‹ Leçons sur la messe [microform]Chapitre 36 sur 97 · Jaffe, 15S · texte numérisé non relu

Jaffe, 15S

3. Voyez le Kyrie initial de la messe (vn»-vm' siècle) du &7oioa Missal (éd. Wakner), p. d. Bisnop, p. 439.

LEÇONS SUR LA ilESSE. 7

rtiésse d'ordinatioû, dansleSacramentaire Gélasien, le pontife (après l'introït et la collecte, il est vrai) annonce au peuple qui il va ordonner : si personne de l'assistance n'a rien à articuler contre les ordinands, on procède à l'ordination qui s'ouvre par le chant du Kyrie eleison avec litanie : « Incipiunt omnes Kyrie eleison cuni litania » (Wilson, p. 22). Supposé que le Kyrie eleison ait été introduit à Rome vers l'an 500, la litanie proprement dite est une forme certainement plus ancienne. Le jour de la bataille qu'il livre à Maximin Daïa, le 1" mai 313, Licinius (qui n'est pas chrétien) fait chanter par soïi armée un chant dont Lactanoe nous a conservé le texte et qui est une véritable litanie :

Summe deus te rogamus.

Sancte deus te rogamus...

Summe sancte deus preces nostras exaudi.

Brachia noslra ad te tendimus exaudi^..

La litanie est ainsi une prière par acclamations. La liturgie lui gardera ce caractère : dans le chant de la litanie, en effet, on répétait (au xii^ siècle encore) chaque invocation soit trois fois, soit cinq fois, soit sept fois 2. \] Ordo romanus XI (xii® siècle), décrivant les processions des Rogations, énonce que, quand on arrive en face du Colysée, un sousdiacre commence la litanie septiforme [septîformis litania) et que les clercs qui suivent répètent l'invocation jusqu'à sept fois. Après l'arrêt à Santa-Maria

1. Lactant. De morte persec. 46, 6. Cf. Basil. Epistul. ccvii, 4.

2. Autant djtûB l'Ordo d'Angilbiert, abbé de Saint-Riquier à la fin du vin" siècle, publié par Bishop, p. 323.

LA MESSE DES CATÉCHUMÈNES. llî

Nova, on recommence la litanie comme devant, mais en répétant l'invocation seulement cinq fois [qidnquefortnis Utania). Après l'arrêt à Saint-Marc, ce n'est plus qu'une triformis Utania. Enfin, quand on a passé le Tibre et que l'on approche de Saint-Pierre, la litanie est reprise où chaque invocation n'est dite qu'une fois [simplex Utania).

On comprend après cela que VOrdo romanus 1 dise que le Kyrie sera chanté autant de fois que le pontife le prescrit. Dans VOrdo de Saint- Amand on chante trois fois Kyrie, trois fois Chimiste, trois fois Kyrie encore, et ce nombre est invariable : il le restera. Les liturgistes du Moyen Age l'expliqueront comme un hommage au Père, au Fils et au saint Esprit. Tout le reste de la litanie a disparu de la messe. Cependant, à la vigile de Pâques et à la vigile de la Pentecôte, la messe n'a: pas d'introït, et à la place de l'introït on chante les litanies des saints, dont le Kyrie final se soude au Kyrie de la messe : indice qu'à toutes les autres messes stationales l'introït a supplanté la litanie primitive dont il ne subsiste que l'élément le moins ancien, le Kyrie.

Le Sacramentaire dît Gélasien, qui représente en substance l'usage romain du vii« siècle, connaît ce qu'il appelle antiphonam ad introitiim, le mot anUphona désignant là le chant d'un psaume à antienne. Nous avons rencontré l'introït, on se le rappelle, dans l'Orrfo romanus J. En faisant du

chant de l'introït une création romaine du vi® siècle, on est dans les limites du vraisemblable.

Ce siècle est celui où apparaît à Rome la Scola cantorum, qui est en même temps qu'une école de chantres l'atelier où se sont composées les mélodies grégoriennes, la cantilena romaine, comme on disait alors, et ce n'est certainement pas sans raison que la tradition (dès le viii* siècle) attribue au pape saint Grégoire une part si décisive dans la codification de l'Antiphonaire [Antiphonarîus \niissae]), aussi bien que du Sacramentaire. « Pour nous, écrivait Egbert, évêque d'York, peu après son élévation à ce siège (732), nous observons toujours le jeûne du premier mois dans la première semaine du carême, nous fondant sur l'autorité de notre maître le bienheureux Grégoire qui l'a ainsi réglé dans (l'exemplaire qu'il nous a transmis de) son Antiphonaî'ius 'et de son Liber missalis par l'entremise de notre pédagogue le bienheureux Augustin ^ » On possédait donc àCantorbéry, vers 732, un Antiphonaire de la messe que l'on disait avoir été apporté de Rome par Augustin, l'apôtre évêque envoyé en Angleterre par saint Grégoire. A la fin du viii^ siècle, le pape Hadrien (772-795) consacra cette attribution par un prologue qui se lit en tête des Antiphonaires Grégoriens :

Gregorius praesul, merîtis et nomme dignus, unde genus ducit summum conscendit honorem.

i. p. L. t. LXXXIX, p. 4il. Cette attestation est la plus ancienne qui attribue l'Antiphonaire romain de la messe au pape saint Grégoire. Voyez Dora MoRra, Les véritables origines du chant grégorien (1890), p. 27-33.

Rénovant monumenta patrum priorum. Tune composait hune Ubellum musicae artis scolae cantorum anni circulî : Ad te levavi.

« Grégoire évêque, digne par ses mérites de porter ce nom, a été élevé au souverain honneur dont sa famille descendait (le pape Félix III était son trisaïeul). Il a rénové les monuments (de la liturgie) des pères ses prédécesseurs. Il a composé ce livre de la musique de la Seola eantorum au cours de l'année : Ad te levavi ». Les mots Ad te [Domine] levavi sont les premiers mots de l'introït du premier dimanche de l'Avent, sur lequel s'ouvrent les Antiphonaires Grégoriens.

Ce nom d'Antiphonaire leur est venu du fait que la mafeure partie des pièces chantées à la messe étaient des psaumes à antienne : tel est, en effet, ou plutôt tel était à Rome vers l'an 700, le cas de l'introït, de l'offertoire, de la communion. Un psaume à antienne est un psaume que précède un texte cantiléné (lequel est en principe un des versets du psaume même), qui donne à tout le psaume son ton et qui lui sert de refrain. Chantée en tête du psaume, l'antienne est répétée à la fin du psaume, c'est-àdire après la doxologie : tel est l'usage actuel, qui remonte aux® siècle, sinon au Ix^ Plus anciennement l'antienne était en outre reprise après chaque verset du psaume ou couple de versets. Cette forme antique de la psalmodie, que nous avons vue décrite par saint Augustin, s'est conservée à l'invitatoire de Matines. Elle s'est conservée aussi bien dans le beau chant qui s'exécute à la procession du dimanche des Rameaux (procession d'origine gallicane), où les en-

fants restés à l'intérieur de l'église, en souvenir des enfants de Jérusalem saluant le Sauveur de leurs acclamations, entonnent :

Gloria laus et honor tibi sit, Chvîste redemptorj cui puérile decus prompsit hosanna pium.

Et le peuple qui, avecTévêque et ses clercs, attend au seuil de l'église, devant la porte fermée, répond : Gloria laus et honor... et le reste. Puis les enfants poursuivent : Israël es tu rex.., et le reste. Et à chaque distique, le peuple répond : Gloria laus et honor... Ce. chant est imité de la psalmodie des psaumes à antienne telle qu'elle s'exécutait avant le x^ siècle, et, en fait, le chant de la procession des Rameaux porte sa date, puisqu'il est une composition d'un de nos plus grands évêques carolingiens, l'évêque d'Orléans Théodulfe (f 821).

Dans lé Missel Romain, il ne reste au chant de l'offertoire et au chant de la communion que l'antienne [versus] : le psaume est tombé, qui était marqué encore dans les Antiphonaires du ix* siècle. Tel est l'usage à Rome à la fin du xii® siècle, usage décrit par Innocent III (II, 18). Cette disparition du psaume est due à une réaction de la messe privée sur la grand'messe ; elle est due à la disparition de l'offrande des fidèles, à la raréfaction des communiants ; elle est due à ce travail de tassement que nous avons si souvent surpris déjà dans la liturgie de la messe passé le ix* siècle. Seule, l'antienne de l'introït conserve aujourd'hui encore, sinon son psaume, du moins le premier verset de son psaume. Prenons pour exemple l'introït de l'Epiphanie, tel qu'il se lit •au Missel Romain.

Inthoitus.

Ecce advenit dominator Dominus : et regnum in manu eius et potestas et imperium.

Voilà l'antienne : cette courte phrase est empruntée au prophète Malachie pour quelques mots [Mal. III, 1), l'ensemble étant un centon de mots scripturaires. A la suite, le psaume :

Deus iudioium tuum régi da : et iustitiam tuam filio régis. Gloria Patri.

Puis, après le Gloria, on répète l'antienne : Ecce advenit, . . Nous avons là le premier verset du psaume Lxxi, et tout le psaume devait être primitivement chanté, mais on n'a conservé que le premier verset et le Gloria. Il est facile de faire la preuve que tout le psaume devait être chanté, car les applications qu'on peut en faire au mystère de l'adoration des mages sont surtout saisissables dans le corps du psaume.

9 Coram illo procident Aethiopes, et inimici eins terram lingent.

10 Reges Tharsis et insulae manera offerent, reges Arabiim et Saba dona adducent.

11 Et adorabunt eum omnes reges terrae, omnes gentei servient ei.

is Et vivet, et dabiliir ei de auro Arabiae, et adorabunt de ipso semper...

Le psaume Deus iudicium tuum régi da a été choisi pour ces versets qui sont l'annonciation prophétique de l'adoration des mages et des présents qu'ils apportent au fils du roi des cieux ; ces versets

avaient toute raison d'être chantés, et ils ne le sont plus.

Originairement donc le psaume formait le corps de l'introït. L'antienne est en règle générale un verset (sinon plusieurs) pris au psaume, quelquefois même le premier verset du psaume : on peut proposer comme exemple l'introït Ad te Domine levavi du premier dimanche de l'Avent, où l'antienne est faite des deux premiers versets du psaume xxiv, et où le psaume commence à Yias tuas qui est son quatrième verset. A l'introït de la fête de sainte Lucie, le psaume (xLiv) commence à son premier verset Eî^uetavit cor meum, l'antienne est faite du neuvième verset Dilexistiiustitiam.

Il est naturel que le texte des pièces chantées de la messe soit pris aux psaumes, qui constituent par excellence le recueil des chants de l'Eglise. L'antienne, cependant, est prise parfois à d'autres livres scripturaires : l'antienne Gaudete in Domino semper du troisième dimanche de l'Avent, qui est attachée au psaume lxxxiv, est prise à l'épître aux Philippiens; l'antienne Nos autem gloriari du jeudi saint, qui est attachée au psaume lxvi, est prise à l'épître aux Galates. D'autres antiennes d'introït sont prises à l'Exode, à Isaïe, à la Sagesse, à l'Ecclésiastique... Celle du mardi de la Pentecôte, Accipite iucunditatem^ est prise au IV° livre (apocryphe) d'Esdras^ Il arrive

1. ÎV Esdr. Il, 36-37. Ce même apocryphe a donné le verset alléluiatique Crastina die {IV Esdr. xvi, 53) de la vigile de Noël et le graduel Requiem (ii, 34-35) de la messe des défunts. L'emprunt, à vrai dire, n'est pas textuel, et il constitue plutôt une réminiscence. Bu fait de cet t emprunt », il serait excessif de conclure que la composition de ces pièces de chant ne peut guère être postérieure à la fin du IV» siècle, sous prétexte qu'après saint Ambroise lelY" livre

que l'antienne soit moins un texte qu'un centon, telle l'antienne de l'introït de la messe de Pâques, qui est prise au psaume cxxxviii auquel elle est attachée, mais à des versets différents et sans lien, entrecoupés d'Alleluia étrangers au psaume :

Resurrexi et adhuc tecum sum (rx 18), Alléluia : posulsli super me manum tuam (ix 5), Alléluia : mirabilis facta est scientia tua (ix 6), Alléluia, Alléluia.

Le procédé du centon est parfois plus caractérisé encore. Certain introït en vient à ne plus tenir à l'Écriture que par un mot ou deux : tel le Gaudeamus omnes de la messe de la Toussaint. On cite enfin, mais o'est un introït exceptionnel, l'introït Salve sancta parens, qui est emprunté au poète Sedulius (v siècle). On peut avancer que la règle est que l'antienne soit prise au psaume même de l'introït, et que ce psaume ait une application au mystère ou à la fête du jour^ Le psaume par sa signification mystique et morale importait plus que l'antienne, qui, elle, comptait moins pour son texte que pour sa mélodie.

Le célébrant baise l'autel en y arrivant. Au cours de la messe, il baisera l'autel à plusieurs reprises encore, chaque fois notamment qu'il se tournera vers

d'Esdras n'a plus eu de défenseur de son authenticité. Si on avait été si attentif à la canonicité des textes du ctiant, ces emprunts auraient été éliminés du Cantatorium romain.

1. Comme spécimen d'introït moderne composé contre toutes les règles traditionnelles, on pourra voir celui de la fête de Notre-Dame des Sept Douleurs : l'antienne est un texte de l'Évangile de saint Jean et, en guise de psaume, on chante : Muliery ecce filius tuus, dixit lesus, etc.

l'assistance (pour dire Dojninus vobiscum, Orate fratres, Benedicat vos), quand il donnera la paix au diacre, ou encore quand au canon les paroles prononcées font allusion à l'autel [Te igitur^ Supplices te rogamus). Ce baiser est un acte de religion, un salut à une chose sainte, car saint est l'autel, non seulement parce que le corps et le sang du Christ l'ont sanctifié de leur présence, mais aussi parce que des reliques de martyrs y sont encloses. Si dans VOctavius de Minucius Félix le païen Caecilius, passant devant une statue de Serapis, la salue en portant sa main à sa bouche et en y appliquant des -lèvres un baiser, à combien meilleure raison le chrétien usera-t-il de ce geste pour les objets de sa piété? Le poète Prudence a écrit ;

Jpsa et senalus luniina, quondam luperci et flamineSf apostolorum et martyrum exosculantur limina.

On voit si le geste est romain ! Des sénateurs, cîdevant revêtus de sacerdoces païens,, ci-devant lûperques etflamines, maintenant convertis, baisent le seuil des confessions des apôtres et des martyrs de Rome. L'autel de Dieu mérite aussi bien un. tel hommage ^

Dans XOrdi,o romanus /, dès que le Gloria inexcelsis propre à la messe pontificale est terminé, le pontife se tourne vers le peuple et dit : Pax vobis. L'Évangile nous montre le Sauveur ressuscité saluant ainsi ses disciples. L'évêque, qui éminemment figure le Christ glorieux, prononce les mêmes paroles : Pax

\. PuuD. Peristeph. ii, 517-320. Cf. Doelgeii, p. 11-14.

vobis. Si le célébrant est un prêtre, il dit plus humblement : Dominus çoèiscum, cette différence est marquée déjà dansV Ordo àe Saint-Ama'nd. Au livre deRuth, Booz saluant ses moissonneurs leur dit : Dominus vobiscum [Ruth, ii, 4). Ce salut est évangélique aussi, témoin le Dominus tecum de l'Annonciation (Luc. I, 28). On le traduira comme un souhait : le Seigneur soit avec vous. On pourra y voir aussi une réminiscence de la promesse du Christ : « Là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d'eux » (Mat. xviii, 20).

Le peuple répond : Et cum spiritu tuo, périphrase sémitique qui équivaut à dire : Et avec toi. « La grâce de notre Seigneur Jésus Christ soit avec votre esprit, frères », écrivait saint Paul {Gai. vi, 18), .

Le peuple est debout et restera debout pendant toute la fonction. Prier assis serait une irrévérence. On ne s'assied pas, disait déjà TertuUien, en présence de quelqu'un qu'on révère et qu'on vénère, à plus forte raison en présence de Dieu [De orat. 16) K TertuUien veut que les chrétiens prient en levant les mains, pas trop haut, dit-il, mais avec mesure et sans affectation, « ne... auhlimius elatis, sed tem* perate ac probe elatis » [ilnd. il). Ce geste, décrit déjà par saint Paul (/ Tim. u, 8), est le gesto bien connu des crantes dans les monuments de l'art chrétien ancien , geste que îa liturgie perpétue dans l'attitude qu'elle prescrit au célébrant pour les oraisons, la préface, le canon de la messe. Prier à genoux, fléchir le genou, est une attitude de pénitence : il était interdit par le çQi*-^à\e, de Nicée (can. 20)

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