L. Fischer, Die kirchlichen Qualember (1914), p
stations romaines du carême n'ont pas de documents plus anciens que le vii^ siècle environ ^ L'évang^éliaire de Wurzbourg- (vii^ siècle) est le plus ancien de ces documents. L'objectivité sévère de M^' Duchesne pourra être utilement complétée par les ingénieuses inductions de Dom Morin, qui nous invitent à croire que l'ordonnance actuelle de la liturgie du carême a été constituée dès la seconde moitié du v'' siècle, peut-être par le pape Simplicius (468-483), second successeur de saint Léon ^.
Plus anciennement de beaucoup on avait eu à Rome (et dans. toute l'Église) les messes des anniversaires de martyrs^, tjn calendrier romain daté de l'année 354 donne, sous, le titre de Depositio martyruiiiy une'liste de ces anniversaire» : saint Fabien, sainte Agnès, saint X.y.stuS), saint, Laurent, saint Galliste,, saint, Hermès, etc. Chacun de ces anniversaires eat. célébré dans. le cimetière où, le martyr repose, et l'on raarquesoitilenom du cimetière, soit le nom de la voie : saints-: Abdou; et Senen au. cimetière de Pontien ou « à l'ours coiffé », sainte Agnès sur la vai© No-. mentane, etc. Il s'y ajoute des anniversaires de martyrs étmngers.i vénérés à Rome et localisés. eux aussi dans des cimetières romains, comme saint Gyprîen au, cimetière de, Galliste.
i. Duchesse, O^'if/ïaesj.iv 2S6.
3. Au6. Bermo cccx, 1 •: « ,{Cypriani) natalepi hodie siçut j[\p^,*elie bi-amus. Quod noiQeB.sicfïeqneotat'Ecclesia,,id,est papales, irtJiaU-: les vocet preliosas maçtjTam.^mortes. Sic, Jnqîiam, hoc nQmçP;, fréquentât Ecclesia, ut etiam quimonsunt inilla hoc diça^it ,cum;illa?.. Voyez H, DELEHAYEH,i<2e;<)re<)'«î«s dtt.cî<W!(?,d§»,,m«.r?i/r»,(1912),,p» 44-59.
m KAL. AUG-. Abdos et Sennes in Pontiani quod est ad iirsiim piliatum.
viii iDus AUG, Xysti in Calisli.
IV IDUS AUG. Laurenti in Tiburtina.
xiii KAL. OCTOB. CypHani Africae. Romae celebratur in Calisli.
Pri. IDUS OGTO. Calistiinuia Aurélia, miliario ITI.
Tout le calendrier romain de 354 serait à citer, ces quelques lignes en donneront du moins une idée ^ . Un natale était une fête fixe qui revenait chaque année à sa date. On ne manquait pas d'ailleurs d'annoncer la fête quelques jours à l'avance. II s'y faisait un grand concours de peuple, qu'encoui'ageait la présence de l'évêque, au moins aux plus solennels anniversaires, celui de saint Laurent, par exemple, qu'a clianté le poète Prudence. Le sol jonché de fleurs, des guirlandes de feuillage aux portes :
Spargite flore solum, praetexite limina sertis ".
Ces fêtes locales ont été au iv® siècle et encore au début du v® un puissant moyen dont l'Eglise s'est servie pour détacher le peuple des spectacles que le peuple romain a tant aimés. Saint Augustin prêchant à Cartilage termine son sermon par cet avis : « Nous invitons Votre Charité pour demain encore. Demain, les païens auront, m'a-t-on dit, au théâtre (une grande attraction, un spectacle naval), la mer : eh bien! nous chrétiens, ayons le port, le port qui est
4; voyez le texte dans l'édition dn Lib, pontif. 1. 1, p. li-iO. On a un calendrier analogue pour Carthage. Il porte en titre : « Hic continentur dies nataliciorum martyrum et depositiones episeqporum quos Ecclesîa Cartagenis anniversaria célébrant » (Preuschen, Analecta, p. 123). Dbi^biye, p. ns-419.
2. PAULIN» NOL. Poem. xiv, 110. Cf. Hieronïm. Epistul. lx, 12,
le Christ. Donc demain rendez-vous à la mensa CyprianV. »
L'anniversaire du martyr ne se célébrait pas sans une messe. Au m* siècle, saint Cyprien nous apprend qu'ilenétait déjà ainsi. Prenez garde, dira plus tard saint Augustin, que ni nous ne consacrons de sacerdoces, ni nous n'offrons de sacrifices, à nos martyrs. Lequel de nos fidèles ajamais entendu l'évêque, debout à l'autel construit en l'honneur et pour le culte de Dieu, fut-ce sur le saint corps du martyr, dire dans les prières : J'offre ce sacrifice à toi, Pierre, ou Paul, ou Cyprien? Non, au tombeau des martyrs, c'est à Dieu que le sacrifice est offert, parce que c'est Dieu qui les fit hommes et martyrs : dans de telles réunions liturgiques, nous rendons grâces à Dieu de leurs victoires et nous nous encourageons à les imiter. Ce texte de la Cité de Dieu (viii, 27) renferme des traits de valeur. 11 nous montre « ...stantem sacerdotem ad altare etiain super sanctum corpus martyi'is ad Dei honoremcultumque constructum » : un autel fixe, un autel construit sur le corps du martyr {super sanctum corpus), ei VéYèqxae [sacerdotem) debout à l'autel, prononçant les prières du saint sacrifice, car cette, messe est un sacrifice offert à Diou: «... dicere in precibus : Offero tibi sacriflcium... » Mais pareille messe n'est pas célébrée dans la memoria ou crypte du martyr, sans que l'on ne rende grâce à Dieu de la gloire de son martyr, « ut ea celebritate et Dec vero de illorum victoriis gratias agamus » .
A dater de la prise de Rome par Alaric en 410, commence le déclin liturgique des cimetières ro-
1. AuG. Enarr. in psalm. lxxx, 23. La mensa Cyprîani était la Dastlique élevée sur le lieu du martyre de saint Cyprien.
mains et l'immigration mira muros de la dévotion aux martyrs, dont la fête se célébrera désormais dans la basilique urbaine qui abrite les reliques du saint ou qui porte son nom. Le natale du saint sera ainsi assimilé aux stations du propre du temps, etsolennisé comme elles par une messe à laquelle le pape assistera. luG Liber pontificalis rapporte dupape Vigile (537-555) comment, sur l'ordre de l'impératrice ïhéodora, il est arrêté et conduit à Gonstantinople. L'événement est de l'année 545. L'impératrice a donné ordre de se saisir du pape où qu'on le, trouve, sauf s'il est dans la basilique de Saint-Pierre dont on devra respecter le droit d'asile. L'officier impérial chargé d'arrêter le pape le trouve dans l'église de Sainte-Cécile, le 22 novembre : « Erat enîm dies natalis eius » [Lib. pontif. t. I, p. 297). Le 22 novembre est en effet le jour de la fête de sainte Cécile, le jour où son natale était célébré dans la basilique du Transtevere qui portait son nom.
Le calendrier romain de 354 nous a montré que l'on célébrait dans le cimetière de Calliste le natale de saint Gyprien : Rome, qui avait adopté le grand évêque de Carthage, rendit le même honneur à bien d'autres étrangers. Il suffisait que la dévotion d'un donateur eût mis sous leur vocable une église qui s'élevait intra muros pour que l'anniversaire de la dédicace devînt l'anniversaire du saint, ou inversement : ainsi s'explique le culte à Rome des deux martyrs milanais Gervais et Protais auxquels la riche romaine Vestina attribua la basilique par elle édifiée au temps du pape Innocent P' (401-417).
Une autre évolution se produisit, qui consista en ce que telle grande basilique abrita, du fait d'un
donateur autorisé, le >culte de saints autres que celui dont elle portait le nom. il suffît ^e jeter lesyeux sur le iplan de l'ancienne basilique ,de Saint- Pierre, dressé au kvi® siècle ^fxar Alfarano, quand la mémoire était fraîche encore du grand édifice •constantinien démoli, pour cocaiprendre comment la basilique s'est peuplée au cours des âges d'autels isolés, et d'oratoires aussi, blottis à l'ombre -de ses murailles. On eut ainsi apu,d sanctum Petrum une petite basilique de ^aint André, un oratoire de l'apôtre saint Thomas, autant pour les saints Cassiajius, Protus, Yacinthus, autantpour saint Apollinaire, autant pour saint Sossius, enfin dans le baptis- ^tère un oratoire de la sainteGroix, puis de saint Jean Baptiste, puis de saint Jeain rEvangéliste(Z//5'./7o/e^«/. t. I, p. 261). Je ne cite, entre bien d'autres, que ces oratoires, parce que ce sont les plus anciens, et •qu'ils sont tous d'un même pape, le pape Symmaque (498-514). A^l'extrême fin du v« siècle, la loiqui voulait qu'une basilique n'eût qu'iun autel fléchissait sous la pression delà dévotion aux petits oratoires où l'on installait une « confession », c'est-à-dire un autel en l'honneur d'un martyr et enrichi de ses reliques.
Messes stationales du propre du tenxps, messes des fêtes des martyrs, ajoutons-y les messes des anniversaires de dédicaces d'églises, nous n'avons jusqu'ici que des messes solennelles. Voici maintenant les messes privées.
La dévotion aux memoriae martyrmn vénérées dans les cimetières chrétiens a conduit les fidèles à
LE CA':RE de la messe romaine antique. 43
croire qu'il n'était pas de lieu de sépulture plus enviable que les entours d'une tombe ou memorîa de martyr : il semblait que ce voisinage assurât une protection au défunt dans l'autre vie. ÎDatis son petit ivîàXéDe cura pj'o mortuis gerenda, sans encourager ni décourager cette croyance populaire, saint Augustin suggère aux fidèles de son temps que l'utiique secours que nous puissions procurer aux morts 'est celui de nos aumônes, de nos prières, du sacri- 'fice de la messe : recommandons-les au martyr dont nous visitons la memoria en même temps que leurs, tombes, et persuadons-nous que rien ne sert aux défunts sinon « quodpro eis sive altarîssive orationum sive eleemosynarum sacrificiis solemniter supplia camus » [De cura^ 22). Augustin témoigne là même que l'usage est d'être enterré auprès des martyrs : a Qwisque apud memorias martyrum sepelitur ». 11 témoigne aussi que, à dates fermes, on vient supplier pour les morts, « 'solsmnîUi^ siipplicafrius », et que ces supplications, qu'accompagnent des disliributions d'aumônes, ne vont pas sans le sacrifice de l'autel ^ .
Lamesse célébrée dans les cimetières sur la tombe
i. Voyez Enchiridion, CX. — Ailleurs Augustin reproche (vers 420) à Vlncentius Victor, un laïque d'Afrique, de vouloir que l'on offrele saint 'Sacrifice pour les enfants morts sans baptême. Victor disait : < Sane jiro eis oblationes assidaas et offerenda iugiter sanctorum censeo sacriflciasacerdotum ». Ado. De anima,i, 10. Tertullien avait dit dé}à de la veuve chrétienne : « Pro animti etus(son mari défunt) orat.... et offert annuis dicbus donnitionis eius ». De monogam. 10. — Qui voudra avoir une bonne expression de la doctrine, pourra recourir à cette oraison (prise parmi les oraisons super de/\(nc(o3)âu Sacramentaire Léonien : « Deus, cui soli competit medicinam praestare post mortem, praesta quaesumus ut anima famuli lui iluus, terrenis exula contagiis, in tua(e) redemptionis parle numeretur.Per » (feltos, D. 147).
d'un défunt, à l'anniversaire de sa mort, est le type de la messe privée, par contraste avec la messe stationale. Des messes privées pouvaient être célébrées ailleurs que dans les cimetières et à d'autres intentions que les défunts.
Le (second) concile de Garthage, que l'on place vers 387-390, a un canon (can. 9) où s'exprime la plainte de voir « en certains lieux des prêtres simplement ignorants ou audacieusement retors, célébrer la messe dans maints domiciles (privés), sans l'avis de l'évêque, ce qui est incompatible avec la discipline ». Nous en conclurons que, avec la permission de l'évêque, des messes peuvent être célébrées par un prêtre à domicile, « in domiciliis » ^
L'évêque d'Hippone raconte, au livre xxii (8, 6) de la Cité de Dieu, qu'un vir tribunitius, un ancien officier de l'armée romaine, nommé Hesperius, avait un domaine nommé Zubedi, dans le territoire de Fussala, lequel était à vingt lieues d'Hippone. Il arriva que les gens et les bêtes de ce domaine furent affligés par les esprits malins : Augustin ne nous dit pas sous quelle forme. Hesperius, qui habitait Hippone, demanda, en l'absence d'Augustin, à ses prêtres d'envoyer l'un d'eux à Zubedi pour chasser par des prières les esprits malfaisants. Un prêtre s'y rendit, en effet, il célébra les saints mystères, il pria tant qu'il put, pour que cette calamité prît fin. Et par la miséricorde de Dieu elle prit fin aussitôt. La suite du récit d'Augustin prouve que, à Zubedi, il n'existait à ce moment pas d'église, car peu de temps après Hesperius profitera du pas-
\. Ce canon sera adopté par le concile de Constantinople in Trulîo, en 692, can. 31. Rapprochez Basil. Epislul. cxcix, 17.
sage de l'évêque d'Hippone à proximité de son domaine pour obtenir qu'il permette d'élever là un orationum locus où les chrétiens de l'endroit puissent se réunir et célébrer les exercices du culte, « ad celehranda quae Dei sunt congregari ». Il reste donc que le prêtre qui est venu chasser les mauvais esprits, a célébré la messe sans église, donc sans l'appareil usité dans une église, et nul doute que ce ne soit une messe qu'il a célébrée : « Perrexit uniis^ optalitibi sacriflcium coi'poris Christi ». Le « lieu de prières » accordé par l'évêque d'Hippone à ce propriétaire d'un domaine rural est un exemple d'oratoire domestique, comme on en connaît à Rome même. L'oratoire de Sainte -Félicité, à côté des thermes de Trajan, est une chapelle encore existante, exiguë, décorée d'une peinture du v^ siècle ou du début du vi^, une chapelle élevée apparemment à là suite d'un vœu à la sainte patronne des femmes romaines (c«//;'/:r romanarum] ^ On signale proche des thermes de Dioclétien les restes dispersés de deux oratoires domestiques analogues, mais plus anciens (iv^ siècle) , dont l'un paraît s'être rattaché à la famille célèbre du sénateur Pudens. Paulinus raconte de saint Ambroise que, après avoir été fait évêque, il fit une visite à Rome, et que là il fut invité par une chrétienne du plus haut rang à célébrer la messe dans sa maison : « ... cunzy trans Tiberim apud clarissimam quamdam invitatus, sacrificium in domo offerret... ^ ».
i. Armellini, Chiese di Roma, p. 136-138. Sur ces oratoires, Guisar, Hist. de Rome, t.I, p. i7i-ilS. Cird.K.KUfOLL\, Santa Melania Giuniore (1903), p. 2î6-2r>0, P. Kirsch, • Santuari domestlci », Rendic. Accad.Rom. di Àrcheol. 1924, p. 27-43.
2. Pauun, Viia Ambras. 10. Le Missel de Bobbio (vu« siècle) a une
Une opinion, longtemps et naguère «ncore classique, a fait croire que jusqu'à la paix constantinienne les chrétiens conservèrent l'usage de célébrer les saimts mystères dans des oratoires domestiques ^ On assure au surplus que les chrétiens étaient des humiliores, des pauvres. Or, il est un fait certain, c'est que l'Église a joui dans le monde romain, au 111° siècle notamment, d'une liberté habituelle, interrompue seulement par des persécutions meurtrières, mais spasmodiques : cette liberté, qui comportait le droit de propriété corporative, lui adonné, dès le in° siècle, la faculté de construire les édifices que réclamait sa vie religieuse essentiellement communautaire. Et les communautés chrétiennes, au m* siècle, étaient riches, riches de la richesse de ceux de leurs fidèles qui appartenaient à la haute société, et riches de leur propriété collective.
Si, en 303,1a persécution dioclétienne confisqua ou démolit les églises du monde chrétien, c'est donc qu'il existait des églises partout sous le ciel. Peu de temps avant que n'éclatât la persécution, le païen Porphyre écrivait : « Les chrétiens, rivalisant avec les constructions de (nos) temples, édifient des maisons très grandes ([jieYfffTouç oi/touç), où ils s'assemblent
• Jiissa in domo cuiuslibet » (P. L. LXXII, S44). napprocliez Jaffe, di24, unelettr* de saint Grégoire sur ce sujet, et déjà le canon 19 du concile d'Arles de 314.
1. De Lastevrie, L'architecture religieuse en France à l'époque romane (1912), p. 2-3.
pour prier, bien que personne ne les empêche de faire cela dans leurs demeures (privées), le Seigneur apparemment entendant partout \ » Il a existé des procès-verbaux des saisies faites en 303 des églises de Rome, et un procès-verbal de restitution de ces mêmes églises au pape Miltiade, par ordre de Maxence, en 311 : l'évêque de Rome possédait donc en tant qu'évêque des églises^. Nous savons grâce à un texte d'Optat (cité déjà) que, vers 315, Rome ne comptait pas moins de quarante et quelques basiliques chrétiennes.
Personne n'est plus tenté aujourd'hui de chercher dans l'architecture des temples païens l'inspiration de l'architecture des églises chrétiennes : les temples n'étaient pas destinés à des assemblées de fidèles, ils étaient la maison du dieu, le sacrifice était offert au dieu sur le seuil de sa maison, ses fidèles étaient comme des clients qui saluaient le dieu à sa porte. Le culte ne comportait aucune prédication, aucune prière collective prononcée ou chantée, rien que l'offrande accompagnée parfois d'une formule sacerdotale ou carmen.
Mais que l'on se rappelle le mot de Porphyre : les chrétiens ont des « maisons très grandes ». Ces édifices constituent un ensemble désigné, au in^ siècle, par les écrivains chrétiens, sous le nom de domus Ecclesiae. Pareils termes s'ont déjà l'indice que la domus Ecclesiae est une combinaison architecturale que le christianisme a formée à son usage
\. A. Harnack, Mission und AusbreiCung (1906), t. II, p. 69. H. AciiEns, Das Chrislentum in den ersten drei Jahrhimderten (1912), t. II, p. 420-421.