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Quelles influences ont fait prévaloir rablution des mains à la place où la fixe l'ordinaire de la messe romaine, c'est-à-dire quand est finie la disposition de rhostie et du calice, et, s'il a lieu, quand est fini Tencensement des oblats et de l'autel ? Nous ne le savons pas. Il est certain seulement que l'ablution des mains, dès le xi'^ siècle (Ebner, p. 309}, s'accompagne déjà des versets 6-12 du psaume xxv :
Lavabo inler innocentes m anus meas, et circumdabo aitare tuum Domine, etc.
qui expriment avec à-propos les sentiments qui doivent être ceux du célébrant, et le symbolisme de son Êfcste.
L'offrande est maintenant achevée : le pain et le vin sont disposés sur l'autel : le moment est venu où l'officiant peut procéder à la grande prière eucharistique. Cependant avant d'y procéder il va clore l'offertoire par une oraison, l'oraison qui porte le nom de secrète. L'offertoire romain, qui s'ouvre par le Dominas vobiscum et VOremus initial, se termine par Ja secrète et son Per omnia saecula saeculorum : entre ces deux piliers, l'offrande, et pendant l'offrande, un chant : tel était au viii" siècle le dessin très simple de l'offertoire romain.
La secrète n'est pas immédiatement précédée d'un Oremus. La raison en est, apparemment, que VOrate fratres y supplée.
Le Sacramentaire Grégorien appelle la secrète l'oraison Super oblata, désignation parfaitement jus-
L'OFFERTOIRE. l6l
tifiée, mais qui n'a pas prévalu. Le Sacramentaire Gélasien l'appelle Sécréta, et ce nom est une énigme. Au ix" siècle, les liturgistes carolingiens ont écrit, et ceux d'aujourd'hui répètent, que l'oraison Super oblata est appelée secrète parce qu'elle est dite secrètement. Mais cette explication n'explique rien, car la question est de savoir pourquoi elle est dite secrètement, alors que la collecte et la postcommunion sont dites à haute voix. On explique (nous le verrons) pourquoi le canon de la messe en est venu à être dit secrètement : pour l'oraison Sftper oblata, on ne sait pas.
Les secrètes du Missel Romain sont du même âge et du même style que les collectes. Elles sont prononcées par le célébrant, non en son nom personnel, mais au nom de toute l'Eglise présente. Elles sont adressées à Dieu considéré dans son unité. Leur caractère distinctif est qu'elles font toujours allusion aux oblata, et que, en les présentant, en les offrant à Dieu, elles sollicitent de lui en retour pour ceux dont ces oblata sont l'offrande une bénédiction en rapport avec le mystère, le natale, ou l'esprit du jour. Prenons comme exemple la secrète de la messe de la Pentecôte, au Sacramentaire Grégorien et au Missel Romain :
Munera, quaesiimus Domine, oblala sanctifica, et corda nostra sancti Spirilus illustrationo eniunda. Per.
Nous avons dans cette secrète : 1° la présentation à Dieu des offrandes qui sont sur l'autel [munera oblata sanctifica] ; 2" la demande en retour de la lumière purifiante de l'Esprit [corda nostra emunda).
Voici maintenant la secrète de la fête des saints
apôtres Pierre et Paul, au Missel, au Sacramentaire Grégorien, et déjà au Léonien :
Hostias, Domine, quas noraini luo sacrandas offerimus, apostolica proseqiiatur oratio, per quam nos expiari tribtiis et tiefendi. Per.
Ici encore deux termes : 1^ les offrandes présentées [hostias sacrandas offerimus); 2" le vœu qu'en retour la prière des saints apôtres nous justifie et nous défende.
Si Ton veut ne pas fausser la signification des secrètes, il faut écarter la supposition qu'elles sont une anticipation du sacrifice (de la messe , et écarter aussi bien la théorie des liturgistes modernes qui considèrent l'offertoire comme un « petit canon », théorie qui brise la ligne ascensionnelle si pure de la messe.
Car il y a dans la messe un mouvement d'ascension, dont le point de départ est l'offrande matérielle du pain et du vin; dont le point culminant est, au moment où s'opère la conversion de ce pain et de ce vin au corps immolé du Sauveur et à son sang, l'oblation de ce corps et de ce sang à Dieu, que le Sauveur renouvelle par les lèvres et les mains du prêtre. La secrète achève l'offrande, mais dans la secrète l'offrande est encore l'offrande matérielle, le pain et le vin en tant que pain et vin, le pain et le vin en tant que destinés à devenir le corps et le sang. On doit dire de la secrète ce que Suarez dit de tout l'offertoire, c'est à savoir qu'il est seulement « quaedam dedicatio materiae sacrificandae per futur ain consecrationem ». Et cela, les secrètes elles-mêmes le disent très bien.
Domine D«is nosler, qui in his potius creaturi», quas ad fragilitalis nostrae subsidium condidisti, tuoque nomiui munera iussisti dicanda constilui : tribue quaesumus, ut et vitae nobis praesenlis auxilium et aeternitatis efficiant sacramentam. Per*.
Cette belle secrète du jeudi après le dimanche de la Passion considère elle aussi premièrement les oblats dans leur matérialité de pain et de vin, créatures à nous données par Dieu pour être l'entretien de notre fragile vie mortelle, et que Dieu a voulu que nous consacrions à son nom, à sa majesté, à titre de présents [niunera]. Et secondement, notre secrète demande à Dieu que ce pain et ce vin nous deviennent le sacrement de la vie éternelle. Elle annonce le sacrement, mais elle considère d abord la matière du sacrement. L'offrande est nôtre, rien que nôtre encore.
L'offrande matérielle que nous faisons n'est d'ailleurs pas sans récompense : comme toute offrande faite à Dieu, elle est par elle-même déjà méritoire, propitiatoire, purificatrice. La secrète du mardi de la Pentecôte peut donc dire :
Purificet nos, quaesumus Domine, muneris praesenlis oblatio, ut dignos sacra participatione efficiat -. Per.
Que notre offrande que voici nous purifie et nous rende dignes de la sainte communion! Cette offrande matérielle, comme les offrandes faites jadis
1. CeUe oraison se retrouve dans le Sacramentaire Lôonit-n, le Gélasicn, leGrt'sorien, elde ta dans le Missel Romain. — A rapprocher decette secrète dul.éonien 'Feitoe, p. .") : • Consecr», quaesnmus. Domine, qnae de terrenis fmrtihos nomini tac dionda maiidasti, ut et gialaintihi noslrani lacias servilutem, et sacranoentum nobis per- |)etuae salvationis instituas. Per. •