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ladies, de nalure ou de forme spéciale. Ils avaient décrit les fièvres d’été, les lièvres bilieuses, qui sont considérées aujourd’hui comme des formes, variables quant à leur intensité, de la fièvre typhoïde. Il y avait aussi des fièvres d’hiver ou de printemps, dont l’ensemble constituait ce qu’ils appelaient la fièvre catarrhale.
Il m’a paru important de vous rappeler ces notions pour éviter une confusion fâcheuse.
Le mot de catarrhe n’a plus en elfet, aujourd’hui, le sens qu’on lui attribuait autrefois. De nos jours, il s’applique à un processus anatomique, à un étal particulier des muqueuses qui, tout en faisant partie de l’état catarrhal des anciens, n’en constituait qu’un élément. L’état catarrhal de nos pères et le catarrhe actuel s’écartent autant l’un de l’autre que la lièvre, état spécial caractérisé par l’augmentation de la fréquence du pouls et l’élévation de la température, diffère des diverses fièvres formant espèces nosologiques.
La fièvre catarrhale peut exister sans catarrhe des muqueuses et se traduire exclusivement par de la fièvre, de la céphalalgie, de la courbature. Le catarrhe, au contraire, pris dans le sens moderne, ne peut se concevoir sans modification des membranes muqueuses, et celle altération locale peut exister indépendamment de toute participation de l’étal général.
La fièvre catarrhale, dans l’acception ancienne du mot, ollre de grandes analogies avec la grippe.
On peut même dire que les affections catarrhales sont la représentation endémique ou sporadique île la grippe, celle-ci constituant une manifestation épidémique et pandémique.
Celte conception est une œuvre montpelliéraine, on la retrouve dans tous les traités de pathologie générale de nos pères. Elle est exposée en détail dans la monographie de l’affection catarrhale de Fusler.
On ne saurait mieux comparer les rapports qui unissent l’affection catarrhale cl la grippe qu’aux relations existant entre le choléra noslras cl le choléra indien. La première de ces affections est endémique, on n’en peut déterminer le transport par
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conlnfîion, elle parait on rapport avec cerlaines modifications atmosphériques; — le choléra vrai peut être défini sans hésitation : une affection épidémique et contagieuse.
Il faut réserver le nom de grippe aux cas dans lesquels l'affection saisonnière prend des proportions inusitées, se transforme en une maladie générale, universelle, prend, en un mot, les allures d’une grande épidémie populaire.
L’un des caractères les pl us importants de l’affection catarrhale, lorsqu’elle se présente sous la forme de maladie épidémique, c’est l’immixtion cl la prédominance île l'élément nerveux.
En somme, les deux grandes différences qui séparent la grippe du catarrhe épidémique, de l’affection catarrhale saisonnière, sont : la généralisation de la maladie et I importance des troubles nerveux.
Ces divers caractères n’ont pas été suffisamment soulignés dans la plupart des définitions que les divers auteurs ont consacrées « la grippe.
Gintrac 1 la définit : « une affection catarrhale épidémique caractérisée par une congestion ou une phlegmasie des muqueuses nasale, pharyngienne et laryngo-bronchique, avec mouvement fébrile plus ou moins intense, céphalalgie gravalive, douleur conlusive des membres et affaiblissement général ».
Celte définition, dont chaque terme pris à part est exact, fait une part trop considérable à la congestion et aux manifestations inllammaloires du côté des muqueuses.
Dieulafoy2 donne une définition un peu moins précise ; pour lui, il s’agit d’« une affection catarrhale essentiellement épidémique, qui intéresse surtout l’appareil respiratoire, cl qui présente en outre des symptômes dont les caractères et l’intensité sont variables suivant les épidémies » .
Je n’essayerai pas de vous soumettre, à mon tour, une définition, et me bornerai à vous énumérer les caractères constitutifs de la grippe :
' Nouveau Dictionnaire de Médecine et Chirurgie pratiques . - Pathologie interne.
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1° C’est une maladie catarrhale au sens ancien du mot (le catarrhe des muqueuses, avec l’adeclation moderne, n étant ni constant ni indispensable) ;
2° Elle constitue une maladie épidémique à diffusion extrême ;
3° Les localisations respiratoires sont fréquentes ;
4° L’élément nerveux est très marqué [c’est là un caractère clinique de premier ordre que vous avez vu nettement prédominer dans l’épidémie actuelle] ;
5° L’action sur les forces est évidente ;
0° La bénignité et la courte durée de la maladie considérée en elle-même contrastent avec la gravité des complications et la lenteur de la convalescence.
Aucune affection ne dure aussi peu que la grippe, puisque celle durée ne dépasse pas, en général, trois ou quatre jours ; — peu de maladies ont une convalescence aussi lente, puisque actuellement, à la fin de janvier, nous avons encore l’occasion de traiter les suites de bon nombre de grippes contractées en décembre.
Vous trouverez dans la plupart des Traités de pathologie la nomenclature des épidémies de grippe qui ont été observées depuis 1580 jusqu’à nos jours.
Je désire d’autant moins insister sur l’histoire de celte affection, que mon collègue M. Carrieu vient d’y consacrer, dans son cours, quelques leçons fort intéressantes.
Sans empiéter sur la pathologie interne et tout en restant dans le domaine de la clinique, je puis vous fournir, à 1 appui de la thèse que je soutiens — l’épidémie actuelle est bien une grippe,
un argument décisif. Celte preuve est tirée d un document
qui appartient à cet enseignement à un double titre : d abord parce qu’il émane d’un de mes prédécesseurs dans cette chaire ; en second lieu parce qu’il a été publié à Montpellier. C est un Rapport adressé, en 1841, par Caizergues (Louis Barre était alors son chef de clinique) au Ministre de l’Agriculture à l’occasion de l’épidémie de 1837 '.
i Caizergues; Rapport présenté à M. le Ministre des Travaux publics, de l’Agriculture et du Commerce, sur l'épidémie vulgairement connue sou*
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On m'accusera peut-être d'un chauvinisme exagéré ; mais il me semble plus facile et plus rationnel, pour établir l’identité de la maladie régnante avec la grippe, de puiser ma démonstration dans des faits observés ici même.
Dans son travail, qui est un modèle de description clinique, Caizergues rappelle tout d’abord que la dénomination de grippe date de 1743, et qu’elle a été appliquée pour la première fois par Sauvages, de Montpellier, a» catarrhe épidémique qui régna en France à celte époque.
Ce fut vers le 20 janvier 1 837que l'ôpid émie éclata è Montpellier. Les premiers malades atteints (des militaires) entrèrent à l’hôpital le 25 février. Du 25 février au 5 mars, la grippe s’étendit à toute la population. Le 10 mars, la maladie atteignait son apogée. A partir de ce moment, le nombre des malades diminua d’une façon progressive .; fin mars, on n’observait plus que des cas assez rares ; tout était enfin terminé dans la première quinzaine d’avril. Mais, en môme temps que le nombre des malades s’atténuait, la gravité de la maladie devenait plus considérable, et, dans ce môme mois d’avril, on voyait succéder à la grippe des (luxions de poitrine plus graves et plus funestes que d’habitude.
Rien n’est plus instructif que de comparer cette épidémie à celle que nous venons d’observer. La date du début n’est pas la môme ; mais, ù part celle différence, l’analogie est frappante. Le mode de propagation, l’évolution, la durée, sont identiques.
Notre épidémie a débuté aux environs du 20 décembre (en 1837, c’était, avons-nous dit, le 20 février); — elle atteint son apogée dans les premiers jours de janvier, comme la précédente l’avait présenté au commencement de mars; — elle subit vers la fin de janvier une atténuation très sensible, tout à fait comparable à la diminution, fin mars, de l’ancienne épidémie; — enfin, dans les deux cas, des (luxions de poitrine graves marquent le terme de cette évolution.
le nom de Grippe, qui a régné à Montpellier en 1837. Montpellier et Paris,
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La diffusion cl la gùnéralisalion de l’épidémie en 1837 ne le cèdent en rien à ce que nous avons observé: « Il y a eu, dil Caizergues, très peu de familles dans lesquelles la presque totalité de leurs membres n ait pas été malade. Les établissements publics, le collège royal, le séminaire, les pensionnats, les couvents, les écoles, ont été entièrement et rapidement envahis. . . On a vu, après une promenade militaire fuite par un de ces régiments, le temps étant très froid, près de deux cents de ces soldats être pris de la grippe et obligés de garder la chambre... Elle a affecté un si grand nombre de sujets que, dans certaines famillts, tous les individus et même les domestiques ayant été atteints à la fois, on y a manqué des secours les plus nécessaires à la vie .. On doit ajouter que le nombre des malades était si grand qu’il était plus aisé de compter ceux qui ne l’étaient pasqueceux qui l’étaient.»
N’est-ce pas là, textuellement, le tableau complet de la maladie actuelle ?
Celle fois encore, l’épidémie avait pris naissance dans les régions septentrionales. D’après Brochin *, dont les renseignements louchant la progression épidémique semblent plus précis que ceux de Caizergues, elle était partie de Londres vers la lin de l’année 1836, avait gagné Paris dans les premiers jours de 1837, puis s’était dillusée du côté de l’Ouest, et avait principalement atteint Montpellier vers le milieu de lévrier.
Remarquez, Messieurs, combien plus rapide a été l’extension de la présente épidémie. Ne vous semble-t-il pas y avoir un rapport direct entre cet envahissement précoce et le perfectionnement toujours croissant des moyens de transport ?
Pour ce qui est de la contagion, Caizergues, appliquant l’ancienne idée de l’École île Montpellier, d’après laquelle la contagion serait une qualité que les maladies peuvent prendre dans certains cas sans l’avoir nécessairement toujours, professe que « la grippe n’a pas le plus souvent la propriété de se transmettre par contagion »... « Mais, ajoute-t-il, elle s’est rencontrée parfois avec le concours de certaines circonstances qui ont développé en
‘Art. Catarrhe du Dict. cncyclop.
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clic un principe contagieux ; alors on a pu la voir se communiquer d’un individu à un autre el réunir ainsi le double caraclère épidémique el contagieux ».
Voilà déjà un certain nombre de considérations grâce auxquelles l’analogie entre l’épidémie actuelle et la grippe de 1837 paraît nettement établie. Même marche de la maladie dans les deux cas, môme durée, même généralisation.
Le tableau symptomatique de la grippe de 1837 complétera ma démonstration, dont il sera d’ailleurs le fondement.
Voici une description saisissante de la maladie, empruntée à l’ouvrage de Caizergues:
«La grippe débutait ordinairement, aux heures du soir, par des frissons vagues et irréguliers, alternant avec des bougées de chaleur, et se manifestait ensuite par des lassitudes et des douleurs dans les membres, qui ôtaient comme brisés; de la pesanteur de tête, de la rougeur, avec larmoiement des yeux ; des élernumenls fréquents, avec coryza el écoulement par le nez d’un liquide séreux abondant ; de l’enrouement, avec douleur à la gorge, de la toux, etc. ; le pouls était petit, serré et fréquent.
» Il y avait alors une céphalalgie très forte, un sentiment d’inquiétude et d’angoisse générales, avec une grande prostration des forces, difficulté el même impossibilité de se mouvoir ; la face offrait un caractère particulier de souffrance, elle était resserrée et grippée, comme on dit vulgairement ; des douleurs vives se faisaient ressentir aux épaules, aux reins, aux cuisses, et souvent dans toutes les articulations. Le mal de gorge était violent ; il y avait dysphagie, avec une excrétion très incommode, par les fau ces et la bouché, d’une quantité excessive de matières, tantôt séreuses, tantôt muqueuses el épaisses.
» La toux était vive el fréquente, elle avait un son particulier el quelque chose de spasmodique ; elle revenait par quintes et excitait des douleurs vives dans la région épigastrique et dans les hypochondres ; d’abord sèche, elle était suivie, vers la (in de la maladie, d’une expectoration de matières muqueuses plus ou moins épaisses ; les crachats n’ont été ni visqueux ni mêlés de sang.
» Les malades éprouvaient un sentiment de constriclion dou-
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loureuse dans la cavité thoracique, plus sensible dans sa région sternale. La dyspnée était grande ; cependant la percussion de la poitrine donnait un son normal, et l’auscultation ne faisait découvrir aucun signe de lésion des organes qu’elle contient; l’on ne percevait le plus souvent qu’un léger râle muqueux.
» Le pouls, qui au début était petit et serré, prenait du développement et de la force, mais rarement de la dureté.
» Le type de la lièvre était continu rémittent, et ses exacerbations se faisaient le soir et duraient toute la nuit.
» Le sommeil manquait, ou il était troublé par des rêves pénibles et une grande agitation.
» La peau était tantôt chaude et sèche, tantôt humide et couverte d’une sueur passagère qui disparaissait au moindre déplacement dans le lit.
» Je n’ai vu qu’une seule fois l’habitude du corps se couvrir d’un exanthème miliaire très abondant. Celle maladie exanthématique fut une complication et n’ofl’ril rien de critique ; elle suivit scs périodes ordinaires et se termina par la chute de l’épiderme en plaques très étendues.
» La langue était ordinairement humide, molle et recouverte d’un enduit blanchâtre ou jaune, elle ne fut jamais rouge et sèche; la bouche était pâteuse, mauvaise et parfois amère ; il y avait anorexie et dégoût pour toute espèce d’aliments ; la soif n’était pas vive.
» La constipation était le plus souvent opiniâtre.
» L’urine était rare, rouge et avait un sédiment briqueté ; parfois elle était abondante et claire, et, sur la lin, elle présentait un dépôt de matière blanche et homogène. »
El plus loin :
« La grippe se terminait le plus souvent par des sueurs copieuses et générales, et quelquefois par des selles de matières plus ou moins liées. Elle laissait toujours après elle une très grande faiblesse et un sentiment de mélancolie et d’abattement moral que l’on ne pouvait s’expliquer.
» L’inappétence allait jusqu’au dégoût pour tous les aliments; l’amertume de la bouche et la difficulté des digestions se faisaient
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observer longtemps encore après la cessation entière de la maladie, et les organes ne se rétablissaient qu’à la longue de l’état de langueur et d’atonie dont ils avaient été frappés-.»
Celle Citation, bien qu’un peu longue, présente un intérêt capital, une importance décisive : il est difficile de condenser en moins de mots un tableau plus net. Il est impossible, en rapprochant cette description de ce que nous avons observé, de nier l’identité nosologique de l’épidémie actuelle avec ce que Caizergues appelle l’épidémie nervoso-calarrhale de 1837.
Tout au plus peut-on dire que l’élément catarrhal a été un peu plus intense dans l’épidémie de 1837.
Donc, en restant sur le terrain clinique, en nous appuyant sur ce document précieux issu d’un clinicien monlpelliérain, nous pouvons affirme r que la maladie régnante est bien la grippe.
Avons-nous, par celle déclaration finale, épuisé la question et faut-il jeter la dengue par-dessus bord ? Faut-il établir une ligne de démarcation absolue entre la dengue et la grippe?
Je ne le crois pas.
Lorsqu’on vient déliré l'histoire de la fièvre rouge, et lorsqu’on la compare à la maladie que nous observons, l’esprit est hanté par les analogies frappantes qui, au point de vue symptomatique, rapprochent les faits constituant notre premier type de certaines formes de dengue. Des deux côtés on voit, en outre, une dillusion, une généralisation, une universalité identiques. De plus, il est curieux de constater que les deux maladies, dont l’une vient du Nord et l’autre émane du Sud, régnent dans des zones différentes. Elles ne se superposent jamais, et leurs domaines affleurent, se louchent, sans se pénétrer d’une manière bien nette.
On est tenté, en réfléchissant à tout cela, de conclure que les deux maladies, grippe et dengue, pourraient bien avoir entre elles quelque parenté nosologique.
Leurs différences symptomatiques, très nettes et très réelles, comme nous l’avons établi, tiendraient plutôt à leur siège différent, aux climats opposés dans lesquels on les observe, qu’à leur nature proprement dite.