LE CÉRÉMONIAL DE L'ORDO ROMANUS I
Pour que la liturgie du pape ait pu émigrer de Rome, et, propagée par des évêques mérovingiens, finir par devenir la liturgie de tout l'Occident carolingien sous Pépin et Charlemagne, il n'était pas indifférent qu'elle fût une liturgie écrite, écrite dans le texte de ses oraisons Sacramentaire), de ses leçons Evangéliaire , de ses chants Antiphonaire), et qu'elle fût une liturgie écrite jusque-là que sa mise en scène (si on peut ainsi parler fût réglée par écrit. Home savait le prix de la fixité des rites liturgiques : elle l'avait assurée chez elle par la rédaction de ces Ordines romani, dont les premiers, ayant une fois saisi le cérémonial papal comme dans un instantané, ont permis de le perpétuer à Rome et de le propager ailleurs.
Les Ordines romani constituent une littérature que Dom Mabiilon a le premier classée. Les plus récents des Ordines romani publiés par lui, au tome II de son Musaeum italirum 1689, sont des cérémoniaux de la cour pontificale du xiv et du xv" siècle. Il en est du xii« et du xiir . Il en est de plus anciens, qui reviennent seuls à notre étude, et
66 LErONS SUR LA ME.SSE.
en première ligne VOrdo romanus I. Il contient dans sa première partie (§ 1-22) une description du cérémonial de la messe papale solennelle : tel qu'il est décrit là. ce cérémonial est postérieur à saint Grégoire, car il renferme des traits comme le>chant de VAgnus Dei qui est une institution du pape Sergius ^687-701). Le texte existant de VOrdo romanus /date sûrement du viii*^ siècle. Les manuscrits en sont du Ix^ Il n'est pas interdit toutefois de penser que YOrdo I. qui ne s'est pas cristallisé d'un coup, a pu commencer de se former longtemps avant le pape Sergius, peut-être à l'époque de saint Grégoire, peut-être même dès le v^ siècle.
h' Or do romanus II. qui doit être du début du ix^ siècle, décrit lui aussi la messe du pape, et en gros dans les mêmes termes : mais il omet des traits de YOrdo I, et il en introduit de non romains qui trahissent que la messe du pape, célébrée par un évêque sous un autre climat, sagrège des éléments d'une tradition autre que celle de Rome, par exemple le chant du Credo. Cet Ordo II est du temps où la liturgie romaine s'établit en pays carolingien. Rien de pareil dans VOrdo /, qui est pur romain.
C'est lui que nous suivrons ' , pour la description que nous voulons faire du cérémonial de la messe du pape à Rome ; nous le suivrons de très près, nous contentant, en l'abrégeant, de l'éclairer^.
1. Il a été récemment traduit eu anglais et commenté par Cuthbert F. Atchley, Ordo romanus prhnus [London 1905;. M. Atchley (p. ~) est favorable à l'hypothèse (|ui date YOrdo I du temps du pape Etienne III (768-772).
2. On peut l'éclairer en effet par d'autres Ordines qui, romains aussi, mais plus récents, ont préservé des traits romains qu'iin'a pas notés ou qu'il a moins bien notés. Nous pensons à VOrdo romanus de Saint-Amand en Puelle du Tm'-rx' siècle, publié par Me' Ducliesne