XVI AVANT-PROPOS
dans la prière que forment pour nous la préface et le canon de nota*e messe romaine, abstraction faite des morceaux que nous y avons signalés comihe de seconde venue.
L'anaphore d'Hippplyte ne s'en tient pas là. En effet, immédiatement, elle donne une bénédiction de l'huile : « Pour celui qui offre de l'huile au moment de l'eucharistie, semblablement on fera (comme on a fait) sur le pain et sur le vin, rendant grâces de même. Quoique l'on n'use pas des mêmes paroles, on rendra grâce selon sa faculté propre, même avec d'autres paroles, et en disant :
Sanctifie cette huile (pour) donner la santé à ceux qui en sont oints et la reçoivent, comme tu as oint les prêtres et les prophètes, et comme tu fortifies quiconque goûte (à l'oblation), ainsi sanctifie ceux qui reçoivent cette huile.
Le peuple: Comme il était, est et sera, dans les générations des générations et dans les siècles des siècles. Amen.
Cette bénédiction de l'huile de l'anaphore d'Hippolyte fait penser à celle que l'évêque célèbre à la messe du jeudi saint, juste avant le Per quem haec omnia, Domine, semper bona créas. Elle confirme l'hypothèse que nous rapportons de W Duchesne fp. 273).
On remarquera que l'anaphore d'Hippolyte ne mentionne pas l'oraison dominicale. Les saints mystères se poursuivent ;
L'e'vêque dit : A nouveau, nous supplions le Dieu tout puissant père de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ, qu'il nous accorde de recevoir en bénédiction ce saint sacrement, qu'il ne fasse d'aucun de nous un coupable, qu'il nous rende tous dignes, (nous) qui prenons et recevons le saint sacrement du corps et du sang du Christ notre Seigneur Dieu tout puissant.
Et la prière continue qui est une prière de préparation à la communion, jusqu'àce que l'évêque prononce : Sancta sanctis. Sur quoi, « attnllant hymnum laudis ■», un chant est chanté, «ef intrat populus,remedium animae suae quo peccatum remittitur accipiens ». Suit une prière après la communion, prononcée par l'évêque. Suit une prière encore accompagnée d'une imposition des mains sur le
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peuple. Le peuple dit : Amen. L'évêque : Dominus cum vobis omnibus, Le peuple :Et cum spiritu tuo. Le diacre : A biie in pace. Et notre texte conclut : c Après cela, l'eucharistie est finie ».
Nous avons tenu à mettre cette anaphore d'Hippolyte sous les yeux de nos lecteurs, pour qu'ils n'ignorent pas un texte dont on a beaucoup parlé ces derniers temps, pour les mettre en garde contre l'engouement qui a voulu en faire une composition de l'âge apostolique, pour le bien fixer à sa date qui est la première moitié du iii« siècle et à son milieu qui est la petite Église dissidente d'Hippolyte.
Dans la mesure où il peut nous instruire sur la prière eucharistique à Rome au temps du pape Calliste, ce texte nous permet d'inférer qu'elle était une prière de concélébration de l'évêque et de son presbyterium, qu'elle n'était pas coupée en deux par l'intrusion du Sanctiis, ni complétée par la récitation du Pater^ que le récit de la Cène en était le centre. Nous avons là un spécimen des anaphores romaines du iii^ siècle, entre lesquelles a survécu celle qui nous sert encore.
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Page 6. A la publication d'Ebner pour l'Italie, joindre celle de l'abbé V. Leroquais pour la France : Les sacramentaires et les missels manuscrits des bibliothèques -publiques de France (Paris 1924).
Page 7. Sur l'évolution du sacramentaire au missel, ix°-x® siècle, Leroquais, 1. 1, p. xu-xiii.
Page 8, Sur l'édition du sacramentaire, soit de Wilson, soit de Lietzmann, voyez M. Andrieu, « A propos de quelques sacramentaires récemment édités », Revue des sciences religieuses, 1922, p. 190-194.
Sur le sacramentaire grégorien antérieur à celui que Charlemagne reçut du pape Hadrien, voyez A.Wilmart, « Un missel grégorien ancien », Hevue bénédictine, 1909, p. 281-300. Il s'agit là d'un sacramentaire de type grégorien, ms. palimpseste du Mont-Gassin, plus' complet et plus ancien que V Hadrianum.
A. DoLD, Ein vorhadriani&ches Greg:orianisches Palimpsest Sacramentar in Gold-Uncialschrift (1919), a. cru avoir retrouvé dans un ms. du séminaire épiscopai de Mayence, des fragments d'un sacramentaire grégorien du milieu du viii" siècle. On croit plutôt que ces fragments dépendent de V Hadrianum.
Pages 9-10. Le sacramentaire grégorien avait pénétré en France un demi-siècle avant d'y être envoyé par le pape Hadrien, et il avait en arrivant en France été combiné avec le sacramentaire gélasien, lequel avait émigré de Rome au moins cent ans plus tôt, donc dans la première moitié du vu* siècle. Ce rajeunissement des vieux gélasiens à l'aide du grégorien créa \m type de transition que l'on désigne sous le nom de « Gélasien du VHP siècle ». On en a publié deux spécimens. Cagin, Le sacramentaire gélasien d'Angoulême (1918). Mohlberg, Das frankische Sacramentarium Gelasianum in alaman-
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nischer tJéberlieferung (1918), d'après un ms. de Saint- Gair. M. Andrieii est d'avis qu'une édition complète des « Gélasiens du "viii" siècle > pourra seule permettre de reconstituer dans ses phases successives l'histoire de la pénétration progressive des sacramentaires romains duns lès- églises et les monastères francs. Andrieu, art. cit., p. 195-199. Le Gélasien du vu' siècle, dont le ms. Reg. 316 est le témoin isolé, nous révèle « ce qu'était devenu en France, à la fin du vu* siècle, la liturgie romaine prégrégorienne, implantée depuis longtemps dans quelques centres ». Andrieu, p. 210.
Page 10. L'évolution du sacramentaire et de la liturgie romano-carolingienne entre le ix° et le xu^ siècle est l'histoire de la « transfusion de l'ancien gélasien dans le grégorien », pour aboutir « à un livre dont le noyau primitif était le sacramentaire envoyé par le pape Hadrien à Charlemagne, mais tellement modifié, tellement enrichi d'éléments gélasiens et gallicans qu'il ae res.semblait que de fort loin à l'original romain ». Ainsi s'exprime M. Leroquais. Au xin® siècle, ce grégorien évolué deviendra l'usage de la cour romaine. M. Andrieu a montré que, dans cette évolution, l'étape intermédiaire est représentée par VOrdo romanus antiquus publié par Hittorp (1568), compilation germanique (Lotharingie ?) du x"^ siècle, qui a bénéficié d'une exceptionnelle autorité en pays germanique et à Rome même, au xi"' et auxu« siècle. M. Andrieu, Immixtio et consecratio (1924), p. 59.
Page' 10. Dans la défunte revue La vie et les arts liturgiques, 1920 (numéros de janvier et de février), j'ai publié une notice sur une traduction française du missel selon l'usage de Paris, qui a dû être faite sous le roi Charles V (1364-1380). Nous eh connaissons un exemplaire du xv° siècle, Bibliothèque nationale, fonds français, n. 180. J'en ai relevé quatre exemplaires (disparus), signalés