VIII AVANT-PROPOS
naissant comme à la Gène, elle fait encore une large part à l'improvisation des formules, mais elle est réglée, comme la foi est réglée, comme tout est réglé dans l'Église. Le sens de la règle éliminera bientôt des formules toute improvisation.
Rome créera à son usage une littérature de préfaces et d'oraisons, qu'elle a marquée au sceau de sa latinité, de sa piété, de sa rigueur robuste et sobre. Ce qu'on a appelé « l'art triomphal », l'art chrétien du ive au vi" siècle, créera le décor des basiliques, toute la magnificence des mosaïques, des orfèvreries, des tissus, dont le vieux monde romain, sensible au prestige de la richesse, a voulu honorer la maison de Dieu, et dont nous nous faisons à peine l'idée. A cet « art triomphal » appartient la « cantilène romaine », le chant que nous appelons grégorien, qui se fait sa place alors dans la liturgie, et donne naissance aux graduels, aux alléluias, aux traits, et aux autres parties chantées de la messe. La scola cantorum apparaît. Une basilique constantinienne comme le Latran ou Saint-Pierre, avec son large presbyterium où prennent place sept évêques au moins et quelque vingt-cinq prêtres, avec son autel autour duquel évoluent les sept diacres et les acolytes et les sous-diacres, réclame que les mouvements de tous soient ré-
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glés : le cérémonial se forme. Il faut qu'il règle le dernier détail des gestes, il le fait. Langue liturgique, chant liturgique, gestes liturgiques, tout se fixe; à l'époque du pape saint Grégoire, il s'en faut de bien peu que cette œuvre soit achevée qui est la liturgie de la messe pontificale.
Les traits sont peu nombreux que Rome a empruntés aux usages de Jérusalem ou de Gonstantinople, et la liturgie carolingienne et germanique ne réagira sur la liturgie romaine qu'à partir du IX* siècle. La liturgie romaine est une pure chose romaine. Nous y retrouvons des détails de cérémonial qui perpétuent des usages romains de l'époque impériale. Le costume liturgique est, pour l'aube, la dalmatique, la chasuble, le costume des honestiores ronuùnsdu temps de Gonstantin et de Théodose. On peut dire de la liturgie romaine du temps de saint Grégoire ce que le tardif historiographe Jean Diacre dit de ce pape si parfaitement romain : « Nullus pontifiei famulantium, a niinimo usque ad maximum, barbarum quodlibet in sermone vel habita praeferebat » (II, 13).
La méthode historique a pour programme de retrouver la date de chaque chose, et de demander la signification des choses à leur origine. Elle considère la messe romaine comme une archi-