‹ Leçons sur la messeChapitre 45 sur 80 · Qitaesl. V. et N. Test · texte numérisé non relu

Qitaesl. V. et N. Test

LE CANON ItOMAIN. Jil?

sacrifice est la figure la plus approchée du sacrifice de la Loi nouvelle. Saint Léon a dit ailleurs dans un de ses sermons : « Melchisédech pontife revêt le personnage du Christ, en ce qu'il n'offre pas à Dieu des hosties judaïques, mais les symboles que notre Rédempteur a consacrés dans son corps et son sang* ».

Nous pouvons donc dire que notre canon romain de la messe était en usage à Rome au temps du pape saint Léon et déjà au temps du pape saint Damase. Quant aux morceaux qui le composaient dès lors, les seuls qui soient signalés dans les textes que nous avons produits sont ceux-ci :

Quam oblationem.

Qui pridie.

Unde et memores.

Supra quae.

Supplices.

Toutefois, on voudra bien observer que la prière Quam oblationem ne se suffit pas à elle-même, car elle est la conclusion d'un développement qui devait précéder, et qui ne pouvait pas ne pas exprimer à Dieu l'offrande des cléments matériels du sacrifice et l'hommage des fidèles dont ils étaient les dons. De ces éléments ainsi présentés à Dieu par le célébrant, l'on demandait à Dieu qu'il daignât les agréer en offrande <; bénie, acceptée, ratifiée, raisonnable, recevable », pour qu'elles devinssent le corps et le

1. LEO. Sermo v, 3 : ■■ Kormam Mdcliisedecli ponlifcx praeterebal, uon iudaicas hostias oITcreiis Dc". sc<l illius sucramenii imniolans sucrilii-iuiii quod lledcmptur noster in suo corpore et sanguine ( onsecravil. •

LEÇONS SLR I^ MF>SF.. 13

sang du Sauveur. Le Qiicun oblationem est une transition de l'offrande matérielle à la consécration sacramentelle. Nous allons voir confirmer notne induction par un document romain du début du v'^ siècle.

La lettre du pape Innocent à Decentius (19 mars 416) répond, entre autres questions, à un doute que l'évêque de Gubbio a soumis au Siège apostolique « de }iojninibus recitandis »^ . Doit-on prononcer les noms des fidèles qui ont offert les offrandes avant que le célébrantfasse les prières, <i anteqiiam preces^ sacerdos facial atqiie eoviunohlatîo?ies quorum nomma recitanda sunt sua oratione commendet » ? La question posée par Decentius se rapporte à l'usage qui se pratiquait alors encore dans nombre d'Eglises de publier à la messe les noms des fidèles qui contribuaient à l'offrande : cette proclamation était faite par le diacre. Saint Jérôme, dans son commentaire de Jérémie, qui est le dernier en date de ses commentaires, si bien que l'auteur est mort (420) sans le terminer, saint Jérôme critique vivement cet usage de son temps : « Maintenant, dit-il, on publie les noms des fidèles qui donnent et on leur fait compliment de racheter leurs péchés, publiée recitantur offej-entium nomina^ ». Saint Jérôme est à Beth-

\. jAFfE, 311.

2. Nous donnons le lexle de Haisdvin. t. I, p. 997. qui lit preces, non precem.

3. HiF.iiONYM. Comm. in lerem, u, il (P. L. t. XXIV, p. 735) : « At

léem depuis quelque trente ans, quand il écrit ces lignes.

Innocent nous révèle que, à Rome, le célébrant " ohlationes sua oratione commendat » .h'exipression oblationes commendare, nous le verrons dans un instant, ne veut pas dire consacrer le pain et le vin, prononcer sur le pain et le vin les « paroles célestes » qui en font le corps et le sang du Christ. Il faut y voir l'offrande que le sacerdos fait à Dieu des offrandes des fidèles [Heb. v, 1). « Bien qiie rien ne soit inconnu à Dieu, ta prudence reconnaîtra, écrit le pape, qu'il ne convient pas de dire le nom (du fidèle qui a donné) avant d'offrir à Dieu ce que ce lidèle a donné ». Le pape édicté donc la règle que voici :

Prias ergo oblationes sunt commendandae, ac tune eorum nomina quorum sunt oblationes edicenda, ut inter sacra mysteria nominentur, non inler alla quae ante praemittimus, ut ipsis mysteriis viam futnris precibus aperiamus.

Ces derniers mots {ut ipsis mysteriis, etc.) ne sont pas clairs'. Le reste s'entend. Il faut d'abord pré-

nunc publiée recitantur oiferentium nomma, et redemptio peccatorum niutatur in laudem •. Jérôme avait déjà écrit dans son comnienlaire d'Ezécliiel, en 411 : ■ Publiceque diacunus in ecclesiis recitel offerenlium nomina : Tantum ofTert illa. tantuni ille pollicilus est, placenttjue sibi ad plausum populi, torquente eos conscientia ». Comm. in Ezech. vi, 1R (t. X\V, p. ^l:i].

1. I/ol>scarité lif-nt aniquenient au mot myntirriis. Car du moment (|ue cotte présentation des oblations i>rend place inler mysteria, comment serait-elle qualifiée de myHleria ? Pour résoudre cette difficulté, on pourrait recourir à une correction du texte, bien que ce suit un expé«lient auquel il ne laut recoorir qu'avec une extrême prudence. La correction consisterait à lire obtnlionibus au lieu de mysteriis. On aurait donc : » ... ut ipsis oblationibus \iam futuris precibus aperiamus », en entendant precibus du Qui pi-idit et des prières qui le suivent dans le canon même.

senter à Dieu les offrandes faites \ et seulement ensuite prononcer les noms de ceux qui les ont faites : c'est donc au cours des saints mystères qi^e les noms sont prononcés, et non au cours de ce qui se place avant les saints mystères (avant la préface). Telle étant la règle à Rome, en 416, on peut, conjecturerons-nous, identifier la prière par laquelle les offrandes sont présentées à Dieu par le célébrant [oblatioiies sunt coinmendandae) avec une prière dont notre Quam ohlationem romain serait la conclusion. La prière que présuppose notre Quam ohlationem n'est pas la prière Communicantes : si parfaitement étrangère à l'idée d'offrande quelconque à présenter à Dieu. Au contraire, les deux prières qui précèdent le Communicantes constituent en perfection l'antécédent que postule le Quam ohlationem. On peut donc dire que le canon que décrit en 416 le pape Innocent place, avant le Qui p?idie, une oblationum commendatio que nous pouvons conjecturer qu'elle serait convenablement constituée par nos trois prières :

Te igitur.

Mémento.

Quant ohlationem.

Une formule retrouvée dans la liturgie wisigo-

1. On trouve maintes fois dans les secrètes du Sacramentaire Grégorien comtnendare avec le sens de faire agréer .i Dieu. Exemple, la secrète pour la messe de saint Sixte (Xystus) : ■< Suscipc, Domine, munera propitius oblata, (juae maiestati tuae beatus Sixlus sacerdos commendat et martyr » (éd. Wilson, p. 188). Secrète du dimanclie des Rameaux ; « Ipsa maieslati tuae, Domine, fidèles populos commendet ohlatio... » (p. GO). Secrète pour la messe de saint Fabien : « Intercessio, quaesumus, Domine, pontificis et martyris lui Fabiani munera nostra commendel... ■ (p. iù't). Commendare n'est donc pas synonyme de consecrare.

LE (JAXUN HUMAIN. "^--ii

Ihique apporte à cette reconstitution conjecturale une confirmation * . Cette formule débute par une invocation au Père tout-puissant et au Fils qui lui est « égal depuis toujours dans la substance divine » (expression qui se sent des controverses contre les Ariens) : par le Fils on demande au Père de daigner agréer et bénir « ces dons ». Voilà bien V oblatlonum commendatio. Aussitôt après, la formule wisigothique exprime à quelles intentions ces dons sont offerts, et d'abord à l'intention de l'Eglise catholique répandue dans tout l'univers, puis à lintention des fidèles qui rendent au Seigneur leurs vœux pour la rémission de leurs péchés. Rappelez-vous ce que dit saint Jérôme des fidèles qui font leurs offrandes à la messe pour le rachat de leurs fautes-. La formule wisigothique s'achève en demandant à Dieu de ratifier cette offrande qu'on lui présente, et qui va devenir le sacrement du corps et du sang de Jésus Christ. On devine que le Qui pridie viendra à la suite. Précieuse formule, parce qu'elle désigne le sacrement eucharistique parles mots imago et siinilitudo, synonymes du mot figura qu'employait le De sacramentis pseudo-ambrosien, mots archaïques qui n'ont plus eu cours passé le v*" siècle'. Et par là

1. L'eucharistie, p. 3^7 358. d'après Dom Fkiîotin, Le Liber ordinum en usage dans VEgliae wisigothique et mozarabe d'Espagne du r« au XI' siècle IM-i), p. 3-21 -3->2. Cf. Dom Cagin, Eucharistia, p. 6-2(>3. C'.tte formule est dans celte messe mozarahe remployée comme Post pridie, ce (jui prouve <|uo les gens qui l'ont remployée n'en avaient pas reconnu la signification.

2. Ou simplement par dévotion. Vita S. Melaniae,6i (éd. Rampolla, p. 37) : . Altéra die cum esset in collecta hcati Stcpliani.... diluculo vadens in eodeni marlyrio, praecepit ohlatioiicin de monaslerio suo ferri. Non enim habebal consuetudinem cominunicare, i;isi et ipsa ohlationcm obtulisset. •

3. On les retrouve dans la Pa$sio S. Apollonii, 8, qui est antcrJCurf à Eusèli6 et vraiscmblalilement romaine, neltigtaae, n. 1090.

LECO-XS SUR LA MESSE.

Te igitur :

notre formule wisigothique peut remonter au même temps que le De sacramentis.

Or, que trouvons-nous dans cette formule wisigothique? Une rédaction tout ensemble conforme et indépendante de nos trois prières romaines précitées, le Teigàiw, le Mémento, le Quam oblaûonein. Voici la formule.

/ Credimus, Domine sancte Pater aeterne omnipotens Deus, lesum Christum Filium tuum Dominum nostrum pro nostra salute incarnatum fuisse et in subistantiadeitatis tibi sera per esse aequalem. Per quem te petimus et rogamns, omnipotens Pater, ut accepta habeas et benedicere digneris haec munera et haec sacrificia inlibala, quae tibi in primis ofTerimus pro tua sancta Ecclesia calholica, quam pacificare digneris per universHm orbeni terrarum in tua pace diffusani.

Memorare eliam, quaesumus Domine, servorum tuorum, qui tibi in bonore

Mémento Domine :[ sanctorum tuorum, tllorum, reddunt vota sua Deo vivo ac vero pro remissione suorum omnium delictorum.

Quorum oblationem benedictam ratam rationabilemque facere digneris, quae

Quam oblationem :< est imago et similitudo corporis et sanguiuis lesu Christi Filii tui ac redemptoris nostri.

L'attention doit être appelée sur le mot illorum. 11 suggère que des noms de saints sont prononcés là. Ce peuvent être les saints dont on célèbre l'anniversaire, ce peuvent être d'autres saints aussi. La présence de ces noms de saints dans cette formule wisigothique est à rapprocher de plusieurs textes de saint Augustin qui font allusion à la récitation denoms

de martyrs à laotel : « Ideoque habet ecclesiastica disciplina quod fidèles noverunt, ciim martyres eo locorecitanturad altare Dei ubinon proipsi'ioratur, pro ceterisautem commemoratis defunctis oratur » ^ . Les martyrs sont nommés au cours des saints mystères auxquels seuls les iidèles, les baptisés, assistent, ils sont nommés ad altare Dei. Augustin dit ailleurs : <» In recitatione ad altare Christi loco meliore recitantur », il mentionne le nom de saints d'Hippone, comme saint Théogène, et de saints aussi comme saint Pierre et saint Paul, et il ajoute : M'avez-vous jamais entendu prononcer : « Offero tibi, sancte Theogenis ? aut, offero tibi, Petre? aiit offero tibi^ Paille- P » Le mot offero indique qu'il s'agit de la prière de l'oblation, prononcée par l'évêque ou par le prêtre qui célèbre. Les noms de martyrs sont introduits là, loco meliore^ à une place d'honneur. Saint Augustin nous apprend ailleurs que les martyrs ne sont pas seuls nommés ad altare : on nomme aussi les évéques d'antan, dont on vénère la mémoire, Cécilien évêque de Carthage, par exemple [Sermo ccclix, Gj. Ces noms, ces listes de noms au iv^ siècle, au v^, au vi*, constituaient les diptyques, dont il est si souvent parlé dans les conciles à propos des relations d'Eglises à Églises •*.

♦. Alg. Scrtno li.ix, 1. Mi'tne affirraali'm Sermo ccl\xxiv, i» : « Sciti quo loco martjTCS reciteiitur. Non pro illis orat Ecclesia. Nam merito pro aliis delunctis dormientibus orat Ecclesia >. Cf. icxcva. 3. Civ. Dei, xxii, 10 : «... ail sacriflciiim... suo loco et ordine nominantur (martyres}, non tainen a saierdotc ((ui sacrilicat invocantnr. »

i. Sermo cctxxni, 7 : • Quando audistis dici a|)ud meinoriam sancti Theogenis a me vel al) ali<|uo traire et c<dlega meo vcl aliquo presbytero : Offero tibi, sancte Tlieogonis? aut... l'aule? Nunquam audistis, non fit, non licct. "

3. Lire la note de M. Bishop, - The Diplyclis », C.onnou,y, p. 97-114.

Des observations qui précèdent on sera amené à conclure que le canon romain du temps du pape Innocent était notre canon traditionnel déjà, — mais à l'exclusion du Communicantes, à l'exclusion pareillement du Nobis quoque peccatoribus et du Mémento des défunts, — nous réservons le Per quem haec omnia. Cela revient à dire que le canon romain est une composition primitivement ordonnée et homogène, dans laquelle on a introduit des pièces adventices.

Ces pièces rapportées ont un trait commun, que nous pouvons signaler tout de suite : elles se terminent par la clausule Per, et le texte reçu ajoute même Ameti qui manque au Sacramentaire Gélasien et au Grégorien). Or le canon ne comportait primitivement qu'une conclusion, celle à laquelle l'assistance répondait par l'A/^e/i final.

"Lq Mémento etiam Domine {Mémento des défunts) ne se lit pas dans le canon du Sacramentaire Grégorien, où le Nobis quoque peccatoribus fait suite au Supplices te rogamus. Il ne se lit pas davantage dans le Sacramentaire Gélasien, qui a la même disposition. On signale, dans une série de manuscrits s'espaçant entre le vin® et le xi*' siècle (Ebxer, p. 421), la même carence, qui n'est assurément pas un accident fortuit '. On induira de là que la messe papale, au

\. Delisix, p. 173-174. BiMiui', Litunjtca, p. 96.

LE CANON ROMAIN. iiô

VII* siècle, au viii^ siècle, ne comportait pas de Mémento des défunts. An ix^ siècle, Amalaire n'en parle pas.

Mais si, à Rome, le Mémento des défunts, de défunts désignés par leurs noms, n'avait pas sa place dans une messe stationale, pourquoi ne l'aurait-il pas eue dans une messe privée? Le Missel de Bobbio (vii'^ siècle^ s'ouvre par une messe pour tous les temps, de type gallican, mais dont le canon est le canon romain, et dans ce canon figure (à sa place) notre Mémento des défunts : cette messe est une messe quotidienne [Missa romensis cotidiana\ comme l'intitule le Missel de Bobbio . donc une messe privée.

M. Edmund Bishop a rappelé à ce propos que, dans deux traités anonymes sur la messe (publiés parDom Gerbert, d'après un manuscrit du x'' siècle . on lit, dans le premier, que du lundi au samedi peuvent être célébrées des messes pour les morts, et le nom des morts commémoré à ces messes, mais jamais le dimanche, où l'on ne doit commémorer à la messe que les vivants: dans le second, que, en semaine seulement, on introduit après le Supplices te rogamus la prière sur les diptyques super dipticios). notre Mémento des morts"-.

Le Sacramentaire Grégorien mentionne une fois une rubrique pareille, et c'est dans une messe de

i. p. L. t. LXXII, p. i&lViîi. — Dom Cagin signale une réminiscence de notre Mémento des défunts dans un Post nomina du Sacramentaire d'Auxerre va' siècle;. P. L. t. LXXII, p. 34i : ■• Placare, Domine, liuniilitatis nostrae precilius et liosliis... et e<rum Somina qui nos praecesserunt cum signo lidei et dorniiunt in somno pacia, ipsis et omnibus in Cliristo iiuioscentihus locum relrigerii lucis el pacis ut imiulgeas dcpncaniur. Per •.

i. Bishop, p. 'jn et îc».

2i>6 LEÇONS SUR LA MESSE.

mort, Super episcopum defunctum (Wilson, p. 142). On y voit introduit le Mémento des défunts ainsi ;

Super dipticia.

Mémento etiam, Domine, famulorum luorum illorum qui nos precesserunt et dormiunt in somno pacis.

Post leclionem.

Istis et omnibus, Domine, in Christo quiescentibus locum refrigerii lucis et paois indulgentiam deprecamur. Per.

Post lectionem, après la lecture des diptyques.

Au contraire, le Nobis quoque peccatoribus est présent à la place que nous lui connaissons dans tous les textes du canon romain : il n'a donc pas le caractère d'une pièce facultative. Signalé par Y Or do romanus /et tous les Ordines, il fait bien corps avec la messe papale du viii^ siècle. On n'hésitera pourtant pas à considérer le Nobis quoque peccatoribus comme une pièce rapportée. Dom Cagin (p. 81- 83i fait valoir qu'il n a aucun lien avec le Per quem haec omnia qui le suit. On peut dire aussi bien qu'il n'en a aucun avec le Supplices te rogainus qui le précède éliminé le Memeiito des défunts). Les deux prières Communicantes et Hanc igitur sont dénoncées pareillement par Dom Cagin comme intruses dans le canon, sous prétexte qu'elles en brisent violemment la ligne logique et ne se raccordent ni à ce qui les précède, ni à ce qui les suit.

Voici une raison plus décisive.

Dans le Communicantes sont mentionnés les

LE CANON RO>lAL\. tll

saints à la protection desquels le célébrant et ses fidèles se recommandent- En tète, la Vierge Marie, mère de Dieu, c est-à-dire revêtue du vocable consacré par le concile d'Ephèse (431) et popularisé à Rome par la dédicace de la Basilique Libérienne sous Xystus III 432-440 . A la suite, les douze apôtres (saints Pierre et Paul entête) ^ et douze martyrs. L'absence de saints qui ne seraient pas des martyrs est pour ce catalogue une bonne note d'antiquité. Saint Cyprien,évêque de Carthage dont le nom figure après les noms de cinq papes martyrs et avant saint Laurent, avait son natale fêté à Rome au IV* siècle déjà, et uni à celui du pape Cornélius, au cimetière de Calliste. nous T avons dit ailleurs.

Les noms des deux martyrs romains Jean et Paul on», été donnés au vieux titulus Pammachii du Caelius : le nouveau vocable est signalé pour la première fois au. temps de Symmaque (498-514 , qui est dit avoir restauré l'abside « adheatum lohannem et Paulum » Lib.pontif. t. I,p. 262;. Saints CômeetDamien sont étrangers à Rome, qui les doit à la légende et à la dévotion byzantines : leurs noms seront donnés à une basilique de Rome par le pape Félix IV (526-530^, déjà cependant le pape Symmaque avait dédié aux deux saints un oratoire attenant à Sainte-Marie- Majeure, « ad sanctam Mariam oratorium sanctO' ru/n Cosmae et Damiani a fundamento construxit » [loc. cit.], qui est le plus ancien monument de leur

I. Le Lib. fjontif. (l. I, p. Stij; rapporte liu pape Synimaqae qu'il fait exécuter pour la basilique de Sainll'aul une « image • en argent représentant « le Sauveur et les douze apôtres •. Voyez dansGRisAii, t. I, p. 94, un dessin de la mosaïque de flicinier dans l'église de Sainte-Agathe desGoths, représentant le Christ et les douze apôtres, aNec en tête saint Pierre et saint Paul.

2î:8 LEÇONS SUR LA MESSE.

culte à Rome. Saint Chrysogone, qui joue un rôle dans la légende de sainte Anastasie, n'est guère moins légendaire que les deux saints guérisseurs : la basilique romaine qui porte son nom est mentionnée pour la première fois* dans les signatures du concile romain de 499 et dans des inscriptions datées de 521 et de 522. De ces synchronismes, que personne n'a relevés jusqu'ici, on conclura que le Communicantes reçu ne peut être antérieur au vi*^ siècle et est selon toute apparence du pape Symmaque.

On peut faire des observations pareilles sur le Nobis quoque peccatoiibus. Les saints qui y sont nommés semblent choisis pour compléter le catalogue des douze apôtres et des douze martyrs du Communicantes . Il se pourrait même que les mots « cum tuis sanctis apostolis et martyrihus » fût un rappel des apôtres et des martyrs du Communicant tes. Le catalogue du Nobis quoque peccatoribus énumère en première ligne saint Jean Baptiste ; puis saint Etienne ; puis saint Mathias et saint Barnabe, apôtres surnuméraires que le Communicantes n'a pas comptés; puis saint Ignace évêque d"Antioche. A la suite, trois martyrs romains, les saints Alexandre (un des fils de sainte Félicité), Marcellin et Pierre (les deux martyrs du cimetière ad duas lauros). Enfin, après les martyrs, les martyres, formant un groupe de sept : saintes Félicité, Perpétue, Agathe, Lucie, Agnès, Cécile et Anastasie. On peut supposer que sainte Perpétue et sainte Lucie (comme saint Ignace) doivent leur introduction dans le canon romain à leur renommée littéraire, car aucun

Page 1