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Et même au x», dansl Ocrfo tleRatoldus de Corbie

L'UUDl.NAIKK DE LA MESSE DU iMISSEL ROMAhX. 21

prières de l'encensement, on trouve là un groupe de neuf prières, qui dans le Missel de 1474 sont distribuées dans leur ordre définitif :

Suscipe sancte Pater.

Deus qui humanae.

Offerimus tibi.

In spiriln humilitatis.

Veni sanctificator.

Lavabo.

Suscipe sancta Ti'initas.

Orate.

Suscipiat.

On trouve ces mêmes prières (à l'exception du Lavabo) et dans ce môme ordre, auxiii- siècle, dans l'ordinaire des Mineurs (Ebneu, p. 314). Innucent m, qui décrit, il est vrai, la messe pontificale, ne mentionne sauf l'O/r/ie) aucune d'elles, et suppose que l'offertoire est pour le célébrant un temps de silence (II, 54). Ce qui confirme bien l'opinion que ces prières appartiennent à l'ordinaire de la messe privée. Bernold de Constance [Microl. il) ne connaît que le Veni sanctificator et le Susctpe sancta Trinitas, qu'il place « post offerendam ante sécrétant » , en notant que la liturgie romaine ne les a point.

On peut lire, dans ÏOrdo missae des Mineurs déjà cité (Ebnek, p. 314), que l'offertoire s'ouvre par l'ablution des mains du célébrant (passons sur l'ablution que nous retrouverons plus tard), et qu'aussitôt le célébrant reçoit du diacre la patène et l'hostie [patenam cuni oblala), qu'il offre, en disant V oraison Suscipe sancte J^a 1er . Cette offrande del'hos-

lie sur la patène est un geste nouveau : le geste apparaît au xi'= siècle, la prière Suscipe sancte Pater aussi (Ebxer, p. 309). Mais elle est rare encore à cette époque, et souvent elle a pour substitut la prière Suscipe sancta Trinitas p. 300, 322, 337). Ces deux prières sont sans doute des prières de rechange (p. 340).

Le Suscipe sancte Pater n est pas une prière romaine de style, dès là que le célébrant s'y exprime à la première personne du singulier [ego, offero, Deu meo, peccatis ineis, mihi profîciat). On la signale, au ix« siècle, dans le Liber precationum de l'empereur Charles le Chauve, oii elle est donnée comme une prière pour l'offrande lOratio quando offertis ad missam pro propriis peccatis et pro animahus propinqiiorum vel amicorum) \ L'expression « hanc irnmaculatam hostiam » s'entend des simples oblats : dans la prière Supra quae du canon elle est, en effet, appliquée au sacrifice de Melchisédech.

Le Suscipe sancta Trinitas n'est pas davantage de stylé romain, car dans la liturgie romaine les oraisons ne s'adressent pas à la Trinité^, mais en principe à Dieu le Père. Dans un missel du xi* siècle (Ebxer, p. 340 , la rubrique porte que le Suscipe sancta Trinitas est prononcé par le célébrant au moment où il reçoit les offrandes des fidèles [quando accipit oblationes singulorumW Soit dans le texte reçu, soit dans une rédaction plus brève, il se rencontre fréquemment au xi'^ siècle et au xu*^ en

1. FoKTEStiE, p. 303. Sur le Liber precationum. Doai Leclercq, art. « Charles le C. », p. 86j. du DktiQnn.i\Q Doni CAimut.

2, On rencontre des invocaUons à la Trinité dans quel' (ues rares furinules du Sacramentarium ga'.licanum ou Missel de Bubbio (vil' siècle).

tête de l'offertoire, et il est marqué comme devant être dit avant qu'on n'étende le corporal sur Tautel fp. 206, 300. 309, 337) : il a donc été d'abord une oraison d'offrande et c'est bien en effet ce que suggère son texte'. Il est clair, en effet, que Voblatio que nous demandons à la sainte Trinité d'agréer, n'est pas le corps et le sang du Sauveur, pas plus que ce corps et ce sang ne servent à honorer les saints. Les difficultés que l'on a faites au texte du Suscipe Sancla Tri'nitas s'évanouissent, dès là que Voblatio qu'elle offre est le pain et le vin apportés par les fidèles.

Déplacé du seuil de l'offertoire, reculé après l'oblation de la patène et du calice, après le Lavabo, n'accompagnant d'ailleurs aucun geste, le Suscipe sancta Trinitas est une sorte de secrète pour tous les temps, que le missel de 1570 aurait pu sacrifier.

VOrdo romnnus II (ix* siècle) est le plus ancien témoin de VOrate patres. Le pontife fait son offrande personnelle, il descend de son siège et va poser sur l'autel son pain, tandis que l'archidiacre pose à droite de ce pain le calice : tout cela en silence. Telle est la liturgie décrite déjà dans \Ordo roinanus I. Et voici ce qu'y ajoute YOrdo romanus 11 : le pontife, son offrande une fois faite, se tourne vers le peuple et lui dit : Orale. Rien que ceto/a/e serait un indice que la prière qui commence ainsi n'est pas romaine, car à Rome on dirait : Oremus. Mais la signification de

1. Uelisle, 1». 107, doniH- tiré d'un sacrajiiculairc tic Sens (aujitmd'hui il stockliolnii, ix" siècle, le texte d'une variante du Suscij e sancla Trinitux, intitulée Memoria imjieratorin et débutant ainsi : • Suscipe, sancta Trinitas. hanc (il)lationenn|uam tibi oITeiinius pin impcretore nostro iu.o, et sua vcnorahili proie, et statu regni Fran t orum, pro omni pojiuli. clirisliano. et pi» eloemosinariis uoglris.

Cir-. ..

21 LErOX.s SLU LA MESSE.

YOrate est claire : c'est la formule dont le pontife accompagne le geste par lequel il fait sa propre offrande.

UOratc se rencontre dans les missels dès le xi* siècle, et le plus souvent ainsi libellé (Edneu, p. 301) :

Orate fratres (karissimi) pro me peccatore, ul aieuni ac vestrum sacrificium acceptabile fiat apud Deum patrem omnipotentem.

Le mot sacrificium, comme toujours dans les secrètes, désigne la matière du sacrifice, le pain et le vin. V Orate est devenu une sorte d'invitatoire annonçant la secrète.

Le peuple répond à YOrate parle Sitscipiat, qui n'est pas davantage romain de style. On trouve le Suscipiat, avec sa rédaction actuellement reçue, déjà au xi^ siècle. On le trouve aussi dans des rédactions sensiblement différentes (Ebxer, p. 306, 310, 329, 346), du xi® au xiii' siècle. Le Suscipiat reçu s'est répandu grâce aux Mineurs (Ebner, p. 314;. Dans l'ordinaire de la messe des Frères Prêcheurs, YOrate n'est accompagné d'aucune réponse. Et, chose curieuse, il en va de même de YOrate à la messe dite des présanctifiés le vendredi saint. Innocent 111 fil, 60). qui mentionne YOrate, ne mentionne pas le Suscipiat. Ces variations sont un indice que le Suscipiat est moins ancien que YOrate.

Dès là que la présentation de l'hostie sur la patène s'accompagnait du Suscipe sancte Pater, la symétrie voulait que la présentation du calice eût aussi une prière : on eut Y Offerimus tibi Domine calicem. Cette formule n'appartient pas à la tradition des sa-

L'OUDIXAIIŒ DE LA MESSE DU MISSEL ROMAIN, iô

cramcntaires romains. Elle se rencontre dans les missels au xi* siècle, au xii% au xin=, quelquefois dans une rédaction différente du texte reçu (Ebxeh, p. 333).

La prière qui accompagne l'infusion du vin et de Teau dans le calice est de pur style romain :

Di.us, qui liunianae subslanliae dignitatem [cl] mirabililer

ondidisti et mirabilius reformasti,da nobis [quaesuraus] per

huius aquae et vini myslerium eius divinitatisesse consortes

qui humanitalis noslrae fieri dignalus est particeps lesu'i

Chrislas filius tuiis Dominus noster. Qui tecum •.

Elle est prise, en effet, au Sacramentaire Grégorien (WiLsoN, p. 13), où elle est au nombre des oraisons de Noël, et elle se retrouve dans le Gélasien et le Léonien. Elle s'est alourdie dans le Missel par l'introduction de per huias aquae et vini mijsterium et de les us Chrislas filius tuus Dominus nosier. Elle est d'ailleurs rare dans les missels, encore qu'on la rencontre dès le xi'= siècle. Cette rareté s'explique par le fait que le calice était dans beaucoup d'Églises apporté garni sur l'autel, que dans d'autres Eglises on avait pour l'infusion du vin et de l'eau dans le calice une formule ou antienne, qui se rencontre déjà au xi"= siècle (elle est conservée dans le rite de Lyon) :

iK; lalere Doniini noslri lesu Christi exivil sanguin et fiqua, etc.

Disposer le pain et le vin sur l'autel, à cela se réduisait le rite dans la messe papale du viii* siècle.

I. N'iUB niellons en italiques les niuts que le te\tc de nus missels !«■ |»lu8 <|uc If texte des s;icrynicntuiies,cl cnlie crochets ceux que - mis8<-ls ont nmis.

La liturgie postcarolingienne, qui a laissé disparaître lofifrande des assistants, a insisté dans les prières autour du pain et du vin sur l'idée d'offrande, jusqu'à faire de l'offertoire une sorte d'anticipation du canon, et si bien que des liturgistes considéreront l'offertoire commeun petit canon canon minor) *. Écartons toute équivoque verbale, l'offertoire ne traite que la matière de ce qui sera le sacrifice. La pure liturgie romaine, dans ses secrètes, ne pense qu'au pain et au vin de l'offrande quand elle parle de sacrifice. La prière In spiritu est une antienne composée de versets de Daniel (m, 39-40). Adopté par la Cour de Rome et les Mineurs au xm'^ siècle, Vin spiritu se rencontre dans les missels au xi® siècle déjà, mais il est rare. Ebner (p. 309) en cite une formule plus étoffée prise à un manuscrit du xi®-xii*^ siècle :

Tune (sacerdos) ordinal ohlationem super eorporale in modum erucis dicens : In spiritu humilitatis et in animo contrite suscipiamur, Domine, a te, et sic fiât sacrificium nostruni et obsequium servitutis nostre, ut a te suscjpiatur et placeat tibi, quia non est confusio confidentibus in te et sperantibiis de iramensitate misericordie tue, Domine.

La rubrique qui précède la formule montre que dans ce missel ixi-xn« siècle Y In spiritu se rattache à l'oblation du pain sur la patène et donc précède loblation du calice. Cetle même rubrique prescrit au prêtre de disposer loblation (du pain) sur le corporal en forme de croix : il y avait apparemment plusieurs pains pour pouvoir former une croix. Quand il n'y eut plus qu'une hostie sur la patène, le geste se conserva, et voilà peut-être pourquoi nous

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