‹ Leçons sur la messe [microform]Chapitre 56 sur 97 · ZO LEÇONS SUR LA MESSE · texte numérisé non relu

ZO LEÇONS SUR LA MESSE

senter à Dieu les offrandes faites ^, et seulement ensuite prononcer les noms de ceux qui les ont faites : c'est donc au cours des saints mystères que les noms sont prononcés, el non au cours de ce qui se place avant les saints mystères (avant la préface). Telle étant la règle à !{ome, en 416, on peut, conjecturerons-nous, identilier la prière par laquelle les offrandes sont présentées à Dieu par le célébrant [oblationes sunt com/nendandae) avec une prière dont notre Quant oblationem romain serait la conclusion. La prière que présuppose notre Quam oblationem n'est pas la prière Communicantes : si parfaitement étrangère à l'idée, d'offrande quelconque à présenter à Dieu. Au contraire, les deux prières qui précèdent le Communicantes constituent en perfection l'antécédent que postule le Quam oblationem. On peut donc dire que le canon que décrit en 416 le pape Innocent place, avant le Qui pridie, une oblationum commendatio que nous pouvons conjecturer qu'elle serait convenablement constituée par nos trois prières : Te igitur, Mémento, Quam oblationem^.

Une formule retrouvée dans la liturgie wisigo-

1. On trouve maintes fois dans les secrètes du Sacramentaii-e Grégorien commendare avec le m'Us de faire agréer à Dieu. Exemple, la secrète pour la messe de saint Sixte (Xystus) : « Suscipe, Domine, muaera propitius obi i:i, quae maieslati tuae beatus Sixlus sacerdos commendât et inaroi"- (éd. AVilson, p. 188), Secrète du dimanche des Rameaux : « Ip^ maiestati tuae, Domine fidèles populos commendet oblatio... » vji 60). Secrète pour la messe de saint Fabien : « Intercessio, quaisn uis, Domine, pontifieis et martyris ui Fabiani munera nostra co .mendet... » (p. 164). Commendare

n'est donc pas synonyme de c-^ secrare.

2. Dom CoNNOLLY, « Pope Ui!.);entl de nominibus recitandis »,

Journal of theological studie^. 1919, p. 215-226, croit que ces noms des afférentes étalent lus après la secrète.

thique apporte à cette reconstitution conjecturale une confirmation ^ . Cette formule débute par une invocation au Père tout-puissant et au Fils qui lui est « égal depuis toujours dans la substance divine » (expression qui se sent des controverses contre les Ariens) : par le Fils on demande au Père de daigner agréer et bénir « ces dons » . Voilà bien Vohlatlonum commendatio. Aussitôt après, la formule wisigothique exprime à quelles intentions ces dons sont offerts, et d'abord à l'intention de l'Église catholique répandue dans tout l'univers, puis à l'intentioh des fidèles qui rendent au Seigneur leurs vœux pour la rémission de leurs péchés. Rappelez-vous ce que dit saint Jérôme des fidèles qui font leurs offrandes à la messe pour le rachat de leurs fautes^. La formule wisigothique s'achève en demandant à Dieu de ratifier cette offrande qu'on lui présente, et qui va devenir le sacrement du corps et du sang de Jésus Christ. On devine que le Qui pridie viendra à la suite. Précieuse formule, parce qu'elle désigne le sacrement eucharistique parles mots imago et sùnilitudo, synonymes du mot figura qu'employait le De sacj'amentis pseudo-ambrosien, mots archaïques qui n'ont plus eu cours passé le v« siècle ^. Et par là

1. L'eucharistie, p. 3o7-3o8, d'après Dom Férotiîj, Le Liber ordinum en usage dans l'Eglise wisigothique et mozarabe d'Espagne du V" au XI* siècle (1904), p. 3'21-322. Cf. Dom Cagjîi, Eucharistia, p. G-i-es. Cette formule est dans celte messe mozarabe remployée comme Post pridie, ce qui prouve que les gens qui l'ont remployée n'en avaient pas reconnu la signification.

2. Ou simplement par dévotion. Vita S. Melaniae, 64 (éd. Raupolu, p, 37) : « Altéra die cum esset in collecta heati Stephani..., diluculo vadens in eodem martyrio, praocepit oblationem de nionasterio suo ferri. Non enim habebat ronsuetudinem communicare, nisi et ipsa oblationem ebtulisset. >

3. On les retrouve dans la Passio S. Apollonii, 8, qui est antérieure à Eusèbe et vraisemblablement romaine. Relliquiae, n.4090.

notre formule "wisigothiqne peut remonter au même temps que le De sacramenUs.

Or, que trouvons-nous dans cette formule wisigotliique? Une rédaction tout ensemble conforme et indépendante de nos trois prières romaines précitées, le Teigitur, le Mémento, le Quam oblationem. Voici la formule.

Credimus, Domine sancte Pater aeterne omnipotens Deus.Iesum Ghristum Filium tuurn Dorainum nostrum pro nostra saillie iucarnatum fuisse et in sub- I stantiadeilaiis tibisemperesseaequalem. Per queni te petimus et rogamus, omnipotens Pater, ut accepta habeas et benedicere digneris haec munera et haec sacrificiainlibala.quae tibiinprimisofferimus pro tua sancta Ecclesia catholica, quam pacilicare digneris per universum orbem terra rum in tua pace diffusam.

Memoraie eliam, quaesumus Domine,

I servoruin luorum, qui tibi in honore

Mbmento Domine :< sanctorum luorum, illorum, reddunt

vota sua Deo vivo ac vero pro remissione

suorum omnium delict'orum.

Quorum oblationem benedictam ratam

rrttionabilenique facere digneris, quae

Quam oblationem :{ est imago et similitudo corporis et san-

guinis lesu Ghristi Filii tui ac redempto-

ris nostri.

Te igitur

L'attention doit être appelée sur le mot illorum. Il suggère que des noms de saints sont prononcés là. Ce peuvent être les saints dont on célèbre l'anniversaire, ce peuvent être d'autres saints aussi. La présence de ces noms de saints dans cette formule wisigothiqne est à rapprocher de plusieurs textes de saint Augustin qui font allusion à la récitation de noms

de martyrs à l'autel : « Ideoque hahet ecclesiastioa disciplina quod fidèles novej'unt, cum martyres • eo loco recitantur ad altare Dei ubinonpro ipsis oratur, pro ceteris autem commemoratis defunctis oratur^ ». Les martyrs sont nommés au cours des saints mystères auxquels seuls les fidèles, les baptisés, assistent, ils sont nommés ad altare Dei. Augustin dit ailleurs : « In recitatione ad altare Chrisii loco meliore recitantur », il mentionne le nom de saints d'Hippone, comme saint Théogèn0,et de saints aussi comme saint Pierre et saint Paul, et il ajoute : M'avez-vous jamais entendu prononcer : « Offero tihi, sancte TheogenisP aut, Offero tibî, Petre? aiit Offero tibî, Paule^ ? » Les noms de martyrs sont introduits là, loco meliore, à une place d'honneur. Les martyrs n^ sont pas seuls nommés ad altare i on nomme aussi les évêques d'antan, dont on vénère la mémoire, Cécilien évêque de Carthage, par exemple [Sermo ccclix, 6). Saint Léon nous apprend que l'on nomme les évêques vivants avec qui on est ea communion ^. Ces noms, ces listes de noms au iv« siècle, au v«, au vi^, constituaient les diptyques, dont il est si souvent parlé à propos des relations d'Églises à Églises^.

1. AuG. Sermo eux, 8. Même affirmation Sermo ccuxxiv, 5 : « Scitis quo loco martyres recitentur. Non pro illis orat Ecclesia. Nam merito pro aliis defunctis dormienilbus orat Ecclesia » Cf. ccxcvii, 3. Civ. D&i, xxii, 10 : < ... ad sacri&cium... suo loco et ordine nominantur (martyres), non tamen a sacerdote qui sacriûcat invocantur. >

2 Sermo cclxxiu, 7.

3. S. Lko. Epistul, vxxx,S : « de nominibus Bioscori, luvenalis et Eustatliii ad sacrum altare recitandis...Incongruum eos... sanctorum nominibus sine discretione misceri •• Cf. lxxxv, 2.

4. Lire la note de M. Bishop, «c ïhe Diptychs », Connolly, p. 97-

2i4 LEÇONS SUR LA MESSE.

Des observations qui précèdent on sera amené à conclure que le canon romain du temps du pape Innocent était notre canon traditionnel déjà, — mais à l'exclusion du Communicantes, à l'exclusion pareillement du Nobis guogue peccatoribus et du Mémento des défunts, — nous réservons le Per quem haec omnia. Cela revient à dire que le canon romain est une composition primitivement ordonnée et homogène, dans laquelle se sont introduites des pièces adventices.

Ces pièces rapportées ont un trait commun, que nous pouvons signaler tout de suite : elles se terminent par la clausule Per., et le texte reçu ajoute même Amen (qui manque au Sacramentaire Gélasien et au Grégorien). Or le canon ne comportait primitivement qu'une conclusion, celle à laquelle l'assistance répondait par \Amen final.

he Mémento etiam Domine {Mémento des défunts) ne se lit pas dans le canon du Sacramentaire Grégorien, où le Nobis guogue peccatoribus fait suite au Supplices te rogamus. Il ne se lit pas. davantage dans le Sacramentaire Gélasien, qui a la même disposition. On signale, dans une série de manuscrits s'espaçant entre le viii® et le xi® siècle (Ebner, p. 421), la même carence, qui n'est assurément pas un accident fortuit K On induira de là que la messe papale, au

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