ÉPILOGUE
Vous imiterez les disciples d'Emmaûs qui reconnaissent le Seigneur à la fraction du pain (Luc, XXIV, 35). Vous vous direz que ce pain est rompu pour vous, et que par le rite l'invitation vous est adressée à en prendre votre part.
La pratique de la communion quotidienne, redevenuc si chère à tant de nos fidèles d'aujourd'hui, en France, est un retour à la piété romaine du iv« et du v^ siècle. Sainte Mélanie « communiait au corps du Seigneur » chaque jour, « et telle est la pratique des Romains », raconte sa Vita, qui fait remontes" cette pratique àl'épiscopat du bienheureux apôtre Pierre ^ La foi de sainte Mélanie lui montrait dans^ la communion quotidienne une préservation pour son âme, « tutelam animae ». Nous avons releva dans les oraisons de la liturgie romaine Post communionem la vertu purificatrice et sanctificatrice de la communion : rien n'est moins janséniste que la liturgie, étant bien entendu cependant qu'elle interdit la sainte table aux indignes.
Les trois prières que le prêtre prononce' à vo-ix basse avant de communier, Domine lesu ChristefiU Dei vivi..,., peuvent être pour les fidèles les plus belles prières de préparation à la conmumion. Nous leur conseillons de les adopter, de les méditer, d'eii
i. Vita^ 62. Sur la communion quotidienne à Rome à cette époque, Rampolla., p. 230-232, qui signale le relâchement de l'Orient (déploré par S. Jean Chrysoslome) en contraste avec la ferveur de TOccidenL Rapprochez De sacramentis. Y, 23, etHiERoxYM. EpistuU lxxi,6.
nourrir leur dévotion : ils ne trouveront pas d'aliment plus sain.
« Qui vult vipère, habet uhi çiçat, hahet unde vivat: accédât y credat: incorporeturj utvivificeUir-D^ ainsi s'exprimait la piété de saint Augustin. Et cette piété aussi s'émouvait à la pensée que, par la communion de ses fidèles au corps sacramentel du Christ, l'unité de l'Église arrivait à sa perfection. Nous sommes moins sensibles à cette vue, mais elle n'est pas négligeable. Vous devez apprendre à dire avec Augustin de la sainte communion, particulièrement de telle communion mensuelle que vous avez la joie de faire en union avec tels de vos frères : « O sacramentum pietatis^ o signum unitatisj o vinculum caritatis ^ ! » Votre pensée devra s'élever plus haut encore, embrasser toute l'Église, demander à-Dieu l'avènement de son royaume, même en ce monde, même et surtout en cette heure où la chrétienté est en sang ^. Vous ferez vôtre cette prière que nous a conservée la Didaché (un écrit de la fin du P' siècle) :
« Comme ce pain rompu, autrefois disséminé sur les montagnes, a été recueilli pour devenir un, qu'ainsi ton Église soit rassemblée des extrémités de la terre dans ton royaume, car à toi est la gloire et la puissance par Jésus-Christ dans les siècles. »
J'ai eu l'occasion d'exprimer, voici quelques années, le vœu que quelqu'un entreprenne d'écrire une histoire de la piété eucharistique dans les premiers siècles. Que d'admirables expressions on recueillerait de la dévotion de 1 liglise et des saints envers
\. AuGCTiN. In loa, euang. tract, XXVI, 13.
S, Ecrit en juin 1918.