Ebner, p. 296, 298,301, 306, 311, 327 etc
Quelles influences ont fait prévaloir l'ablution des mains à la place où la fixe l'ordinaire de la messe romaine, c'est-à-dire quand est finie la disposition de l'hostie et du calice, et, s'il a lieu, quand est fini l'encensement des oblats et de l'autel ? Nous ne le savons pas. Il est certain seulement que l'ablution des mains, dès lexi* siècle (Ebner, p. 309), s'accompagne déjà des versets 6-12 du psaume xxv :
Lavabo intsr innocentes manus meas, et circumdabo aitare tuum Domine, etc.
qui expriment avec à-propos les sentiments qui doivent être ceux du célébrant, et le symbolisme de son geste.
L'offrande est maintenant achevée : le pain et le vin sont disposés sur l'autel : le moment est venu où l'officiant peut procéder à la grande prière eucharistique. Cependant avant d'y procéder il va clore l'offertoire par une oraison, l'oraison qui porte le nom de secrète. L'offertoire romain, qui s'ouvre par le Dominus vobiscum et VOremus initial, se termine parla secrète et son Peromniasaeculasaeculorum : entre ces deux piliers, l'offrande, et pendant l'offrande, un chant : tel était au vm° siècle le dessin très simple de l'offertoire romain.
La secrète n'est pas immédiatement précédée d'un Or émus. La raison en est, apparemment, que VOrate fratres y supplée.
Le Sacramentaire Grégorien appelle la secrète l'oraison 5w/?er oblata, désignation parfaitement jus-
tifîée, mais qui n'a pas prévalu. Le Sacramentaire Gélasien l'appelle Sécréta. J'incline à croire que le mot sécréta a été primitivement synonyme de benedictio, et que cette signification s'est perdue. Au xi*' siècle, les liturgistes carolingiens ont écrit, et ceux d'aujourd'hui répètent, que l'oraison Super ohlata est appelée secrète parce qu'elle est dite secrètement. Mais cette explication n'explique rien, car la question est de savoir pourquoi elle est dite secrètement, alors que la collecte et la postcommunion sont dites à haute voix.
Les secrètes du Missel Romain sont du même âge et du même style que les collectes. Elles sont prononcées par le célébrant, non en son nom personnel, mais au nom de toute l'Église présente. Elles sont adressées à Dieu considéré dans son unité. Leur caractère distinctif est qu'elles font toujours allusion aux ohlata, et que, en les présentant, en les offrant à Dieu, elles sollicitent de lui en retour pour ceux dont ces ohlata sont l'offrande une bénédiction en rapport avec le mystère, le natale, ou l'esprit du jour. Prenons comme exemple la secrète de la messe de la Pentecôte, au Sacramentaire Grégorien et au Missel Romain :
Munera, quaesumus Domine, oblata sanctiflca, et corda nostra sancti Spiritus illuslratione emunda. Par.
Nous avons dans cette secrète : 1° la présentation à Dieu des offrandes qui sont sur l'autel [munera ohlata sanctiflca) ; 2° la demande en retour de la lumière purifiante de l'Esprit [corda nostra emunda).
Voici maintenant la secrète de la fête des saints
lea LEÇONS SUR la messe.
apôtres Pierre et Paul, au Missel, au Sacrameutaire Grégorien, et déjà au Léonien :
Hostias, Domine, quas nomini tuo sacrandas offeriraus, apostolica prosequatur oratio, per quam nos explari tribuis et defendi. Per.
Ici encore deux termes : 1" les ofTrandes présentées {hostias sacrandas ofjferîmus)\ 2" le vœu qu'en retour la prière des saints apôtres nous justifie et nous défende.
Si l'on veut ne pas fausser la signification des secrètes, il faut écarter la supposition qu'elles sont une anticipation du sacrifice (de la messe), et écarter aussi bien la théorie des liturgistes modernes qui considèrent l'offertoire comme un « petit canon »j théorie qui brise la ligne ascensionnelle si pure de la messe.
Car il y a dans la messe un mouvement d'ascen- Bion, dont le point de départ est l'offrande matérielle du pain et du vin ; dont le point culminant est, au moment où s'opère la conversion de ce pain et de ce vin au corps immolé du Sauveur et à son sang, l'oblation de ce corps et de ce sang à Dieu, que le Sauveur renouvelle par les lèvres et les mains du prêtre. La secrète achève l'offrande, mais dans la secrète l'offrande est encore l'offrande matérielle, le pain et le vin en tant que pain et vin, le pain et le vin en tant que destinés à devenir le corps et le sang. On doit dire de la secrète ce que Suarez dit de tout l'offertoire, c'est à savoir qu'il est seulement « quaedam dedicatip materiae sacrificandaei per futur am consecj'ationem ». Et cela, les secrètes elles-mêmes le disent très bien.
Domine Deus noster, qui In Ws potius creaturis, quas ad fragilitatis nostrae subsidium condidisti, tuoque nomini munera iussisti dicanda constilui : tribue quaesumus, ut et vitae nobis praesentls auxilium et aeternitatis efflciant sacramentum. Per^
Cette belle secrète du jeudi après le dimanche de la Passion considère elle aussi premièrement les oblats dans leur matérialité de pain et de vin, créatures à nous données par Dieu pour être l'entretien de notre fragile vie mortelle, et que Dieu a voulu que nous consacrions à son nom, à sa majesté, à titre de présents {munera). Et secondement, notre secrète demande à Dieu que ce pain et ce vin nous deviennent le sacrement de la vie éternelle. Elle annonce le sacrement, mais elle considère d'abord la matière du sacrement. L'oiîrande est nôtre, rien que nôtre encore.
L'offrande matérielle que nous faisons n'est d'ailleurs j^as sans récompense : comme toute offrande faite à Dieu, elle est par elle-même déjà méritoire, propitiatoire, purificatrice. La secrète du mardi de la Pentecôte peut donc dire :
Purificet nos, quaesumus Domine, muneris praesentis oblatlo, ut dignos sacra participation© efficiat 2. Per.
Que notre offrande que voici nous purifie et nous rende dignes de la sainte communion! Cette offrande matérielle, comme les offrandes faites jadis
1. Celte oraison se retrouve dans le Sacramentaire Léonien, le Gélasien, le Grégorien, et de là dans le Missel Romain. — A rapprocher de cette secrète du Léonien (feltoe, p. 57) : t Consecra, quaesumus, Domine, quae de terrenis fruclibua nomini tuo dicanda mandasti, ut et gratam tibi nostram facias servltutem, et sacramentum nobis pei> petuae salvationis instituas. Per. »