Jaffe
Le Sacramentaire Grégorien ne fait mention ni de l'évêque du lieu, ni des orthodoxes du monde, mais seulement du pape, et dit : « ... toto 07'he terrarum, una cum heatissimo tuo papa nostj'o iLLo. Mémento Domine... » (Wilson, p. 2). Le concile de Vaison de 529 prescrit de réciter le nom du pape, le pape qui siège sur le Siège apostolique (can. 4). Le pape Pelage (556-561) exprime aux évêques de Toscane l'étonnement qu'il a d'apprendre qu'à la messe ils ne prononcent pas son nom : « Comment ne croyez-vous pas être séparés de la communion de l'univers, si vous taisez mon nom au cours des saints mystères ^ ? » La dévotion d'évêques comme saint Gésaire d'Arles est désormais une coutume à laquelle on ne saurait manquer sans paraître se séparer de la catholicité.
La formule cum famiilo tuo papa nostro N. aurait pu à la rigueur s'entendre un temps de l'évêque du lieu, parce ({ue papa était anciennement un titre de vénération qui se donnait à tous les évêques ^ : il en est ainsi dans le latin de saint Jérôme, de saint Augustin, de Sidoine Apollinaire, de Fortunat, et même d'Ennodius de Pavie (f 521). A Rome, clercs et fidèles donnaient à leur évêque le titre de papa '
i. Jaffb, 939 (15 février S56).Ennod. Lîbellus pro synodo^Tf (éd.Vo- GEL, p. 89) : « Ullone ergo tempore dum celebrarentur ab his sacra missarum, a nominiseius coînmemoratione cessatum est »,il s'agit des évêques Laurent et Pierre et du pape Symmaque (498-514).
2. Exemple : Grégoire de Tours [Hist. Franc, ii, 18) raconte que saint Rémi fait réclamer à clovis le vase précieux que les Francs ont enlevé à son église de lleims. Clovis invite renvoyé de Reims à le suivre à Soissons où doit se faire le partage du butin. Quand le sort m'aura donné ce vase, je ferai ce que demande Rémi, « quae papa poscit adimpleam ».
dans les inscriptions damasiennes, Dionysius Pliilocalus se qualifie de « Daniasi papae cultor atque amator » ; dans l'inscription de la façade de Saint- Pierre le consul Marinianus écrit « papae Leonis mei » ; au concile d'Éphèse en 431, les légats dupape Célestin disent « Notre très saint et bienheureux pape Célestin. » La formule du canon peut donc être romaine, appartenir au canon de la messe quand elle n'est pas célébrée par le pape en personne, et 'remonter au moins au v^ siècle. On comprend toutefois que hors de Rome, des clercs lettrés du vii^ siècle aient senti le besoin d'écrire : ... famulo tuo iLLo papa nostro sedis apostolicae episcopo (Ebner, p. 398). Puis, il arriva qu'il n'y eut plus que l'évêque de Rome à porter le titre de pape, et le qualificatif d'évêque du Siège apostolique devint superflu ^ .
Hors de Rome encore, à la mention du pape on associa la mention de l'évêque du lieu, et antistite nostro N. ou illo. Telle est la règle hors du diocèse de Rome;, dit Innocent III (III, 5). Cette mention de l'évêque diocésain, qui dut être suggérée par celle dupape, manque souvent dans des manuscrits anciens où le pape est nommé ^ Ebner, lac. cit.]. Au x^ siècle l'usage s'introduit de nommer après l'évêque du lieu le prince (roi ou empereur) ; il n'est même pas inouï que le prince soit nommé avant l'évêque ; comme aussi il arrive que des scrupules ou de justes ressentiments suggèrent de le suppri-
i. Voyez P. p, « Papa, Sedes apostolica, Apostolatus », Rivista ai archeologia cristiana, 192S, p. 99-103, où je montre que papa a été pris pour la première fois absolument au concile de Tolède de
sner (Ebner, p. 399), et cela n'est pas rare à la fin du Moyen Age ^ Innocent 111 (111, 5) Wutque le prince soit nommé. Au xiii" siècle, le Missale secundum consuetudinem Romanae curiae, plus tard le Missel Romain de saint Pie V, ont décidément exclu le prince du canon, la Hongrie et la Bohême étant restés jusqu'ici les seuls pays qui l'y maintenaient, en vertu d'une concession du pape' Clément XIII à l'impératrice Marie-Thérèse 2.
Kt omnibus orthodoxis atque catholicae et apostolicae fidei cultoribus. — Cette formule manque au Sacramentaire Gélasien et au plus grand nombre des manuscrits anciens, notamment à ceux qui mentionnent le pape seul; néanmoins ©n la rencontre déjà dans des manuscrits du vn®-viii° siècle (Ebner, p. 400). Évidemment on a hésité, hésitation qui au XI® siècle dure encore, témoin Bernold de Constance déclarant superflue cette mention de tous les fidèles de la foi catholique juste avant le Mémento des vivants [Microî. 13). Il aurait pu dire aussi bien qu'elle n'ajoutait rien à celle de VEcclesia catholica qui précède. — Orthodoxi est pris ici substantivement : on le trouve avec cette acception dès la fin du
4. Ebner (p. 401-402) signale dans des mss. dux» et du xu» siècle «près episcopo la mention du prêtre qui célèbre la messe, et me indigna famulo tuo. Dans d'autres mss. de la même période ou plus récents, à l'issue du Mémento des vivants le célébrant ajoute : « Milii quoque indignissimo famulo tuopropitius essedigneris etab omnibus me pcccatorum offensionibus emundare. »
2. Thalhofer-Eisenuofer, t. IT, p. 460. Clément XIII y met celle condition expresse que lesdits rois, soit de Bohème, soit de Hongrie, auront été sacrés. On peut s'étonner que le canon romaia n|ait pas préservé quelque trace du dévouement de l'Église à l'Empire romain (romanum nomen, romani principes), dévouement qui inspire de si belles prières au Sacramentaire Léonien. Voyez par exemple Feltoe, p. 27, 38, 40, 63, 71, 75, 77, 83, HO, 144.
IV® siècle, chez saint Jérôme ^ L'expression fiâei cultor se rencontre déjà chez saint Cyprien 2. On lisait à l'entrée de la basilique des Saints-Jean-et-Paul, le titulus Pammachii, à Rome :
Quis tantes Christo çenerandas condidit aedes si quaeris : cultor Pammachius fidei ^.
Mémento, Domine, famulorum famularunique tuarum [iV. et JV.] et omnium circumstantium quorum tihi fides cognita est et nota devotio •*. - - Le Sacramentaire Gélasien ne marque pas de noms à dire, pas davantage le Sacramentaire Grégorien. La liturgie romano-carolingienne, au contraire, accepte que des noms propres soient ici prononcés par le célébrant (Ebner, p. 402). Il arrive que ces noms sont écrits en surcharge dans le texte du canon ou dans la marge. La formule famulorum famularumque tuarum et omnium circumstantium (ou circumadstjantium) suggérait déjà que d'autres que les assistants, ou un groupe distinct d'assistants, pouvaient avoir leur place dans le canon. On lit dans le Sacramentaire Gélasien (WilsoN, p. 34) à la messe du troisième dimanche de carême :
iNFRA ACTiONEM, uH dlcU Memeiito, Domine, famulorum famularumque tuarum qui electos tuos suscepturi sunt ad sanctam gratiam baptismatis tui : et omnium circumadstantium. Et taces. Et recilantur nominà virorum et muUerum qui ipsos infantes suscepturi sunt. Et intrus : Quorum tibi fides cognita.
\. HlERONYM. EpiStUl.-VIMy 2.