‹ Leçons sur la messeChapitre 55 sur 80 · I.i: CANON UO.MAIN. 21m · texte numérisé non relu

I.i: CANON UO.MAIN. 21m

rentes, le pain, le vin : apn's la consécration, il présente à Dieu le corps et le sang du Sauveur. Les théologiens qui placent Tessence du sacrifice de la messe dans la consécration doivent impliquer dans les paroles sacramentelles Hoc est corpus meiun, Hic est calix sanguinis mei, Tintention du Christ s'olîrant en sacrifice à Dieu son père, s'ils veulent retrouver dans ces paroles avec la désignation de la victime l'acte sacerdotal par lequel elle est offerte. Impliquons donc cette intention dans les paroles que nous répétons du Sauveur. Quant aux prières d"oblation qui suivent la consécration, elles ont pour fin démettre en lumière cet acte sacerdotal du Christ et de le commenter magnifiquement en le faisant nôtre : telle est la signification que nous donnons aux trois prières Unde et memores, Supra quae, Supplices.

Les paroles sacramentelles se sont achevées sur le Haec quotiescumque feceritis in mei memoriam facietis, et le célébrant reprend aussitôt^ : Unde et memores. Cette prière est celle que les liturgistes décorent du nom d' « anamnèse » [memoria]. Le Christ a prescrit de faire ces choses en souvenir de Lui : l'Eglise proteste à Dieu qu'elle se souvient en effet de son Fils et de sa si bienheureuse passion. Nos servi tui, nous nous en souvenons, nous tes serviteurs, sed et plebs tua, et aussi bien nous ton peuple : expressions qui foni écho à celles que nous

1. l.i- (.éléhrant lient les bras élcvi-s comme avant lu cousocration, ,<'bte des orantes. 1,'usage s'introiluisit au xir siècle en France ■ l'ctoïKJre les bras en forme de croix au Unde et memores. Cet usage n'a |>olnt pénétré dans la liturgie romaine. On le retrouve dans c elle des Irères l'r<-clieurs et il est décrit el défendu par saint Thomas d'A'iuin, III, i.xxxiii, i, ad '>.

avons rencontrées plus haut dans le Hanc igitur {servitutis nostrae sed et cunctae familiae tuae). Lepeuple est un peuple saint, plebs tua sancta, réminiscence d'un mot de Tépître de saint Pierre {I Pet. ii, 9) : saint Augustin dans ses sermons appelle ses auditeurs Votre Sainteté. La passion du Christ est qualifiée d'heureuse, tani beatae passioiiis, terme de respect et de reconnaissance : dans le De sacramentis elle est qualifiée de très glorieuse [gloriosissimae). A la passion est unie la résurrection et l'ascension, la glorieuse ascension dans les cieux après la l'ésurrection d'entre les morts {ab inferis).

Donc, en souvenir du Christ, nous offrons à la majesté divine, offerimus praeclarae maiestati tuae, en prenant entre les dons quelle-même nous a faits, de tuis donis ac datis (réminiscence biblique, / Parai, xxix, 13; , — sans qu'on puisse dire si ces mots désignent désormais le pain et le vin ou le corps et le sang', — nous offrons une victime pure, une victime sainte, une victime immaculée, hostiam purairi, hostiam sanctam, hostiam immaculatam, et cette victime nest autre que le Christ, qui a dit : « Je suis le pain de vie » (Ioa. vi, 35) et : « Qui mange ce pain vivra éternellement » [ibid. 59 , panem sanctam vitae aeternae. Ce qui est dit du pain peut être dit du calice, et calicem salutis perpetuae. Le canon romain appuie pour bien marquer de quelle oblation il parle. Le De sacramentis est plus bref, il est peut-être

i. Rapprochez cette secrète du SacrameiUaire Léonien (Feltoe, p. 71) : « Deus, <iui..., accipe propitius quae de tuis donis tibi nos offerte voluisli, non siilum noslrae repulans devotionis quae tua >unt, sed.... Et encore (p. 88; : ' Offereiuiorum tibi munerum Deus auctor et dator... ■>

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écourté, il se contente dédire : hanc hostiain immaculalam, huncpanem sancliun ctcalicem vitaeaelernae. Mais cette hostiff immaculée ne saurait être que le Christ '.

Saint Augustin écrit : « Donnez au sacerdos quelque chose à offrir. Mais que trouverait l'homme qu'il pût donner et qui soit une victime pure? Oui. quelle victime V Quoi de pur peut offrir un pécheur ? Cherclie quelque chose à offrir, tu ne trouveras pas... Vienne donc le prêtre pur, qu'il s'offre lui-même, et qu'il nous purifie ainsi. C'est ce qu'a fait le Christ. Il n'a rien trouvé de pur dans les hommes qu'il pût offrir pour les hommes : il s'est donc offert lui-même pure victime. Heureuse victime, vraie victime, hostie immaculée! Nihil mundum invenit in hominibiis quod offerrel pro hominibus : seipsum optulit mun~ dam victimam. Félix victima, veva ^'ictima, hostia immaculata ^ ».

L'offrande de l'Eglise se poursuit. Supra quae désigne sans ombre de doute le corps et le sang du Sauveur présents sur l'autel et qui viennent d'être nommés. Que Dieu daigne attacher un regard propice et pacifique [respicere est une réminiscence de Gen. IV, 4 : Respexit Deiis ad Ahel et ad manerct eius sur cette oblation. Que Dieu daigne l'accepter comme il a accepté celle d'Abel le juste, pueri tui iusli Abel : Abel est toujours qualifié de juste : quant

1. !.es signes de croiv nui sont prescrits ici, ne sont pas appelés par la leUre du texte. Saint Thomas les explique eu disaut (ju'ils sont appelés par rid.ee de la passion iin|)liquce dans le texte : • Sacerdos post consccralionem non utitiir crucesignatione ad benedicenduni et consecrauduni. sc<l solum ad comiucnioranduin virtuteni crucis et modum passionis Cliristi '. III, i.wxni, 5, ad 4.

i. Enarr. in jjsahn. cvi.ix, (i. L'expression • viclinic sans taclie • est hIMiquc. Exod. xii, 5; I Pd i, l!>: l[i-lj. ix, 14, etc.

au qualificatif de puer, il est biblique pour désigner un jeune homme (Gen. xxxvii, 30), ou pour désigner riiomme à qui Dieu entend être un père (Luc. i, 54;. Abraham est notre patriarche, patriarchae nostri Abrahae, parce que ceux-là sont fils d'Abraham qui sont « de la foi » Gai. m, 7) '. Que Dieu daigne accepter notre oblation comme il a accepté le sacrifice qu'Abraham lui a offert quand il s'est disposé à sacrifier Isaac son fils unique : encore que le sacrifice d'Abraham n'ait pas été consommé, il est une figure du sacrifice de la croix, et, s'il est rappelé ici, c'est que l'oblation que fait le célébrant est bien Toblation du corps et du sang du Christ sacrifié sur la croix. Que Dieu daigne accepter notre oblation comme il a accepté le sacrifice que lui a offert Melchisédech, dont l'Ecriture Gen. xiv. 18; ditquil était « prêtre du Dieu Très-Haut », et voilà pourquoi le canon l'appelle suminussacerdostuiis Melchisedech: le mot su j?im us appliqué à Melchisedech n'est pas biblique, et nous avons vu que la justesse de cette application a été contestée-. Mais le sacrifice de Melchisedech, qui est la figure la plus approchée du sacrifice de la messe, est appelé sanctum sacrificium, immacula tain hostiam : nous avons vu que ces derniers mots sont une addition du pape saint Léon. S'entendant du pain et du vin offerts par Melchisedech, non du corps et du sang du Sauveur, ils ne sont accompagnés d'aucun signe de croix du célébrant.

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