‹ Leçons sur la messe [microform]Chapitre 72 sur 97 · AoGDSTiN. De serm. Dom, in monte, ii · texte numérisé non relu

AoGDSTiN. De serm. Dom, in monte, ii

canon : « Orationem dominicain mox post canonem dici statuislis. » Il m'a paru ne pas convenir, écrit le pape, que nous disions sur l'oblation une prière (precem) qu'a composée un écrivain quelconque, et que nous ne disions pas sur le corps et le sang du Christ l'oraison que nous tenons du Christ en personne ^ . Voilà pourquoi nous disons Toraison dominicale aussitôt après le canon [mox post precem). — Ce texte peut être compris dans ce sens que saint Grégoire a institué de dire le Pater à cette place, pour qu'il fut dit sur le corps et le sang du Christ, par ce que sans cela « nous ne le dirions pas sur le corps et le sang du Christ » : on conclura de là que le Pater ne figurait pas à la messe romaine avant saint Grégoire. — On peut comprendre aussi que, à Rome, le Pater se plaçait après la fraction, et que saint Grégoire le plaça, comme faisaient les Grecs, avant la fraction. Ce texte est généralement compris ainsi. Mais alors comment saint Grégoire peut-il écrire que le Pater, s'il était dit après la fraction (et avant la communion) ne serait pas dit sur le corps et le sang du Christ? Cette considération nous fait préférer la première interprétation^.

i.Epistul. IX, 12 : « Valde milii inconveniens visum est ut precem quara scolasticus composuerat super ol)lalionem diceremus, et ipsam traditionem quam redemptor noster composuit super eius corpus et sanguinem non diceremus. » Le mot scolasticus n'est pas^ un nom propre, il désigne ici un écrivain qui sait écrire. Hieiionym. Epistul. iwi,9.

2. Le texte de saint Grégoire que nous commentons soulève une grosse difficulté. Le pape écrit : « Orationem dominicara idcirco mox post precem dicimus, quia mos apostolorum fuit ut ad ipsam solummodo orationem oblationis iiostiam consecrarent... » Saint Grégoire a toute l'apparence de dire que l'usage des apôtres a été de

Les Eglises qui introduisirent l'oraison dominicale entre le canon et la communion, en firent une préparation à la communion. Cette raison est celle que donne saint Augustin. Pourquoi, demande-t-il, disons-nous l'oraison dominicale avant de recevoir le corps et le sang* du Christ? Et il répond : L'humaine fragilité le réclame : si, en effet, nous avons péché par pensée, par parole, par regard, si nous avons été touchés de quelque tentation de ce monde, ces fautes légères sont effacées par l'oraison dominicale, quand nous disons à Dieu : Dimitte nohis dehita nostra. Nous pouvons nous approcher alors, sans crainte de manger et de boire notre condamnation en recevant ce que nous recevons, « ne quodaccipimusin iudicium nobis manducemus et bibamus * ». L'oraison dominicale a, pour les péchés véniels, une efficacité purificatrice que l'évêque d'Hippone a maintes fois relevée; elle est une médecine quotidienne instituée par Dieu dans son Église ; il suffit de dire le Dimitte nobis débita nostra pour pouvoir se présenter à l'autel le visage lavé, « ut his verbis Iota fade ad altare accedamus, et his perbis Iota

consacrer le pain et le vin {oblationis hosliam) en prononçant seulement l'oraison dominicale [ad ipsam solummodo orationem). Ce sens est celui qu'adopte Ms' Duchesne (Origines, p. 116) et aussi bien de» auteurs réceats, comme Wordsworth, comme Gore, comme Schell. Voyez L'eucharistie, p. 353. —On peut faire valoir contre cette interprétation que oblationis se rattache non à hostiatn, mais à orationem, ce qui revient à dire que l'usage des apôtres était de consacrer le sacrifice (hostiam) en prononçant seulement la prière de l'oblation [ad ipsam solummodo orationem oblationis). victorinus, qui écrivait à Rome au temps du pape Libère, parlant du canon l'appelle « oratio oblationis ». Adv. Ar. ii, 8. L'expression oratio oblationis répond au grec eùj^rj upoffçopdtç. Le mos apostolorum désigne l'usage romain antérieur à saint Grégoire, car à Rome ie canon était considéré comme d'origine apostolique. 1. AuG. Sermo vi, 3 (coll. de M. D.).

facie corpori Christî et sanguini communîcemus » [Sermo xvii, 5).

En fixant au Pater la place qu'il occupe dans la messe romaine, saint Grégoire lui a donné un prologue et un épilogue. Le prologue est ainsi conçu :

Oremus.

Praeceptis salutaribus moniti et divina institutione for» mati, audemus dicere : Pater noster.

Ce prologue doit être une formule liturgique antérieure à saint Grégoire. Saint Jérôme, pensant peutêtre à la liturgie pratiquée à Bethléem et à Jérusalem, a écrit : « Sic docuit apostolos suos ut cotidie in corporis illius sacrificio credentes audeant loqui : Pater noster... » (Contra Pelag. m, 15). Et saint Augustin, dans le même temps, disait : « Audemus cotidie dicere : Adveniat regnum tuum » [Sermo ex, 5). L'équivalent de notre audemus dicere se retrouve dans la liturgie byzantine ^

Chez les Grecs, nous le savons par le pape saint Grégoire, l'oraison dominicale était prononcée à l'unisson par toute l'assistance. Il en était de même dans la liturgie gallicane ; Grégoire de Tours raconte qu'une femme qui était muette recouvra la parole à la messe, un dimanche, au moment où se disait l'oraison dominicale : miraculeusement guérie, elle ouvrit la bouche et se mit à chanter le Pater avec toute l'assistance, « coepit sanctam orationem cum reliquis decantare ^ » . La règle de saint Benoît(cap. 13) ,

\. Pour la liturgie byzantine, Brightman, p. 136, 391, 410. Pour la gallicane, voyez les formules Ante orationem dominicam ùm sacramentaire d'Autun, du sacramentaire d'Auxerre.

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