ÉPILOGUE
Père Lebrun avait bien raison d'écrire : « Il serait à souhaiter qu'on portât toujours avec respect devant le prêtre ce saiiit livre, qui contient le pouvoir que Jésus Christ, instituant l'Eucharistie, donna aux prêtres de célébrer la messe, en leur disant : Faites ceci en mémoire de moi. »
Les prières que le célébrant dit à voix basse au pied de l'autel expriment les scrupules que la liturgie entend suggérer à qui va offrir le saint sacrifice. Que ces scrupules soient pareillement ceux de l'assistance. La liturgie associe le clergé et les fidèles dans la sainte égalité du Confiteor. Que tous se rappellent la parabole du pharisien et du publicain, pour imiter celui des deux qui, « se tenant à distance, ne voulait pas même lever les yeux au ciel, mais frappait sa poitrine en disant : O Dieu, ayez pitié de moi qui suis un pécheur » (Luc. xviii, 13). Se frapper la poitrine est un geste que la foi chrétienne a voulu qu'il nous fût familier. Saint Augustin rapporte que, à chaque fois que dans la lecture des Livres Saints les fidèles entendaient le mot confiteor ou toute parole suggérant l'idée de pénitence, ils se frappaient la poitrine: «... mox ut hoc verbum sonuit in ore lectoris, secutus est etiam sonus tunsionis pectoris vestri.,. Pectora tutudistis, tundere autem pectus quid est nisi arguere quod latet in pectore et evidenti pulsu occultum castigare peccatum » [Sermo lxvii, 1). Que l'assistance donc batte sa coulpe dans le sentiment du pécheur qui s'accuse, et qu'avec le célébrant elle dise la belle oraison Aufer a nohis iniquitates nostras^ qui est la conclusion des prières dites au pied de l'autel.
Le célébrant baise l'autel en y arrivant. L'autel chrétien est une chose sainte en soi. Que l'on veuille bien lire dans le Pontifical romain les prières pour une consécration d'autel, on découvrira de quelle sainteté la liturgie revêt l'autel, oint par l'onction du saint chrême comme le sont les pontifes : l'idée n'y est pas exprimée que cet autel figure le Christ. La sainteté de l'autel sanctifie les dons qu'on y offre à Dieu et aussi bien quiconque le touche. « Siquis tetigerit altarehoc sanctîfîcatus habeatur », dit la préface de la consécration de l'autel ^ au Pontifical romain, empruntant une parole de Dieu à Moïse, car cette sainteté de l'autel est inspirée de la piété lévitique.
Le célébrant ne se contente pas de baiser l'autel, il l'encense, et cet encensement est un rappel de la cérémonie de consécration de l'autel où les encensements répétés tiennent une si grande place. Il est aussi bien une réminiscence de l'encens que les prêtres offraient dans le sanctuaire du Temple : « Et toute la multitude du peuple était dehors en prière à l'heure de l'encens », dit saint Luc (i, 10).
La litanie a été un temps le plus populaire des
4. Rapprochez l'oraison qui précède cette préface, Detts omntpotens in cia'its hotwrem, oraison qui se lit déjà dans le Saçranienlaire Gélasien (Wilson, p. 134) et le Grégorien (p. 184) : t ...praesta ut in hac mensa sint tibi libamina accepta, sint grata, sint pinguia, et Spiritus sancli tui semper rore perfusa, ut omni tempore in hoc locQ supplicantis tibi familiae tuae anxietates relevés, aegritudines cures, preces exaudias, vota suscipias, desiderata confirmes, poslulala concédas. Per. »