Jaffe, 907 (29 juinS
entre autres : « Dans la célébration des messes en aucun temps et en aucune fête nous ne varions l'ordre des prières, ordinem precum y> [ordo désigne aussi bien le texte des dites prières), et, ajoute le pape, « toujours nous consacrons les dons de l'oblation avec la même formule » [eodem tenore). — L'usage romain, ajouterons-nous, se différencie par là de l'usage svisigothique et de l'usage gallican qui ne maintiennent invariables que les paroles de la consécration (le Pridié] et donnent à chaque messe un texte propre du joosi Sanctus et du post Pridie. — Toutefois, à Rome, continue le pape Vigile, on a pour Pâques, pour l'Ascension, pour la Pentecôte, pour rÉpiphanie, pour les fêtes des saints, des paragraphes propres à la solennité, « capitula diebus apta subiungimus quitus commemorationem sanctaesollemnitatisauteorumfacimus quorum naiaUtia celebramus » ; mais le reste est invariable, « cetera vero ordine consueto prosequimur ». Pour bien fixer l'évêque de Braga, le pape lui transmet le texte du canon romain : « ... ipsiuscanonicae précis textum direximus subter adiectum, quûm ex apostolorùm traditione suscepimus. » Et afin que l'on sache à Braga où intercaler ces paragraphes propres, le pape envoie le texte des preces (ou canon) du jour de Pâques : n Et ut caritas tua cognoscat quibus locis aliqua feslivitatibus apta connectes, paschalis diei preces simul adiecimus. » — D'une part donc pour consacrer les dons de l'oblation un texte invariable, qualifié de canonica prex, texte qui vient des apôtres. D'autre part, des morceaux propres à la solennité, morceaux où on rappelle, soit la solennité du jour, soit le saint dont on fait le natale.
On identifiera avec les capitula diebus apta les pièces du canon qui varient à certains jours. Deux pièces répondent à cette définition aujourd'liui encore, le Communicantes et le Hanc igitur. On peut donc croire le Hanc igitur antérieur au pape Vigile et cela nous rapproche encore du temps de Symmaque.
Si nous supprimons du Hanc igitur les mots qu'y a introduits saint Grégoire, on obtient un texte qui se réduit à bien peu de chose et qui ne se suffît pas à lui-même :
Hanc igitur oblationem servitutis nostrae sed et cunctae familiae tuae^uaesumus, Domine, utplacatus acciplas.
Ce texte-là ne se comprend que comme l'amorce de développements dont on ne doit pas l'isoler. Citons à l'appui une des nombreuses rédactions que le Sacramentaire Gélasien donne au Hanc igitur des messes pour les défunts, la messe pour un fidèle mort peu après son baptême (Wilson, p. 305) :
INFBA AGïIONEM.
Hanc igitur oblationem quam tibi offerimus, Domine, pro anima famuli tui illius benignus assume, eumque regenerationis fonte purgatum, et periculis vltae huius exutum, beatorum numéro digneris inserere spirituuîn. Quam oblationem.
Cette formule est remarquable, du fait qu'elle ne contient pas l'addition grégorienne Diesque nostros (cette carence est fréquente dans les Hanc igitur du Gélasien); du fait aussi qu'elle ne se termine point par Per Christum D. N., mais se raccorde immédiatement avec le Quam oblationem. Voici îa
formule pour l'anniversaire de la vêture d'une vierge (p. 160) :
INFRA ÀCTIONEM.
Hanc igitur oblationem famulae tuae illius, quam tibi ofEerimus ob diem natalis eius quo eam sacro velamine prot-îi' gère dignatus es, quaesumus, Domine, placatus accipias. Pro qua maiestati tuae supplices fundimus preces, ut in numéro eam sanctarum virginum transire praecipias, ut tibi sponso veniente cum lampade suo {sic) inextinguibili possit occurrere, atque intra regni caelestis claustra gratias tibi référât choris sanctarum virginum sociata. Quam oblationem.
Disons que le Hanç igitur est inséré dans le canon pour exprimer l'intention particulière que l'on donne au saint sacrifice, soit qu'on l'offre pour un défunt ou plusieurs, soit qu'on l'offre pour un vivant ou une collectivité ^ . Le Hanc igitur ainsi entendu fait double emploi pour une large part avec le Mémento Domine dans lequel il aurait pu se fondre. Il a dû être une Surcharge propre à certaines messes ^. Dans le Sacramentaire Gélasien on trouve près de cinquante rédactions différentes du Hanc igitur. A comparer le
1. Voyez à l'appui les divers Hanc igitur du Sacramentaire Léonien (Feltoe,p.24,H9,123, 130, 141, 14S, 147, 148),
2. Le Sacramentaire Léonien (Feltoe, p. 36) a une formule qui con* firme bien notre hypothèse. Elle porte en titre : Coniunctio oblationis virginum sacratarum. C'est une prière qui a pour fin d'unir à l'oblation de tous l'oblation spéciale des vierges. Et cette prière est ainsi conçue : « Hanc eliam oblationem, Domine, tibi virginum sacratarum quarum ante sanctum altare tuuin oblata (?) nomina recitantur, quaesumi*s placatus accipias, pro quibus maiestatem tuam supplices deprecamur ut propositum castitatis quod te auctore professae sunt te protectore custodiant. Per. » Cette formule est en somme une variante du Hanc igitur oblationem, peut-être un Hanc ig, obi. de rechange. Et elle a l'avantage de nous apprendre que les noms des vierges qui ont fait l'offrande sont lus devant l'autel.
LE GANON ROMAIN. 233
Gélasien et le Grégorien, on a l'impression que la liturgie romaine a tendu persévéramment à diminuer le nombre de ces variations, pour couper court à l'improvisation qui sur ce point, au vni®-ix« siècle encore (hors de Rome, il est vrai), aimait à se donner du jeu ^
Les conclusions que nous venons de présenter sur la formation du canon romain sont indépendantes de toute théorie sur l'identité ou la non-identité originelle de la liturgie romaine et des liturgies wisigothique, gallicane, ambrosienne : la théorie de Dom Cagin, au contraire, présuppose cette identité originelle, et ne ramène le canon romain à l'homogénéité que pour le faire rentrer dans l'unité des autres liturgies d'Occident, et le proposer ainsi simplifié comme l'archétype dont procèdent ces diverses liturgies. Nous n'avons pas présentement à nous prononcer sur cette généalogie des liturgies occidentales : nous voulons considérer le canon romain en lui-même, n'étudier que lui.
La critique de Dom Cagin, pour autant qu'elle relève de la seule critique interne, nous semble avoir bien mis en lumière le caractère d'accession du Communicantes, du Nobis quoque peccatoribus, du Mémento des morts, sur ce point ses conclusions sont les nôtres. Par contre, nous ne croyons pas qu'il puisse établir que le Mémento des vivants et les trois autres pièces précitées aient à Rome eu