loA.. ABRiNCEif. De off. eccî. (P. L. t. CXLVir, p
de nombreuses Eglises ». Si on ne considère que le sacrement, dit-il, il convient de communier sous les deux espèces. Si on considère le fidèle qui communie, on doit apporter un respect extrême et tout autant de précaution [summa reverentia et cautela)^ de peur de faire injure à un si saint mystère. Or, le précieux sang court plus de risques et appelle plus de précautions. Aussi est-ce avec prévoyance que, en certaines Églises {provide in quibusdam ecclesiis), on ne donne pas le précieux sang au peuple et on le réserve au seul prêtre. (Le cardinal Robert Pulleyn invoque la même raison.) L'abandon, en Occident, de la communion des fidèles sous l'espèce du vin, est une précaution d'ordre pratique j prise spontanément par des Eglises qui, au temps où saint Thomas d'Aquin écrit sa Somme (entre 1265 et 1274), ne sont pas en Occident toutes les Églises.
La communion sous les deux espèces se pratiquera encore à Rome à la messe pontificale du pape, cent ans et plus après saint Thomas, à la fin du XIV® siècle, où elle est décrite par Pierre Amelli (-f- 1401), auteur de VOrdo romanus XV [n. 85). Le pape, y lisons-nous,' communie à son siège tous ceux qui communient, en leur distribuant les hosties consacrées placées dans un ciboire [coppa) : pendant ce temps, le diacre à l'autel (exactement, à la corne droite de l'autel) tient de la main gauche le calice et de la main droite un tube [fistula]^ avec lequel à tous ceux qui ont communié de la main du pape il donne à boire du précieux sang, en disant à chacun : Sanguis D. N. I. C. custodiat etc. Notez qu'il ne s'agit pas là de la communion du clergé seulement : après
les cardinaux, en effet, communient les clercs, puis les barons et les milites et enfin quiconque veut communier [quicumque voluerit vere confessus et paenitens).
C'estseulementau concile de Constance (iSess. XIII, en 1415), contre Jean Huss, que la disparition de la communion sous l'espèce du vin, qui n'était qu'une coutume, est consacrée par l'autorité d'un concile général, et lé décret du concile confirmé (8 mars 1418) par le pape Martin V : il faut croire fermement, écrit Martin Y, que sous l'espèce du pain aussi intégralement que sous l'espèce du vin est le corps et le sang du Christ (Denzinger, 585). Le concile de Trente confirmera solennellement cette doctrine [Sess. XXI, can. 1-3) ^
Pendant que la distribution de la communion se fait aux fidèles qui communient, le chœur chante un psaume à antienne. Saint Augustin parle de ce chant comme d'un usage introduit en Afrique de son temps, «... uthymniad altare dicerentur depsal-
1. Bôssuet avait pensé à lapossibilité de rétablir la communion sous les deux espèces, pour « faciliter le retour de l'Angleterre et de l'Allemagne ». La coupe, écrit-il à Mabillon, « fut rendue par Pie lY dans l'Autriche et dans la Bavière; mais le remède n'eut pas grand effet, parce que les esprits étalent encore trop échauffés. La même chose, accordée dans un temps plus favorable, comme celui-ci ob tout parait ébranlé, réussirait mieux >.Bossuet se flattait que,avec celte concession du Saint-Siège, < on verrait la ruine tout entière de l'hérésie ». Lettre à Mabillon, du 12 août 1683. Mabillon, qui était à Rome, lui répondit que cette proposition était inopportune, lettre du 9 octobre 168S. (Ed. de Bar-le-Duc, t. XI, p. 248-249). — On lira toujours avec fruit le Traité de Bossuet de la communion sous les deux espèces. (Ed. cit. t. V, p. 484 et suiY.)
moj'iim îibro... cutn distribueretur populo quod fuisset oblatum » [Retract, ii, 11). L'Antiphonaire Grégorien donne le texte de l'antienne, et à la suite les premiers mots du psaume que cette antienne accompagne ^ UOrdo romanus 1 marque de même l'antienne {antiphona ad communionem] et son psaume, et il prescrit de ne chanter le Gloria Patri que sur Tordre du pape et quand tout le peuple a été communié. Il ne subsiste plus aujourd'hui que l'antienne.
Une règle, attestée par Innocent 111, en 1204, prescrit au célébrant de se purifier la bouche avec du vin, à moins qu'il n'ait une autre messe à dire^.
UOrdo j'omanus XIV, au début du xiv^ siècle, est le premier cérémonial romain qui lui prescrive de purifier ensuite, d'abord avec un peu de vin, puis avec un peu d'eau, ceux de ses doigts qui ont touché la sainte hostie. UOrdo cité prévoit l'oraison Quod 07-e siunpsimus et l'oraison Corpus tuum quod suinpsi, accompagnant toutes deux l'ablution des doigts. L'eau employée à l'ablution des doigts n'est pas versée dans le calice comme le vin, mais jetée [ipsa aqua proîciatur in loco mundo). Innocent III (vi, 8) ne parle que de l'ablution des doigts, mais lui aussi fait jeter l'eau «m locum mundum », par respect pour le sacrement. Au xi® siècle,
1. Microl. 18 : « Sciendum autem eamdem autiphonam semper eumdem psalmum cum introitu habere, si non habet proprium ex quo sumpta videalur. »
2. POTTiiAST, 2319. A la messe d'ordination, le Pontifical Romain prescrit que les prêtres qui viennent de recevoir la sainte hostie de la main de l'évêque boivent nn peu de vin à un calice (non consacré). L'usage est que les autres ordinands fassent de même. Au xui" siècle, l'usage était commun. Andriku, Immixlîo et consecratto, p. 19.
au xii^, on rencontre l'oraison Cor-pus quod sumpsi indiquée après la communion du célébrant {post perceptionem), sans qu'il soit fait mention d'aucune ablution (Ebner, p. 299, 302, 323). Au xii^-xiii" siècle cependant, on rencontre ensemble les deux oraisons Quod 07-e et Coipus tuum, précédées d'une rubrique comme celle-ci : « Postquam sumpsej-is ablue digitos tuos iia dicendo : Quod ore... » (p. 336). Il est probable que nos deux oraisons ont été d'abord deux prières du prêtre après la communion : elles sont deux actions de grâces de dévotion. Certains missels manuscrits du xi^ siècle, dans le même sentiment, insèrent avant le Corpus tuum non le Quod ore, mais la belle oraison jaculatoire que voici, à répéter trois fois (Ebner, p. 302) :
Verbum caro factura est, et habitavit in nobis,
ou celle-ci (p. 311) :
Verbum caro factum est, et habitavit in nobis. Tibi laus, libi gloria, tibi gratiarum aclio, in saecula saeculorum, amen, o beata Trinitas.
On pensait à faire exprimer au prêtre sa reconnaissance pour le don qu'il venait de recevoir de Dieu, et sans attendre l'oraison de la postcommunion qui est une action degrâces essentiellement ^ .
i. Microl. 18 : « Sunt et aliae multae orationes quas quidem ad pacem et ooromunionem privatam fréquentant : sed diligontiores antiquiorom tradltionum observatores nos in huiusmodi privalis orationibus brevitati studere docuerunt, potiusque publicis precibuB in ofûcio missae occupari voluernnt >.
On ne comprendrait pas, en effet, que l'action de grâces n'ait pas sa place après la communion. Saint Augustin l'énonce comme une règle de la liturgie de son temps : « Quibus peractis, et participato tanto sac7'amentOy gratiarum actio cuncta concludity> [Epistul. cxlix, 16).
La messe donc va se clore sur une dernière oraison, l'oraison Adcomplendunij comme l'appelle le Sacramentaire Grégorien, et encore VOrdo romanus If VOrdoromanus II,VOrdo romanus III, tandis que le Sacramentaire Gélasien l'intitule Post communion nern, qui est le terme en usage dans les sacramentaires gallicans. Ce terme, que l'on rencontre déjà dans le supplément donné par Alcuin au Sacramentaire Grégorien, est celui qui survivra.
L'oraison après la communion contient, comme la collecte, une allusion marquée à la fête du jour ou au femps, mais plus marquée encore à la communion qui vient d'être distribuée à l'assistance : elle demande à Dieu que les communiants retirent de la table céleste à laquelle ils viennent de se rassasier ce qui en doit être pour eux le fruit :
Sanctiflcet nos, Domine, qua pasti sumus mensa caelestis, et a cunctis erroribus expiatos supernis promissionibus reddat acceptes. Per.
L'oraison citée est au Missel Romain * celle du mercredi de la troisième semaine de carême, elle rap-