairement offrir d'autres dimensions que celai de l'enfant aryen.
-248 LEÇOWS SUR L'HOMME.
précoce sur le négrillon, de même que des cas de retard. L'allaitement ne dure jamais moins de deux ans. La première dentition achevée, on reconnaît déjà sur le crâne des caractères distinctifs, savoir, la ligne médiane du front relevée, le menton rétracté, la mâchoire supérieure légèrement inclinée, l'élargissement du nez, la blancheur éclatante des dents et la saillie de l'occiput. Cependant le jeune nègre présente encore toujours un extérieur avenant jusqu'à l'époque de la puberté. Elle survient chez les filles entre 10-13, et chez les garçons entre 13-15 ans. C'est alors que la grande révolution dans les formes et les proportions du squelette commence à marcher rapidement. Ce travail, avec ses conséquences, suit une marche inverse pour ce qui regarde le crâne cérébral et celui de la face. Les mâchoires surtout prennent le dessus sans une compensation suffisante du côté du cerveau; cela ne veut pas dire qu'il y ait arrêt de développement. — Non, la différence de race se dessine seulement par un ordre différent dans l'accroissement des parties respectives. Tandis que dans l'homme aryen l'accroissement modéré des mâchoires et des os de la face est abondamment compensé et surpassé même par un développement ou plutôt par un agrandissement du cerveau, particulièrement dans son lobe antérieur, le contraire a lieu chez le nègre. Grande compression, surtout latérale, exercée du dehors en dedans par les muscles destinés à la vie animale ; peu de réaction intérieure de la part du cerveau, et voilà son crâne moulé et son cerveau conformé tel que nous l'avons décrit précédemment. Tout étant du reste en harmonie dans l'organisme, il va sans dire que cette manière d'envisager la conformation du crâne nigritique ne peut être sujette à la discussion. La marche que suit l'oblitération des sutures du crâne fournit un commentaire assez significatif de ces phéno-
SBPTIÈME LEÇON. 249
mènes. La suture médio-frontale ' se trouve infailliblement soudée chez le nègre, ainsi que la partie latérale de la suture coronale, déjà môme dans la jeunesse. Sur le nègre adulte, le travail de soudure se fait ensuite sur la partie moyenne de la suture coronale et sur la suture sagittale, ou, comme je l'ai observé sur des crânes de l'Afrique orientale, sur toutes les soudures latérales à la fois, pour ainsi dire. La suture lambdoïde est celle qui reste le plus longtemps ouverte, surtout à son sommet. A la base du crâne, en revanche, on trouve souvent la suture basilo-sphénoïdale ouverte ; quant à la suture in- 'cisive, elle ne persiste pas seulement chez l'enfant nègre, elle se distingue fort bien encore sur beaucoup de crânes nègres à un âge avancé. L'oblitération des sutures parait s'effectuer dans la race nigritique plus promptement sur le crâne de la femme que sur celui de l'homme.
« Le prognathisme a été et peut être considéré, en partie au moins, comme le résultat de l'action de la mâchoire inférieure sur l'arc concentrique de la mâchoire supérieure. En tout cas, le mode d'articulation de cet os avec le temporal paraît y contribuer puissamment, car j'ai rencontré cette conformation de préférence sur les races clans lesquelles la cavité glénoïde est peu profonde, mais large, et les condyles du maxillaire plus ou moins aplatis ou au moins elliptiques ; elle coïncide avec une harmonie plus ou moins prononcée des rangées dentaires. Ces conditions facilitent le mouvement de la mâchoire d'arrière en avant, tandis que dans les crânes dont les cavités glénoïdes sont profondes et resserrées, et les condyles plus ou moins arrondis ou pointus, le mouvement de la mâchoire s'exécute de
1. Je n'ai trouvé qu'une seule exception à cette règle dans bon nombre de crânes que j'ai pu examiner. En général, la marche des soudures me paraît différer aussi selon la fornu' du crâne dolichocéphale ou brachycéphale.
« préférence dans le sens vertical. Je sens du reste trop « bien l'insuffisance de cette étiologie, et je me demande « si le prognathisme ne serait pas tout simplement l'ex- « pression d'un mouvement de retour vers l'animalité. »
jSous ne doutons nullement que cette dernière explication ne soit la vraie. Tout est en harmonie dans l'organisation, et on peut aussi bien dire que les cavités articulaires doivent être peu profondes et les têtes articulaires plates, parce que la mâchoire supérieure est projetée et la mâchoire inférieure allongée tout comme on pourrait faire valoir les motifs contraires. Du reste, chez les carnivores, dont les mâchoires n'ont presque que le mouvement vertical, les têtes articulaires du maxillaire inférieur sont elliptiques ou plutôt cylindriques.
Il est incontestable que la transformation subite qui a lieu à l'époque de la puberté chez le nègre, est non-seulement en rapport avec son développement psychique, mais aussi répète les phénomènes qui se passent notamment chez les singes anthropomorphes. Chez eux, le crâne offre une analogie remarquable avec le crâne humain jusqu'à l'époque de la seconde dentition, car la portion cérébrale du crâne est plus développée, et la portion faciale moins saillante. Mais ensuite le crâne cérébral s'arrête, le volume de sa cavité ne croît plus : seulement les arêtes et les crêtes osseuses se développent, la partie faciale s'étend et se projette de plus en plus en avant, jusqu'à ce qu'elle finisse par déterminer cet aspect hideux qu'offrent les vieux singes. Avec ce développement facial, le développement intellectuel s'arrête. Les jeunes orangs et chimpanzés sont des animaux intelligents et aimables, qui apprennent facilement, comprennent vite et sont civilisables à un haut degré. Après leur transformation, ils deviennent affreux, rétifs, sauvages et inaccessibles à tout apprivoisement ou perfectionnement.
Il en est de même chez le nègre; le nègre enfant n'est nullement inférieur au blanc sous le rapport des facultés intellectuelles; tous les observateurs s'accordent à reconnaître qu'il n'est pas moins comique dans ses jeux, pas moins vif de compréhension, ni moins docile que les enfants blancs. Là où on s'occupe de leur éducation, — et non là où on les élève à dessein comme du bétail, dans les États à esclaves d'Amérique, pour pouvoir ensuite dire qu'ils ne sont pas capables d'autre chose, — on reconnaît que dans les écoles les enfants nègres ne sont non-seulement point inférieurs aux enfants blancs, mais même les dépassent par la rapidité de leur conception et leur docilité, de telle façon qu'on les emploie souvent comme moniteurs. Mais dès qu'ils atteignent la fatale période de la puberté, on voit paraître, avec l'effacement des sutures crâniennes et la projection de la face, le même fait que chez les singes. Les facultés intellectuelles restent stationnaires, et l'individu devient incapable de progresser, non plus que la race entière.
Le nègre adulte tient, à l'égard de ses facultés intellectuelles, d'une part de l'enfant, et d'autre part de la femme et du vieillard blancs. Le penchant aux plaisirs, parmi lesquels la danse et le chant ne font jamais défaut, et aux jouissances matérielles, l'habileté à l'imitation, l'inconstance clans les impressions et les sentiments, rappellent tout à fait l'enfant. Comme lui, le nègre n'a pas de fantaisies de haute volée, mais il peuple le monde ambiant et attribue à chaque objet sans vie des propriétés surnaturelles ou humaines. Il se fait un fétiche d'un morceau de bois et trouve tout naturel que l'animal puisse parler et que le singe ne soit muet que par malice, pour n'être pas tenu de travailler. La règle générale des propriétaires d'esclaves est qu'il faut les traiter comme des enfants, doues originellement d'un bon naturel, mais négligés et
mal élevés. Les points que le nègre a de communs avec la femme, sont le grand amour qu'il a pour ses enfants et sa famille, ainsi que sa sollicitude pour sa hutte et les petites nécessités de la vie; comme le vieillard, enfin, il aime le repos, il est apathique et obstiné moins pour la poursuite de ses desseins que pour refuser ce qu'on lui offre. Modéré clans les choses ordinaires, le nègre cesse de l'être si on ne lui oppose aucune barrière. Il ne connaît pas le travail continu et encore moins la prévoyance de l'avenir, mais son grand talent d'imitation lui permet de devenir facilement bon ouvrier, et même artiste imitateur. Dans son pays, il est berger et agriculteur, quelques souches connaissent un certain travail grossier des métaux ; d'autres pratiquent le commerce avec ruse et finesse ; quelques-unes ont fondé des États possédant une certaine organisation; mais du reste, on peut hardiment affirmer que la race n'a, ni dans le passé, ni dans le présent, rien accompli qui ait été utile au cours du développement de l'humanité, ou qui ait été digne d'être conservé.
Gomme exemple de nègre ayant contribué aux arts et sciences, on peut citer en tout un auteur français, Lille Geoffroy, de la Martinique, qui fut ingénieur et mathématicien, et est arrivé à la dignité de membre correspondant de l'Académie des sciences. Quant aux travaux mathématiques du précité, ils étaient de nature à lui valoir, né en France ou en Allemagne et de parents blancs, une place de professeur dans une école, ou d'ingénieur dans un chemin de fer ; mais né à la Martinique de parents de couleur, il devait briller dans son pays natal comme un borgne au milieu d'aveugles. Du reste Lille Geoffroy n'était pas un nègre pur, mais un mulâtre.
Après avoir poussé nos recherches sur la différence entre les nègres et les blancs assez loin pour avoir découvert des caractères constants et sûrs, permettant en
toute circonstance de distinguer facilement les deux races; après avoir vu que cette différence se réduit en plus grande partie, pour le nègre, à un rapprochement prononcé vers l'animalité, particulièrement vers les singes, deux questions importantes s'offrent à nous, questions que, comme conclusion, nous devons examiner. La première a trait à la constance des différences. Est-il possible, que par des influences quelconques, pouvant se rencontrer dans la nature, ces différences puissent disparaître, et que, par conséquent, sans mélange des races, le nègre, par des influences favorables et rehaussantes , puisse se transformer en blanc, ou inversement celui-ci en nègre, sous des influences dégradantes? La seconde question se rapporte à la ressemblance avec l'animalité. Pouvons-nous trouver des degrés intermédiaires comblant l'abîme qui existe toujours entre le singe et le nègre, et qui conduisent pas à pas du singe anthropomorphe au nègre et de celuici au blanc?
Quant à la première question, j'aurai plus tard une occasion de la traiter, et cela dans ses connexions avec beaucoup d'autres phénomènes, qui nous prouveront que ces différences de races ont un caractère fortement empreint, qui ne peut être modifié que dans certaines limites assez étroites, par les changements des influences extérieures. Aussi loin que s'étendent nos observations actuelles, qu'elles aient trait à l'influence d'autres climats, ou à la longueur du temps, nous ne pouvons affirmer que ces changements aient été suffisants pour déterminer une modification essentielle des caractères. Les monuments égyptiens nous montrent des représentations du nègre, comme il était constitué il y a des milliers d'années, contemporain de l'Adam biblique, et qui peuvent encore aujourd'hui passer pour des figures fort ressemblantes du nègre actuel, et pourtant dès cette époque, la race noire a habité sans
interruption et est devenue indigène dans un pays où existait à côté d'elle un autre type, le vrai égyptien, qui également n'a éprouvé aucune modification depuis ce temps. 11 en est de même des modifications que les blancs ont éprouvées ou ont dû éprouver en Afrique, et qui n'ont cependant, en aucune manière, déterminé chez eux un rapprochement vers le type nègre, à l'exception de la coloration brune de la peau.
Faisons un pas de plus, en Amérique, où la race noire est devenue presque indigène depuis relativement peu de temps, une décoloration de la peau est le seul effet qu'ait encore produit dans l'espace d'un peu plus d'un siècle, le climat plus septentrional de ce pays. Donc, aussi loin que nous pouvons suivre ces races et d'autres, dans le temps et dans l'espace, elles n'ont pas éprouvé de plus grandes modifications que les espèces d'animaux, qui ont dû subir de semblables changements d'habitat, et nous devons donc les considérer d'après les principes reconnus, comme espèces différentes avec type indépendant.
Il est vrai que, considérées d'un rpoint de vue plus élevé, les choses se comportent autrement, comme nous le verrons plus tard.
Quant à la deuxième question, aucune réponse reposant sur des observations concluantes n'est encore possible. La découverte du gorille dans les forêts de l'Afrique occidentale, singe dont jusqu'alors on ne soupçonnait pas l'existence, ne date que de peu d'années; or ce singe, le plus semblable à l'homme par la conformation de ses mains et de ses pieds, des trois grandes espèces de singes sans queue, reste fort en arrière de ses deux congénères, l'orang et le chimpanzé, sous le rapport du crâne et du cerveau. On ne peut donc contester la possibilité de rencontrer, dans d'autres endroits, des singes se rapprochant, par leur conformation crânienne et cérébrale, autant de l'homme
SEPTIÈME LEÇON. ->ob
que le fait le gorille par celle de ses membres; il serait donc insensé de vouloir baser une conclusion sur une pure possibilité, aussi longtemps que le fait n'est pas établi. Il est encore moins vraisemblable qu'on trouve des races humaines, plus rapprochées des singes, que ne le sont les types inférieurs actuellement connus, le monde ayant été trop exploré sous ce rapport pour laisser aucune chance à une espérance de cette nature. Les besoins de la sociabilité et de l'échange poussent l'homme sauvage hors de ses repaires cachés, dans lesquels, au contraire, le singe se retire ; le singe évite la découverte, l'homme va audevant.
Il peut cependant y avoir eu des formes intermédiaires qui, ainsi que d'autres espèces, ont disparu dans la suite des temps. Mais nous devons renvoyer à plus tard ce point, dont il sera parlé alors que nous aurons à nous occuper de restes humains, de l'homme fossile, de l'antiquité du genre humain et de son origine, qui remonte bien au delà de toute histoire, mythes ou traditions; — disons seulement que d'ailleurs on a trouvé des restes de singes qu'on a pris d'abord pour des mâchoires humaines; et que d'autre part on connaît une calotte de crâne trouvée dans la vallée de Neander, près de Dusseldorf, qui se rapproche beaucoup plus du type simien que celui d'aucune race connue jusqu'à ce jour. S'il n'y a là, pour le moment, qu'un indice vers l'inconnu, on peut cependant espérer qu'on découvrira d'autres anciens témoins de même nature dans des régions encore peu explorées, d'autant plus que dans ces dernières années l'Europe, pourtant si anciennement fouillée en tous sens, a fourni une abondance étonnante de précieuses découvertes de ce genre.
Mais là où des formes régulières et normales nous font défaut, nous pouvons parfois recourir à des faits pathologiques qui s'offrent à nous dans certaines circonstances
particulières, et nous fournissent d'utiles indications. Je ne crains pas, malgré Bischoff et Wagner, même malgré J. Millier, de dire que les microcéphales, les idiots de naissance, fournissent une série conduisant de l'homme aux singes, aussi complète qu'on peut la désirer, et je me crois obligé, messieurs, de vous communiquer ici ce qu'on peut dire pour compléter les remarques que nous avons faites, dans une leçon précédente, sur la conformation cérébrale de ces êtres infortunés. Je m'appuierai ici de préférence, en ce qui concerne le crâne, sur la description qu'a donnée Theile, d'un idiot de 26 ans; tandis que j'emprunterai, pour ce qui regarde les phénomènes psychologiques, les précieux matériaux que renferme, sur les soi-disant aztèques, le travail classique de Leubuscher.
La figure du crâne d'idiot, que je reproduis ci-après,
Fig. 70. — Crâne nègre en profil.
d'après Owen, parce qu'elle est représentée par sa face inférieure, s'accorde, à quelques détails près, avec celle que Theile a donné de son Itomme-singe. J'ai réuni quelque
vingt cas d'un pareil idiotisme de naissance, qu'il ne faut pas confondre avec le crétinisme, et qui m'ont fourni les résultats suivants.
Cet idiotisme de naissance est évidemment un arrêt de développement du cerveau, portant essentiellement sur la partie antérieure de celui-ci. Le crâne se façonne sur la forme du cerveau incomplet. Les individus ne se développent que très-lentement, n'apprennent à marcher qu'à la cinquième ou sixième année, ont souvent des frères et sœurs parfaitement sains, et sont toujours nés de parents
Fig. 71. — Crâne d'idiot en profil.
normaux, sinon même doués d'une intelligence bien développée. Dans plusieurs cas, les mêmes parents ont produit, parmi des enfants sains, plusieurs enfants idiots ; de sorte qu'il faut chercher, dans la source productive même, la cause encore inconnue de la déformation. Ces idiots sont souvent nains, comme les aztèques, mais pas toujours; l'inclinaison en avant du corps pendant la marche, la flexion des genoux, analogies frappantes avec la marche relevée des singes, les font paraître plus petits qu'ils ne le sont. La plupart des idiots qui ont atteint un
Fig. 73. — Crâne de cafre, vu de dessous.
certain âge, et sur lesquels on a eu des renseignements exacts, ont été donnés comme de taille moyenne ; ainsi les
Fig. 74. — Crâne d'idiot, vu de dessous.
deux Johns étudiés par J. Mûller, et les deux idiots de Gôttingue et deléna, observés par Wagner et Theile. En général, ces infortunés meurent tôt; cependant, sur dix-
Fig. 72. — Crâne de chimpanzé, de profil.
huit cas que j'ai pu étudier, huit ont atteint la vingtième année, rapport qui n'est pas précisément très-éloigné de la moyenne de la mortalité ordinaire.
L'impression d'ensemble que produisent ces individus, est décidément simienne, à tel point, que les autorités l mêmes ont employé l'expression. Les bras paraissent disproportionnellement longs, les jambes courtes et faibles. La tête est entièrement celle d'un singe, le crâne est recouvert de cheveux touffus et laineux ; le front manque, les yeux écarquillés reluisent sous des anneaux osseux saillants; le nez est largement ouvert; la partie inférieure de la face est projetée en avant, en manière de museau; les dents obliquement implantées, sont souvent plus obliques
1. Le préfet du district dans lequel demeurait l'idiot de Goettingue, avait enjoint aux parents de ce malheureux, « de tenir cet individu singiforme dans la maison, et de ne pas le laisser sortir dans la rue, à cause des femmes enceintes. »
qu'elles ne devraient l'être, va la grosseur disproportionnée de la langue.
Pour ce qui concerne particulièrement la tête, elle est d'une petitesse disproportionnée relativement au corps, et ce rapetissement porte principalement sur la boîte crânienne proprement dite. Dans la vue de profil, la face occupe autant de place que la boite crânienne ; l'énorme bourrelet osseux qui surmonte la racine nasale, la petitesse de celle-ci, la saillie des bords orbitaires supérieurs, celle
Fig. "75. — Crâne de Chimpanzé vu de dessous.
des mâchoires, l'angle facial de 53°-56°, tous ces détails donnent au profil de ce crâne un caractère simien des plus prononcés. Dans la vue de dessous, la position reculée du trou occipital, la forme longue et parabolique du palais, la persistance de la suture de l'os basilaire, ainsi que (dans le crâne d'Owen) celle de la suture de l'os intermaxillaire, sont autant de caractères qui frappent du premier coup d'œil et ne rappellent pas moins l'animalité. Il suffit de comparer les crânes du chimpanzé, du nègre et
de l'idiot, comme nous le faisons ici, pour voir que l'idiot trouve, sous tous les rapports, exactement sa place entre les deux autres. Les seuls caractères humains que l'idiot conserve encore dans son crâne, sont la série dentaire continue, sans lacunes, et le menton encore quelque peu proéminent.
La soudure des sutures ne doit aucunement être regardée comme cause de l'arrêt dans le développement du cerveau; car chez la plupart des idiots plus âgés, les sutures de la surface supérieure sont encore mobiles , celles des faces latérales souvent effacées, celles de la base par contre, toujours ouvertes, comme chez les singes. L'occiput est tantôt carré, tantôt arrondi, et très-grand, relativement à la partie frontale; les saillies internes du crâne portent un caractère enfantin, en ce sens qu'elles sont arrondies et molles, et jamais à arêtes vives et anguleuses.
Nous pouvons résumer comme suit l'ensemble des formes jusqu'à présent connues de ces cas d'idiotisme, en disant : que par leur cerveau, ainsi que nous l'avons démontré dans une précédente leçon, par leur tête et leur crâne, et notamment par l'arrêt de développement qui frappe leurs lobes antérieurs, ils s'éloignent notablement des caractères de l'humanité, et ne conservent que ceux d'importance secondaire , comme la continuité de la série dentaire, et la saillie du menton. Le crâne d'un microcéphale, trouvé à l'état fossile, un peu endommagé et privé de sa mâchoire inférieure, ainsi que de la série dentaire de la mâchoire supérieure, devrait être sans hésitation, déclaré par tout naturaliste comme un crâne de singe, car un pareil crâne n'offrirait pas le moindre trait caractéristique qui put permettre d'autoriser une conclusion contraire. Nous possédons en détail les mesures corporelles des deux soi-disant Aztèques, ces nains mulâtres, dont le garçon pouvait avoir de 1 6 à 1 7 ans, la fille de 13 à l!\ ans.
J'ai calculé ces mesures comme celles données plus haut de l'Européen et du nègre, en y joignant pour la comparaison celles de deux singes anthropomorphes, le chimpanzé et l'orang. 11 en résulte les valeurs suivantes :