‹ Leçons sur la messe [microform]Chapitre 16 sur 97 · Warner, The Stoiue Missal (131i>), p · texte numérisé non relu

Warner, The Stoiue Missal (131i>), p

notre texte reçu, qui s'adresse à Dieu contemplé dans son unité, comme à Dieu dans son unité étaient offerts les sacrifices des patriarches. Cela est fort bien dit par le texte du Veni sanctificator qui se rencontre au xiii® siècle dans tel missel de la Cour de Rome et des Mineurs (Ebner, p. 314) :

Veni, sanctificator omnipotens aeterne Deus, et benedic hoc sacriflcium ab indignis manibus tuo nomini praeparatum, et descende invisibiliter in hanc hostiam qui visibiliter in patrum hostias descendisti.

Moïse et Salomon ont prié le Seigneur et le feu du ciel est descendu qui a consumé l'holocauste {II Mac. u, 10).

La messe papale du vin® siècle, celle de VOrdo romanus /et du Sacramentaire Grégorien, a donné à la liturgie de l'Occident carolingien l'ordinaire de la . messe. Dépouillé de la solennité que lui valaient ses assistants, ses ministres, ses parties chantées, cet ordinaire est devenu l'ordinaire de la messe privée, de la messe basse, de la messe solitaire, où le prêtre n'a qu'un servant avec lui. La dévotion privée a sa place dans la messe privée : de là les prières privées introduites dans l'ordinaire de la messe entre le x® siècle et le xiii®, que nous venons d'examiner.

Elles sont des surcharges, évidemment, et elles sont dues aux initiatives de l'usage. L'étonnant est que pareilles initiatives n'aient pas engendré de confusion. En réalité, ces initiatives n'ont eu de jeu q\ie dans la zone de l'offertoire et dans la zone de la communion, jointes à celles de l'arrivée du prêtre à

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l'autel et de la fin de la messe : elles se sont glissées dans des interstices. Si l'on veut bien comparer l'ordinaire de la messe de Paris conservé par les Frères Prêcheurs à celui de la Cour de Rome et des Mineurs, on se rendra compte que Paris et Rome, au XIII® siècle, diffèrent seulement dans les zones que nous venons de dire, encore ces différences sont-elles de pur détail.

Des prières introduites ainsi dans la messe privée, les unes ont pour raison d'être d'accompagner tel geste qui, dans la messe papale, s'accomplissait en silence : la liturgie veille ainsi à préserver la piété du célébrant contre l'automatisme et à pénétrer cette piété du sens spirituel de ses gestes. Les autres prières sont destinées à rappeler au célébrant les sentiments qui doivent être les siens quand il monte à l'autel, quand il offre l'oblation, quand il s'apprête à communier, quand il vient de communier : elles sont faites pour inculquer au prêtre les scrupules de conscience que sa fonction lui doit donner, et la foi affectueuse qu'il doit avoir pour le sacrement de l'autel.

Soyons reconnaissants au Missel Romain d'avoir préservé une indication qui, dans le Sacramentaire Grégorien (soit au temps du pape Hadrien, 772-795), et dans les livres liturgiques romains du vii^ siècle déjà, par exemple l'évangéliaire de Wurzbourg', se lisait en tête des messe^s du propre du temps : l'indication de la basilique de Rome où la messe du |our est célébrée. Cette indication n'avait d'intérêt qu'à Rome, tant il y a que le Sacramentaire Gélasien (qui est un sacramentaire romain adapté à l'usage franc, vii« siècle) la néglige. Précieuse indication cependant, qui n'a pas seulement la vertu d'évoquer à notre pensée les basiliques romaines dont elle met le nom sous nos yeux, mais de perpétuer un souvenir des premiers âges chrétiens.

Cette indication figure au Missel en tête des messes des Quatre-Temps, des messes des dimanches

i. Dom G. MoRiN, « Liturgie et basiliques de Rome au milieu du vu» siècle d'après lea listes d'évangiles de Wùrzburg », Revue bénédictine, 1911, p. 206-330. — H. Grisar, Histoire de Rome et des papes au Moyen Age, trad. Lkdos (1906), 1. 1, p. 1S4-167. Du même, Das Missale im Lic'nte rômischer Stadlgcschichte (192i>). M. Armelliki, Le Chiese di Rama dal sccolo IV al XIX (1891)

de l'Avent, de la Septuagésime, de la Sexagésime, de la Quinquagésime, des dimanches et des feries de carême, du saint jour de Pâques et de son octave, des fériés des litanies majeures, de l'Ascension, de la vigile et du jour de la Pentecôte ainsi que de son octave. On y joindra la vigile et le jour de Noël, le jour de la Circoncision et le jour de l'Epiphanie. Je citerai au hasard le troisième dimanche de carême et la semaine qui le suit, en donnant le texte du Sacramentaire Grégorien :

Die dominica ad sanctum Laurentium foris murum.

Feria II ad sanctum Marcum.

Feria III ad sanctam Pudentianam.

Feria IV ad sanctum Xystum.

Feria V ad sanctos Cosmam et ûamianum.

Feria VI ad sanctum Laurentium in Lucinae.

Sabbatum ad sanctam Susannam.

L'évangéliaire de Wurzbourg (vu® siècle) a la même rédaction que le Sacramentaire Grégorien. Le Missel Romain reproduit ces indications, qu'il complète en y introduisant le mot statio :

Feria II Statio ad sanctum Marcum.

Dans la langue chrétienne^ , le mot statio désigne avant tout l'assemblée plénière des fidèles d'une Église, l'assemblée présidée par l'évêque entouré

1. Le mot statio (oxaTÎtov en grec) se trouve dans l'ôpigraphîe de l'époque impériale, à Pouzzoles, par exemple, où il désigne l'immeuble dans lequel se réunit le collège des marchands Tyrieng. Ditten- BERGER, Orientis graeci inscriptiones seleclae, t. 11(1908), n. «93, et la noie (l'inscription est de 114). On y voit que les Tyriens avaient à Rome aussi une statio. Le mot désignait donc une sorte de club ou cercle d'étrangers. Cf. Sceton. New, 37 et Ptm. Nat. histor. xvi, 236.

de son clergé, pas nécessairement une assemblée liturgique, mais primitivement et essentiellement l'assemblée de toute l'Eglise.^

Saint Cyprien emploie le mot statio avec ce sens dans une lettre qu'il écrit au pape Cornélius et où il lui parle d'une assemblée, statio, quelque peu tumultueuse qu'il a ainsi présidée à Carthage [Epistul. XLiv, 2). Le pape Cornélius lui écrit de son côté qu'il a réuni son clergé [presbyteriu/n) et son peuple, et il lui fait part des décisions prises, en dépêchant pour les lui porter un acolyte romain, qui, pour plus de hâte, est allé droit de l'assemblée au bateau, « Niceforum acoluthum descendere ad navigandum festinantem de statione ad vos statim dimisi », afin que l'évêque de Carthage fût ainsi comme en présence de l'assemblée du clergé et du peuple de Rome, « velut praesens in isto clero et in isto populi coetu » [Epistul. xlix, 3). Notez bien : Nicéphore est parti incontinent de statione, de l'assemblée.

Tel est le sens ecclésiastique donné au mot statio, à Carthage et à Rome, au milieu du iii^ siècle ^'.

Le mot statio, au sens d'assemblée plénière du clergé et de tous les fidèles, s'est conservé dans la langue ecclésiastique de Rome, pour désigner la messe que le pape célèbre à un jour dit dans telle ou telle basilique, et à laquelle assiste tout le clergé romain, de même que tous les fidèles y sont convo-

1. Cet emploi de statio est différent de celui dont témoignent le Pasteur d'Hermas (Sewi. v, -i) et Tertullien {De orat, 19; Ad uxor. n, 4; etc.). pour qui dies stationis est un jour de jeûne. Haunack, Militia Christî (1905), p. 35-36. Dans la langue militaire, statio désigne un poste qui veille et garde, et staiionarius est une sentinelle ou un factionnaire.

qués. Ainsi en est-il à Rome au v® siècle, où nous voyons le pape Hilaire (461-468) constituer un service de vases sacrés [ministeria) d'or et d'argent qui doivent être transportés à la basilique où la station se célèbre : « In urbe Roma constituit ministeria qui cîr cuir eut constîtutas stationes », lisons-nous dans la notice du pape Hilaire ^ . Suit l'inventaire de cette orfèvrerie liturgique.

En première ligne, un scyphus stationai'ius d'or^, qui pèse huit livres d'or. Puis vingt-cinq scz/p/^/ d'argent, pesant chacun dix livres. Puis vingt-cinq amae d'argent, pesant chacune dix livres. Puis cinquante calices minisieriales d'argent, pesant chacun deux livres. Le scyphus stationarius d'or est le calice à anses qui servira au pontife pour la consécration. Les amae sont les vases destinés à recevoir le vin offert par les fidèles, chaque fidèle apportant son amula de vin. Les calices minisieriales sont des calices servant à distribuer la communion sous l'espèce du. vin. Pourquoi vingt-cinq amae, vingt-cinq scyphiy cinquante calices?

La raison en est que le pape célébrait, et que les vingt-cinq paroisses ou tituli que comptait Rome au V* siècle venaient à la basilique de la station accompagnées de leurs prêtres ; voilà pourquoi on prévoit vingt-cinq vases d'argent pour recevoir le vin des fidèles présents, et cinquante calices pour leur distribuer la communion (les femmes d'un côté, les

1. Lib. ponlif. t. T, p. 2W. Rapprochez Gros. Adv. pagan. YII, 33 : « ... Pétri apostoli sacra ministeria. »

2. Le scyphus liturgique est le axûçoç de l'antiquité classique grecque et romaine. Voyez, dans le Diclionn, deDAREMUEUG, l'article « Scyphus » de E. Pottior.

hommes de l'autre) : chaque paroisse a un scyphus d'argent à elle destiné, et l'inventaire le dit proprement, quand il mentionne les « scyphos argenteos XXVpe?' titulos y> . La messe stationale était, sinon la réalité, du moins là représentation de toute l'Église de Rome avec son presbylerium indivis.

Une grande cité chrétienne comme Rome n'avaitelle donc qu'une messe, celle du pape, et seulement les jours de station ? Ce serait bien invraisemblable ^

Il est rapporté dans la notice du pape Miltiade (311-314), au Liber pontiflcalisj que ce pape aurait institué l'usage d'envoyer aux églises de Rome des oblations consacrées à la messe épiscopale [ut oblationes consecratas per ecclesias ex consecratu episcopi dirigerentur). Rome au temps du pape Miltiade comptait quarante et quelques basiliques, nous le savons par Optât de Milève (II, 4), et sans doute un prêtre par basilique, car, en 251, une lettre du pape Cornélius révèle que le clergé de Rome comp-tait quarante-six prêtres, contre sept diacres, sept sous-diacres et quarante-deux acolytes (Euseb, H, E. VI, 43, 11). Miltiade institua donc qu'on enverrait une portion des espèces consacrées par le pape à chacun des prêtres qui célébraient dans les basiliques urbaines, pour qu'ils la joignissent chacun à leur propre consécration comme on ferait d'un levain, ferinentum.

1. Voyez S. Léo. Epistul. IX, .2, qui pose d'ailleurs un problème difficile sur la réitération de la messe des sollemniores festivUales.

Le pape Innocent !•' (401-417) décrit cet usage du fermentum dans sa célèbre lettre à Decentius, évêque de Gubbio [Eugubium], et apporte des précisions instructives ^ . Les prêtres des paroisses urbaines ou titres ne pouvant, à cause du peuple qui est confié à leur charge, se réunir avec nous le dimanche [nobiscum convenîré), il ne convient pas qu'ils se croient pour autant séparés de nous, surtout à pareil \o\3Lv{maxi?ne illa die). C'est pourquoi ils reçoivent par des acolytes le fermentum par nous consacré [fermentum a nohis confectum). Cependant, ce que nous faisons pour les prêtres des titres qui sont à l'intérieur de Rome, nous ne le faisons pas pour les prêtres per parocMas, c'est-à-dire les prêtres des églises qui sont hors les murs, ni non plus pour les prêtres établis dans les divers cimetières, parce que l'on ne doit pas porter les sacramenta (les saintes espèces) à ces grandes distances, et parce que les prêtres (des églises suburbaines et) des cimetières ont tout pouvoir de célébrer sans nous les saints mystères : <iP}'esbyteri eorum conficiendorum iiis habent atque licentiain ».

Ainsi, à Rome, au début du v^ siècle, le peuple chrétien est devenu trop nombreux pour pouvoir le dimanche être convoqué et se rendre à la messe unique de son évêque. Donc chaque dimanche, en chaque titre ou paroisse intra muros, une messe sera célébrée par le prêtre du titre. Mais pour marquer l'unité de l'Église locale, qu'exprimait primitivement si bien l'unité de messe, on associera la messe des prêtres à la messe de l'évêque par l'envoi aux prêtres

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