Mêmes références
au temple de Jérusalem, peut donc porter les noms de sacrificiiun, hostia, oblatioiiis hostia, hostia salutaris. Elle est un signe, sacramentum. Nous demandons à Dieu de lagréer, assume, sanctifica. Mais, encore une fois, cette offrande est l'offrande visible, l'offrande des fidèles : la secrète du septième dimanche après la Pentecôte le dit en termes particulièrement expressifs :
Deus, qui legalium ditrerentiam hostiarum unius sacrificii perfectione sanxisti, accipe sacrificiura adevotis tibi famulis, et pari benedictione sicut rauneia Abel sanctifica, ut quod singuli obtulerunt ad maiestatis tuae honorem, cunctis proficiat ad salutem. Per^.
Dans le langage des secrètes, le sacrifice est l'offrande que les fidèles ont apportée isacrificium quod singuli obtulerunt). Leurs prières s'y joignent naturellement. Dans ce sens, leur offrande est aussi une hostia laudis, et la secrète du second dimanche de l'Avent peut dire à Dieu : « Placare humilitatis nostrae precibus et hostiis"» -. Ce n"est pas à dire, pour autant, que les secrètes s'interdisent de contempler le corps et le sang du Christ dont ce pain et ce vin annoncent la présence prochaine. La secrète de Noël à la messe de l'aurore est bien remarquable, qui dit :
Munera nostra, quaesumus Domine, nalivltatis hodiernae raysteriis apta proveniant (etpacem nobis semper infundant), ut sicut homo genitus idem refulsit et Deus, sic nobis haec terrena substantia conférât quod divinum est. Per 3.
i. Gélasien. Grégorien, et Missel Romain.
2. Les secrètes du carême font des jeunes des Odéles une offrande fiui s'unit à leurs offrandes. Voyez notamment la secrète du premier d i manche de carême.
3. Gélasien, Grégorien. Le Missel Romain interpole les mots que nous avons mis entre parenthèses. Voyez le commentaire que donne
Prononcée à voix basse par roflîciant, la secrète s'achève par le Per omnia saecula saeculorum prononcé à voix haute. L'assistance répond A/«e/2. Nous allons pénétrer au cœur de la messe.
de cette prière Bossuel dans sa helle Explication des quelques difficultés sur les prières de la messe, n. XV (éd. de Bar-le-Duc, t. V, p. 690).
YI
Nous allons pénétrer au cœur de la messe, puisque l'avant-messe et l'offertoire ne sont qu'une introduction et une préparation à la « liturgie » proprement dite : nous n'y saurions pénétrer plus méthodiquement qu'en essayant de définir ce qu'est cette « liturgie », en d'autres mots en quoi consiste l'essence des saints mystères.
Nous tenterons, pour arriver à cette définition, ^de tirer parti avant tout des mots qui ont servi à l'antiquité chrétienne à désigner la messe.
Il faut renoncer à exploiter le mot même de messe, missa. Il a prévalu en Occident au vi^ siècle. Ainsi, Antonin de Plaisance raconte dans Vltinerarium (qui porte son nom, encore qu'il soit d'un de ses compagnons de pèlerinage aux Lieux Saints), que, à Jérusalem, on lui a montré, entre autres reliques, la colonne de la flagellation, la couronne d'épines, la sainte lance, des pierres de la lapidation de saint Etienne, et le calice qui après la résurrection du Seigneur servait aux apôtres à célébrer la messe :
<t Ibi est et calix apostolorum, in quo postresurrectione/n Domini missas faciebant » [éd. Geyer,p. 174). V?rs 575 donc, à Plaisance, missa voulait dire messe. Le pape saint Grégoire, et aussi bien saint Grégoire de Tours et saint Césaire d'Arles, emploient le mot rnissa avec la même acception, qui de leur temps est acquise. Mais il n'est pas sûr qu'elle le fut au v^ siècle, par exemple au temps où saint Benoît écrivait sa règle. Moins encore au iv^^, où le texte qu'on allègue de SAini AmhroiseiEpistu/. xx, 4 , est d'une interprétation contestée. Saint Augustin ne connaît encore au mot missa que son acception de congé, renvoi, au sens de missio iSermo xlix, 8j, où l'on constate que missa a pour lui le sens que ce mot garde encore dans la formule liturgique Ite missa est^ qui se découvre par là contemporaine d'Augustin' bien plus que du pape saint Grégoire.
Le mot missa au sens de messe est donc tard venu, il est un terme populaire qui ne nous apprendrait rien sur le contenu do la messe, si nous n'avions que lui pour nous en instruire^. Nous n'en dirons pas autant du mot actio.
En Afrique, à la fin du iv® siècle, pour dire la messe, on disait quelquefois agere agendam ou agendam celebrare : ces expressions sont employées par le (second) concile de Carthage (entre 387-390j, dans son canon neuvième-.
1. Et du Code Tliéodosien, I. VI. til. 20, Z ;.(l. Mommsex, p. -277).
2. G. RoTTiiANNER, • Ueberneuere urid aelterc Oeutungendes Worles Missa '.dans la Theoloy. Quartalschri/'l de Tïihiiigcn, 18S9, p. ."iSl-Sî;?.
.1. Saint Augustin :Sermo n. I. ci;ll. de Micliel Denjs, VI, 3) dit acta Dei, c'est un jeu de mots. Vous êtes à l'audience de Dieu, dii-ii aux fidèles, on écrit vo» réponses, il laut qu'elles suient sincères : • Respondetis : Hahemusad Dominum, Uiboralcut vcrum respondeatis-
Le Liber pontificalis (t. I, p. 128), parlant du chant du Sanctus, croyait savoir que ce chant avait été «introduit par le pape Xystus (115-125] dans l'action, « intra actionem ». Cette assertion est de celles qui dans la chronique des papes, si sûre à tant d'autres égards, sont considérées comme sans valeur. On en peut inférer du moins que, lors de la rédaction de cette partie du Liber (au début du vi® siècle), on donnait à Rome le nom à'actio à l'ensemble formé par ce que Ton a appelé depuis préface et canon, et qui alors ne faisait qu'un. Ailleurs, cette fois dans la notice du pape saint Léon (440-461), la terminologie du Liber semble se préciser : ce pape, lisons-nous, institua que l'on dirait « Sanctiim sacrifîciujn et cetera » dans l'action, et l'action est qualifiée ici d'action du sacrifice, « intra actionem sacrificii » (t. I, p. 239). Mais en fait le mot sacrificii a toute apparence d'être explétif : l'expression intra actionem eût suffi là, puisqu'elle avait suffi dans la notice du pape Xystus.
Nous la retrouvons, au vu® siècle, dans le Sacramentaire Gélasien. En effet, quand une messe a une rédaction propre pour la prière Communicantes (comme il arrive encore aujourd'hui en certaines fêtes), le"Sacramentaire Gélasien, après avoir donné la collecte, la secrète, et (s'il y a lieu) la préface, donne la rédaction propre du Communicantes en la faisant précéder de cette indication : Infra actionem. Ainsi, pour la messe de l'Epiphanie (Wn.sox, p. 11) :
Quiaapud acta Dei respondetis, sic sit <iuo modo dicitis ». Toutefois, <iuelques lignes plus loin, Augustin écrit : « El Inde iam quae aguulurin precibus sanctis... » en pensant à la prière du canon.
IXFRA ACTIONEM.
Comniunicanlos, et dicm sacratissimum celebraiilcs quo unigenitus (uus in tua tecum gloria sempiternus in veritate nostrae carnis natus, magis de longinquo venientibu;? visibilis et corporalis apparuit. Sed et memoriam...
Les mots infra actionem (notez infra, pour intra) veulent dire que ce Communicantes propre doit prendre sa place normale ce jour-là dans le canon : actio désigne donc ce qu'est pour nous le canon. Le Gélasien dit aussi bien à plusieurs reprises infra canonem, dans le même sens (Wilson, p. '34, 42, 73,..). Au temps du Gélasien, comme déjà au vi^ siècle, Vactio comprend aussi la préface. Donnant le texte de la préface, du canon, etc., cest-à-dire de toute la prière eucharistique, le Sacramcntaire Gélasien (WiLsox, p. 234) écrit