Epittul. CXLIX, lli
î. Epistul. c<;xvii, 2, et 2»;; ibid., lv, .'i'».
3. HvHDuiN. Concil. t. I, p. 14";3-l-2.'i8. Le lexte (|ui nous intéresse est donn<i par Den/.inceu, n. !).j, qui atlrihuc l'établissement de ces capitula à saint l.éon. Cette attrihulion est contestée. Les capitula sont cités par le papo Mormisdas en .ViO pour la première fois.
doute pas que cette liturgie ne remonte aux apôtres, « ab apostolis tradita » ; il sait qu'elle est pratiquée dans toute la catholicité, « in toîo mundo atque in omni Ecclesia catholica uniformiler celebrcuitur » ; il en prend occasion de dire qu'elle est par là même une autorité doctrinale, « ut legem credendi statuât lexsupplicandir), maxime destinée à devenir célèbre. Le pape va tirer argument d'une espèce particulière de prières. Le pape parle de la prière que l'évèque adresse à Dieu, auprès de qui il remplit alors son ministère d'intercession {mandata sibi legatione], entouré de tout le peuple qui s'unit à lui [tota secum ecclesia congemiscente). Cette prière solennelle, par laquelle les évêques demandent et supplient (praesides postulant et precanlur)^ énumère une à une les intentions collectives de l'Église. L'évèque prie donc 1° pour les infidèles afin que leur soit donnée la foi ', 2° pour les idolâtres afin qu'ils soient délivrés de leur impiété, S'" pour les juifs afin que leur cœur dégagé de son voile découvre la lumière de la vérité, 4- pour les hérétiques afin qu'ils reviennent à la foi catholique, 5° pour les schismatiques afin qu'ils retrouvent l'esprit de la charité, 6" pour les pécheurs afin qu'ils profitent du remède de la pénitence, 7" pour les catéchumènes afin que s'ouvre devant eux la miséricorde céleste dans le sacrement de la régénération.
On peut rapprocher la prière décrite dans ce document romain de la suite d'oraisons 1° pour l'Eglise,
1. Rapprochez Aie Epistul. ccxvii, 29 : « Oratur pro eis, quamvis non oretur ah cis : ipsi enim quomodo invocabunt in qnem non credi(lerunt?...De orationibus autem iam fislelium. (luas et pro se et pro aliis fldelibus laciunt... .Nec attendis ideo pro iufidelihus Deum rogari ut credant... »Ct. Op. imperf. contra Iulian. VI, 41.
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2" pour le pape, 3° pour le clergé et pour le peuple, 4° pour l'empereur, 5° pour les catéchumènes, 6" pour les aflligés, 7" pour les hérétiques et schismatiques, 8° pour les juifs, 9'' enhn pour les païens, qui sont dites à rofTice du matin du vendredi saint. Ces oraisons qui ne se disent plus que le vendredi saint', se disaient, au vin'' siècle encore, le mercredi saint aussi -. Le fait qu'elles ont été retenues le mercredi et le vendredi de la semaine sainte permet même de conjecturer que ces oraisons étaient attachées aussi bien aux réunions que Ton appelle aliturgiques, c'est-à-dire aux réunions qui (au v" siècle encore comportaient des leçons, un sermon, pas de célébration des saints mystères.
Quoi qu'il en soit, et supposé que toute messe solennelle comportât les orationes sollemnes, il n'en reste pas trace à la messe du pape décrite par les Ordrnes du viii" siècle. Toutefois, lofîertoire s'ouvrant par le Dominus vobiscuni du pontife, le célébrant invite l'assistance à prier en disant : Ore/nus. Pourquoi cet Oreinus n'est-il suivi d'aucune prière? .Ms> Duchesue conjecture que quelque chose a disparu, et que ce quelque chose est le groupe des orationes sollemnes ou c prière des
1. On les a dans le Sacramentaire Gélasicn cl dans le Grégorien, au ven«tretlt saint.
i. Ce détail ituporlant est révélé par YOrdo romanits I, n. :2)S (celte seconde partie est de la lin du vru" siècle, : ■< Pontifes... dicit orationeti sollemnes sicut in Sacramentoruui (libre) continctur... dicit oralionem pro rege Francorum, deinde reli(|uas per ordineni... Quibus expietis. osculatiir aitare et e;^re<litur. l'ostea vero hora orlava ingrediunlur ad iniasas lux: ordine... • Les uraistius i^taient donc le mercredi saint distinctes de la messe. Le même Ordo, le \(ndrcdi saint, sépare les oraisons de la cérémonie qui suit adoiiilion delà croix, consommation des saxr^a ou présanctiGcs) : « (jua (orationes) ut flnierit, omrics tacite cxeunt foras. • Ibid. 3».
fidèles »\ qui dans toutes les liturgies autres que la romaine a sa place à ce moment.
Qui dit offertoire, aujourd'hui, pense au prêtre offrant à Dieu sur l'autel le pain et le vin par une anticipation du sacrifice qu'il offrira à Dieu du corps et du sang du Christ. Cette anticipation est soulignée par les prières que le prêtre prononce quand il dispose le pain et le vin sur l'autel, et que nous appelons les prières de l'offertoire. Mais ces prières, nous l'avons dit déjà, n'appartiennent pas à la messe papale du viii^ siècle, et au temps d'Innocent Ilf elles manquent encore sauf VOi'ate fratres) à la messe pontificale : ce sont des prières de messe basse.
A l'offertoire romain appartiennent seulement deux textes : le chant appelé Offertoire et l'oraison Secrète. Entre ces deux textes on doit placer l'offrande par les assistants de la matière du sacrifice de l'autel, l'offertoire étant dans cette perspective, avant tout, le geste des assistants, tandis que l'évolution de la messe solennelle à la messe privée en a fait presque exclusivement le geste du célébrant. Il n'est resté de trace de l'usage ancien qu'à l'offertoire de la messe du sacre des évêques, où le consacré est conduit à l'offrande, qu'il fait entre les mains de son consécrateur (assis devant le milieu de l'autel), et qui consiste en deux cierges, en deux pains, en deux barillets de vin.
1. Elle s'est maintenue dans la messe romauo-irlandaise duStow« Missal (éd. Warner, p. 6,\
C'est un trait de la liturgie romaine de vouloir que les assistants contribuent à l'oblation personnellement et publiquement. Saint Augustin était dans le même sentiment. Au moment de l'invasion d'Alaric, il parle avec émotion des femmes et des vierges chrétiennes qui sont en captivité, et qui, dépouillées de tout ou séparées de tout, n'ont plus la consolation d'apporter leur offrande à l'autel de Dieu ou de trouver un prêtre par les mains de qui elles puissent offrir à Dieu, « nec istae possunt i'el ferre ohlatîonem ad allure Dei, vel invenire ihi sacerdotem per quem offerant Deo » [Epistul. cxi, 8). Augustin dit encore : Le Verbe a revêtu la chair de l'homme, a reçu cette chair avant de l'offrir pour le rachat de l'homme, à la façon de l'évéque qui reçoit l'offrande du fidèle afin de loffrir ensuite à Dieu, '< qiiomodo accipii sacerdos a te qnod pro ie offerat, quando ^is placare Deum pro peccatis tuis* ». Augustin insiste peu sur ces offrandes matérielles, et se plaît à rappeler à ses auditeurs que Dieu tient plus à eux qu'à leurs dons. A Rome, la participation du peuple à loblation a un relief exceptionnel et pour tout dire un peu massif : la liturgie soit byzantine soit gallicane, plus discrètement, procède à la préparation matérielle en dehors de l'assemblée et avant la messe. 11 est vrai qvie le geste disparaît qui exprime que le sacrifice est d'abord une offrande et une offrande de toute l'Kglise. Le pain présenté par les fidèles était anciennement du pain ordinaire, du pain lève Au xi= siècle,
I. Al G. Enarr. in ps. cxxix. 7. Cf. Victou. Vit. H, .'il (p. M) : • Pro- < cdit ad altarc... olilationem U<>iiun<j reddilurus, (|uain episcripiis accipiens altari imposuit. • Cf. Oplal. vi, 1 {p. IW).
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l'usag-e sera autre, puisque Tun des griefs des Byzantins contre Rome et T Occident et l'un des prétextes du schisme de Michel Cérulaire, sera le pain azyme dont se servent les Latins pour le saint sacrifice. 11 est incontestable que l'usage du pain sans levain n'était pas ancien en Occident : selon toute apparence, il a été une innovation tardive, inspirée par le souci de célébrer la messe avec du pain pareil à celui qui avait servi au Sauveur pour la dernière cène ^ : l'anglo-saxon Bède [f 735 est la plus ancienne autorité que l'on produise en faveur de l'usage du pain azyme, alors que Rome ne connaissait encore que le j>ain leré et n'adopta le pain azyme qu'entre le ix* et le xi' siècle. L'exclusive prononcée par les Occidentaux contre le pain levé est un raffinement savant ou soidisant tel qui n'implique aucune dogmatique et laisse aux usages établis tous leurs droits à persévérer, droits reconnus égaux par le Concile de Florence"^.
Les pains eucharistiques ont été primitivement des pains ronds entaillés d'une croix, comme on en voit dans les peintures représentant la multiplication des pains au in^ siècle, comme on en voit fa-
1. Encore ce point prêtait il à controverse entre exégctes. Les Grecs 'saiut Jean Clirysostome, par exemple), en vue d'accorder les Synoptiques avec saint Jean, entendent que la cène a été célébrée, non pas le premier jour des azymes {pi-ima die azymorum, comme dit la Vulgate traduisant îrpwxrjv tûv àÇûfiwv), mais le jour avant les azymes (le temps des azymes), soit tt;v npb Ttôv àÇuiAuv. voyez Lagrasge, Évangile selon saint Marc (1911). p. 34«-3'49. Il n'est pas duuteux qu'en Orient, dès l'antiquité clirétienne. des Églises ont usé de pain azyme.
2. Thalhofer-Eisesiiofer, t. II, p. 109-110. Sur cette fastidieuse controveTse, on pourra lire l'arlicle « Azymes » du Dictionnaire de théologie de Vacam,
çonnés avec du mortier sur une brique de loculus du cimetière de Prisciile ■iii* siècle aussi)*. Plus tard, les pains eucharistiques portèrent le nom de corona qui révèle leur nouvelle forme : ainsi dans VOrdoÙQ Saint-Amand Yoblata du pape est appelée une fois de ce nom. L'expression « corona consecrata » se retrouve au Liber pontifîcalis (t. I, p. 139).
Une anecdote célèbre, rapportée du pape saint Grégoire, mentionne une dame de laristocratie romaine qui avait la dévotion de venir à loCfrande, le dimanche, à la messe du pape, qui la connaissait personnellement : s'approchant pour communier de la main de l'Apostolique, elle eut rirrévérence de sourire, et saint Grégoire lui refusa la communion, puis, la messe finie, il la fit paraître devant lui et la pria de s'expliquer. La malrooe répondit qu'elle avait ri parce qu'elle avait reconnu dans les saintes espèces de la communion un morceau du pain qu'elle avait fait de ses mains : « Recognovijinquit, portiunculam illani ex eadem oblalione fuisse quant ego manibus nieis feci et lihi optuli... » -, et qu'il lui avait semblé incroyable que ce pain qu'elle avait fait lui fût donné comme le corps du Seigneur. Il est bien étrange, pourrions-nous penser, qu'une dame si religieuse ait pu être si ignorante 1 L'historiographe assure que saint Grégoire en prit occasion de parler au peuple sur le corps sacramentel du Christ, et Dieu conlirma sa doctrine par un miracle.
Les fidèles offraient donc le pain de leur maison,
1. J. WiLPERT, Fraclio panis (Paris 18%;, p. 83-84. Des pains ronds encore dans lo yrafitte (vi" siècle?) r«trt>uv(î parle P. Crisar siirles imirs du leinple de Mater matutu (temple de Vesla). Ilisl. 'le Rome, t. I, p. 1!«7, tacsimiic du grantte, où Ggurc aussi un scypfius.
i. fkt}. DiAr. Gregor. vi(a, 23.
et, comme ils en offraient plus qu'il n'en fallait pour la communion du jour, ce qui était en surabondance était réservé pour être donné aux pauvres. Saint Grégoire en personne raconte l'histoire miraculeuse d'un prêtre de Centumcellae (Civittà veccliia) qui, voulant faire la charité à un pauvre qu'il trouvait chaque jour sur sa route, apporta pour les lui donner deux pains de l'offrande, « duas secum oblationum coronas detulit ». Mais le pauvre les refusa, en représentant qu'il était mort, et demanda au prêtre de lui faire avec ce pain la charité d'une messe pour le repos de son âme : « Si autein mihi praestare vis, omnipotenti Deo pro me offer hune panem » [Dialog. iv, 55). Les prêtres recevaient ainsi à l'offrande du pain qui servait à leurs aumônes, qui servait aussi deulogies à donner à.des absents.
La substitution du pain azyme au pain de ménage eut pour conséquence de tarir l'offrande du pain par les fidèles. Au concile romain de 1078 Can. 12), Grégoire VII fait un devoir à tout chrétien d'offrir quelque chose à Dieu à la messe, et de n'y pas venir les mains vides : indice que les fidèles désertent l'offrande, car on ne rappelle ainsi le précepte que quand il menace de tomber en désuétude. A la même éj)oque, les fidèles riches faisaient leur offrande en argent : saint Pierre Damien [EpistuL v, 13) parle de deux nobles dames, la femme d'un dux et la femme d'un marchio, qui, assistant à une messe qu'il célèbre, offrent des pièces d'or, des hesuni^ [bizanteos obtulerunt). Au xn<^ siècle*, les
1. HoNon. AcGLSTODUN. Gemma OH itHoe, I. 37. {P. L. t. CLXMI,p. .'^53.)
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fidèles n'offrent plus que des pièces d'or, ou d'argent, ou des dons en nature.
Le pain azyme ne pouvait conserver la forme de la corona du vi= et du viii^ siècle. Un texte d'Honorius d'Autun montre que, au xu* siècle, le pain d'autel se rapprochait de la forme qu'il a gardée dès lors, la forme d'une monnaie, « in modum denarii))^ dit Honorius d'Autun : il portait, ajoute-t-il, l'image (en relief; du Seigneur et une inscription [imago Domini cum litteris) ', Cette règle est attestée dès le IX* siècle.
Avec le pain, les fidèles offrent le vin. Ils l'apportent dans de petites bouteilles ou burettes appelées amulae, dont il subsiste quelques modèles. La coutume de n'user pour la messe que de vin blanc est moderne, elle est signalée au xiv* siècle : le vin rouge étant plus apte, en effet, à figurer le sang du Sauveur, on devait le préférer pour cette raison de symbolisme^. Les amulae étaient versées dans un même scyphus, on prenait seulement la précaution de passer le vin à travers une passoire ou filtre, qui porte le nom de colum, colatorium^ .
Nous avons vu, dans la description de la messe papale du viii" siècle, que, une fois le calice de la messe garni de vin, on coupe ce vin d'un peu d'eau. Le récit de la cène dans les Synoptiques, pas plus que dans saint Paul, ne mentionne que le Christ ait mêlé de l'eau au vin du calice. Il n'en est que plus remarquable que l'on ait considéré toujours comme une tradition remontant au Christ l'usage de cou-