ÉPILOGUE
chants de l'Eglise : il n'en subsiste que le Kyrie, il s'y ajoute Yintf'oït, il s'y surajoute le Gloria in excelsisy auxquels il serait souhaitable que le peuple pût unir sa voix, quand on les chante. Qui donc persuadera à nos maîtres de chapelle que les fidèles ne sont pas une salle, mais un chœur, et que le chant d'Église doit être conduit de telle sorte qu'ils y puissent prendre part? « On peut dire ce qu'on voudra des inconvénients qui résultent, au point de vue artistique, d'un chant quelconque exécuté par une foule nombreuse : rien ne vaudra jamais, comme effet, l'impression de majestueuse et vivante unité qu'il produit ; et puisque nous regardons comme une part de notre mission de travailler a la restauration des vénérables traditions liturgiques, souvenons-nous qu'il restera toujours quelque chose à désirer, tant que nous ne serons point parvenus à rendre au peuple de Dieu la part active qai lui revient, cette grande voix que nulle combinaison artificielle ne saura jamais remplacer »^.
Le chant liturgique est une industrie que l'Église emploie pour éveiller dans ses fidèles des sentiments, et d'abord pour mettre entre eux une unanimité que l'unisson de leurs voix prépare et symbolise : chanter à l'unisson conduit à chanter d'un même cœur. Il faut chanter avec son cœur. Ne chantons ps^s de telle sorte que notre voix retentisse et que notre cœur soit muet : « Ne sit lin» gua perstrepens corde muto », dit saint Augustin [Sermo cxcvnï, 1). Car chanter est d'ordinaire signe qu'on aime : « Cantare negoUum esse solet
i. L'idéal monastique et la vie chrétienne de» premier» jours
amantium » [Sermo xxxiii, 1). Il faut chanter aussi avec intelligence. Ne chantons pas comme chantent les oiseaux sans raison, dit encore saint Augustin, mais apprenons à comprendre ce que nous chantons : « Humana ratione, non quasi aviwn voce cantemus » [Enar^r. inpsalm. ii, 1). L'Eglise veut donc que le chant soit un acte de raison et d'amour. N'en faisons pas une virtuosité de théâtre, « ut in Ecclesîa théâtrales moduli audiantur et cantica », disait déjà saint Jérôme à l'adresse de clercs de son temps qui tendaient à faire de la maison de Dieu un music-hall, <.i qui de Dei domo scenam fecere populorum » [Comment, in Eph. v, 19).
On voudrait espérer que le peu qui a été dit des oraisons du Missel, considérées comme des expressions de la piété romaine, portera les fidèles à les aimer. Elles sont des formules tout ensemble concentrées et simplifiées, des thèmes de méditation.
Elles sont cependant et d'abord des invitations à la prière en commun : Oremus. Nos fidèles ont tendance à chercher dans nos églises un « foyer d'intimité secrète » , comme disait Newm§in, une solitude où leur regard ne veut voir que Dieu : l'Église et sa liturgie, au contraire, ont pour esprit que personne ne se mette à part, que la prière soit la prière de tous, que les fidèles se persuadent qu'ils sont peuple, et que le célébrant a dans la prière publique la mission de parler pour ce peuple. Prier clauso oslio