‹ Leçons sur la messe [microform]Chapitre 59 sur 97 · Voyez les exemples produits par Ebxer, p · texte numérisé non relu

Voyez les exemples produits par Ebxer, p

leur place dans la zone de l'offertoire, antérieurement au pape Innocent, et correspondu ainsi au Post nomina gallican; ni que le Hanc igitur et le Quant oblationem aient, toujours antérieurement au •pape Innocent, été employés à Rome en guise de Post sanctus, le Te igitur en guise de Post pridie. Nous sommes peu sensibles aux prouesses de la % méthode comparative » et lui préférons l'observation directe de quelques textes nets ou de quelques faits constants. Loin que le Communicantes et le Nobis quoque peccatoi'ihus aient pu, antérieurement à Innocent, figurer dans la zone de l'offertoire romain, nous avons établi qu'ils n'ont pas été constitués avant le pape Symmaque et qu'ils sont sans doute l'œuvre de ce pape, un siècle après Innocent. La théorie de Dom Cagln soulève d'ailleurs une question préalable.

Un pape pouvait prendre sur lui d'insérer dans le texte de la prex canonica des paragraphes additionnels, comme l'aura fait Symmaque, des membres de phrase explétifs, comme l'ont fait saint Léon/ saint Grégoire. Mais bouleverser cette prex canonica, un texte que le pape Vigile au vi^ siècle professe venir des apôtres, voilà qui n'est guère dans l'esprit romain du temps! Le pape Innocent écrivait, en 416, à l'évêque de Gubbio : « Si les sacerdotes Dei (les évêqucs) voulaient conserver intactes les institutions ecclésiastiques telles qu'elles (nous) . ont été remises par les bienheureux apôtres, nulle contradiction, nulle variation ne se rencontrerait dans les ordres et les consécrations... Qui ne sait ou qui ne se convaincrait que Ce qui a été remis par Pierre, le prince des apôtres, à l'Église . romaine et

s'y conserve persévéramment, doit être observé par tous (les éyêques), et qu'il n'y faut surajouter ou introduire rien qui soit sans autorité ou qui soit emprunté ailleurs (qu'à Rome)?... » Des déclarations aussi formelles n'encouragent pas à conjecturer que le pape Innocent a pu porter la main sur le canon traditionnel pour le disloquera

1. Sur le sentiment conforme au nôtre de M. E. Bishop, et en opposition à la théorie en vogue, surtout en AUemagne, d'après laqueUe notre Canon, c'est-à dire le Canon des vi» etvii" siècles, serait le résultat d'une dislocation ancienne, un réarrangement, uu rapiéçage maladroit et compliqué, voyez Bishop-Wilmart, Le génie du rit romain, p. 90-93.

LE CANON ROMAIN (suite)

Incipit canon actionis. — Nous avons vu que c'est par ces mots que s'ouvre le canon de la messe dans le Sacramentaire Gélasien, et que ces mots y sont placés immédiatement avant le Sursum corda, le canon comprenant alors aussi bien le Vere dignum que le Te igitur et la suite, et finissant à VAmen qui précède le Pater, Que cet Amen soit la conclusion du canon, nous en avons la preuve dans la messe de l'Ascension, où le Sacramentaire Grégorien insérant une bénédiction des fèves nouvelles juste avant le Per quem haec omnia, indique que cette bénédiction prend place un peu avant la fin du canon : « Inde vero modicum ante expleto canone benedices fruges novas » (éd. Wilson, p. 107). Nous verrons d'autre part saint Grégoire le Grand décider que le Pater doit être récité immédiatement après le canon, « mox post precem », le moi pr ex désignant la prière de l'oblation ou consécration, prex canonica comme l'appelle le pape Vigile cité plus haut.

Le mot grec canon depuis beau temps appartenait', à la langue ecclésiastique latine, où il signifiait toute règle édictée par l'autorité légitime, comme le mot latin forma auquel il a été préféré.

Te igitur, clementissime Pater, per lesum ChristumfiUum tuum Dominum nostrum. — Cette prière suppose une prière antécédente, puisque igitur donne à toute la formule le sens d'une conséquence tirée de considérants. On nous objecte que cet igitur, à la place où nous le voyons, ne se rapporte à rien! En réalité, il se rapporte à tout le contenu de la préface, qui exprime notre hommage à Dieu le Père et le lui présente par Jésus Christ notre Seigneur : igitur est un rappel de ce qui vient d'être dit. Notez que Dieu est ici appelé Père, clementissime Pater : or la liturgie romaine ne donne à Dieu le vocable de Père (pas notre Père, ni Père de son Fils unique, mais Père absolument) que dans la préface, jamais dans les oraisons. En prononçant clementissime Pater, le Te igitur a donc un trait exceptionnel en commun avec la préface, et c'est bien la préface qu'il entend rappeler.

Au Père très clément, à qui la préface vient de présenter une offrande de louange, on présente maintenantl'offrande matérielle du pain et du vin qui sont sur l'autel : Supplices rogamus ac petimus uti accepta habeas et henedicas haec dona, haec munera, haec sancta sacrificia illibata. Il n'est pas vrai de dire que ces mots supposent que le pain et le vin sont

consacrés 1 comme on l'a suggéré pour pouvoir en conclure que le Teigitur n'est plus à sa place en tête du canon I Les secrètes ne se comptent pas dans le Sacramentaire Grégorien où les oblatioiis sont qualifiées de mimera. L'emploi de dona est très rare dans les secrètes, au contraire, mais il n'est pas inouï ' . Le mot sacrificia est dans les secrètes le synonyme de munera. Vouloir que dona désigne les dons faits par Dieu à l'homme,, et munera les présents offerts par l'homme à Dieu, est une subtilité de liturgistes du Moyen Age qui n'étaient ni latinistes ni biblistes : la Vulgate emploie, en effet, dona pour désigner aussi bien un don de Dieu qu'une oblation de l'homme. Illibatane veut pas dire offrande sans tache, mais offrande intacte, pain et vin auxquels on n'a pas touché. Le mot, qui n'est pas biblique, et qui ne se rencontre pas ailleurs (que je sache) dans la liturgie romaine, est d'excellente latiiiité; saint Gyprien l'emploie avec prédilection^. Que Dieu agrée et bénisse ce pain et ce vin d'abord, pour que ce pain et ce vin deviennent ensuite le corps et le sang du Christ ; il n'y a rien là qui implique que la consécration est déjà accomplie, pas plus que dans la secrète de la messe des Quatre Couronnés au Sacramentaire Grégorien (Wilson, p. 107) :

Benediclio tua, Domine, larga descendat, quae et munera nostra deprecantibus saactis tuis tibi reddat accepta et nobis sacramenliun redemptionis efflciat. Per.

d. Voyez ta secrète du lundi de la Pentecôte (Wilson, p. 79), du vendredi des Ui mire-Temps de septembre (p. 104), de l'Epiphanie (p. 17). 2, Cf. lettre de l'empereur Hojiorius à l'empereui' Arcadius, on ■404 : l'église « ubi castae preces, ubi vota sincera, ubi sacrificia UUbata solvuntur >. Coll. avellan, 38 (éd. &uDther, p. 86],

En prononçant les paroles Supplices te rogamus, le célébrant s'incline profondément ; le mot supplices a suggéré le geste, la mimique commente le texte, comme il arrive si souvent dans la, liturgie. Cette rubrique, qui n'est pas mentionnée dans les Ordines purs romains, apparaît pour la première fois dans VOrdo romanus II (romano-carolingien). En prononçant les paroles dona^ munera, sacrificia, le célébrant dessine de la main droite une croix sur le pain et le vin, il les bénit : le mot benedicas a suggéré le geste. Ces signes de croix sont indiqués par VOrdo romanus II, ainsi que les autres signes de croix à faire au cours du canon. On sait par une lettre du pape Zacharie à saint Boniface (4 nov. 751) que ces signes de croix se faisaient à Rome, au vin® siècle, et que dès lors ils étaient marqués dans le texte du canon, pas universellement, toutefois, ce qui fait supposer que la rubrique n'était pas ancienne ^

In primis quae tibi offerimus pro Ecclesia tua sanctacatholica... iotoorbeterrarum. — Lapremière pensée est pour l'Eglise universelle. Cela rappelle la réponse de l'évêque de Tarragone, Fructuosus,

1. JAFFE, S291 : c votis autera luis cicmenter inclinati, in rotulo (le canon était donc écrit sur un rouleau de parchemin) dato Lui reli^ioso presbytero tuo, per loett signa sanctae crucis quanta iieri debeant inOKimus. »

Ces croix sont marquées dans le Sacramentaire Gclasien, pas dans tous les mss. WasoN, p. 238. Elles manquent au Missale Francorum (vu" siècle). Léon IV, ou quel que soit l'auteur de riustruction au clergé de Rome, prescrit de bénir le calice et l'oblatà d'un geste droit, non d'un gesie circulaire. Il veut que pour bénir on bénisse avec deux doigts étendus (l'index et le médius), le pouc© étant joint aux deux autres doigts (l'annulaire et le petit doigt) replies : • Caiicem et oblatam recta cruce signate« id est non in circulo et variatione dlgitorum, ut plurii»*» feciu»t^ sed dlstrictis duobus digitis et pollice intus recluso ».

s'apprêtant à monter sur le bûcher, et à qui un chrétien demande de se souvenir de lui dans son martyre : a II est nécessaire, répond l'évêque, que j'aie dans ma pensée l'Église catholique répandue de l'Orient à l'Occident ^ ». Cette belle parole, qui est de l'année 258, a comme un accent liturgique. Un siècle plus tard, en Afrique, l'auteur du De schismate Donatistarum^ (en 370), saint Optât de Milève, représente aux Donatistes la contradiction où ils se mettent en offrant le sacrifice pour l'Eglise catholique avec laquelle ils ont rompu toute relation : « Offerre vos dicitis Deo pro una Eeclesia quae sit in toto terrarum orhe diffusa ». Vous dites que vous offrez pour l'Église catholique, et cela fait partie du texte même de la liturgie qui est la vôtre et la nôtre, une liturgie donc antérieure au "schisme (lequel date de 312). et cela est sur vos lèvres un mensonge : « Mendacium vestrum,.. quo cotidie a vohis sacrificia condiuntur. » Car nous ne pouvons penser que cette parole d'un texte qui fait loi, vous l'escamotiez : « Nain quis dubitet vos illud legitimum in sacramentorum mysterio praeterire non posseP » (Optât. II, 12). Dieu est prié de pacifier, de garder, d'unifier, de conduire cette Église catholique, de la défendre des schismes et des discordes, pacificare, custodh^e, adunare et regere. Le pape Pelage II, faisant appel à des schismatiques de son temps, demande à Dieu « Ecclesiam suam adunare atque pacificare », qui sont les .termes mêmes du canon romain 2.

1. « In mente necesse est me habere Ecclesiam calholicam ab Oriente usque ad Occidentem dilTusam. » Relliquiae, n, 4048.

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