‹ Leçons sur la messe [microform]Chapitre 69 sur 97 · Bridgett-Tuubston, p · texte numérisé non relu

Bridgett-Tuubston, p

rentes, le pain, le vin : après la consécration, il présente à Dieu le corps et le sang du Sauveur. Les théologiens qui placent l'essence du sacrifice de la messe dans la consécration doivent impliquer dans les paroles sacramentelles Hoc est corpus meum, Hic est calix sanguinis mei, l'intention du Christ s'offrant en sacrifice à Dieu son père, s'ils veulent retrouver dans ces paroles avec la désignation de la victime l'acte sacerdotal par lequel elle est offerte. Impliquons donc cette intention dans les paroles que nous répétons du Sauveur. Quant aux prières d'oblation qui suivent la consécration, elles ont pour fin de mettre en lumière cet acte sacerdotal du Christ et de le commenter magnifiquement en le faisant nôtre : telle est la signification que nous don» nous aux trois prières Unde et memores, Supra quae, Supplices.

Les paroles sacramentelles se sont achevées sur le Haec quotiescumque feceritis in met memoriam facietiSf et le célébrant reprend aussitôt^ : Unde et memores. Cette prière est celle que les liturgistes décorent du nom d' « anamnèse » [memorià). Le Christ a prescrit de faire ces choses en souvenir de Lui : l'Église proteste à Dieu qu'elle se souvient en effet de son Fils et de sa si bienheureuse passion. Nos servi tui, nous nous en souvenons, nous tes serviteurs, sed etplebs tua, et aussi bien nous ton peuple : expressions qui font écho à celles que nous

1. Le célébrant tient les bras élevés comme avant la consécration, geste des erantes. L'usage s'introduisit au xn* siècle en France d'étendre les bras en forme de croix au Unde et memores. Cet usage n'a point pénétré dans la liturgie romaine. On le retrouve dans celle des Frères Prêcheurs et il est décrit et défendu par saiat Thomas d'Aquin, IH, lxmiu, S, ad 5.

avons rencontrées plus haut dans le Hanc igîtur [servituiis nostrae sed et cunctae familiae tuaé). Lepeuple est un peuple saint, p/'eôs tua sanctaj réminiscence d'un motdel'épître de saint Pierre (/i'e^ ii, t)) : saint Augustin dans ses sermons appelle ses auditeurs Votre Sainteté. La passion du Christ est qualifiée d'heureuse, ta)n beatae passionisj terme de respect et de reconnaissance : dans le De sacramentis elle est qualifiée de très glorieuse [gloriosissimae). A la passion est unie la résurrection et l'ascension, la glorieuse ascension dans les cieux après la résurrection d'entre les morts [ab înfei^is).

Donc, en souvenir du Christ, nous offrons à la majesté divine, offerimus praeclarae maiestati tiiae, en prenant entre les dons qu'elle-même nous a faits, de tuis donis ac datis (réminiscence biblique, / Parai, xxix, 13), — sans qu'on puisse dire si ces mots désignent désormais le pain et le vin ou le corps et le sang^, — nous offrons une victime pure, une victime sainte, une victime immaculée, hostiam puram, hostiam sanctam, hostiam ùnmacidatam, et cette victime n'est autre que le Christ, qui a dit : « Je suis le pain de vie» (ïoa. vi, 35) et : « Qui mange ce pain vivra éternellement» [ibid. 59), panem sanctum vitae aeternae. Ce qui est dit du pain peut être dit du calice, et calicem salutis perpetuae. Le canon romain appuie pour bien marquer de quelle oblatioh il parle. Le De sacramentis est plus bref, il est peut-être

4. Rapprochez cette secrète du Sacramentaire Léonien (FEtioE, p. 71) : « Deus, qui..., accipe propitius quae de tuis donis tibi nos offerte voluisti, non solum nosirae reputans devotionis quae tua sunt, sed...» Et encore (p. 88) : « Offerendorum tibi munerum Deas auetor et dator... >

écourté, il se contente de dire : hanc hostiam immaculatam, hune panem sanctum et calicem vilae aeternae.

Saint Augustin écrit : « Donnez au sacerdos quelque chose à offrir. Mais que trouverait l'homme qu'il pût donner et qui soit une victime pure? Oui, quelle victime ? Quoi de pur peut offrir un pécheur ? Cherche quelque chose à offrir, tu ne trouveras pas... Vienne donc le prêtre pur, qu'il s'offre lui-même, et qu'il nous purifie ainsi. C'est ce qu'a fait le Christ. Il n'a rien trouvé de pur dans les hommes qu'il pût offrir pour les hommes : il s'est donc offert lui-même pure victime. Heureuse victime, vraie victime, hostie immaculée I Nihil mundum invenit in hominibus quod offerret pro hominibus : seipsum optullt mundam çictimam. Félix victimaj vera victimaj hostia immaculata * ».

L'offrande de l'Église se poursuit. Supra quae désigne sans ombre de doute le corps et le sang du Sauveur présents sur l'autel et qui viennent d'être nommés. Que Dieu daigne attacher un regard propice et pacifique {respicere est une réminiscence de Gen. IV, 4 : Respexit Deus ad Abel et ad munera eius) sur cette oblation. Que Dieu daigne l'accepter comme il a accepté celle d'Abel le juste, pueri tui iustîAbel : Abel est toujours qualifié de juste : quant

1. Les signes de croix qui sont prescrits ici, ne sont pas appelés par la lettre du texte. Saint Tliomas les explique en disant qu'ils sont appelés par l'idée de la passion impliquée dans le texte : t sacerdos post consecrationem non ulitur crucesignatione ad benedicendum et consecrandum, sed solum ad commemorandum yirtutem crucîs et modum passionis Cliristi ». III, lxxxiu, 8, ad 4.

2. Enarr. înpsalm. cxlix, 6. Rapprochez Ambros. De exe. frai, sui Satyri,!, 1. Léo. Sermo. iv, I : . ... immaculatas pietatis hostiasde altari cordis ofFerre ».

au qualificatif de puer, il est biblique pour désigner un jeune homme (Gen. xxxvii, 30), ou pour désigner l'homme à qui Dieu entend être un père (Luc. i, 54). Abraham est notre patriarche, patriarchae nos tri Abrahae, parce que ceux-là sont fils d'Abraham qui sont «de la foi » {Gai. m, 7)^ Que Dieu daigne accepter notre oblation comme il a accepté le sacrifice qu'Abraham lui a offert quand il s'est disposé à sacrifier Isaac son fils unique : encore que le sacrifice d'Abraham n'ait pas été consommé, il est une figure du sacrifice delà croix, et, s'il est rappelé ici, c'est que l'oblation que fait le célébrant est bien l'oblation du corps et du sang du Christ sacrifié sur la croix. Que Dieu daigne accepter notre oblation comme il a accepté le sacrificjB que lui a offert Melchisédech, dont l'Ecriture [Gen. xiv, 18) dit qu'il était a prêtre du Dieu Très-Haut », et voilà pourquoi le canon l'appelle summussacerdos tuus Melchisedech : le mot summus appliqué à Melchisedech n'est pas biblique, et nous avons vu que la justesse de cette application a été contestée ^. Mais le sacrifice de Melchisedech, qui est la figure la plus approchée du sacrifice de la messe, est appelé sanctum sacrificium, immaculatam hostiam : nous avons vu que ces derniers mots sont une addition du pape saint Léon. S'entendant du pain et du vin offerts par Melchisedech, non du corps et du sang du Sauveur, ils ne sont accompagnés d'aucun signe de croix du célébrant.

1. LEO. Sermo un, 3 : c Nos spiritale semen Âbrahae. > f. Uûe préface du SacrameotaireLéonien (Feltoe, p. 161) est à rapprocher de ce passage du canon : « V. D. tuae laudis hostiam iugiter immolantes, cuius figuram Abel iustus instituit, agnus quoque legalis ostendit, celebravil Abraham, Melchisedech sacerdos exhibuit, sed Terus agnus et aeternus pontifes hodie natus Christus implevit >.

Supplices te rogamus, le célébrant s'incline, les mains jointes, dans l'attitude d'un suppliant que suggère le texte.

lube haec, le célébrant dit kaec, comme peu auparavantil disait [supra] quae. Le De sacramentis écrit : hanc ohlatîonem. Que « ces choses » soient portées sur l'autel sublime sous les yeux de la divine majesté par les mains du saint ange de Dieu. In sublime altare tuum in conspectu divinae maie'statis tuae, per manus sancti angeli tui, ces trois traits sont une réminiscence de l' Apocalypse (viii, 3- 5) : « Puis il vint un autre ange, et il se tint près de l'autel, un encensoir d'or à la main ; on lui donna beaucoup de parfums, pour qu'il fît une offrande des prières de tous les saints sur l'autel d'or qui est devant le trône, et la fumée des parfums, formés des prières des saints, monta de la main de l'ange devant Dieu ». L'ange du sacrifice est aussi bien celui qui apparaît à Zacharie, à droite de l'autel de l'encens [Luc. I, 11). De toute façon cet ange est un ange*. L'interprétation qui consistait à identifier avec le Christ en personne l'ange dont il est parlé ici, est une interprétation aujourd'hui abandonnée. On ne saurait davantage l'identifier avec le saint Esprit. Le De sacramentis confirme notre interprétation, car il ne parle pas seulement d'un ange, mais d'anges au pluriel, « per manus angelorum tuorum » ^.

L'autel sublime est Dieu même considéré dans

1. s. TiioM. Sum. theol. ni, lxxxiii. 4, ad. 9. Cf. Ambros. Exposit. Lmc. I, 28: « Udinem nobis quoque adolentibus altaria, sacrificium deferentibus, assistât angélus, immo praebeat se videndum. Non enim dubites assistere angelum, quando Christus assistit, quando Christus immolatur •.

2. Rapprocher Gregor. Dtoîogf. iv, 58 : « ... in illo lesu Ghristimysterlo angelorum choros adesse, summis ima sociari... «

l'acceptation qu'il fait du sacrifice que le Sauveur lui a offert sur la croix, et que nous lui offrons avec lui dans la messe. Saint Augustin a dit dans ce sens : « Il y a un autel devant les yeux de Dieu, là est entré le prêtre qui s^est offert pour nous, cet autel est celui du ciel^ ». Et dans ce sens aussi l'Évangile ne dit-il pas que l'autel sanctifie le don (Mat. xxiii, 19)? Que donc le corps et le sang du Christ que nous offrons à Dieu soient sanctifiés par l'autel sublime qui est <lans le ciel, en d'autres termes, soient agréés de Dieu en sacrifice, notre sacrifice.

Les liturgistes récents qui veulent voir dans le Supplices te rogamus l'équivalent dé l'épiclèse grecque, ont le tort d'interpréter la formule romaine en fonction de formules grecques {ou même gallicanes et wisigothiques) qui sont plus récentes et avec lesquelles elle n'a en réalité pas de points communs. On nous dit que c'est seulement après le prononcé du Supplices te rogamus qu'il est parlé de l'oblation comme du corps et du sang du Christ : cela même n'est pas exact, puisque déjà parle Uiide et memores nous avons offert à Dieu « le pain saint de la vie éternelle et le calice du salut perpétuel ». L'idée de l'intervention de l'Esprit saint dans le miracle de la consécration est absolument en dehors de la perspective du canon romain^, à condition que l'on veuille bien le considérer en soi et l'entendre luimême par lui-même.

1. Enarr. in ps. xxv, ii, 10. Jbid. xlii, 2 : « Est enim quoddam fiublime altare inyisibile, quo non accedit iniustus... » (Mais là autei ■est pris en un sens moral.) Saint Irénée parle déjà aussi de l'autel qui est dans le ciel et où sont portées dos prières et nos offrandes. Jlaer. iv, 18, 6.

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