OmsAii, Histoire de Rome, t. I, p
i. Voyez, au mot ■ Hasilica «, le Thésaurus ling. latinae.
bien connue du palais des Flaviens, où l'on croit reconnaître le tribunal de l'empereur.
En deux mots, le christianisme s'est installé dans les architectures reçues au temps de ses origines : il se contenta en grandissant de les mettre à sa taille, et de les accorder à son caractère '.
Or, s'il est un principe sur lequel le catholicisme naissant ait insisté, au ii" siècle, au m*', c'est le principe de l'unité de l'Eglise locale. Le schisme est un péché. Dieu veut l'unité de chaque Eglise dans l'obéissance de tous à un pasteur unique, lévêque, à un presbyterium qui ne fait qu'un lui-même avec l'évéque : hors de cette unité visible, il n'y a plus d'Eglise. La basilica chrétienne sera une saisissante expression de cette unité monarchique.
Toute la communauté peut s'y assembler. Les fidèles sont debout dans la nef. L'évéque préside, assis à sa cathedra au ftjnd de l'abside ; ses prêtres l'entourent, assis sur le siège demi-circulaire qui garnit l'abside à droite et à gauche de la cathedra de l'évéque; les diacres, considérés comme des serviteurs, resteront debout et sans place fixe assignée. L'Eglise est une société inégale; le consessus des prêtres et la cathedra de l'évéque dominent l'assemblée de plusieurs degrés. 11 faut, écrira saint Augustin, que dans l'assemblée des chrétiens ceux qui sont préposés au peuple siègent plus haut : « Oportet ut in congregalione Christianorum praepositi plebis eminentius sedeant » {Civ. Dei, xx, 9). Le parterre de la nef est traité par Augustin de
I. H. ViJiCEJiT et F. AnEL, Jirusalem, t. II (191 4}, p. <C4-10(i. G. Li> i;in\, Les origines de l'v'.lilicc hypostyle (1913), p. 308-;)4l.
locus inferior [Senno ci, 4). Les degrés au haut desquels siège Tévêque constituent le locux altior, le locus superior, d'où l'évêque surveille son peuple, la tour du haut de laquelle le vigneron surveille la vigne, « spécula i^initorîs est » : le nom d'évêque en grec désigne le guetteur et marque la fonction de l'évêque {Sermo xciv). « Nous pouvons, dit encore Augustin, vous voir entrer et sortir », de la chaire où nous sommes assis [Enarr. inps. cxxvi, 3). Quand Augustin parle ainsi, on entend aussi bien saint Cyprien, pour qui l'épiscopat est une cime sublime [sublime fastigium, à làtjuelle on monte par les degrés de la hiérarcliie [Epistul. lv^ 8) .
La cathedra^ de l'évêque est drapée d'une housse de lin, qui est une marque insigne d'honneur : dans la vie de saint Cyprien (n. 16, il est dit que, mené au prétoire du proconsul, il attendit, et que, par une rencontre purement fortuite, le siège où on le fit asseoir était couvertd'une housse de lin [sedile erat fortuito linteo tectum] ^, comme si dans sa passion il lui était réservé de retrouver l'hommage dû à sa dignité d'évêque [ut et sub ictu passionis episcopatus frueretur honore). L'éminente dignité de l'évêque est un trait capital du catholicisme le plus antique. Saint Augustin en prend occasion de rappeler à l'évêque que tant d'honneurs ne doivent pas lui donner de superbe, mais qu'il doit considérer que toute cette
1. la cathedra est le siège à dossier et sans bras de ranliquité classique. Le thronus est à dossier et à bras.'La seMa n*a ni dossier, ni l)ras.
-2. Sur le voile mis à un siège, en signe de distinction, P. Allard. Hisl. des perséc. t. II (1880), p. 420. Cet usage est pris à la vie gvécoromaiiie. Rapprochez Herm. Paslor Vis. i, 2, i, et m, 1, 4.
pompe s'évanouira : au tribunal du Christ l'évèque n'aura plus pour le défendre, ni les degrés de l'abside, ni la cathedra voilée, ni les foules chantantes de femmes pieuses se pressant sur son passage, ni rien de cette pompe dont on l'honore pour l'utilité de l'Eglise : « ... 7iec ahsidae gradatae, nec cathedrae velatae » Epistul. xxiii, 3 .
Saint Cyprien, écrivant au pape Cornélius, le remercie de donner lecture de ses lettres à l'Église de Rome, « florentissimo illic clero tecum praesidenti et sanctissimae atque omplissimae plebi » [Epistul. Lix, 19i : d'un côté, le peuple, tout le peuple chrétien de Rome assemblé, amplissinia plebs, et de lautre le clergé qui entoure l'évèque et préside avec lui cette assemblée, clerus tecum praesidens : toute basilique chrétienne est adaptée à cette constitution de l'Eglise.
La liturgie cependant requiert un élément de plus.
Pour la célébration des saints mystères un autel est dressé devant la cathedra, au seuil de l'abside, face aux fidèles. En 312, l'élection de l'évèque légitime de Carthage, Cécilien, a été contestée par un illégitime concile de soixante-dix évèques opposants ; ils ont sommé Cécilien de comparaître devant eux, ce à quoi s'est refusé Cécilien. Pourquoi àurait-il déféré à leur sommation? Il était dans l'église avec ses fidèles de Carthage, il occupait la cathedra épiscopalede Carthage, «l'autel était à sa place sur lequel les paisibles évêques d'antan avaient offert, Cyprien,
Lucien, et les autres [erat altare loco suo). Mais les opposants ne veulent rien entendre, ils élisent un évêque contre Tévêque légitime, ils dressent autel contre autel, « et altare contra altare erectum est » (Optât, i, 19). L'expression dresser autel contre autel, réminiscence biblique, sert déjà à saint Cyprieu à désigner le schisme. Car l'autel est symbole de lunité de TÉglise, et il est symbole parce qu'il est unique, comme unique est la cathedra.
Les chrétiens qui ont apostasie pendant la persécution osent réclamer qu'on les reprenne dans l'Eglise, écrit Cyprien : Eh bien! soit, que TEglise s'incline devant le Capitule, que nos s a cer dotes se retirent, qu'ils emportent l'autel, et que dans la sacrée et vénérée place de notre clergé on installe les idoles et leurs arae! « ... recedentibus sacerdotibus ac Dolyiini altare reinoventibus, in cleri nostri sacrum çenerandumque congestum simulacra atque idola cum ari's suis transeant » (Epistul. lix, 18). On conclura de là que. au temps de saint Cyprien, à Carthage, l'autel peut être transporté, car il est mobile. 11 en était de même, à Rome, au temps du pape saint Damase '. Et cette règle était encore observée au temps d'Innocent III pour l'autel de la basilique de Latran -.
Saint Athanase raconte comment les Ariens, à Alexandrie, ont envahi son église, enlevé les sièges et le trône (sans doute les sièges dupresbyterium ou (7u y.i|/éXXio(, et la cathedra épiscopale, ôpôvov), enlevé la
1. Quaest. V. et N. Test. 101. K. Wieland, Mensa und Confessio (itKjfi), p. 1-2-2-123.
•2. IsNoiFM. li\, Desacro altar.myst. 1,5; « Diaconi cardinales mensain Lateranensis altaris supra humeros siios in <lic cenae déportant, et reportant in sabbato. »
mensa ou autel (qu'Athanase appelle xpâTreîiav, en ajoutant qu'elle était de bois~, enlevé les v^ela ou tentures de l'église, et fait de tout ce mobilier un feu de jeie devant les portes [Histor. Arian. 56). Cela se passait à l'occasion de l'entrée à Alexandrie de l'évéque intrus par les Ariens à la place de saint Athanase exilé : en brûlant la cathedra et la mensa d'Athanase, ces énergumènes pensaient l'avoir dépossédé. En Afrique, les Donatistes faisaient par mépris du sacerdoce catholique, enlever les autels des églises des catholiques auxquelles ils s'attaquaient, ou bien ils les brisaient, ou encore ils les rabotaient comme pour les purifier. Qu'est-ce pourtant qu'un autel, disait saint Optât (vi, 1), sinon le siège et du corps et du sang du Christ? Les autels étaient de bois, Optât le dit formellement ; et c'étaient, écrit-il, de vieux autels, qui avaient servi de longs espaces de temps, avant que le schisme donatiste ne se fût déclaré.
Les autels fixes et de pierre apparaissent à la fin du IV® siècle en Orient (on en a pour témoins saint Grégoire de Nysse et saint Jean Chrysostome) ; cependant saint Jérôme n accepte encore que des autels de bois^ L'autel que Constantin donna à la basilique de Saint-Pierre était d'argent niellé d'or et décoré de quatre cents gemmes ; il pesait 350 livres d'argent [Lib. pontif. t. 1, p. 177). L'autel papal de la basilique de Latran est encore aujourd'hui un autel de bois 2.