FILLE
Les longueurs prises
pour unité sont :
La colonne vertébrale à
celle du bras = 100. . .
La colonne vertébrale à
celle de la jambe = 1 00.
Le bras à celle de l'avant-
bras — 100
Le bras à celle de la main
La cuisse à celle de la
La cuisse à celle du pied
Le bras à celle de la
Le caractère humain des Aztèques réside évidemment dans les rapports de longueur entre la colonne épinière et les membres en général, ainsi que dans les rapports de ceuxci entre eux; le bras étant relativement plus court, la jambe plus longue. Le bras lui-même, dans les rapports de ses différentes parties entre elles , porte le caractère humain, mais pas la jambe. La cuisse est remarquablement petite vis-à-vis de son énorme jambe, dont la longueur dépasse celle des singes anthropomorphes, et rappelle celle des singes inférieurs. Encore un fait qui, joint à la
saillie du cervelet, place l'idiotpresque au-dessous dessinges. Il y a donc encore ici un mélange de caractères humains et animaux, analogue à celui qui pourrait résulter d'un croisement.
Jetons un coup d'oeil sur les manifestations vitales de ces malheureuses créatures. On a à peine observé chez eux aucune manifestation génésique; les organes demeurent pour la plupart à l'état d'enfance, cependant dans quelques idiots plus âgés, rien dans la conformation des organes de la génération, ne paraissait devoir s'opposer à la reproduction. Les mouvements sont vifs, mais instables ; la marche rapide, mais piétinante. Beaucoup apprennent à se servir de leurs mains ; il y a chez eux une activité inconstante et inquiète, leur attention est aussi promptement excitée que détournée; leur mémoire est faible, ils jouent volontiers, mais ne peuvent prendre part aux jeux des autres enfants parce qu'ils ne les comprennent pas; on les tolère à peu près comme des animaux domestiques. La plupart font connaître leurs besoins par des sons criards, dont leurs gardiens ou les personnes qui les connaissent comprennent la signification, de même que le chasseur sait interpréter les cris des animaux, et les mouvements muets de son chien. La plupart n'ont pu être amenés jusqu'au langage articulé; les Aztèques répétaient quelques mots qu'ils avaient appris, a peu près comme les perroquets. Il n'y a que les microcéphales de Millier, chez lesquels, selon toute apparence, l'arrêt du développement cérébral était moins prononcé que chez tous les autres, qui aient pu articuler quelques mots, et même quelques phrases simples.
Leubuscher dit des Aztèques : « Ils ont de la mémoire « pour les choses qui excitent vivement leur attention, et « pour les personnes qui s'occupent longtemps d'eux. Lors- « quej'entrepris mes mesures, le garçon se souvint des pro-
(( cédés antérieurs; pendant huit jours, il se rappela en- « core. mes expérimentations, et lorsqu'on le questionnait <( sur ce que je lui avais fait, il le donnait à comprendre, « en décrivant les différentes lignes autour de sa tête. Mais d lorsque j'eus interrompu mes visites pendant plusieurs (( jours, je fus oublié comme tous les autres. Il en était de « même de la fille. L'étendue de leurs facultés intellec- « tuelles pouvait être du degré de celles d'un enfant d'un « an et demi, peut-être encore moins; ce que nous ap- « pelons idées, doit leur manquer entièrement, car même « ce degré de développement intellectuel ne peut prendre » naissance qu'en ayant pour base la détermination de la « personnalité et de la conscience individuelle. »
R. Wagner croit qu'une analyse très-exacte des phénomènes physiques sur différents idiots pourrait donner d'importantes conclusions sur leur activité intellectuelle. Il n'y a pas de doute que chez plusieurs, on pourrait peutêtre, par des soins et un exercice incessant, parvenir à élever le degré d'intelligence. Cependant il paraît résulter des faits connus, que leurs attributions intellectuelles sont en rapport intime avec la conformation du crâne et du cerveau, et qu'elles ne vont jamais assez loin pour permettre un langage bien articulé. La plupart de ces idiots ne peuvent pas même articuler des mots, et les plus avancés n'arrivent pas à dire des phrases simples. Mais les perroquets et les corbeaux articulent aussi des mots, et l'animal même sait attacher à ceux-ci certaines significations, suivant le ton et l'expression. On peut aussi bien dresser l'animal domestique à la politesse, la propreté, etc., que l'idiot; sous ce rapport, il est semblable à l'animal. Quant à tous les caractères décidément humains, les idées, l'intelligence supérieure, l'abstraction, il n'y en a aucune trace, pas même de ces notions primitives du bien et du mal, de ces qualités morales originelles, sur lesquelles quelques auteurs
français ont voulu baser l'établissement du règne humain. Sous beaucoup de rapports, ces idiots sont même au-dessous delà bête, car ils sont infirmes, ne peuvent eux-mêmes se procurer leur nourriture, ni prolonger leur existence sans secours. Ils ressemblent d'une manière frappante aux singes, par le front fuyant, les yeux saillants, brillants et mobiles; le museau proéminent, la tenue infléchie, le bras long (l'idiot de Gottingue) et la jambe courte, la brièveté de la cuisse, les innombrables analogies dans la conformation du crâne et du- cerveau, qui sont faciles à démontrer, la mobilité inquiète, les mouvements convulsifs et choréiformes, dispositions à jouer et à grimper, les sons criards, indiquant la joie comme la colère. Qui ne retrouve dans tout cela le singe complet?
Il y a bien quelques caractères humains à ajouter à ceux déjà cités pour le crâne, tels que la distribution des cheveux, la conformation des mains et des pieds; mais avons-nous donc affirmé que le microcéphale fût un singe? Si les quelques caractères qui annoncent le type humain venaient à manquer, l'idiot serait un singe sous tous les rapports, puisqu'il n'y aurait plus rien qui le distinguât du singe ! Mais si on veut affirmer, d'après ce peu de caractères, comme Wagner, « que dans toute la conformation « corporelle des microcéphales, le type humain est dé- « montrable, » c'est méconnaître complètement des faits scientifiquement les mieux établis.
Il y a certainement ici un mélange de caractères humains et simiens, les derniers produits par l'arrêt de développement qui, ayant frappé l'enfant pendant sa vie intrautérine, l'a maintenu à un degré intermédiaire entre l'homme et le singe, degré constituant d'ailleurs une des évolutions par lesquelles l'embryon humain doit passer dans le cours normal de son développement. Mais s'il est possible que, par suite d'un arrêt de développement
266 LEÇONS SLR L'HOMME.
dans sa conformation, l'homme se trouve rapproché des singes, il faut donc que la loi de développement soit la même pour les deux, et par conséquent, nous ne pouvons contester la possibilité, que puisque l'homme peut, par arrêt de développement, rétrograder et descendre au niveau du singe, de même le singe doit pouvoir par perfectionnement de sa conformation, se rapprocher de l'homme.
Comparaison entre deux espèces de sajous ÇCelnu albifrons et apella). — Crâne.
— Cerveau. — Autres parties du corps. — Affinités dans la nature. — Familles.
— Suites de générations. — Définitions de l'espèce, de la variété, de la race.
— Reproduction des races et espèces. — Variabilité de l'espèce. — Classification de l'homme. — Ses rapports avec les singes. — Règne humain, d'après Isidore Geoffroy Saint-Hilaire et Quatrefages. — Objections.
Messieurs !
Je me propose aujourd'hui d'appliquer aux singes la même mesure que nous avons employée dans nos recherches sur l'homme, en choisissant pour cela deux espèces de singes reconnues par tous, et dont personne ne conteste les droits spécifiques, afin d'examiner leurs caractères distinctifs. Ainsi que je l'ai déjà fait observer au commencement de la leçon précédente, le choix des espèces doit être ici tout à fait indifférent, car en tous cas, vu la grande analogie que présentent les conformations corporelles de l'homme et des singes, nous devrons prendre en considération les mêmes parties, et faire ressortir les mêmes caractères chez l'un que chez les autres. Si nous eussions eu à remonter dans d'autres ordres de mammifères, dans d'autres classes du règne animal, on eût pu nous objecter avec raison, que les modifications de conformation pourraient alors devenir assez importantes pour réclamer d'autres principes, d'autres bases, et pour élever au premier rang comme distinctif, tel ou tel caractère peut-être insi-
gnifiant chez l'homme. Mais ceci ne peut être le cas poulies singes, et s'il est possible de montrer que tel ou tel caractère est nécessaire pour l'admission d'une espèce de singe, ce même caractère devra être suffisant pour établir la distinction d'une espèce humaine.
Le hasard et non le choix a mis à ma disposition deux espèces de singes américains du genre sajou (Cebus). On sait que ce genre est extraordinairement riche en espèces, étendues sur tout le domaine du continent sud-américain peuplé par les singes, et si variables dans leurs formes, qu'il est difficile de distinguer avec certitude les différentes espèces, dont l'apparence extérieure se modifie passablement, suivant l'âge, le sexe, l'habitat, et même suivant les individus. En effet, le genre sajou offre, quant à sa classification, des difficultés très-analogues à celles qu'on rencontre à cet égard chez l'homme, chaque espèce bien connue présentant autour d'elle un rayonnement de formes, que les uns considèrent comme des espèces, les autres seulement comme des variétés ou races. Mais, il ne s'agit pas ici de rechercher si le sajou à front blanc (C. albifrons) n'est qu'une variété du capucin ordinaire ou une espèce indépendante, mais bien plus, de savoir par quels caractères on peut distinguer cette espèce du sajou brun ordinaire [C. (ipclla). Il ne peut y avoir aucun cloute quant au droit spécifique. Le sajou brun et le sajou à front blanc appartiennent à deux sections différentes du genre sajou, à savoir: la première espèce, d'après Giebel, au groupe des espèces à cinq vertèbres lombaires dépourvues de côtes, à conformation trapue, à tête sphérique épaisse, à mâchoires fortes, grandes canines, queue et membres courts, tandis que le sajou à front blanc appartient au groupe des espèces à six vertèbres lombaires, sans côtes, à canines toujours petites, et à conformation fine et élancée. Il y a donc ici plus que de simples différences spécifiques : aussi quelques natura-
listes se sont-ils crus autorisés, à fonder sur ces différences au moins deux sous-genres. J'ai choisi ces deux espèces, parce que j'en ai trouvé, parmi les richesses du musée de Genève, deux crânes d'individus mâles de même âge et de même grosseur, dont la détermination ne pouvait donner prise au moindre doute, car les crânes se trouvaient accompagnés des peaux empaillées.
Les sajous possèdent une queue longue et prenante, couverte de poils jusqu'à son extrémité, même à sa face inférieure. Le corps est long et maigre, les membres forts, les yeux petits, le museau court, la tête arrondie, de sorte que de tous les singes américains, ils offrent, par leur aspect extérieur, la plus grande analogie avec l'homme; cette ressemblance est encore augmentée par une touffe spéciale de longs poils qui entoure le visage, et fait l'effet d'une barbe et chevelure bien soignées. Il est vrai que leur nez large et aplati dérange un peu cette physionomie humaine, car il paraît souvent partagé en deux tubes latéraux, comme le nez d'un bouledogue. Les quatre mains sont très-également conformées : la main elle-même est longue et étroite, mais le pouce de la main postérieure est beaucoup plus fort et plus grand que celui de la main antérieure. Le système dentaire consiste en quatre incisives en forme de ciseau ; deux fortes canines, saillantes, aiguisées au bord postérieur, recourbées en arrière, et pourvues de deux sillons profonds à leur face interne ; de douze molaires à chaque mâchoire, ce qui donne un total de 36 dents. Les vraies molaires diminuent en largeur d'avant en arrière, la dernière molaire est même remarquablement petite et rudimentaire relativement aux autres.
Examinons d'abord l'extérieur. Le sajou brun atteint environ la taille du chat, et est à son âge moyen d'un brun jaunâtre bien marqué, un peu plus clair en dessous, tandis que la tête, les joues, l' avant-bras, les mains et lesjambes
sont d'un brun foncé, tirant parfois sur le noir. La face tire sur le violet, de longs sourcils surmontent les yeux, et immédiatement au-dessus sur le front court, et jusqu'aux côtés des joues, se trouvent de longs cheveux bruns, qui se continuent comme des favoris, et sont si roides que, vu de côté, le singe paraît porter de petites cornes sur les sourcils: La conque de l'oreille est brunâtre , pourvue de longs poils bruns, mous et rares, souvent sur la barbe un fond blanchâtre.
Le sajou à front blanc a été découvert par Humboldt, dans le voisinage des rapides de l'Orénoque et n'est actuellement, pour la plupart des zoologistes, qu'une variété du capucin. Le visage est gris bleu, le front et les bords orbitaires sont d'un blanc pur, le corps est gris foncé sur le dos, plus clair sur la poitrine et le ventre, les membres sont d'un blanc jaunâtre, le vertex d'un gris brun foncé, de sorte que le singe paraît porter un bonnet sombre, entouré d'un ruban gris cendré, coloration qui se prolonge jusqu'à la racine du nez. Les oreilles sont fortement velues. Le capucin ordinaire auquel on rapporte cette variété, ressemble, par contre, beaucoup plus au sajou brun par sa couleur, car chez lui c'est aussi le jaune brun qui forme le fond de la coloration du pelage.
Le crâne a la même forme chez les deux espèces, et se présente vu d'en haut, sous la forme d'un ovale allongé, dont la plus grande largeur se trouve dans la région pariétale postérieure, correspondant à peu près à la position du trou occipital. Il faut, il est vrai, faire abstraction de la saillie que forment les apophyses mastoïdes aplaties, et dont le bord supérieur continue sous forme de crête celui de l'arcade zygomatique. Je donnerai plus tard les mesures exactes du crâne en me bornant ici à en signaler les traits caractéristiques. Si l'on considère les crânes par le haul , celui du sajou brun se distingue par le fait, que les fosses
temporales s'étendent au-dessus du bord de la ligne temporale, traversent derrière le bord orbitaire supérieur, et viennent former ainsi une dépression au milieu du front, qui fait saillir fortement, et en façon de bourrelet, les arcades sus-orbitaires. La ligne temporale est ainsi moins prononcée, et marche parallèlement avec la ligne médiane, en
Fig. "Ï6. — Crâne du sajou brun (Cebus apellits), vu de dessus.
n'étant que peu infléchie; en arrière elle se recourbe assez brusquement pour atteindre la région où la suture lambdoïde rencontre la suture temporo-occipitale. Chez le sajou à front blanc, par contre, la ligne temporale part à peu près du milieu du bord orbitaire supérieur, s'élève en se recourbant vers la ligne médiane, de sorte qu'en leur
point de plus grand rapprochement, les deux lignes temporales sont à peine distantes de un centimètre, puis, s'écartent de nouveau en se recourbant en arrière, pour atteindre le même point que dans l'espèce précédente. Elles déterminent ainsi, à la surface du front, un espace triangulaire, lisse et quelque peu voûté, et s'éloignent assez du
Fig. ". — Crâne du sajou à l'rout blauc ( C. albifrons), vu de dessus.
front arqué du sajou brun. Du reste, dans la vue de dessus, la forme générale du crâne, celle des os, et les cours des différentes sutures sont aussi semblables que s'il s'agissait d'individus de la même espèce.
En examinant le crâne de profil, on trouve à peine quelques différences, abstraction faite de la conformation
du front et des bords sus-orbitaires, ainsi que du trajet de la ligne temporale déjà mentionnée.
Fig. 78. — Crâne du sajou hrun, de profil.
Fig. "9. — Crâne du sajou à front blanc, de profil.
La saillie postérieure de l'os temporal, qui continue pour ainsi dire l'arcade zygomatique, est un peu moins proéminente chez le sajou brun, mais est mieux façonnée en crête
par suite d'une excavation postérieure que chez le sajou à front blanc, où la surface postérieure est plus égale. Les arcades zygomatiques sont, chez le sajou brun, plus hautes, mais plus minces ; chez le sajou à front blanc, elles sont plus arrondies et plus épaisses. La voussure du crâne est plus régulière chez ce dernier, elle est quelque peu dépri-
Fig. 80- — Crâne du sajou brun, vu en dessous.
niée dans le milieu chez le sajou brun, chez lequel l'écaillé occipitale est presque horizontale, tandis que, par contre, elle s'incline en dedans chez le sajou à front blanc.
Sur les crânes, vus de devant, les orbites du sajou brun paraissent plus grandes, plus élargies; celles du sajou «à front blanc, sont plus rondes, plus petites; les bords orbi-
taires sont en somme plus épais et plus massifs. Par contre, la région des mâchoires, notamment autour du nez, est plus étroite chez le sajou brun, plus déprimée derrière la saillie des racines des canines, qui parait précisément dirigée endessous, tandis que chez le sajou à front blanc elle se dirige en dehors obliquement, et est un peu plus épaisse, mais
Fig. 81. — Crâne du sajou, à front blanc, vu en dessous.
moins longue et moins tranchante dans ses bords. Les deux sillons caractéristiques de la face interne des canines sont plus profonds chez le sajou brun, et l'antérieur est notamment beaucoup plus marqué que chez l'autre espèce.
Si on examine les crânes parleur face inférieure (fig. 80 et 81), celle-ci se montre dans son ensemble plus large et
plus massive chez le sajou à front blanc, et clans toutes ses parties plus marquée que chez le sajou brun, chez lequel la région palatale est notamment plus longue et plus étroite, les dents antérieures paraissent plus proéminentes, et les arcades zygomatiques plus arquées. On ne découvre pas de différence dans l'arrangement des molaires et la forme de leurs couronnes ; mais chez le sajou à front blanc, les os du rocher sont plus saillants en dessous, et les profondes impressions musculaires sous la ligne de la nuque sur l'occiput paraissent plus fortement accentuées.