I.JaKFK, 1065. TUALUOFEK-ElSE?iaUKER, l. 11, |l
ciennc calquée sur le grec des Septante. Saint Paul [Rom. IX, 29) et saint Jacques (v, 4) emploient pareillement le mot hébreu Sabaoth sans le traduire. Le Seigneur des Sabaoth est le Seigneur de l'armée céleste (Luc. ii, 13) et des légions d'anges (Mat. XXVI, 53).
La liturgie romaine a si bien compris Sabaoth des armées des anges, que c'est à cette multitude des anges, des puissances, des vertus des cieux, et des séraphins, qu'elle demande à Dieu de permettre qu'elle associe sa voix en chantant le Sanctus. Isaïe fait dire par les séraphins : « Toute la terre est pleine de sa gloire » . Notre Sanctus liturgique qui contemple les armées des anges, a joint le ciel à la terre : Pleni sunt caeli et terra gloria tua.
La liturgie ajoute au texte d'Isaïe : Hosanna in excehis, qui est l'acclamation du peuple de Jérusalem au passage du Sauveur le jour des Rameaux (MAnc. XI, 10). Cette acclamation, qui rappelle le chant des anges sur Bethléem (Luc. ii. 14), s'adresse à Dieu dans le ciel, comme toute la préface. Le reste, ssivoir Benedic tus qui çenit in noniine Dominij pris à la scène des Rameaux (Makc. xi. !)), s'adresse au Christ.
L'auteur du De Trinitate et Spiritu sancto (n. 16), attribué faussement à saint Athanase et probablement composé par un espagnol de la seconde moitié du iv^ siècle, écrit : « Ecclesiae Christi omnes ab Oriente iisque ad Occidentem convenienter Patreni a .seraphimlaudari profitentur in ininisteriorum relatione. » Le terme ministcrioruni relatio étant supposé désigner la liturgie, nous avons là l'indice que dans la liturgie de toutes les Églises, tant d'Orient
LK CANON K03IAIN. 20ô
que d'Occident, on rencontre l'hymne des séraphins employé à louer le Père : notre auteur ne dit mot de la louange du Fils que constitue le Benedictus qui venit. Ce témoignage n'est pas isolé : au iv« siècle, la liturgie de l'évêque Sérapion en Egypte ne connaît au Trisagion que le texte d'Isaïe, pareillement saint Cyrille à Jérusalem, saint Jean Chrysostome à Antioche. Mais les liturgies byzantines (saint Jacques, saint Jean Chrysostome, saint Basile , qui représentent on usage plus récent, ont notre texte complet, et il est supposé par la prière Post sanctus de> messes gallicanes et wisigothiques.
Si bien amené que soit le chant du Sanctus par la conclusion de la « préface » dans toutes les liturgies, on devra reconnaître qu'il rompt l'unité de la prière solennelle du célébrant. Saint Augustin, qui marque si fermement celte unité, ne connaît pas le Sanctus*. Et il en est de même de la description de la « messe » chez saint Justin : l'évêque y « exprime louange et gloire au Père de l'univers par le nom du Fils et de l'Esprit saint, et il fait une eucharistie abondamment pour ce que Dieu nous a daigné donner : quand celui qui préside a fini les prières et l'action de grâces, tout le peuple présent acclame : Amen » 'Apol. lxv, 3 . Chez saint Justin l'eucharistie, lu grande prière de l'évêque, n'est pas coupée l»ar un chant du peuple, et seulement conclue par son Amen.
1. SiiAWLEY, p \'>Q. Toutefoi?, à la fin du v siècle, le Sanctui es nicnllonné dans la IKurgic d'Afri<|ue, Victor. Vit. Il, 100 (p. "0,.
206 LEÇONS SUlt LA MESSE.
Au second siècle donc, la grande prière du célébrant était prononcée à haute voix et entendue de tout le peuple. Saint Denys, évêque d'Alexandrie au temps où Cyprien Tétait de Carthage. parle, dans une lettre adressée à l'évêque de Rome, le pape Xystus, d'un chrétien d'Alexandrie qui, croyant avoir été baptisé validement, avait longtemps pris part aux saints mystères avec les fidèles : « 11 avait entendu l'eucharistie, il avait acclamé Amen, il avait tendu les mains à la table (l'autel) pour recevoir le saint aliment, il l'avait reçu et avait participé au corps et au sang de notre Seigneur Jésus Christ »(Euseb. H. E. VII, 9, 4). Tous les mots de ce texte seraient à commenter, nous ne retiendrons que les premiers : pendant des années ce chrétien a « entendu l'eucharistie » (eù;(apt<îTi'a; ÈTraxouaavTK) et acclamé avec tout le peuple VAmen qui la termine, l'eucharistie étant ici la grande prière de l'évêque à la « messe ». Ce ne sera pas trop solliciter ce texte, que de penser que l'évêque Denys n'aurait pas écrit « entendre l'eucharistie », si cette eucharistie n'avait pas été prononcée à haute voix.
On se conformait ce faisant à la règle imposée par saint Paul aux prophètes : « Si tu rends grâces avec l'Esprit, comment celui qui est dans les rangs du peuple répondra-t-il Amen, s'il ne sait pas ce que tu dis? » (/ Cor. xiv, 16).
Que les prières consécratoires n'eussent au iv"' siè-
cle encore rien de caché, on peut le conclure 'de la citation qu'en fait l'auteur du De sacramentis, ouvrage faussement attribué à saint Ambroise et que l'on croit être d'un évêque de l'Italie septentrionale vers l'an 400. Nous aurons à revenir à cette précieuse citation du canon romain de la messe, nous voulons ici en retenir seulement que l'auteur cite un long fragment du texte du canon et dans ce texte les paroles mêmes de la consécration : il n'a aucune hésitation. « Veux-tu savoir, dit-il à son lecteur, que c'est avec des paroles célestes que l'on consacre? Ecoute quelles sont ces paroles. Le sacerdos dit en flrffetceci'... » La citation est introduite de cette façon ( Vis scire... :' Accipe quae sunt verha)^ le texte cité n'a rien d'un secret.
A Jérusalem, au v' siècle, exactement en 439, aucune partie de la messe n est secrète, on peut le conclure d'un détail du récit des derniers jours de sainte Mélanie -, La sainte, qui va mourir, a demandé que la messe soit célébrée dans l'oratoire ouma/tyrium bâti par elle au Mont des Oliviers, messe cfu'elle pourra entendre de la cellala où elle est alitée. Comme j'offrais la victime au Seigneur, raconte le biographe, et comme dans ma tristesse je disais la prière [precem] en silence, Mélanie, qui de sa cellule n'entendait pas, me crie aussitôt : « Dis la prière
1. Pseudo-Ambros. De sacrum. IV, 21. Vove/ L'eucharistie, p. 333-
2. Vita s. Melaniae, 6H (éil. IIami-olia, p. 38) : " Valde cliluculo iubel me ingredi in Martyrium, uhi iu\la iu cellula ipsa iacebal, ut oblalio cclebrarelur. Cumque ingressus ofTerrem liostiam Domino, el prae nimia tristitia silcntio precem londerem, et ipsa in cellula non audirel, statim clamât ad me : Clarius iube fuudere prercm. ul ego audicns virtute[m) orationis confirmalinneru accipiani. - Cf. Vi.ncf.nt cl AnEi,, p. 387.
precem) plus haut, afin que j'entende et que je sois fortifiée par la vertu de la prière. » Ainsi fis-je, ajoute le prêtre Gerontius, N'oublions pas que sainte Mélanie est une romaine de Rome.
Le sentiment est très différent qui se manifeste dans la lettre (19 mars 41G) du pape Innocent I^' à Decentius, cvêque de Gubbio'. Tu es souvent venu à Rome, écrit le pape à l'évèque ombrien, tu as pris part à nos cérémonies, tu sais quel usage TEglise romaine observe dans la célébration des mystères et des autres riies, [queni morem vel in consecrandh mysteriis vel in ceteris agendis arcanis teneat). Ces précautions de langage auxquelles recourt le pape Innocent pour parler de choses que le pseudo-Ambroise exprimait si en clair, sont une attitude nouvelle. Mysteria, sacra mystcria, désignent laction au cours de laquelle les oblations qui sont sur l'autel sont consacrées. Les arcana agenda sont les saints mystères eux-mêmes et les rites qui les accompagnent, comme le baiser de paix. L'évèque de Gubbio a demandé à Rome si Ion doit donner la paix avant ou après les mysteria. Le pape lui répond qu'on doit la donner après, c'est à savoir quand sont achevées les choses que nous n'avons pas le droit de révéler [post omnia quae aperirenon debeo). La paix que le peuple échangera (avec le clergé) sera la preuve que le peuple a foi à tout ce qui vient de s'accomplir, « per quam constet populiun ad omnia quae in mysteriis aguntur atqiie in ecclesia celebraritur pra ebuisse consens um, acfinita essedemonstrentur » . Les saints mystères sont finis au moment où I^