‹ Leçons sur la messe [microform]Chapitre 29 sur 97 · SOCRAT. n. E., V, 22ifp · texte numérisé non relu

SOCRAT. n. E., V, 22ifp

2. Beissel, Bildey, p. 82-8S. L'orientation des temples était déjà une règle pour les païens, cela bien montré par le P. Beissel. Toutefois, se tourner vers l'Orient pour prier est une pratique adoptée de très bonne heurs par les chrétiens pour la prière, pratique qui s'inspirait de Ps. Lxvn, 3"i. Voyez Basil. De spîr. sancto, C6.

accepté cette innovation : à la messe papale, le célébrant à l'autel garde le visage tourné vers l'assistance, quelle que soit l'orientation de la basilique. Mais une concession est faite : le pape, quand il est debout à sa cathedra, se tourne vers l'Orient. Cette concession alîeclait du reste assez peu la messe stationale, car les plus augustes basiliques de Rome,, comme le Latran, Saint-Pierre, Sainte- Marie-Majeure, et combien d'autres, ne sont pas orientées. A Rome, au iv* et au V siècle, on n'était guère porté vers ce symbolisme * .

Le pape est donc debout à sa cathedra, le chant ad introitum s'achève, on attaque le Kyrie eleison. La Scola répète les invocations [litania) autant de fois que veut le pontife, car c'est lui qui fixe ce nombre au prieur de la Scola. Notre Ordo, qui suppose que le pape regarde l'Orient, note qu'il se retourne vers le peuple pour entonner le Gloria in excelsis, se remet ensuite face à l'Orient, et reste debout jusqu'à la fin du chant. Le Gloria in excelsis achevé, le pape se retourne à nouveau vers le peuple pour dire : Pax vobis. Puis, se remettant face à l'Orient, il dit Oremus et la coHecte du jour. Et c'est seulement après la collecte qu'il s'asseoit. Les évêques et les .prêtres s'assoient en même temps que lui, sur un geste du pape les y invitant. Évêques et prêtres exceptés, l'assistance reste debout, et restera debout tout le temps que durera la cérémonie. Le «ous-diacre. qui doit lire l'épître, sitôt qu'il voit que le pontife, les évêques et les prêtres sont assis, monte à l'ambon et lit la leçon assignée au

1. Sur les raisons de ce symbolisme, voyez S. Thomas, Summ, theol.. ip n»°, q. 84, a. 3, ad 3.

jour. Il n'y a qu'un ambon, qui sert aussi bien à la lecture de l'épître, au chant du graduel, à la lecture de l'Évangile,, et, s'il était besoin, à l'homélie. On accède à l'ambon par des marches qui sont sur le côté; on en descend par des marches qui sont sur le côté opposé ' . Le sous-diacre de l'épître est remplacé à l'ambon par le chantre qui chante le graduel {j-esponsum}, et soit l'alleluia, soit le trait, soit simplement le graduel, selon le temps : il chante en ayant sous les yeux le livre de chant ou cantatorium.

Avec les liturgistes du Moyen Age, soulignons la différence de l'honneur rendu à l'épître et de l'honneur rendu à l'Évangile. L'épître est lue par un sous-diacre que personne n'accompagne à l'ambon. Innocent III (ii, 29) observe que de son temps il est, comme aujourd'hui, escorté d'un simple acolyte. Au contraire, l'Évangile va être conduit avec une pompe magnifique.

Le diacre qui doit lire l'Évangile vient baiser en silence les pieds du pontife, qui lui dit : Dominus sit in corde tuo et in lahiis tuis. Puis il va à l'autel, baise l'Evangile, élève le livre dans ses mains. Deux sous-diacres régionnaires se placent devant lui, qui garnissent d'encens l'encensoir [thymiama' terium) que porte un sous-diacre à la suite. Deux acolytes vont devant eux portant deux chandeliers [duo cereostata). On arrive à l'ambon. Les deux acolytes s'écartent, les deux sous-diacres aussi, le diacre pose un instant le livre sur le bras gauche

•1. Voyez l'ambon de la Basilica Maiorum de Carthage, reconstitué d'après un fragment retrouvé, Dictionn. deDom Cabrol, t. U, p. 2308, fis. 21G0.

de l'un des deux sous-diacres régionnaires, qui de la main droite doit désigner au diacre le feuillet où est marquée la leçon du jour. Le diacre met le doigt sur la leçon et monte à l'ambon où il la lit *. L'Ordo romanus I ne suppose pas que le diacre dise Dominus çobiscum, ni que l'assistance acclame Gloria tibi domine , rubriques gallicanes. L'usage romain, au viii« siècle, au xii^ encore, était que le diacre, quand il lisait l'Évangile, se tournât vers le midi, qui était dans la basilique le côté des hommes : Bernold de Constance [Micr-ol. 9) réclame pour le maintien de cette pratique romaine que l'on abandonne sous couleur d'annoncer l'Evangile au septentrion, à la nuit.

Remarquez : aucun encensement du livre 2. Mais un Romain du temps de saint Damase ou de saint Léon aurait reconnu le geste d'hommage rendu au livre sacré : on porte devant lui deux cierges allumés et l'encensoir. Pendant que le diacre à l'ambon lit l'Evangile, les deux cierges ou chandeliers sont posés à terre devant l'ambon ^.

Quand le diacre ayant fini sa lecture descend de l'ambon, le sous-diacre reçoit l'évangéliaire et le passe au sous-diacre à la suite, qui le tenant sur sa poitrine (recouverte de la planète) le présente

1. VOrdo I ne marque pas que le diacre en lisant rÈvanglle doive se tourner vers le nord, préoccupation qui apparaît au contraire dans VOrdo II et est une règle pour Innocent m.

2. L'encensementde l'évangéliaire est un rite plus récent, dont le plus ancien témoin est Jean d'Avranches (vers lOCS), De officîis ecclesiaslicis,ed. Delamare, p. 12. Innocent lli ne le connaît pas.

3. Dans les miniatures de la Notitia dignilalum [y siècle), lilex mandatorum du préfet du prétoire, posée sur une table drapée, est entre quatre cierges allumes.

à baiser « à tous », avant de l'enfermer dans l'écrin [capsa) scellé dans lequel il a été apporté du Latran et y sera rapporté. « A tous » s'entend (dans VOrdo 7'omanus 1) de tous ceux qui se trouvent sur les degrés qui séparent l'ambon de l'aire de l'abside : « Porrigit osculandum omnibus per ordinem graduum qui steterint », l'ambon étant (supposerons-nous) un peu en avant de ces marches. Cette dévotion deviendra un rite plus solennel. Dans VOrdo Ji, qui (nous l'avons dit) témoigne de la liturgie romaine transplantée en pays carolingien, le sous-diacre présente l'Evangile à baiser à l'évêque officiant d'abord, ensuite à tous ceux qui sont sur les degrés, « deinde omnibus per ordinem graduum qui steterint », puis à tout le clergé, puis au peuple, avant de replacer le livre en son lieu.

Sitôt que l'Évangile a été lii, le pontife dit : Pax tihi, qui évidemment s'adresse au diacre qui vient de lire l'Évangîle. Puis il dit à l'assistance : Dominus vobiscum. On répond : Et cuni spiritu tuo. Et le pontife prononce : Oremus.

Nous entrons dans l'offertoire. Au vin® siècle, à Rome, pas de sermon. Pas davantage de Credo.

La première démarche de l'offertoire consiste en ce que le diacre qui a .lu l'Évangile, précédé des deux cierges qui accompagnaient le livre, gagne l'autel. VOrdo de Saint-Amand observe ici que les deux cierges sont posés derrière l'autel {rétro

altare), entendez entre l'autel et l'assistance, et que les autres cierges sont posés de même*.

ÙOrdo I a négligé cette rubrique, pareillement VOrdo III. Elle est bien précieuse cependant, car elle est la plus ancienne mention de la présence de cierges à l'autel, à vrai dire derrière l'autel. Léon yi, dans l'instruction qui lui est attribuée, interdit de chanter la messe « sine lumine » . Même règle au temps de Grégoire VII {Microl. 11). Pour Innocent III, la règle est d'installer sur l'autel la croix et deux cierges : « Jn cornihus altaris duo sunt constituta candelahraj quae medlante criice faculas ferunt accensas » (II, 21). Mais dans un Ordo Romanus ^ copié en 1254, on lit, dans la description de la messe pontificale : « Notandum quod septem faculae debent esse in missa super altari ». Voilà les sept cierges installés sur l'autel. Ces sept cierges seront pour la symétrie réduits habituellement à six (xv* siècle), le nombre sept ne se maintenant plus qu'à la grand'messe pontificale.

Le diacre qui a lu l'Evangile est à l'autel, disons-nous : un acolyte lui présente le calice et un corporale. Le diacre étend le corporal sur l'autel, aidé par les autres diacres, ou au moins par l'un d'eux. Dès là qu'on se met au moins à deux pour l'étendre sur l'autel, le corporal n'est pas un petit carré de lin, mais une vraie nappe ^.

1. Voici les termes de VOrdo de Saint-Amand : « Et revertu diaconus ad altaie et ipsa cereostata ante eum, et ponunt ea rétro altare, seu et reliqua cereostata t. Il n'est pas queslion de les cleindre.

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