I.F.rONS SUR LA MESSK II
3st off'eratur » [Sermo cccx, 2), dit Augustin commentant le vieux vocable ' .
Le Sauveur à la cène prend du pain, prend une coupe de vin. 11 rend grâces sur le pain, grattas egity dit saint Luc; il bénit, henedixity disent saint Mathieu et saint Marc. Puis, il rompt le pain, fregity disent les trois évangélistes. En même temps il prononce la parole : Ceci est mon corps..., et il le distribue aux apôtres : Prenez, accipite et comedite, dit saint Mathieu. De même pour le calice : le Sauveur rend grâces, grattas agens, disent saint Mathieu et saint Marc. Puis, il passe la coupe à ses apôtres, en leur disant : Buvez tous, et en prononçant la parole : Ceci est le sang de la nouvelle alliance... Saint Paul, dans le récit qu'il fait de la cène, note aussi que le Sauveur a rendu grâces avant de rompre le pain. Action de grâces sur le pain et le vin, paroles mêmes de l'institution, enfin fraction du pain et distribution du pain et du vin aux apôtres, telles sont les trois péripéties de la cène dans l'histoire évangélique : ces trois péripéties vont être exactement réitérées par la liturgie.
Rendre grâces est un élément intégrant des saints mystères chrétiens. Dans la description du culte chrétien faite par saint Justin, la prière prononcée sur le pain et le vin est désignée par l'expression rendre grâces :« L'évêque, écrit saint Justin, adresse (àDieu) prières et actions de grâces, tant qu'il a de forces ». Plus précisément, ailleurs : « Par le nom de Jésus crucifié prières et actions de grâces (ewx"'
\. Rapprocher Aiglsti>. In loa. euang. tract. LXXXIV.i. L'iconographie primitive représente toujours l'eucharistie sous la figure d'un banquet. BnÉHiEn, L'ar<cA>-é<ten, p. i"-48.WiLPERT,Frac<ioponj«, p.8-15.
x«t £Ùx«pi<ixi«i) sont adressées au Père et créateur de l'univers » Dialog. 117). Et encore : « Cela et rien que cela, les chrétiens ont reçu (le commandement de le faire dans la commémoraison de l'aliment sec et humide, leur aliment, par quoi ils se souviennent de la passion que souffrit pour eux le Fils de Dieu « {ibid.\ Pardonnons à saint Justin son style laborieux, étrange, et sachons-lui gré de ce qu'il nous apprend. Ces prières et ces eucharisties, en effet, sont tout ce que les chrétiens pratiquent de sacrifices (Oudiai). Ce ne sont pas des prières seulement, car les chrétiens ont reçu (TtapAaêov) du Seigneur le précepte de faire (iroieïv) cela dans la commémoraison (àvafjivricei) du pain et du vin, qui leur sert à se souvenir de la passion. Notez au passage les mots TrapéXaéov, Ttoiïîv, àvauLVïîcet, qui sont autant de réminiscences directes du récit de l'institution de la cène chez saint Paul. Saint Justin est contemporain dune liturgie bien primitive, où l'inspiration du célébrant garde une liberté qu'elle perdra bientôt. — Se rappeler, dans le récit du martyre de l'évêque de Smyrne saint Polycarpe, comment il demande aux policiers qui viennent l'arrêter un temps pour prier avant de les suivre : « Ils y consentirent, alors se tenant debout Polycarpe se mit en prière, tellement rempli de la grâce de Dieu que, deux heures durant, il ne put s'interrompre »'. Se rappeler dans la Passio (n. 7) des martyrs d'Abitina, la prière du prêtre Saturninus. qui, dans les tourments de son martyre, semble re-
I. Martyr. Polycarpi,!. Voyez. iOid. 14, la pathétique prière que proDonce l'évC(iue quand il est sur le bûcher, et qui est à sa manière une préface. Rapprochez lEnTuiiiAN. Aj'Ologet. 30 : •... rtcniquesine niouilorc, <iuia de pecloro oranius •.
trouver des formules liturgiques : « Deus miserere. Gralias ago tibi. Domine pro nomine tuo da mihi sufferentiam. Libéra servos tuos de captivitate huiits saeculi. Gratins tibi ago, nec sufficio tibi gratias agere » \ — Il n'en est pas moins indubitable que les « eucharisties » que saint Justin a connues sont les premiers spécimens de nos préfaces : Vere dignum et iustum est... Saint Augustin pourra écrire : Rendre grâces est le grand rite dans le sacrifice du Nouveau Testament auquel seuls les baptisés prennent part : « Gratias agimus Domino Dso nostro ,qaod est magnum sacramentum insacrificio Novi Testamenti, quod ubi et quando et quomodo o/feratur cum faeris baptizatus inventes » [Epistul. cxL, 48 .
A Corinthe, le « repas du Seigneur « comporte entre les chrétiens qui y prennent part une fraction dupain : « Le pain que nous rompons, écrit saint Paul, if est-il pas communion du corps du Christ (xoivwvta Toïï <;o\ii.aTo;) ? Et le calice de bénédiction que nous bénissons n'est-il pas communion du sang du Christ? Car tous (tant que nous sommes) nous participons à un même pain » (/ Cor. x, 16-17). Saint Paul donne à l'acte de rompre le pain toute sa valeur de symbole : nous sommes un dans le Christ, nous sommes un seul corps mystique, comme ce pain est unique dont nous nous partageons les morceaux. Le mot xoivwvia, dont nous avons fait communion, a signifié dabord le fait d'avoir une chose en commun parce qu'on se l'est partagée : la communion suppose la fraction. Toutes les liturgies procèdent à la fraction
1. Voyez même Passio, 8, dans le même style lyrique, l'apostrophe de Saturninus : ■• Ad gloriam! Gratias ago Dec regnorum ' etc.
du pain avant la communion. La messe papale du VIII® siècle, nous l'avons vu, donnait au rite de la fraction du pain un relief puissant, qui s'est effacé depuis lors, mais qui était certainement d'inspiration antique. Saint Paul à Troas {A et. xx, 7) a rompu le pain, écrit saint Augustin, comme nous le rompons encore à la messe, « sîcut frangitur in sacrainento corporis Christi » ' Epistul. xxxvi, 28).
« Toutes les fois que vous mangez ce pain et que vous buvez ce calice, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne » (/ Coi', xi, 26). Vous annoncez (non : Vous annoncerez) : le rite est établi dans l'Eglise de Corinthe à laquelle écrit saint Paul. Suffirait-il de manger ce pain et de boire ce calice pour « annoncer la mort du Seigneur » ? La liturgie ne la pas pensé.
Saint Cyprien écrit : « Scriptura dicit ut, quotiescumque calicem in commemorationem Domini et passionis eius offerimus, id quod constat Dominum fecisse faciamus » [Epistul. lxiii, 17 . En disant scriptura, saint Cyprien pense à saint Paul, et il trouve évidemment dans le texte cité de saint Paul plus que ce texte ne contient, mais c'est un indice que la liturgie pratiquée à Carthage par saint Cyprien reproduit scrupuleusement la cène [passio Domini et ce que le Seigneur a fait à la cène. Dans ce même passage, saint Cyprien ne nous permet pas de douter que la cène ne soit rappelée expressément : « Et quia passionis eius mentionem in sacrifîciis omnibus fo' cimus... » Ces quelques mots de Cyprien sont le plus ancien texte chrétien qui fasse allusion à la présence, immémoriale, du récit de l'institution au cœur même de la liturgie eucharistique.
Si, en effet, l'action de grâces est une prière solennelle laissée longtemps à la libre improvisation du célébrant, le thème seul en étant invariable, il est au cœur delà liturgie eucharistique une prière invariable. On peut le déduire d'une lettre adressée, en 256, à saint Cyprien, évêque de Carthage, par Firmilien, évêque de Césaréede Cappadoce, lettre où est raconté un scandale arrivé quelque vingt-deux ans plus tôt, soit vers 235, à Gésarée : une femme, une illuminée, a eu l'audace de vouloir administrer le baptême et de célébrer l'eucharistie : «... in~ vocatione non contemptibili sanctificare se paiiem et eucharistiamfac ère simulai et, etsacri/icium Domino <C non ^ sine sacramento solitae praedicationis offerret,baptizaretquoque multos iisitata et légitima vei^ba inten'ogationis uswpans, ut nihil discrepare ab ecclesiastica régula videretur »'. Cette femme tenait à observer la règle ecclésiastique et à se tenir aux formes reçues, légitimes : elle consacrait donc le pain en prononçant l'invocation auguste [invocatione non contemptibili], elle offrait le sacrifice en employant le discours accoutumé [solita praedicatio). La lettre de Firmilien, qui devait être en grec, ne nous est connue que dans la traduction latine (œuvre sans doute de Cyprien) : les termes im>ocatio, praedicatio, étaient compris à Carthage, et ils correspondaient à une chose existante en Afrique, c'est à savoir une formule invariable servant à offrir le sacrifice, à faire l'eucharistie, à sanctifier le pain.
Saint Augustin, en 400, donnera à cette formule invariable le nom de pre.r sacerdotis. 11 s'en explique
1. Inter C\i'RiKm Episliil. i.xw, 10. .l'ai étudie ce texte dans L'eucharistic H9ii), p. 299-301.
dans son traité Contra litteras Petiliani. L'cvêque (lonatiste de Cirta, Petilian\is, attaquant la validité des sacrements des catholiques, avait écrit : SufQt-il pour être sacerdos de savoir par cœur les formules sacrées [carmina sacerdotis memoriler tenere] et de réciter exactement le carmen sacerdotis ? Augustin n'emploie pas cette terminologie équivoque : il ne dit pas carmen, qui est propre au culte païen, il dit prex. Si, dit-il, tu entends prononcer par quelqu'un qui n'est pas revêtu du sacerdoce la prière sacerdotale, diras-tu : Elle n'est pas vraie? Non, tu devras dire : Cet homme est un profane, mais la formule qu'il emploie est vraie : « Sacramentum hoc verum est ». Ainsi en est-il de la formule du baptême, et ainsi de la formule de l'eucharistie, de cette dernière qu'Augustin qualifie de « precem sacerdotis verbis et mj/sleriis euangelicis con/brmatam » (nous dirions : moulée sur les paroles et les gestes évangéliques), et dans laquelle nous retrouvons ce qui est du Christ, « quod Christ/ est' ». Ces derniers mots semblent bien être une allusion aux paroles de l'institution-.
Le concile de Trente, fidèle ù sa méthode délaisser aux théologiens le soin de tirer au clair les questions d'école, n'a voulu définir que ce qai est de foi sur l'article du sacrifice de la messe, et c'est à savoir — 1 ' qu'il n'est pas simplement une prière (en d'au-
I. AUG. Contra lill. Petiliani, ii, G9. J'ai étudié ce texte dans The journal of theological Studies, ists, p. .'i3»-541. -2. Rapprocher \>iBiio-i. r>r honni, iialrinrcli. .'*H. Enfirv. in psalm., wvrii, i";.
tiHiS termes nn sacri/icium laudis ou une gratiorum actio). — ni 2'^' une pure commémoraison du sacrifice consommé sur la croix, — mais 3° vraiment et proprement un sacrifice offert à Dieu. Ces trois principes posés, les théologiens ont eu libre carrière pour déterminer de leur mieux, et en n'engageant qu'eux seuls, l'essence de ce vernm et ptoprium sacrificium quest le sacrifice de la messe : on sait que leurs opinions sont nombreuses à souhait.
Elles vont à donner une définition du sacrifice en général et à la vérifier dans le sacrifice de la croix d'une part, dans le sacrifice de la messe d'autre part, mais elles négligent de la vérifier dans le sacrifice qu'est aussi et d'abord la cène. 11 n'est pas possible cependant que ces discussions n'aient pas serré de près la solution que la liturgie suggère.
Le sacrifice de la messe est appelé par les théologiens un sacrifice relatif, en tant qu'il se réfère au sacrifice de la croix; mais il n'est pas le seul, puisque la cène célébrée par le Sauveur est déjà un sacrifice relatif, en ce sens que la cène anticipe le sacrifice de la croix comme la messe le commémore, « unum saciificium cnius nunc memoriam celebramiis ^ ». Ne disons pas que la présence réelle du corps et du sang sur l'autel suflit à représenter, commémorer, reproduire, le sacrifice de la croix, comme si la présence réelle était une oblation. La théorie classique-, qui voit dans la
1. Arc. Contra Faust, manich. vi,5. Cf.lbid. xs, 18 : > Inde iam clirislianii>eractieiusdem sacrificiimemoriani cclebrantsacrosanctaoblatione corporis et sanguinis Christi •.Rapprochez Contra adv. Icg. i, 39.
-2. Voyez G. Pescu, Praekct. dogmat. t. VI (1908), p. i-ao^i". En parliculier, p. 425 : « In sacriDoio eucharistico verc sacramentalitcr thrisius Deo offertur, quae sacramentalis oblalio non est oblatio
consécration une sorte d'immolation, — du fait de la distinction des espèces sensibles sous lesquelles le Christ est présent, et présenté tamquam occisus, — a le tort de ne pas impliquer assez nettement dans la consécration une oblation formelle, l'offrande que, par le ministère du prêtre, le Christ fait à Dieu de son corps immolé et de son sang versé. La consécration fait le sacrement, mais le sacrement n'est pas par lui-même le sacrifice : or toute l'essence du sacrifice est dans l'offrande ^
La liturgie met l'accent sur cet acte sacerdotal, quand elle enferme dans le mot offerre l'essence du sacrifice de la messe : offrir à Dieu le corps et le sang du Sauveur crucifié, le corps et le sang présents dans le sacrement de l'autel, l'offrir comnie le Christ à la dernière cène a offert et institué que nous offririons, l'offrir sur son ordre et avec l'assurance que, quand nous prononçons les paroles sacramentelles, le Christ par nos lèvres s'offre à nouveau à son Père.
La liturgie aurait pu se contenter de redire les paroles de l'institution eucharistique prononcées par le Sauveur à la cène, paroles qui au jugement des théologiens) contiennent l'intention du Sauveur de s'offrir en victime. Nos prières Unde et memores, Supra quae, Supplices, commentent la parole :
licla.. , sed olilatio Acra, (|ua salisfactio in cruce praestila vcre Ueo offertur et hominibus ai>plicalur.. Adest oblatio sensibilis, quia, dum vi verborum corpus Christi ponitur sub uiia spccic, et sanguis Cliristi sub altéra sperie, babetur mystica mactatio... ». oi\ trouvera dans J. GnivK.T, La messe de la terre et la messe du ciel (1917), une critique de cette tb(-orie, et déjà danslo vu' entrelien de la Retraite pastorale (1910) du Cardinal MEnciEti, p. -iSO-^uS.
i. A. Vacant, Hisl.de ta conception du sacrifice de la Messe dans l'Église latine (I894), p. ."JO 51.
In mei memoriam facietis. Elles ne constituent pas l'acte du sacrifice ', elles expriment que l'Eglise le fait sien et le présente à Dieu. L'acte du sacrifice demeure un acte du Christ, prêtre invisible, prêtre principal 2. 11 s'est offert à son Père sur la croix : dans le sacrement de l'autel, nous exerçons le pouvoir qu'il nous a donné de renouveler son offrande.
Slarez. Disput, I.XXV, III.
. iD. Lxxvn, I.
Le mot praefàtio, au sens liturgique de «préface j^ est signalé à Rome au commencement du vi^ siècle, dans le Liber pontificalis, où on lit que le pape Gélase composa des préfaces et des oraisons d'un bon style : « Fecit etiam et sacramentorum praefationes et orationes cauto sermone » (t. I, p. 255). A Rome donc, au temps où se place la rédaction de cette partie du Liber, on s'entendait quand on parlait de ('. préfaces » servant à la confection des « sacrements » , la bénédiction des fonts par exemple ^
A vrai dire, le moi praefàtio se rencontre déjà chez saint Cyprien. Quand nous sommes debout pour prier, écrit Tévêque de Carthage, nous devons éloigner de notre esprit toute pensée de la chair et du siècle. Voilà pourquoi le sacerdos, plaçant une préface avant la prière [ante orationem praefatione praemissa), dispose les esprits des fidèles eu disant : Sursum corda, afin que le peuple, répondant : Ilabemus ad Dominum, soit averti qu'il ne
1. On a mentionné plus liant le canon du concile de Carthage de M)7, où se rencontre le mot praefalionei pour désigner une caté* K'>rie de i>reces liturgiques <|u<j l'on ne veut plus laisser à l'improvisation. Il s'agit là aussi de tormules pour la confection des sacrements. (Rapprocher Arc. De baplismo, vi, 47).
doit penser à rien d'autre qu'au Seigneur {De dominico orat. 31). Ce texte est précieux en ce qu'il nous révèle à Carthage, au m*" siècle, l'usage de la formule bien connue Sursum corda, Hahemus ad Dominum. Quant au mot praefatio, il est pris là par Cyprien dans son sens littéraire de prologue : Cyprien ne l'applique pas à la prière solennelle qu'est pour nous la préface, mais à Tinvitatoire Sursion corda qui la précède.
Quand saint Cyprien veut parler de la prière solennelle qui sert à offrir le sacrifice, il dit nacra' mentum solitae praedicationis, nous le verrons. Le mot praedicatio paraît avoir pour lui le même sens que le moi praefatio dans l'expression romaine sacramentorum praefationes. Le Liber pontificalis parle de la praedicatio sacerdotum exactement dans ce sens, et il parle aussi bien de praedicatio canonisa. Le mot /?/-rïe/îz/7 se disait chez les Romains, entre autres acceptions, de qui prononçait les formules consacrées par le rituel. A la prise de Rome par les Gaulois, les sénateurs se vouent à la mort par une formule que prononce le Pontifex Maximus, et que chacun d'eux prononce avec lui : « Pontifîce Maximo praefante carmen devovisse eos se pro patria » ^. Notre mot praefatio, s'il vient de là, serait un emprunt au vocabulaire de la religion romaine.
Le mot praefatio ne se retrouve pas chez saint Augustin. 11 ne se retrouve ni dans le Sacramentaire Léonien, ni dans le Sacramentaire Gélasien, mais il reparaît à l'improviste dans le Sacramentaire Grégo-
\. Lib.pontif. t. I, p. 4-26, 127, 31-2.
2. Liv.V, 41. Voyez, au mol" Carmen >',le Thésaurus linguaelalinae.
rien pour désigner les préfaces propres à certaines messes : ainsi, pour la première messe de Noël, entre Toraison Super oblata et loraison Ad complendum, le Sacramentaire Grégorien place la préface propre (WiLSOX, p. 9; :
Praefatio.
Vere digniim et iustum est ... quia per incarnali Verbi mysterium...
La liturgie romano-carolingienne adoptera le terme de /j/r/e/'^/^zo' : le plus ancien Ordo romanus où on le rencontre est VOrdo romanus II, où l'on voit qu'il s'oppose désormais au mot canon, et qu'il a le sens d'introduction au canon, de préface au canon, à telles enseignes que l'introduction au Pater porte elle aussi dans ce même Ordo romanus II le nom de préface : « Sequitur in altum praefatio dominicae orationis et oratio dominica cum emboli sua-... » Le mot a repris là son sens littéraire.
Saint Augustin, dans un sermon de jour de Pâques
1 Le mot }jraefatio n'était pas inconmi tic la liturgie gallicane. Dans le sacramentaire d'Aulun (vu" siècle, vuig. Mi.ssale gothicum). praefatio, jAaefatio missae est le n^m donné à la preniière des oraisons de la messe (notre collecte;. \>>\e/. dans ce sacramentaire la messe de Noël ou la messe pour la fête de saint Etienne. Le nom de praefatio esi donné aussi aux courts iuvitatoircs qui précédent parlois les oraisons comme dans nC'S oraisc-ns du vendredi saint) : voyez dans le même sacramentaire les Orationcs paschales xir.
2. Le mot emholi, corruption de à|xêoXi(7|x6; (= intercalatio), désigne la priore Libéra )ios rjuaesutnvs considérée comme une para phrase du Pater.
ly 1 LEÇONS SUR LA MESSE.
adressé à de nouveaux baptisés {Sermo ccxxvii), décrit les saints mystères en ces termes :
« Je n'ai pas oublié ma promesse. Je vous avais promis, à vous nouveaux baptisés, un sermon où j'exposerais le rite de la table du Seigneur \^mensae dominicae sacra nientu/n), rite que maintenant vous êtes admis à contempler de vos yeux, rite auquel cette nuit dernière vous avez pris part ^par la communion). Il faut que vous connaissiez ce que vous avez reçu, ce que vous recevrez, ce que vous devriez (désormais) recevoir chaque jour. Ce pain que vous voyez sur 1" autel, sanctifié par une parole de Dieu sanctificatus per \>erbiim Dei], est le corps du Christ. Ce calice, plus exactement, ce que contient le calice, sanctifié par une parole de Dieu [sanctificatum per verbiim Dei], est le sang du Christ. Par ces choses per ista) le Seigneur Christ a voulu nous donner [commendare) son corps et son sang, qu'il a pour nous versé en rémission des péchés...
« Retenez bien l'ordre de la liturgie [sacramenta ordinesuo). Premièrement, après l'oraison (la prière des fidèles), vous êtes invités à tenir haut vos cœurs. Cela convient aux membres du Christ (que vous êtes)..., car notre chef Icaput) est dans le ciel. Voilà pourquoi quand ou prononce : Sursum cor, vous répondez : Habemus ad Dominum.
« Et de peur que cela même, avoir son cœur en haut au Seigneur, vous n'en fassiez un mérite à votre effort..., car c'est un don de Dieu que d'avoir son cœur en haut, lévêque ou le prêtre qui célèbre {episcopus i>el presbyter qui offerl) poursuit, après que le peuple a répondu : Habemus ad Dominum, et
dit : Gratias aganius Domino Deo nostro, (rendons grâces) de ce que nous avons le cœur en haut. Rendons grâces, car, nétait le don de Dieu, nous aurions notre cœur terre à terre. »
Disons au passage que cette interprétation d'Augustin sent la controverse contre les Pélagiens : en réalité, la liturgie ne nous fait pas rendre grâces du don que Dieu nous octroie davoir mis nos cœurs en lui : elle nous invite à tenir haut nos cœurs pour rendre grâces, pour nous unir à la grande prière d'action de grâces qui commence.
« Vous, alors, vous confirmez (ce que le célébrant vientd'exprimer), vous dites: Dignum et iustumesl\->^
Suit la sanctification du sacrifice de Dieu {sanctificatio sacrîficii Deii. Elle forme pour saint Augustin un tout, commençant au Vere dignum et iitstum est, s'achevant à l'Amen qui précède le Pater : cette unité est brisée aujourd'hui, du fait que la préface est un acte, le canon un autre acte. Au temps de saint Augustin, la sanctification du sacrifice de Dieu est un seul et même acte revêtu d'une prière unique, dans laquelle s'insère le verbum Dei sanctificateur. « Quand, dit saint Augustin, est achevée la sanctification, nous disons l'oraison dominicale, Uhi est peracta sanctificatio, dicinius orationem dominicam. » On a dans ce texte de l'évêque d'Hippone une délimitation de la sanctificatio sacrificii.
Elle est précédée par le Domimis vobiscum -, puis