Voyez les evcmplfs in-idnils par KuNtu, p. '»H
231 LEÇONS SUll LA MESSE.
leur place dans la zone de l'offertoire, antérieurement au pape Innocent, et correspondu ainsi au Post nomina gallican; ni que le Hanc igitur et le Quam oblationem aient, toujours antérieurement au pape Innocent, été employés à Rome en guise de Post sanctus, le Te igitur en guise de Postpridie. Nous sommes peu sensibles aux prouesses de la « méthode comparative » et lui préférons l'observation directe de quelques textes nets ou de quelques faits constants. Loin que le Communicantes et le Nobis quoque peccatoribus aient pu, antérieurement à Innocent, figurer dans la zone de l'offertoire romain, nous avons établi qu'ils n'ont pas été constitués avant le pape Symmaque et qu'ils sont sans doute l'œuvre de ce pape, un siècle après Innocent. La théorie de Dom Cagin soulève d'ailleurs une question préalable.
Un pape pouvait prendre sur lui d'insérer dans le texte de la pj-ex canonica des paragraphes additionnels, comme l'aura fait Symmaque, des membres de phrase explétifs, comme l'ont fait saint Léon, saint Grégoire. Mais bouleverser cette prex canonica, un texte que le pape Vigile au vi« siècle professe venir des apôtres, voilà qui n'est guère dans l'esprit romain du temps! Le pape Innocent écrivait, en 416, à l'évêque de Gubbio : « Si les sacerdotes Dei [les évêqucs) voulaient conserver intactes les institutions ecclésiastiques telles qu'elles (nous) ont été remises par les bienheureux apôtres, nulle contradiction, nulle variation ne se rencontrerait dans les ordres et les consécrations... Qui ne sait ou qui ne se convaincrait que ce qui a été remis par Pierre, le prince des apôtres, à l'Eglise romaine et
s'y conserve persévéramment, doit être observé par tous (les évêques), et qu'il n'y faut surajouter ou introduire rien qui soit sans autorité ou qui soit emprunté ailleurs (qu'à Rome)?... » Des déclarations aussi formelles n'encouragent pas à conjecturer que le pape Innocent a pu porter la main sur le canon traditionnel pour le disloquer'.
1. Est-il besoin d'ajouter (|uc nous altaclions peu d'intérêt au prétendu canon aposloiii|ue que Dom Cagin croit avoir retrouvé dans la version latine d'une anaphore grecque de provenance vague. Je m'en suis expliqué dans la Revue biblique, 191G. p. 23-3-2 : • Une prétendue anaphore apostolique. » Voyez Dom Wilmart, -< Un règlement ecclésiastique du début du troisième siècle ». Revue du clergé français, t. XCVI (13 oct. 1918), p. 103-1 OS.
Dans La vie et les arts liturgiques, mai 1919, p. 834-S3.'i, Dom Wilmartrésume le sentiment de M. Bisliop sur la formation du canon romain, sentiment bien conforme au nùtre. M. Bishop. écrit-il. • était fort opposé à la théorie en vogue, surtout en .Vllemngne. d'après laquelle notre Canon, c'est-à-dire le Canon des \T et vir'= siècles, serait le résultat d'une dislocation ancienne, un réarrangement, un rapiéçage maladroit et compliqué (cf. Liturgica Uistorica, p. 108, et Jountal of Tkeological Studies, t. XIV, 1913, p. 31, n. 1: voir a ce sujet l'article de Dom Connolly, Downside Review, octobre 1917. p. 31 ss.). J'ajoute, pour achever d'indiquer la pensée d'E. Bishop sur cette question, que la liturgie romaine était à ses yeux, en vertu de la direction générale du Canon, plus traditionnelle ou. si l'on aime mieux, plus Adèle à la tradition primitive qu'aucune autre liturgie existante. >
LE CANON ROMAIN {suile)
Incipit canon actionis. — Nous avons vu que c'est par ces mots que s'ouvre le canon de la messe dans le Sacramentaire Gélasien, et que ces mots y sont placés immédiatement avant le Sursum corda, le canon comprenant alors aussi bien le Vere dignum que le Te igitur et la suite, et finissant à Y Amen qui précède le Pater. Que cet Amen soit la conclusion du canon, nous en avons la preuve dans la messe de l'Ascension, où le Sacramentaire Grégorien insérant une bénédiction des fèves nouvelles juste avant le Per quem haec omnia, indique que cette bénédiction prend place un peu avant la fin du canon : « Inde {'ero modicum anle expleto canone benedicesfruges novas » (éd. Wilson, p. 107). Nous verrons d'autre part saint Grégoire le Grand décider que le Pater doit être récité immédiatement après le canon, « mox post preceni », le moi pr ex désignant la prière de l'oblation ou consécration, prex canonica comme l'appelle le pape Vigile cité plus haut.
LE CANON ROMAIN. f-il
Le mot ^VQC canon depuis beau temps appartenait à la langue ecclésiastique latine, où il signifiait toute règle édictée par l'autorité légitime, comme le mot latin forma auquel il a été préféré.
Te igitur, clementissime Pater, per lesum Christum Dominum nostrum. — Cette prière suppose une prière antécédente, bien évidemment, puisque igitur donne à toute la formule le sens d'une conséquence tirée de considérants. On nous objecte que cet igitur, à la place où nous le voyons, ne se rapporte à rien! En réalité, il se rapporte à tout le contenu de la préface, qui exprime notre hommage à Dieu le Père et le lui présente par Jésus Christ notre Seigneur : igitur est un rappel de ce qui vient d'être dit. Notez que Dieu est ici appelé Père, clementissime Pater : or la liturgie romaine ne donne à Dieu le vocable de Père (pas notre Père, ni Père de son Fils unique, mais Père absolument que dans la préface, jamais dans les oraisons. En prononçant clementissime Pater, le Te igitur a donc un trait exceptionnel en commun avec la préface, et c'est bien la préface qu'il entend rappeler.
Au Père très clément, k qui la préface vient de présenter une offrande de louange, on présente maintenantloffrande matérielle du pain et du vin qui sont sur l'autel : Supplices rogamus ac petimus uti accepta haheas et benedicas haec dona, haec munera, haec sancta sacrificia illibata. 11 n'est pas vrai de dire que ces mots supposent que le pain et le vin sont
consacrés, comme on Ta sugg-éré pour pouvoir en conclure qoiele Teigitur n'est plus à sa place en tête du canon ! Les secrètes ne se comptent pas dans le Sacramentaire Grégorien où les oblations sont qualifiées de mimera. L'emploi de dona est très rare dans les secrètes, au contraire, mais il n'est pas inouï '. Le mot sacrificia est dans les secrètes le synonyme de mimera. Vouloir que dona désigne les dons faits par Dieu à l'homme, et mimera les présents offerts par l'homme kDien, est une subtilité de liturgistes du Moyen Age qui n'étaient ni latinistes ni biblistes : la Vulgate emploie, en effet, dona pour désigner aussi bien un don de Dieu qu'une oblation de l'homme. IllibataTiQ veut pas dire offrande sans tache, mais offrande intacte, pain et vin auxquels on n'a pas touché. Le mot, qui n'est pas biblique, et qui ne se rencontre pas ailleurs (que je sache) dans la liturgie romaine, est d'excellente latinité; saint Cyprien l'emploie avec prédilection. Que Dieu agrée et bénisse ce pain et ce vin d'abord, pour que ce pain et ce vin deviennent ensuite le corps et le sang du Christ; il n'y a rien là qui implique que la consécration est déjà accomplie, pas plus que dans la secrète de la messe des Quatre Couronnés au Sacramentaire Grégorien ("Wilson, p. 107, :
Benedictio tua, Domine, larga descendat, quae et munera no:^tra deprecantibus sanctis tuis tibireddat accepta et nobi? sacramentum redemptionis efficiat. Per.
\. Voyez la secrète du lundi de la Pentecôte : « Piopitius, Domine quaesumus, haec dona sanctiflca... » (Wilson, p. 79;. Secrète du vendredi des Quatre-Temps de septembre : « Accepta tibi aint, D. q., nostri dona iciunii... • (p. 104). Secrète de l'Epiphanie : « Ecclesiac tuae, q. D., dona propitius intuere... » (p. 17).
LE C.\.\OX ROMAIN. 23y
En prononçant les paroles Supplices te rogamus, le célébrant s'incline profondément : le mot supplices a suggéré le geste, la mimique commente le texte, comme il arrive si souvent dans la liturgie. Cette rubrique, qui n'est pas mentionnée dans les Ordines purs romains, apparaît pour la première fois dans VOrdo romanus II (romano-carolingieni. En prononçant les paroles dona, munera, sacrificia^ le célébrant dessine de la main droite une croix sur le pain et le vin, il les bénit : le mot benedicas a suggéré le geste. Ces signes de croix sont indiqués par VOrdo romanus II, ainsi que les autres signes de croix à faire au cours du canon. On sait par une lettre du pape Zacharie à saint Boniface (4 nov. 751) que ces signes de croix se faisaient à Rome, au vin'- siècle, et que dès lors ils étaient marqués dans le texte du canon, pas universellement toutefois, ce qui fait supposer que la rubrique n'était pas ancienne ^
In primis quae tibi offerimus pro Ecclesia tua sanctacatholica... iolo orbe ter r arum. — La première pensée est pour l'Eglise universelle. Cela rappelle la réponse de l'évéque de Tarragone, Fructuosus,
1. JAFFE, 2291 : • Votis autena luis clementcr incJinali, in lotulo (le canoD était, donc écrit sur un rouleau de |)arclieiiiiDj dato Lui religioso presbjlero tuo, per loca sif^na sanctae crucis quanta fieri debeant inlJximu.s. •
Ces croix sont marquées dans le Sacramentaire Gélasien, pas dans tous les iiiss. VVilson, p. 238. Elles manquent au Mismle Francorum vu" siècle;. — Le pape Léon IV, dans sou instruction au cierge de Rome, prescrit de bénir le calice et Vohlala d'un geste droit, non d'un geste circulaire. Il veut que pour bénir on bénisse avec deux doigt» étendus l'indexct le médius), le pouce étant joint aux deux autres doigts (l'annulaire et le petit doigt) repliés : « Caliceni et oblatam recta cruce signale, id est non in circule et varialione digitoruin, ut piurimi faciunt. sed districtis duobus digilis et pollice intus rccluso ».
s'apprêtant à monter sur le bûcher, et à qui un chrétien demande de se souvenir de lui dans son martyre : « Il est nécessaire, répond l'évêque, que j'aie dans ma pensée l'Eglise catholique répandue de l'Orient à l'Occident ^ ». Cette belle parole, qui est de l'année 258, a comme un accent liturgique. Un siècle plus tard, en Afrique, dans son De schismate Donatistarum (en 370), saint Optât, évéque de Milève, représente aux Donatistes la contradiction où ils se mettent en offrant le sacrifice pour l'Eglise catholique avec laquelle ils ont rompu toute relation : « Offerre vos dicitis Deo pro una Ecclesia quae sit in toto terrarum orbe diffusa ». Vous dites que vous offrez pour l'Eglise catholique, et cela fait partie du texte même de la liturgie qui est la vôtre et la nôtre, une liturgie donc antérieure au schisme (lequel date de 312), et cela est sur vos lèvres un mensonge : « Mendacium vestrum... quo cotidie a vobis sacrificia condiuntur. » Car nous ne pouvons penser que cette parole d'un texte qui fait loi, vous l'escamotiez : « Nam qnis dubitet vos illud legitimum in sacramentorum mysterio praeterire non passe? » (Optât. 11, 12). L'expression toto orbe terrarum [diffusa] appliquée à l'Eglise et paraphrasant le vocable catholica appartient à la langue ecclésiastique contemporaine de la paix constantinienne et du temps où l'empire romain est désormais chrétien.
Una cum faniulo tuo papa nostro N. et antistite nostro N. — A Rome même, ces mots n'avaient
1. • in mente necesse est me hahere Ecclesiam caUiolicam ab Oriente usque ad Occidenlem dilTusam. » RelUquiae, n. 4048.
LE CANOX ROMAIN. 241
pas leur place dans la messe du pape. Le Sacramentaire Grégorien ne fait mention ni de l'évêque du lieu, ni des orthodoxes du monde, mais seulement du pape, et dit : « ... toto orbe terrarum, una cum beatissimo famulo tuo papa nostro illo. Mémento Domine... » (Wilson, p. 2). Le concile de Vaison de 529 prescrit de réciter le nom du pape, le pape qui siège sur le Siège apostolique : « Et hoc nobis iustum visum estât nomendominipapae quicumque sedi apostolicae praefuerit in nostris ecclesiis recitetur » (can. 4). Le pape Pelage (556-561) exprime aux évéques de Toscane l'étonnement qu'il a d'apprendre qu'à la messe ils ne prononcent pas son nom : « Quomodo vos ab universi o?'bis communione separatos esse non creditis, si niei inter sacra mysteria, secundum consuétudinem, nominis memoriam reticetis^. » La dévotion d'évêques comme saint Césaire d'Arles est désormais une coutume à laquelle on ne saurait manquer sans paraître se séparer de la catholicité.
La formule cum famulo tuo papa nostro N. aurait pu à la rigueur s'entendre un temps de l'évêque du lieu, parce que papa était anciennement un titre de vénération qui se donnait à tous les évêques ^ : il en est ainsi dans le latin de saint Jérôme, de saint Augustin, de Sidoine Apollinaire, de Fortunat, et même d'Ennodius de Pavie (-{- 521). A Rome, clercs et fidèles donnaient à leur évêque le titre de papa :
i. Jafke, 939 {\n lévrier 556).
2. Exemple : Grégoire de Tours {Hisl. Franc, ii, 18) raconte que saint Rémi fait réclamer à Clovis le vase i»r6cieu\ que les Francs ont enlevé à son église de Reims. Clovis invite l'envoyé de Reims à le suivre à Soissons où doit se faire le partage du butin. Quand le sort m'aura donné ce vase, je (erai ce que demande Rémi, « quae pajja poscil adimj/leam ».
dans les inscriptions damasiennes, Dionysius Philocalus se qualifie de « Damasi papae cultor atque amator » ; dans l'inscription de la façade de Saint- Pierre le consul Marinianus écrit « papae Leanis jnei » ; au concile d'Éphèse en 431, les légats du pape Célestin disent ô àyiiÔTOtToç xat ixaxapiwTKTOç TratTraç r)[x5v KeXeffTtvoç, Notre très saint et bienheureux pape Célestin '. La formule du canon peut donc être romaine, appartenir au canon de la messe quand elle n'est pas célébrée par le pape en personne, et remonter au moins au v^ siècle. On comprend toutefois que hors de Rome, des clercs lettrés du vil* siècle aient senti le besoin d'écrire : ... famulo tiio iLLO papa nostro sedis apostolicae episcopo (Ebner, p. 398]. Puis, il arriva qu'il n'y eut plus que l'évêque de Rome à porter le titre de pape, et le qualificatif d'évéque du Siège apostolique devint superflu.
Hors de Rome encore, à la mention du pape on associa la mention de l'évêque du lieu, et antistite nostvo X. ou ILLO. Telle est la règle hors du diocèse de Rome, dit Innocent III (III, 5). Cette mention de Tévéque diocésain, qui dut être suggérée par celle du pape, manque souvent dans des manuscrits anciens où le pape est nommé (Ebxer, loc. cit.). Au X® siècle l'usage s'introduit de nommer après l'évêque du lieu le prince joi ou empereur) ; il n'est même pas inouï que le prince soit nommé avant l'évêque; comme aussi il arrive que des scrupules ou de justes ressentiments suggèrent de le suppri-
1. Voyez l'Excursas < Papa >, dans E. vos Dobsguutz, Das Deci'etum Gelasianum (1912), p. 226-232.
LE CLXON UOMALN. :il3
mer Ebxer, p. 399 , et cela n'est pas rare à la fin du Moyen Age \ Innocent 111 III, 5) veut que le prince soit nommé. Au xiii" siècle, le Missale secundum consuetudinem Romanae curiae, plus tard le Missel Romain de saint Pie V, ont décidément exclu le prince du canon, la Hongrie et la Bohême étant restés jusqu'ici les seuls pays qui l'y maintenaient, en vertu d'une concession du pape| Clément XIll à l'impératrice Marie-Thérèse -.
Et omnibus orthodoxis atque cathoUcae et apostolicae fidei cultoribus. — Cette formule manque au Sacramentaire Gélasien et au plus grand nombre des manuscrits anciens, notamment à ceux qui mentionnent le pape seul; néanmoins on la rencontre déjà dans des manuscrits du vii^-vin" siècle (Ebnbr, p. 400). Evidemment on a hésité, hésitation qui au xi*^ siècle dure encore, témoin Bernold de Constance déclarant superflue cette mention de tous les fidèles de la foi catholique juste avant le Mémento des vivants iMicrol. 13). Il est vrai d'observer, pour la justification du texte reçu, que le Mémento des vivants est avant tout le Mémento des assistants. — Ortkodoxii^vis substantivement est de basse latinité; on dit
1. Ebner (p. 401-402) signale dans des mss. du x« et duxii" siècle après episcoijo la nienlion du prêtre qui célèbre la messe, et me indigno famulo tuo. Dans d'autres mss. de la même période ou plus récents, à l'issue du Mémento des vivants le célébrant ajoute : • Uilii quoque indii;nissimo faiuul<> tuo propilius esse digneris et ab omnibus uie peccatorum offensiouihus emundare. •
2. TuALuoFER-EisENuor F.ii, t. II, p. l&i. Clément XIII y met celte condition expresse que Icsdits rois, soit de Boiiémc, soit de Hongrie, auront été sacrés. On peut s'étonner que le canon romain n'oit pas préservé quel(|ue trace du dévouement de l'Église à l'Empire romain {romanum nomen, romani principes] , dévouement qui inspire de si belles prières au Sacramentaire Léonicu. Voyez par exemple Feltoe, p. n, .38, 40, u3, 7i, "3,77, 83, rfo, !*♦.
o innés patres orthodoxi (ainsi dans le décret dit du pape Gélase, au début du vi^ siècle), on ne dit pas orthodoxi tout court comme on dit haeretici. Peutêtre la leçon génuine serait-elle : Et omnibus orthodoxae atque catholicae et apostolicae fidei cultoribus. Et peut-être enfin que ces tenants de la foi orthodoxe, catholique et apostolique, sont moins les fidèles que leurs évêques. le collège des évêques de la Catholica, pure conjecture d'ailleurs.
Mémento, Domine, famulorum famularumque tuarum \N, et N.'] et omnium circumstantium quorum tibi fides cognita est et nota devotio. — Le Sacramentaire Gélasienne marque pas de noms à dire, pas davantage le Sacramentaire Grégorien. La liturgie romano-carolingienne, au contraire, accepte que des noms propres soient ici prononcés par le célébrant (Ebner, p. 402). 11 arrive que ces noms sont écrits en surcharge dans le texte du canon ou dans la marge. La formule faniulorum famularumque tuarum et omnium circumstantium (ou nircumadstantium) suggérait déjà que d'autres que les assistants, ou un groupe distinct d'assistants, pouvaient avoir leur place dans le canon. Très significative est la rubrique marquée par le Sacramentaire Gélasien (éd. Wilsox, p. 34) dans la messe du troisième dimanche de carême :
INFRA ACTiONEM, uM (UcU Mcmento, Domine, famulorum famularumque tuarum qui electos luos suscepturi sunt ad sanctam gratiam baptismatis tui : et omnium circumadslantium. Et taces. El recitantur nomina rirorum et malierum quiipsos infantes suscepturi sunt. Et intra s : Quorum tibi fides cognita.
Le célébrant fait une pause : Et taces. Les noms
sont lus parun autre que le célébrant, sans doute par un diacre : Et recitantur no/nina^ .Le troisième dimanche de carême, il s'agit des parrains et des marraines des candidats au baptême : cette rubrique, qui est unique dans le Sacramentaire Gélasien et qui manque au Grégorien, est un vestige de la lecture des diptyques.
Pro qiiibus tibi offevimus vel, ces mots, qui manquent au Sacramentaire Gélasien, au Grégorien, aux sacramentaircs antérieurs à la fin du ix® siècle, sont considérés comme une innovation du ix^-x' siècle 'Ebner, p. 404;, contre laquelle au xi" siècle encore proteste Bernold de Constance (il//c/-o/. 13). Ils sont peut-être signe d'un temps où les messes de fondation se multiplient. Vel entend assimiler les auteurs de ces fondations aux afférentes traditionnels.
Qui tibi offerunthoc sacrificium laudis, les assistants qui ont offert le pain et le vin de loblation, les afférentes, et nous retrouvons là le vieil usage : le célébrant offre leurs offrandes, on peut dire qu'ils offrent par ses mains'-. L'exégète romain contemporain du pape Damase que nous avons eu l'oc-
1. Le missol de Slowe. itiimt-diatemeiit avant le Mémento, met cette rubri(|iic : « Hic recitantur nomina vivurum • (Wauner, p. li). Et dans le Mémento des morts le même missel introiluit une longue liste de saints et d'inconnus p. ll-KJ). VOrdo de Katoldus (f 986) ahbé de Corhie, suppose que les noms sont lus par les sous-diacres, lesquels à la messe solennelle se tiennent entre l'autel et l'assistance : • Subdiaconi a rétro altari, ubi meinoriara vel nomina vivorum et mortuorum nominaverunt vel recitavcrunt... » cl'. Dr.nsr.E, p. 63 «i.
i. Je donne à l'offrande des fidèles s6n sens réaliste. Mais celte interprétation ne doit pas exclure le sens mystique <|ui associe les lidéics à l'acMon du célébrant : « yuia non solum otterunt sacerdotes, sed et univers! fidèles. Nani quod specialitor adimpletur ministeriosarerdotuiii.hoc universaliter a^itur voio lidelium • ;innoicnl III [111, fj.j:
casion de citer, écrit que Saul offrit sans être prêtre par les mains du prêtre : « Ipse enim se?nper dicitur offerre cuius oblationes siuit quas super altare imponit sacerdos, et Saul optulit hoc utique génère id est per sacerdotem,sicut etnunc offertur » [Quaest. V. et N. Test. 46). L'offrande des ojferentes estbn sacrifice de louange, ainsi l'entendent quelques secrètes, comme celle que le Sacramentaire Géîasien (WiLsoN, p. 203) donne à la messe de la vigile de sainte Cécile :
Suscipe, Domine, sacrificium placationis et laudis, qiiod nos... et perducat ad veniam et in perpétua gratiarum constituât actione. Per.
Les afférentes offrent pour eux-mêmes et pour les leurs, pro se suisque omnibus. On rappelle à ce propos que le pape saint Grégoire parle d'un homme devenu captif, pour le soulagement de qui sa femme avait coutume à certains jours d'offrir le sacrifice, sacrificium au sens d'offrande, « pro quo sua coniu.v diebus certis sacrificium offerre consueverat » [Dialog. IV, 57). On contribue à l'offrande aussi bien pour le rachat de ses péchés, j^ro redemptione animaruni suarum, dans le sentiment de la secrète du mercredi de Pâques au Sacramentaire Géîasien (Wilson, p. 93) :
Suscipe, quaesumus, Domine, hostias redemptionis humanae, et salutem nobis mentis et corporis operare placatus. Per.
Les mots pro spesalutis et incohuuitatissuae peuvent s'entendre de l'âme, ils s'appliquent cependant ici plus proprement au corps. Etre sain et sauf est
LE CLNOX ROMAIN. 247
le fait de la vie et de la santé, c'est l'intégrité de l'esprit et du corps, écrit saint Augustin : « Incolumitas in ipsa vita ne salute atqae integritate animi et corporis constituta est » [Epistul. cxxx, 13).
Tibique reddunt vota sua, expression biblique, les sacrifices offerts au temple de Jérusalem étant le plus souvent des vœux que l'on accomplit', vœu est synonyme de sacrificium. On peut rapprocher cette secrète que le Sacramentaire Grégorien (WilsoN, p. 102) donne à la messe de sainte Lucie et de saint Géminien, et à la messe de sainte Félicité (p. 110) :
Vota populi tui, Domine, propitiatus intende, et quorum nos tribuis sollemnia celebrare, fac gaudere suffragiis. Per.
On trouve dans nombre de secrètes tant du Gélasien que du Grégorien les offrandes qualifiées de votiva muneva.
Le Communicantes est dans le Missel Romain annoncé par l'inscription Infra Actionem, qui date du temps oii dans les sacramentaires (le Sacramentaire Gélasien en est un exemple) le Communicantes figurait à la suite de la collecte, de la secrète, de la préface, propres au jour ou au saint. L'inscription Ixfha Actionem était une indication
1. Ps. XXI, iii; i,x, 9; Lxiv, 2; lxi, 1.<; «xv, 14, etc. Aie. Epistul. cxLLx, !■'> : • Voveiilur omnia quae ofleruntur Dco, maxime saiicti altaris oblatio. >
utile, tandis qu elle ne l'est plus, n'y ayant point de raison de rappeler dans le texte même du canon que le Communicantes doit être intercalé dans le canon. Infia ipourintra est de basse latinité.
La longue phrase du Coniniunicantes est une phrase sans verbe, s'articulant sur deux participes présents [communicantes ^ vénérantes), que Ton accordera soit avec le qui tibi offerunt tibique reddunt du Mémento des vivants, soit et mieux peut-être avec le supplices te rogamus ac petimus du Te igitur, si l'on tient à restituer à la phrase une tenue grammaticale. Cette dilïiculté n'est pas la seule.
Le sens du mot communicantes est malaisé à déterminer. Le mot, en effet, appellerait un complément au datif, encore qu'il ne soit pas inouï de rencontrer communicare pris absolument, chez Optât de ^Nlilève par exemple, qui sous-entend Ecclesiae catholicae^ . Notre communicantes pourrait donc vouloir dire : Nous tous ici qui sommes dans la communion de l'Eglise. On a supposé aussi : Nous tous ici qui communions aux memoriae martyj'um'^.
Les raisons qui doivent faire attribuer le Communicantes au temps du pape Symmaque ont été propo-
1. Et déjà saint Cyprien. De dom. orat. 18 : a abstenti et non communicantes a caelesti pace se|)aremur... » (pécheurs exclus de la communion pour une faute grave). Cf. Optât, mi, 3 et 6.
2. Cette interprétation se rattacherait à une variante célèbre du texte de l'épitre aux Romains (xii, ^3) : • Prenez votre part des nécessités (xpsîai;) des saints •, dit l'apôtre, et certains ont lu [ivîîai;, qui donne en latin memoriix pour necessilatibus. Mais à ce prix on avait memoriis sanctorum communicantes, leçon de l'ancienne version latine, leçon reçue à Rome (et en Afrique) et qui persévère dans le Codex Amiatinv.s.hKGV,\y,c,t., Romains, p. 304.
sées plus haut, et elles nous dispensent de commenter à nouveau le catalogue d'apôtres et de martyrs qui sont invoqués là. Le pape Grégoire ill (731-741;, ému sans doute par le fait que les saints du jour, et notamment les confesseurs, fussent oubliés, décréta (en 732) que, après omnium sancloium tuorum, on ajouterait : Sed et diem natalitium célébrantes sanctoruni tuorum martyrum ac confessorum, perfectorum iustorum, quorum sollemnitas hodie in conspectu gloriae tuae celebratur, ^ quorum me~ ritis precibusque concédas etc. ^ La notice du pape Grégoire III Lib. pont. t. I, p. 417) donne une variante à cette formule : il s'agit bien des martyrs et confesseurs dont l'anniversaire est célébré « hodie in conspectu tuae maîestatis », mais on précise « toto in orbe terrarum » : les saints commémorés sont ceux de l'Eglise universelle, non ceux de l'Eglise romaine seulement. On trouve trace de l'innovation du pape Grégoire III dans des manuscrits du x^-xii^ siècle (Ebxer, p. 409-410), elle n'a pas réussi cependant à s'imposer. Dans d'autres manuscrits on trouve des noms de saints introduits parla dévotion locale parmi les noms du canon romain : ainsi certains manuscrits du Sacramentaire Gélasien (WilsoN, p. 234) intercalent après saints Côme et Damien : Dionysii, Rustici et Eleutherii, Hilarii, Martini, Augustini, Gregorii, Hieronymi, Benedicti. Pareilles insertions sont des indices de provenance (Ebxer, p. 408-409;. Aucune n'a prévalu contre le catalogue romain du pape Symmaque.
La rubrique qui prescrit au célébrant de tenir les
\. I.e décret est reproduit par DiciirsNE, Lib. lont. t. r. p. Mi.
-2o0 LEÇONS SUR LA MESSE.
mains étendues sur Thostie et le calice en disant la prière Hanc igitur ohlationein et la suite jusqu'à Per Christum Dominum nostruni [Amen], est une rubrique qui ne date que du xv« siècle, inspirée, dit-on, par le texte du Lévitique qui prescrit de poser la main sur la tête de la victime que l'on offre, afin d'exprimer par ce geste que le prêtre l'offre pour son expiation personnelle [Lev. i, 4; Exod. xxix, 10). Cette rubrique tardive, consacrée par le Missel Romain de saint Pie V, et dont nous ignorons d'où elle vient, s'est substituée à un usage plus ancien, dont on trouve trace au XI'' siècle (chez Bernoldde Constance), auxiii" siècle (chez Durand de Mende), et qui était que le célébrant prononçait la prière Hanc igitur en s'inclinant profondément. L'usage de s'incliner ainsi a été très répandu jusqu'au xvi'^ siècle, sans être jamais général. Etant donné que le texte suggère d'ordinaire les gestes, on peut penser que cette inclinaison profonde est le commentaire des mots servitutis nosti-ae. Quant aux mots servitutis nostrae, on les entend du célébrant, tandis que familiae tuae désig'ne l'assistance et mieux encore l'Eglise', comme dans cette oraison que le Sacrameutaire Grégorien donne aux vêpres de la fête des saints Pierre et Paul (Wilson, p. 88) :
Familiam tiiam, Domine, propitius inluere et apostclicis défende praesidiis, ut eonim precibus gubernetur quibus nititni ^e constituente principibus. Per.
Les mots introduits par saint Grégoire expriment la demande que la famille de Dieu doit lui faire de la
1. Saint Augustin donne à l'Éylise le qualificalif de « redempla lamilia Donilni Christi ». Civ. Dei, i, 33.