‹ Leçons sur la messeChapitre 23 sur 80 · LE CÉRÉMONIAL DE L'ORDO ROM ANUS L · texte numérisé non relu

LE CÉRÉMONIAL DE L'ORDO ROM ANUS L

l'autel. Les acolytes distribuent ces sacs entre les évêques et les prêtres parce quévèques et prêtres vont avoir à rompre les pains qui sont dans les sacs). Le pontife lui-môme ne rompt pas de pain, mais la patène est portée devant le pontife (par deux sous-diacres) aux diacres qui sont près de lui, et ces diacres rompront le pain au lieu et place du pontife. Tout est prêt pour la fraction du pain. Les regards sont tournés vers le pape, et, sur un signe de lui, on rompt le pain, tous les pains.

Pendant cette cérémonie (distribution des sacculu et fraction des pains), la Scola, sur un signe de l'archidiacre, a attaqué et continue le chant de VAgnus Dei. Je rappelle que le chant de YAgniis Dei est à Rome une création du pape Sergius (687- 701), qui, dit le Liber pontificalis ^\. l, p. 376 , institua que l'on chanterait pendant « la contraction du corps dominical » Agnus Dei qui tollis peccata mundi miserere nobis. Innocent 111 i)VI, 4) nous instruit que de son temps la tradition ancienne de la Scola cantorum, qui s'observe en beaucoup d'Églises et notamment dans celle de Latran, dit-il, est de chanter le texte trois fois tel quel, sans dire la troisième fois Dona nobis pacem, qui s'est introduit ailleurs, pour conjurer les « adversités et les terreurs de l'Eglise ».

Remarquons l'ampleur donnée encore au viii^ siècle par le cérémonial au rite de la fraction du pain. Le pape y procède assis à sa cathedra. Ses prêtres y sont associés. Toute l'assistance a les yeux attachés sur le geste auguste, renouvelé du Sauveur.

Après la fraction du pain, la communion.

Le pontife communie le premier. Un diacre lui présente la patène, l'archidiacre le calice. Le pape se communie sous l'espèce du pain \ puis l'archidiacre le communie avec le calice, « confirmatur ab archidiacono >. Remarquez le mot « confirmer », au sens de donner la communion à quelqu'un sous l'espèce du vin.

Le calice auquel le pape vient de boire est l'unique calice qui ait été consacré par lui sur l'autel. Si large que soit ce calice, il ne pourrait suffire à communier tous les communiants. L'archidiacre le rapporte donc à l'autel ^, et il verse un peu du précieux sang qu'il contient dans un scyphus (que porte un acolyte). Pendant ce temps, le clergé vient à la file à la cathedra et reçoit du pape la communion sous les espèces du pain. Les évêques d'abord, les prêtres ensuite, et ainsi des autres ^. Le premier des évêques

1. VOrdoI et VOrdo de Saint-Amand (pas l'OrdoIII) énoncent que le pape reçoit les espèces consacrées du pain sur la patène, puis qu'il en détache avec les dents une parcelle, et qu'il met cette parcelle dans le calice que tient l'archidiacre, en disant : Fiat commistio et consecratio e\ç . Ainalaire note ce rite (III, 31). dont il avoue ne pas saisir la signification, étant donné que la commixtlon du pain et du vin a été faite déjà une fois. Il est curieux que YOrdo III ne fasse pas mention de cette seconde commixtion. Elle se perpétua cependant à la messe papale. Innocent III {VI, 9) la mentionne, en avouant n'en pas comprendre le sens. Il ajoute qu'on lui en a donné une raison qui lui paraît sans autorité et qu'il croit mieux, de ne pas rapporter.

i. En arrivant à l'autel, l'archidiacre annonce au peuple la prochaine station : • ... (venit) ad cornu altaris et aununtiat stationem », <Ht l'Ordo 7. Autant YOrdo de Saint-Amand. Cette rubrique n'a pas émigré eu pays carolingien.

3. VOrdo de Sainl-.Vmand précise : d'abord les évêques, ensuite les prêtres, puis l'archidiacre, puis les autres diacres, puis les deux pri-

LE CÉRÉMONIAL DE LORDO RO^LVNUS L 95

qui a communié prend le calice des mains de Farchidiacre. et, se tenant à la corne de Fautel, présente le dit calice à chacun de ceux que le pape a communies sous les espèces du pain». La communion du clergé achevée, l'archidiacre reprend le calice des mains de l'évêque, et vide dans le scyphus ce qui reste (du précieux sang, '.

Le pontife descend maintenant de la cathedra, soutenu de la main par le primicier des notaires et par le primicier des défenseurs, et il va communier (sous les espèces du pain) les communiants du senatorium. L'archidiacre les « confirme » ensuite, en d'autres termes les communie sous les espèces du vin, et ce au moyen d'un tube [pugillaris] qui permet à chacun d'aspirer quelques gouttes du précieux sang. Le pontife et l'archidiacre passent ensuite du cùb'i des matrones pour les communier de même. Le peuple est communié par les évêques et par les diacres du côté des hommes, par les prêtres du côté des femmes"^. — Sitôt qu'a commencé la distri-

miciers et les deux secondiciers. Le pape i)asse alors au senatorium.

1. n n'adonc été consacréqu'uii calice par le pape. Onversa du prcfieux san,:; qu'il contient daus un scyphus (et sans doute dans plusieurs>r,(/;y/(i)[>our communier le peuple. VOrdo III s'en explique : ■ vinum, etiam non consecratum. sed sanguine Domini commistum, sanctiGcatur peromneni raodum '.Innocent IH (IV, 31) fait remarquer que le vin que Ton verse dans le précieux sang no devient pas précieux sang, mais • aicjdpntihus prioris vini commistum corpori quod 9ub eis latet undique circumfunditur ».

â. Toute l'assistance communiait elle à toutes les gfand'messes? Ce n'est guère vraisemblable. Au ix" siècle, le pape Léon IV pose en régie que les prêtres doivent amener leurs paroissiens à communier quatre fois l'an ;Noel, jeudi saint, Pfiques et Pentecrtto). Dans de grandes occasions cependant tuut le [leuplc présent se retrouve •ommunicr. Ainsi, en TO>. à l'orrasion du retour ;iRome de Léon 111 itl'its sa visite à Chailemagne, le Liber ruronte que ti>ut le peuple v;( au-devant du pape au pont Milvius • cum si</nis et vandis », avec enseignes et bannières. Tout !e [ieu[r1e, et nous avons là une

bution par le pape au senatorium, la Scola a entonné l'antienne pour la communion, quelle chante en alternant avec les sous-diacres, et qui dure avec le psaume où elle s'insère tant que dure la communion. Quand la fin de la communion est arrivée, le pontife fait un signe, les chantres disent le Gloria Patri, répètent le verset (de l'antienne) et s'arrêtent. — Le pape cependant, ayant communié les matrones de distinction, revient à son siège, où il communie les clercs régionnaires (sous-diacres etacolytes)^ il communie la Scola, l'archidiacre « confirme ».

L'antienne finie, le pape se lève de sa cathedra, et, le visage tourné vers l'Orient, il dit l'oraison que VOrdo I appelle l'oraison pour achever [oratio ad complendum), et que précède le Dominus vobiscum. Quand elle est dite, celui des diacres qu'a désigné l'archidiacre fixe du regard le pontife, et, sur un signe de lui, dit au peuple : lie missa est. On répond : Deo grattas.

Retour au secretarium.

En tête, les sept acolytes portant les sept chandeliers, et le sous-diacre portant l'encensoir {thuriùulum). — Le pape descend les marches de l'abside :

énuméralion des classes de ce peuple : le haut clergé {proceres cle^ ricorum), la masse du clergé {omnes clerici), la noblesse (optimatcs et senatus), les citoyens armés {militia), les citoyens non armés {universus populus romanus), les femmes vouées à Dieu (sanclimoniâtes et diaconissae), les femmes nobles (nobilissimae matronae), les femmes du peuple \universae feminae). les étrangers {scolae peregrinorum). Tout ce peuple escorte Léon III à Saint-Pierre où le pape célèbre la messe à laquelle tous communient : « Omnes pariter corpus et sanguinem Domini nostri I.C. fideliter participatl suQl. » Lib, pontif. t. H. p. fi.

Page 1