I.E CAJsOX RO^LllN
On identifiera avec les capitula diebiis apta les pièces du canon qui varient à certains jours. Deux pièces répondent à cette définition aujourd'hui encore, le Communicantes et \e»Hanc igilur. On peut donc croire le Hanc igitur antérieur au pape Vigile et cela nous rapproche encore du temps de Symmaque.
Si nous supprimons du Hanc igitur les mots qu'y a introduits saint Grégoire, on obtient un texte qui se réduit à bien peu de chose et qui ne se suffit pas à lui-même :
Hanc igitur oblationem servitutis nostrae sed et cunctae familiae tuae quaesumus, Domine, iitplacatus accipias.
Ce texte-là ne se comprend que comme l'amorce de développements dont on ne doit pas l'isoler. Citons à l'appui une des nombreuses rédactions que le Sacramentaire Gélasien donne au Hanc igitur des messes pour les défunts, la messe pour un .fidèle mort peu après son baptême ( Wilson. p. 305) :
INI'RA ACTIONEM.
Hanc igitur oblationem quani libi offerimu?, Domine, prô anima lamuli tui illils benignus assume, eumque regenerationis fonte purgalum, et periculis vitae huius exutum, beatornm numéro digneris inserere spirîtuum. Quam oblationem.
Cette formule est remarquable, du fait qu'elle ne contient pas l'addition gre'gorienne Diesque nostros (cette carence est fréquente dans les Hanc igitur du Gélasien) ; du fait aussi qu'elle ne se termine point par Per Chrislum D. N., mais se raccorde immédiatement avec le Quam oblationem. Voici la
formule pour l'anniversaire de la vêture d'une vierge Ip. 160) :
IiM-RA ACTIONEM.
Hanc îgitur oblationem famulae luae illius, quam tibi offerimus ob diem natalis eius quo eam sacro velamine protegere dignatus es, quaesuraus, Domine, placatus accipias. Pro qua maiestali tuae supplices fundimus preces, ut in numéro eam sanctarum virginum transire praecipias, ut tibi sponso veniente cum lampade suo {sic) inextinguibili possit occurrere, atque intra regni caelestis ciaustra gratias tibi referai ciioris sanctarum virginum sociata. Quam oblationem.
Disons que le Hanc igitur est inséré dans le canon pour exprimer l'intention particulière que l'on donne au saint sacrifice, soit qu'on l'offre pour un défunt ou plusieurs, soit qu'on l'offre pour un vivant ou une collectivité ^ Le Ha ncigitu?- ainsi entendu fait double emploi pour une large part avec le Mémento Domine dans lequel il aurait pu se fondre. Il a dû être une surcharge propre à certaines messes ^. Dans le Sacramentaire Gélasien on trouve près de cinquante ré- 'dactions différentes du Hanc igitur. A comparer le
1. Voyez à l'appui les divfrs Hanc igitur du Sacramentaire Léonien (Feltoe, p.-24, 119, 1-23, 130, 141, 145, 147, 148).
2. Le Sacramentaire Léonien (Feltoe, p. 36) a une formule qui confirme bien notre hypothèse. Elle porte en titre : Coniunctio oblationis virginum sacratarum. C'est une prière (jui a pour fin d'unir à l'oblation de tous l'ohlation spéciale des vierges. Et cette prière est ainsi conçue : « Hanc etiam oblationem, Domine, tibi virginum sacratarum quarum ante sanctuni altare tuuni obiata ('!} nomina recitantur, quaesumus placatus accipias, pro quibus maiestateni tuani supplices deprecamur ut propositum castitatis quod te auctore professae sunt te protectore custodiant. Per. •> Celte formule est en somme une variante du ifanc igitur oblationem, peut-être un Hanc ig. obi. de rechange. Et elle a l'avantage de nous apprendre que les noms des vierges qui ont lait l'offrande sont lus devant l'autel.
i.E CANON HUMAIN. 23:J
Gélasien et le Grégorien, on a l'impression que la liturgie romaine a tendu persévéramment à diminuer le nombre de ces variations, pour couper court à l'improvisation qui sur ce point, au viii'-ix' siècle encore (hors de Kome, il est vrai , aimait à se donner du jeu ' .
Les conclusions que nous venons de présenter sur la formation du canon romain sont indépendantes de toute théorie sur l'identité ou la non-identité originelle de la liturgie romaine et des liturgies wisigothique, gallicane, ambrosienne : la théorie de Dom Cagin, au contraire, présuppose cette identité originelle, et ne ramène le canon romain à l'homogénéité que pour le faire rentrer dans l'unité des autres liturgies d'Occident, et le proposer ainsi simplifié comme l'archétype dont procèdent ces diverses liturgies. Nous n'avons pas présentement à nous prononcer sur cette généalogie des liturgies occidentales : nous voulons considérer le canon romain en lui-même, nétudier que lui.
La critique de Dom Cagin, pour autant qu'elle relève de la seule critique interne, nous semble avoir bien mis en lumière le caractère d'accession du Communicantes, du Nobis quoque peccatoribus, du Mémento des morts, sur ce point ses conclusions sont les nôtres. Par contre, nous ne croyons pas qu'il puisse établir que le Mémento des vivants et les trois autres pièces précitées aient à Rome eu