‹ Leçons sur la messe [microform]Chapitre 70 sur 97 · Thaliiofer-Eisenhof r, t. II, p · texte numérisé non relu

Thaliiofer-Eisenhof r, t. II, p

LE CANON ROMAIN. %n

l'Esprit saint a son rôle dans la sanctification, c'està-dire dans racceptation par dieu del'oblation [Rom, XV, 16).

En retour de l'offrande faite sur l'autel sublime du ciel, en retour de l'acceptation par la divine majesté du corps et du sang immolés du Christ, il nous sera donné par la communion de participer à l'autel (du ciel) et d'être inondés de toute bénédiction et de toute grâce. Participer à l'autel, c'est avoir sa part de la victime immolée : « Ne savez, vous pas que ceux qui servent à l'autel ont part à l'autel » (/ Cor. ix, 13) ? L'épître aux Hébreux dit de même : « Nous avons un atitel dont ceux-là n'ont pas le droit de manger qui restent au service du tabernacle » [Heb. xiii, 10). Que donc l'ange porte notre hostie immaculée à l'autel sublime qu'est Dieu dans le ciel, ut quotquot ex hac altaris paj^ticipatione sacrosanctum Filii tùi corpus et sanguinem sumpserimusj et que tous ceux qui auront part à l'autel, c'est-à-dire à la victime offerte, c'est-à-dire au corps et au sang qu'ils vont recevoir dans la communion, soient remplis de la bénédiction et de la grâce du ciel, omni benedictione caelesti et gratia repleamur per eumdem Christum Dominum nostrum [Ameii] ^.

Il ne resterait plus qu'à passer à la communion qui vient d'être annoncée, la prière consécratoire ou canon d'action de grâces est en effet achevée.

Nous avons dit en son lieu les raisons qui nous font considérer le Mémento des défunts comme une pièce adventice, dXitanileNohisquoguepeccatorièus. Mais que penser de la formule qui clôt actuellement le canon romain?

Per quem haec omnia, Domine, semper bona créas sanctlflcas viviflcas benedicis et praestas nobis. Per ipsum et cum ipso et in ipso est tibi Deo patri omnipotenti, in unitate Spiritus sancti, omnîs honor et gloria, per omnia saecula saeculorura. Amen.

Celte formule, qui est une doxologie, est une conclusion évidemment. Elle ne se raccorde point au Nobis quoque peccatorihus, pas davantage au iJ/e- Twe/ito des défunts. Se raccorderait-elle au Supplices te rogamus, dont elle n'était pas isolée primitivement? Dom Cagin l'a pensé et il n'hésite pas à voir dans le Per quem haec omnia la conclusion normale de tout le canon. Il fait valoir que, dans la liturgie gallicane et dans la wisigothique, on rencontre le Per quem romain immédiatement attaché à la formule qui dans ces deux liturgies est le substitut du Supplices te rogamus romain. On peut produire en exemple la formule suivante du sacramentaire (gallican) d' Autun (vu* siècle) :

Haec nos, Domine, institutaetpraeceptaretinentes, suppliciter oramus uti hoc sacrificium suscipere et benedicere et sanctiflcare digneris, ut fiât nobis eucharistia légitima [intuo Fillique tui nomine et Spiritus sancti] in transformationem corporis et sanguinis Domîni Dei nostri lesu Christiunigeniti tui, per quem omnia créas, creata benedicis, benedicta sanctificas, et sanctificata largiris, Deus qui in Trinitate perfecta vivis et régnas in saecula saeculorum i.

1. P. L, LXXII, 837. Paléographie, p. 83. Eucharistia, p. 57.

M*' Duchesne objecte, il est vrai, que les mots haec omnia bona ne peuvent désigner le pain et le vin qui sont désormais le corps elle sang du Christ. Ilsuppose doncqu'ici s'intercalait une bénédiction des fruits de la terre, blé, huile, raisin, fèves, etc., analogue à la bénédiction de l'huile des infirmes le jeudi saint ^ On peut répondre que, quand ces fruits de la terre sont bénits à ce point delà messe, ce n'est qu'exceptionnellement et toujours par une formule qu'on introduit avant le Per quem haec omnia bona, qui n'est donc pas une bénédiction des fruits de la terre. Y fait-il du moins allusion ? Pas si évidemment qu'on ne l'ait maintenu aux messes où n'intervient aucune bénédiction des fruits de la terre.

On inclinera donc à croire que le Per quem haec omnia est une pure doxologie qui acclame le Fils dans le Père, le Fils et le Verbe par qui tout a été fait ^ . Remarquez que le sacramentaire d'Âutun dit : Per quem omnia créas, supprimant Aaec et mettant l'accent sur omnia. Dieu crée toutes choses et toutes choses sont bonnes, valde bona créas, dit une formule wisigothique citée par dom Cagin [Euchar. p. 57). Le pain et le vin, qui ont servi à faire le sacrement du corps

1. Duchesne, Origines, p. n4-17S. voyez dans le Sacramentaire Gélasien (WiLSON, p. 107), la messe de l'Ascension, où le Communicantes est suivi de ceci : « Inde vero modicum ante expleto canone benedices fruges novas. Sequitur benediclio. Bcnedic Domine et has fruges novas fabae quas tu, Domine, rore caelesti et inundantia pluviarum ad maturitatem perducere dignatus es, ad percipiendum nobis cum gratiarum actione in nomine Domiui nostri lesu Cbristi. Per quem haec omnia, Domine, semper bona usque expleto canone >. — Voyez encore ibid. ,p. 29i.

2. Rapprochez la doxologie que donne au Pater la liturgie décrite par le De sacramentis, VI, 24: « Audi quid dicat sacerdos : Per Domînum nostrum lesum Christum, in quo tibi est honor, laus, gloria, magnificentia, potestas, cum Spirltusanctoa sacculis et nuac et eeiu* per et in omnia saecula saeculorum. Amen. >

et du sang du Christ, peuvent représenter toute la création dont ils sont en quelque sorte les prémices, « pî'imitias Deo ex suis creaturis », disait déjà saint Irénée^ création qui ne s'interrompt pas et qui est bonne toujours : haec omnia semper bona créas. Ce pain et ce vin, Dieu les sanctifie, il les vivifie, il les bénit, il nous les donne : tous ces traits s'appliquent au pain et au vin qui deviennent le pain saint de la vie éternelle et le calice de bénédiction 2.

Tout honneur et toute gloire à Dieu tout-puissant, dans l'unité du saint Esprit, par le Fils et avec le Fils et dans le Fils, tous les siècles des siècles. Et l'assistance s'unit à cet hommage lyrique : Amen.

Cet Amen est célèbre, parce qu'il était la seule intervention du peuple dans la grande prière de l'évêque, et que par cette acclamation le peuple affirmait sa foi aux saints mystères de la liturgie. Saint Justin, au II® siècle, souligne l'importance de cet Amen de « tout le peuple présent » [Apol. lxv, 3-5). Nous l'avons vu mentionné par l'évêque d'Alexandrie saint Denys, au milieu du m® siècle. « Vous dites AmeUf écrit saint Augustin, et qui dit amen souscrit (à ce qui vient d'être exprimé), car amen en

1. Voyez L'eucharistie, p. 173-176. Dans le même sens que nous Thalhofer-Eisenhofeu, t. Il, p. 191.

2. Quand il prononce Per ipsuin et cum ipso, le célébrant fait avec l'hoslie trois signes de croix sur le calice; puis, en disant Est tibi Deo Pairi omnipotenti, il fait deux signes de croix en ayant du calice ; enfin, en disant Omnis honor et gloria, il élève un peu l'hostie et le calice. Ce dernier geste est prescrit déjà par l'Ordo romanus I, où l'arcliidiacre élève le calice etlerapprociie du pontife (exaltât ilhim iuxta pontiftcem), et où le pontife touclie avec les oblatae le bord du calice {tangit a latere calicem cum oblalis). Pas de signes de croix prescrits ici par l'Ordo 1. Mais déjà VOrdo 7'omanus //marque les deux signes de croix à faire avec les oblatae en avant du calice. Les trois signes de croix faits avec l'iiostie sur le calice apparaissent à la fin du xn« siècle.

latin se traduit par : C'est vrai '. » Le maître d'Augustin, saint Ambroise, avait dit déjà de cette même acclamation : « Et tu dicis : Amen, hoc est verum est : quod os loquitur mens interna fateatui\ quod sermo sonat affectus sentiat » [De myster. 54). UOrdo ro7nanusXIV{n. 95), au début du xiv® siècle, mentionne que, à la messe papale du jour de Pâques, cet Amen est exceptionnellement omis. On expliquait cette omission par une légende, qui est qu'à pareil jour, comme le pape saint Grégoire venait de prononcer Per omnia saecula saeculorum, un ange du ciel répondit Amen.

Page 1