‹ Leçons sur la messeChapitre 10 sur 80 · Revne bénédictine, 1911, p · texte numérisé non relu

Revne bénédictine, 1911, p

3. Alg. Sermo cccx. 1 : t ^Cypriani) aalaleni hoclie sicut oostis celebramus. Qaod uoraeu sic lïequentat Ecclesia, id est natales, ut iiata-

es vocet pretiosas iiiartyium mortes. Sic, iuquam, hoc nomeii fréquentât Ecclesia, ut etiani qui non sunt in illa lioc dicant cum illa ». liapprocliez Basil. EjjistuL, xcui, xcvii, c, clxxm, cclu.

III KAL. Auo. Abdos et Sennes in Pontiani quod esl ad ursum pilialiim.

Yiii iDfs AUG. A')js(i inColisli.

IV iDUS AUG. Laarenti in Tiburlina.

XIII KAL. OCTOB. Cypriani Africae. Romae celebratur in Calisti.

Pri. idus octo. Calisti in nia Aurélia, miliurio III.

Tout le calendrier romain de 354 serait à citer, ces quelques lignes en donneront du moins une idée ^ . Un natale était une fête fixe qui revenait chaque année à sa date. On ne manquait pas d'ailleurs d'annoncer la fête quelques jours à l'avance. Il s'y faisait un grand concours de peuple, qu'encourageait la présence de révêque, au moins aux plus solennels anniversaires, celui de saint Laurent, par exemple, qua chanté le poète Prudence. Le sol jonché de fleurs, des guirlandes de feuillage aux portes :

Spargite flore soluni, praetexile limina sertis'-.

Ces fêtes locales ont été au iv^ siècle et encore au début du v*^ un puissant moyen dont l'Eglise s'est servie pour détacher le peuple des spectacles que le peuple romain a tant aimés. Saint Augustin prêchant à Carthage termine son sermon par cet avis : « Nous invitons Votre Charité pour demain encore. Demain, les païens auront, m'a-t-on dit, au théâtre (une grande attraction, un spectacle naval], la mer : eh bien! nous chrétiens, ayons le port, le port qui est

1. Voyez le texte dans l'édition du Liij. ponlif. t. I, p. H-10, On a un calendrier analogue pour Carlhase. Il porte en litre : ■ Ilic coutincntur diea nataliciorum marlyruui et depositioues episcoporum (jHosEcclesia Cartagenis anniversaria celcùranl • (I'ueusciien, Analecla, p. 1*3).

•2. PAixnt. iNoL. Pocm, XIV, llo.

le Christ. Donc demain rendez-vous à la mensa Cypj'iani^ . »

L'anniversaire du martyr ne se célébrait pas sans une messe. Au m® siècle, saint Cyprien nous apprend qu'il en était déjà ainsi. Prenez garde, dira plus tard saint Augustin, que ni nous ne consacrons de sacerdoces, ni nous n'offrons de sacrifices, à nos martyrs. Lequel de nos fidèles ajamais entendu révéque, debout à l'autel construit en l'honneur et pour le culte de Dieu, fut-ce sur le saint corps du martyr, dire dans les prières : J'offre ce sacrifice à toi, Pierre, ou Paul, ou Cyprien? Non, au tombeau des martyrs, c'est à Dieu que le sacrifice est offert, parce que c'est Dieu qui les fit hommes et martyrs*: dans de telles réunions liturgiques, nous rendons grâces à Dieu de leurs victoires et nous nous encourageons à les imiter. Ce texte de la Cité de Dieu (viii, 27) renferme des traits Je valeur. 11 nous montre « ...stantem sacerdotem ad altare etiani super sanctum corpus martyris ad Dei honoremcultumque constructum » : un autel fixe, un autel construit sur le corps du martyr [super sanctum corpus), et Vévêqne (sacerdote/n) debout à l'autel, prononçant les prières du saint sacrifice, car cette messe est un sacrifice offert à Dieu: «... dicere in precibus : Offero tibi sacrificium... » Mais pareille messe n'est pas célébrée dans la memoria ou crypte du martyr, sans que l'on ne rende grâce à Dieu delà gloire de son martyr, « ut eacelebritate elDeo vero de illorum victoi'iis gratias agamus ».

A dater de la prise de Rome par Alaric en 410, commence le déclin liturgique des cimetières ro-

1. Alt.. Enarr. in jjsahn. i.\\\, i3. La 7nciisa C'i/;-»r»an» était la basilique élevée sur le lieu/«(irîraîTaplv«e de saint Cvprien.

mains et rimmigration intra muros de la dévotion aux martyrs, dont la fête se célébrera désormais dans la basilique urbaine qui abrite les reliques du saint ou qui porte son nom. Le natale du saint sera ainsi assimilé aux stations du propre du temps, ctsolennisé comme elles par une messe à laquelle le pape assistera. Le Liber pontifîcalis rapporte du pape Vigile (537-555) comment, sur Tordre de l'impératrice Théodora, il est arrêté et conduit à Constantinople. L'événement est de l'année 545. L'impératrice a donné ordre de se saisir du pape où qu'on le trouve, saut s'il est dans la basilique de Saint-Pierre dont on devra respecter le droit d'asile. L'officier impérial chargé d'arrêter le pape le trouve dans l'église de Sainte-Cécile, le 22 novembre : « Erat enini dies natalis eius » Lib. pontif. t. 1, p. 297). Le 22 novembre est en effet le jour de la fête de sainte Cécile, le jour où son natale était célébré dans la basilique du Transtevere qui portait son nom.

Le calendrier romain de 354 nous a montré que l'on célébrait dans le cimetière de Calliste le natale de saint Cyprien : Rome, qui avait adopté le grand évêquc de Carthagc, rendit le môme honneur à bien d'autres étrangers. Il suffisait que la dévotion d'un donateur eût mis sous leur vocable une église qui s'élevait intra muros pour que l'anniversaire de la dédicace devînt l'anniversaire du saint, ou inversement : ainsi s'explique le culte à Rome des deux martyrs milanais Gervais et Protais auxquels la riche romaine Vestina attribua la basilique par elle édifiée au temps du pape Innocent I " 401-417^.

Une autre évolution se produisit, qui consista en ce que telle grande basilique abrita, du fait d'un

donateur autorisé, le culte de saints autres que celui dont elle portait le nom. Il suffit de jeter les yeux sur le plan de l'ancienne basilique de Saint- Pierre, dressé au xvi^ siècle par Alfarano, quand la mémoire était fraîche encore du grand édifice constantinien démoli, pour comprendre comment la basilique s'est peuplée au cours des âges d'autels isolés, et d'oratoires aussi, blottis à l'ombre de ses murailles. On eut ainsi apud sanctum Petrum une petite basilique de saint André, un oratoire de l'apôtre saint Thomas, autant pour les saints Cassianus, Protus, Yacinthus, autantpour saint Apollinaire, autant pour saint Sossius, enfin dans le baptistère un oratoire de la sainte Croix, puis de saint Jean Baptiste, puis de saint Jean rEvangéliste(L/ô./>on^//'. t. 1, p. 261). Je ne cite, entre bien d'autres, que ces oratoires, parce que ce sont les plus anciens, et qu'ils sont tous d'un môme pape, le pape Symmaque (498-514). A l'extrême fin du v<= siècle, la loi qui voulait qu'une basilique n'eût qu'un autel fléchissait sous la pression de la dévotion aux petits oratoires où l'on installait une « confession », c'est-à-dire un autel en l'honneur d'un martyr et enrichi de ses reliques.

Messes stationales du propre du temps, messes des fêtes des martyrs, ajoutons-y les messes des anniversaires de dédicaces d'églises, nous n'avons jusqu'ici que des messes solennelles. Voici maintenant les messes privées.

La dévotion aux memoriae martyriim vénérées dans les cimetières chrétiens a conduit les fidèles à

croire qu'il n'était pas de lieu de sépulture plus enviable que les entours dune tombe ou memoria de martyr : il semblait que ce voisinage assurât une protection au défunt dans l'autre vie. Dans son petit ivAxié De cura pro mortuis gerenda, sans encourager ni décourager cette croyance populaire, saint Augustin suggère aux fidèles de son temps que l'unique secours que nous puissions procurer aux morts est celui de nos aumônes, de nos prières, du sacrifice de la messe : recommandons-les au martyr dont nous visitons la memoria en même temps que leurs tombes, et persuadons-nous que rien ne sert aux défunts sinon « quodpro eis sive altaris sii>e orationum sive eleemosynarum sacrifîciis solemniter supplicamus )) [De cura, 2T . Augustin témoigne là même que l'usage est d être enterré auprès des martyrs : « Ouisque apudmemorias: martijrum sepelitur j>. Il témoigne aussi que, à dates fermes, on vient supplier pour les morts, « solemniter supplicamus », et que ces supplications, qu'accompagnent des distributions d'aumônes, ne vont pas sans le sacrifice de lautel '.

La messe célébrée dans les cimetières sur la tombe

1. Voyez Enchiri'lion, CX.— Ailleurs Augustin reproche (vers i-20) à Vincentius Victor, un laïque d'Afri<|uc, lie vouloir que l'on offre le saint sacrifice pour les entants mortssans haptèmc. Victor disait : « Sane pro eis olilaliones assiiiuas et olTereinla iugiter sanclorum censeo sacrificiasacerdolum •. Ace. De anima, \, 10. Tertullien avait dit déjà de la veuve chrétienne : • Pro anima ciusson mari délunt) orat.... et offert annuis diehus dormitionis eius ••. De monoijam. 10. — Qui voudra avoir une bonne e\f)ression de la doctrine, pourra recourir à c«ttc oraison (prise parmi les oraisons super defuwtos du Sacramentaire Léonien : « Deus, cui soli coiiipetit medicinani praestare |io8t morlem, pracsta quaesunius ut anima lamuli tui illius, terrenis exuia contagiis. in tua'e) rédemption i»; pnrtc numeretur. Per -(Kei.toe, p. 147 .

d'un défunt, à l'anniversaire de sa mort„ est le type de la messe privée, par contraste avec la messe stationale. Des messes privées pouvaient être célébrées ailleurs que dans les cimetières et à d'autres intentions que les défunts.

Le (second) concile de Carthage, que l'on place vers 387-390, a un canon (can. 9) où s'exprime la plainte de voir « en certains lieux des prêtres simplement ignorants ou audacieusement retors, célébrer la messe dans maints domiciles (privés), sans l'avis de l'évêque, ce qui est incompatible avec la discipline ». Nous en conclurons que, avec la permission de l'évêque, des messes peuvent être célébrées par un prêtre à domicile, « in domiciliis » '.

L'évêque d'Hippone raconte, au livre xxii (8, 6) de la Cité de Dieu, qu'un vir tribunitius, un ancien officier de l'armée romaine, nommé Hesperius, avait un domaine nommé Zubedi, dans le territoire de Fussala, lequel était à vingt lieues d'Hippone. 11 arriva que les gens et les bêtes de ce domaine furent affligés par les esprits malins : Augustin ne nous dit pas sous quelle forme. Hesperius, qui habitait Hippone, demanda, en l'absence d'Augustin, à ses prêtres d'envoyer l'un d'eux à Zubedi pour chasser par des prières les esprits malfaisants. Un prêtre s'y rendit, en effet, il célébra les saints mystères, il pria tant qu'il put, pour que cette calamité prît fin. Et par la miséricorde de Dieu elle prit fin aussitôt. La suite du récit d'Augustin prouve que, à Zubedi, il n'existait à ce moment pas d'église, car peu de temps après Hesperius profitera du pas-

\. Ce canon sera adopté par le concile de Constantinople in Trullo, eu 692, can. 31. UappiKchez Basil. Epistul. ixcix, 17.

sage de lévèque d'IIlppone à proximité de son domaine pour obtenir qu'il permette d'élever là un orationum locus où les chrétiens de l'endroit puissent se réunir et célébrer les exercices du culte, « ad celebranda quae Dei siint congregari ». Il reste donc que le prêtre qui est venu chasser les mauvais esprits, a célébré la messe sans église, donc sans l'appareil usité dans une église, et nul doute que ce ne soit une messe qu'il a célébrée, Augustin disant expressément : « Pervexit un us, optulit ihi sacrificium corporis Cliristi ».

Le « lieu de prières » accordé par l'évêque d'Hippone à ce propriétaire d'un domaine rural est un exemple d'oratoire domestique, comme on en connaît à Rome même. L'oratoire de Sainte-Félicité, à côté des thermes de Trajan, est une chapelle encore existante, exiguë, décorée dune peinture du v« siècle ou du début du vi% une chapelle élevée apparemment à la suite d'un vœu à la sainte patronne des femmes romaines [culirix ro/nanarunij '. On signale proche des thermes de Dioclétien les restes dispersés de deux oratoires domestiques analogues, mais plus anciens (iv*^ siècle), dont l'un paraît s'être rattaché à la famille célèbre du sénateur Pudens. Paulinus raconte de saint Ambroise que, après avoir été fait évéque, il fit une visite à Rome, et que là il fut invité par une chrétienne du plus haut rang à célébrer la messe dans sa maison : « ... cum, trans Tiberini apud clarissimam quamdam itwitatus, sacrificium indomo offerret... ^ ».

1. Ahmellini. Chiesc di Rotna, p. 1.W-J38. Sur ces oratoires, Giiisak, Hi.tt.de Rome, 1. 1, p. 174-l7«.Car<I.IUMi'(>Li.A, Santa Melania (Jiuniore il'J05),p. â«>-£M).

■1. Paulim. Vila Ainbros. 10. 1-e Missel lic Bcil)l)io (vri' siècle) a une

Une opinion, longtemps et naguère encore classique, a fait croire que jusqu'à la paix constantinienne les chrétiens conservèrent lusage de célébrer les saints mystères dans des oratoires domestiques *. On assure au surplus que les chrétiens étaient des humilioj-eSf des pauvres. Or, il est un fait certain, c'est que l'Église a joui dans le monde romain, au m" siècle notamment, d'une liberté habituelle, interrompue seulement par des persécutions meurtrières, mais spasmodiques : cette liberté, qui comportait le droit de propriété corporative, lui adonné, dès le iii^ siècle, la faculté de construire les éditices que réclamait sa vie religieuse essentiellement communautaire. Et les communautés chrétiennes, au 111*^ siècle, étaient riches, riches de la richesse de ceux de leurs fidèles qui appartenaient à la haute société, et riches de leur propriété collective.

Si, en 303,1a persécution dioclétienne confisqua ou démolit les églises du monde chrétien, Q'est donc qu'il existait des églises partout sous le ciel. Peu de temps avant que n'éclatât la persécution, le païen Porphyre écrivait : « Les chrétiens, rivalisant avec les constructions de (nos) temples, édifient des maisons très grandes (fieY^dTou; oïxou;), OÙ ils sassemblent

• Missa in domo cuiuslibet • (P. L. LXXH, o4i). Rapprochez Jaffe, 14-2'», une lettre do saint Grégoire sur ce sujet, et déjà le canon i9 du concile d'Arles de 314.

1. De Lasteyrif., L'architecture religieuse en France à l'époque romane (lîMl).

LE CADRE DE LA 3IESSE ROMAINE A^sTIQUE. 17

pour prier, bien que personne ne les empèelie de faire cela dans leurs demeures privées , le Seigneur apparemment entendant partout'. » Il a existé des procès-verbaux des saisies faites en 303 des églises de Rome, et un procès-verbal de restitution de ces mêmes églises au pape Miltiade. par ordre de Maxence, en 311 : lévêque de Rome possédait donc entant qu'évêque des églises'-. Nous savons grâce à un texte d'Optat (cité déjà que, vers 315, Rome ne comptait pas moins de quarante et quelques basiliques chrétiennes.

Personne n'est plus tenté aujourd'hui de chercher dans l'architecture des temples païens linspiration de l'architecture des églises chrétiennes : les temples n'étaient pas destinés à des assemblées de fidèles, ils étaient la maison du dieu, le sacrifice était offert au dieu sur le seuil de sa maison, ses fidèles étaient comme des clients qui saluaient le dieu à sa porte. Le culte ne comportait aucune prédication, aucune prière collective prononcée ou chantée, rien que l'offrande accompagnée parfois d une formule sacerdotale ou carmen.

Mais que l'on se rappelle le mot de Porphyre: les chrétiens ont des « maisons très grandes ». Ces édifices constituent un ensemble désigné, au iii* siècle, par l<?s écrivains chrétiens, sous le nom de domus Ecclesiae. Pareils termes sont déjà l'indice que la domus Ecclesiae est une combinaison architecturale que le christianisme a formée à son usage

t. A. H\iiN\<K. Missi'iii UH'i AuxhieUun'i l!KM. . t. 11. p. li'J. H. .iiFii>, bas Christcntum in den ersteu drei Jahrhunderten (191i,\ II, p. l^Mil.

•». P. lî. La iMix ronslanlinienne (I9M;. I). HT.

d'éléments préexistants et civils. La domus Ecclesiae est constituée par des salles groupées pour des services subsidiaires autour d'un ensemble principal, qui se compose d'un atrium et d'une hasilica. On a trouvé à Porto, près de Rome, les ruines d'une maison qui appartint à Pammachius et dont il fit un hôpital : cet édifice qui date de la fin du iv® siècle, avec son atrium^ sa hasilica à trois nefs et une abside, ses grandes et petites salles annexes', pourrait aussi bien être une domus Ecclesiae.

L'atrium s'ouvrant sur la rue est la cour carrée, entourée de portiques à colonnes, qui est le centre des riches demeures de l'époque soit hellénistique, soit romaine. Le nom de hasilica est donné à tout grand hall couvert, comme on en trouve dans l'architecture civile tant hellénistique que romaine ^. Les noms populaires, et hasilica en est iin, sont le plus souvent des noms de fortune, dont le sens étymologique importe peu. Plus techniquement, commentant un texte de Vitruve, M. de Lasteyrie a écrit que les basiliques ne doivent leur nom de basilique, ni à leur plan, ni à leur destination, mais à cette disposition particulière qui permettait de les éclairer d'en haut, en surélevant la partie centrale pour y percer des fenêtres [op. cil. p. 66). Cette disposition n'est pas une création chrétienne. L'abside, qui dans la basilique chrétienne, fait face à l'entrée, n'est pas davantage chrétienne d'origine : on en trouve de semblables dans les salles antiques où la parole publique avait à s'exercer, comme les écoles et les tribunaux : une abside pareille termine la hasilica

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