‹ Leçons sur la messe [microform]Chapitre 10 sur 97 · SUR LA · texte numérisé non relu

SUR LA

Le Missel Romain, c'est-à-dire le livre qui nous donne le texte des chants, des leçons, des prières, des rubriques de nos messes, a été publié officiellement par les soins du Saint-Siège sur la demande du concile de Trente. Le concile, en effet, avait mis dans son programme de réforme de l'Église une révision des livres liturgiques romains, en vue de les ramener à leur tradition la plus sûre, et de préparer ainsi l'unité liturgique par l'attrait d'une liturgie que ses origines faisaient plus vénérable qu'aucune autre, que sa pureté rendrait plus désirable, et que l'autorité qui l'éditait saurait défendre. Le concile n'aborda l'affaire du Missel qu'en 1562, en même temps que l'affaire du Bréviaire. L'entreprise était de longue haleine, et le concile touchait à sa fin : il dut renoncer à donner les éditions projetées, qu'il remit à la dili-

gcnce du Saint-Siège ^. Le pape Pie IV (1559-1565) ne devait pas voir achever le travail, qui n'aboutit que sous Pie V, son successeur.

Le Missel Romain révisé fut publié par lui, avec en têtcî la bulle Quo primum qui lui donne sa date historique, 14 juillet 1570. Saint Pie V déclare avoir eu pour dessein de restituer le Missel dans sa norme ancienne [ad prisiinam sanctoriim Patrum no?'mam), et vouloir que ce Missel restauré soit obligatoiredans toutes lesEglises du monde chrétien (latin). Exception est faite seulement des Églises ou des ordres qui ont une liturgie propre approuvée par le Siège Apostolique ou justifiée par une coutume ininterrompue remontant à plus de deux cents ans. Cette sage exception a sauvé la liturgie d'Églises comme Milan, Lyon, Tolède, Braga, d'ordres commcj les Chartreux et les Dominicains.

Le Missel Romain de 1570 est la première édition . donnée par le Saint-Siège : d'autres suivront, sous Clément VIII, sous Urbain VIII. Le Missel Romain n'a pas été retouché depuis, abstraction faite des messes nouvelles qu'on a dû introduire pour des fêtes nouvelles dans le propre des saints.

Le Missel Romain de 1570 n'était pas le premier Missel Romain imprimé, tant s'en faut. L'édition princeps remontait à 1474 et avait été donnée à

i.: Concil. Tridentin. sess. XXV, 6 décembre 1663, décret De indice librorum et catechîsmo, breviario et missali. Voyez Pt B. Histoire au Bréviaire Romain (1911), p . 299

Milan. Une société anglaise de bibliophiles et de liturgistes, la Henry-Bradshaw-Society bien connue, a eu la bonne pensée de réimprimer cette édition princeps^ et d'y joindre, dans un volume complémentaire, une collation du Missel Romain de 1474 avec les quatorze éditions imprimées avant 1570, soit à Venise, soit à Paris, soit à Lyon 2. Le titre complet du missel de 1474 est : Incipit ordo Missalis secundum consuetudinem Romane Curie : nous reparlerons de ce titre historique.

L'édition de la Henry-Bradshaw-Society a mis en lumière que, en ce qui concerne l'ordinaire de la messe, le missel de Pie V diffère du missel de 1474 par quelques minimes additions. — L'oraison jaculatoire Per evangelica dicta deleantur nostra delicta, que le prêtre prononce à voix basse en baisant le saint Évangile, manque au missel de 1474 et aux missels antérieurs à celui de 1570. Elle ne date pas de 1570 pour autant, car on en trouve d'analogues dans des manuscrits de l'ordinaire de la messe au xn^ siècle, au xiii^. — U Orate fratres est fidèle en 1474 à la leçon Orate pro me /ratres, qui se maintient dans tous les missels antérieurs à 1570 (sauf Venise 1505). — En 1474, la messe se termine par la bénédiction du prêtre, et c'est seulement après avoir donné la bénédiction que le prêtre récite à voix basse la prière Placeat tibi sancta Trinitas, qu'il achève en baisant l'autel. Le missel de Pie V a placé la prière Placeat et le baiseraent de l'autel avant la bénédiction. — La formule de la bénédiction varie

1. Missale Romanum Mediolani 1474, edited by Robcrl Lippe (London 1899). Le volume complémentaire a paru en 1907.

2. Venise 1481, 14SS, 1493, 180S, 1508, 1509, 1543, 1558, 1560, 1561. Paris 1S15, 1530, 1540. Lyon 1516.

dans les missels antérieurs à celui de 1570, qui Ta fixée définitivement. — L'évangile de saint Jean n'est devenu de règle qu'avec le missel de 1570. Ce n'était pas cependant une innovation. L'usage de le réciter une fois la messe finie {finita missa) est signalé par Durand de Mende comme une dévotion (|Ue quelques-uns [quidam) veulent introduire, cela à la fin du xiii* siècle^ En 1502, VOrdo missae publié par Burckard, d'ordre d'Alexandre VI, consacre déjà cette dévotion 2. Lé Cérémonial des évêques (publié par le pape Clément VIII, en 1600) fait du dernier évangile une prière que l'évêque récite à voix basse en quittant l'autel et en revenant à la Racristie.

A ces détails près, l'ordinaire delà messe était très fermement fixé à l'époque où s'imprima le, missel de 1474, du moins l'ordinaire conforme à la coutume de la Cour de Rome, qui est un ordinaire que l'on voit apparaître dans les manuscrits au xiii® siècle. A défaut d'un inventaire intégral des missels manuscrits existant aujourd'hui dans les bibliothèques du monde, on peut consulter le précieux inventaire descriptif dressé par A. Ebner^, des sacramentaires et

'i. DuiiAND, Ralional. iv, 24, S. Encore Durand suppose-t-il que l'on peut dire soit l'évangile de saini ean, soit quelque autre (euangelium sanctiloannis velaliud). En 1558, dans la congrégation générale qui précède l'élection du successevu' de saint Ignace, les Jésuites émettent la résolution suivante : « lie missa etiam et de eius ceremoniis actum est, et constitutum : ui S('<iueremur usum romanum, secundum rationem conslitulionum, omisse psalmo Jwdica meDeus, et in fine dicendo Evangelium Lucae Loguen^eZesM ad <Mr6as,vel In pnncipio erat Verbum, pro uniuscuiusque devolione ». Congreg. Gen. I, décret, ante elect. 93. (Je dois ce texte très intéressant à une obïir géante communication dos PP. Brucker et Lebreton).

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